Convair B-58 Hustler

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir B58.
Pix.gif Convair B-58 Hustler Su-27 silhouette.svg
B-58 Hustler.jpg
Un B-58 en vol

Constructeur Drapeau : États-Unis Convair
Rôle Bombardier
Statut Retiré du service
Premier vol
Mise en service 1961
Date de retrait 1969
Nombre construits 116
Équipage
3 (1 pilote, 1 navigateur, 1 opérateur des systèmes de défense)
Motorisation
Moteur General Electric J79-GE-5A
Nombre 4
Type Turboréacteurs avec postcombustion
Poussée unitaire 69,3 kN avec postcombustion
Dimensions
B-58 3view.png
Envergure 17,32 m
Longueur 29,49 m
Hauteur 9,12 m
Surface alaire 143,26 m2
Masses
À vide 25 265 kg
Maximale 73 935 kg
Performances
Vitesse de croisière 980 km/h
Vitesse maximale 2 132 km/h (Mach 2)
Plafond 19 751 m
Rayon d'action 7 080 km
Armement
Interne Un canon M61 Vulcan de 20 mm en queue, 4 bombes nucléaires fixées sous les ailes ou une bombe nucléaire fixée sous le fuselage.

Le Convair B-58 Hustler est le premier bombardier supersonique capable d'atteindre Mach 2[1]. Il est développé pour le Strategic Air Command (SAC) de l'United States Air Force (USAF) et est utilisé tout au long des années 1960. Initialement conçu pour voler à haute altitude et à grande vitesse pour éviter les chasseurs soviétiques, l'introduction des missiles surface-air le force à un rôle de pénétration à basse altitude qui limite sérieusement son rayon d'action et son importance stratégique. Sa carrière opérationnelle est par conséquent courte de 1960 à 1969 et son rôle est repris par d'autres bombardiers supersoniques comme le F-111 et le B-1 Lancer.

Il se caractérise par une aile delta sous laquelle sont accrochés les quatre réacteurs, et par un énorme conteneur largable situé sous le fuselage. Le B-58 connait une grande notoriété du fait de son bang supersonique qui est souvent entendu par le public lors de passages en vitesse supersonique[2].

Conception et développement[modifier | modifier le code]

La genèse du B-58 remonte à février 1949 lorsqu'une étude pour un bombardier multirôle (Generalized Bomber Study (GEBO II)) est lancée par le Air Research and Development Command (ARDC) basé sur la base aérienne de Wright-Patterson dans l'Ohio[3]. De nombreux constructeurs répondent dont Boeing, Convair, Curtiss, Douglas, Martin et North American Aviation.

Convair exploite son expérience acquise sur le XF-92A pour proposer une série de configurations avec des ailes en flèches mais c'est un concept avec une aile delta qui est choisi. Le projet final de Convair, nom de code « FZP-110 » est un biplace à aile delta propulsé par des réacteurs J53 de General Electric pouvant atteindre 1 600 km/h et disposant d'un rayon d'action de 4 800 km[3]. C'est lors de la conception que l'appareil reçoit le sobriquet de Hustler (escroc) qu'il conserve tout au long de sa carrière.

En février 1953[4], l'United States Air Force annonce qu'elle retient la proposition de Convair : un avion très aérodynamique équipé d'un énorme conteneur ventral largable, contenant à la fois du carburant et la bombe nucléaire. Des essais en soufflerie entraînent de nombreuses modifications de la cellule, notamment pour tenir compte de la loi des aires. Il faut aussi redessiner complètement le conteneur ventral et le train d'atterrissage avant, car la proposition initiale pose trop de problèmes.

Le projet faillit être abandonné en 1954 et il est d'abord décidé de produire une première série de 13 avions en attendant une décision finale. Le premier prototype réalise son vol inaugural le . Le premier vol avec un conteneur ventral a lieu le et le prototype dépasse Mach 2 avec un conteneur vide quelques mois après. De nombreux essais de largage du conteneur suivent, à des altitudes et vitesses de plus en plus importantes. Malgré la découverte d'un certain nombre de problèmes, l'United States Air Force passe finalement commande de 290 exemplaires en juin 1959, avant de réduire ses besoins à moins de 150 appareils six mois plus tard.

La capsule d'éjection du B-58.

Le B-58 est le premier véritable bombardier supersonique de l'USAF. Il est composée d'une aile delta avec un bord d'attaque à 60° et quatre réacteurs General Electric J79 capable de voler à deux fois la vitesse du son. Il comporte trois membres d'équipage (un pilote, un navigateur et un opérateur des systèmes de défenses) dans des cockpits séparés. Les dernières versions comportent des capsules d'éjection pour chaque membre d'équipage rendant possible une éjection à 21 000 mètres à la vitesse de 2 450 km/h. À la différence des sièges éjectables, une protection se déploie et ferme le siège de manière étanche. Des chimpanzés et des ours sont utilisés pour tester le dispositif[5]. Le XB-70 Valkyrie est équipé d'un système similaire.

À cause de la chaleur générée par le vol à Mach 2, les cockpits mais également les trappes du train d'atterrissage et les systèmes électroniques sont pressurisés et climatisés. Le B-58 est l'un des premiers appareils à être équipé de panneau en nid d'abeille avec de l'aluminium et de la fibre de verre.

Le cockpit est conventionnel mais l'électronique de bord est relativement en avance pour l'époque. Le cockpit du navigateur et de l'opérateur présente un large tableau de bord se déployant sur les côtés avec de nombreux voyants lumineux et des messages d'alerte enregistrés sont audibles par l'intermédiaire du casque. Des recherches effectuées à l'époque montrent que les jeunes pilotes sont plus réceptifs à une voix féminine lors des situations difficiles. Northrop Corporation sélectionne donc des actrices et la chanteuse Joan Elms pour enregistrer des messages d'alarme. Les équipages des B-58 parlent de « Sexy Sally » lorsqu'ils évoquent la voix[6].

L'armement défensif consiste en un canon M61 Vulcan de 20 mm avec 1 200 obus. L'armement offensif se réduit généralement à une unique bombe nucléaire le long du réservoir de carburant dans la nacelle TCP (Two Component Pod) clairement visible sous le fuselage. La bombe se trouve au-dessus du réservoir de carburant qui peut être largué de manière indépendante[7] .

De 1961 à 1963, le B-58 est équipé de deux points d'emports doubles sous chaque aile permettant d'emporter des bombes nucléaires B43 (en) ou B61 soit un total de cinq armes nucléaires par avion. Bien que l'USAF ait envisagé de lui confier un rôle de bombardier conventionnel, il n'est jamais équipé pour larguer des bombes conventionnelles. Une nacelle de reconnaissance photographique, le LA-331 est également installée. D'autres nacelles spécialisées pour la guerre électronique ou pour emporter des missiles de croisière sont envisagées mais jamais mises en place. Le B-58 sert de plate-forme d'essai pour les quatre tests de tir du missile balistique High Virgo[8].

Le prototype est complété en août 1956[9] et le premier vol a lieu en novembre[10]. Une difficile série de tests prolongée a lieu jusqu'en avril 1959 avec une trentaine d'appareils[11]. La version finale est livrée en octobre 1962.

Histoire opérationnelle[modifier | modifier le code]

Un B-58 Hustler volant en formation avec un B-36 et un B-52.

Les équipages des B-58 constituent l'élite et sont sélectionnés parmi les équipages d'autres bombardiers stratégiques. Du fait des caractéristiques particulières de l'aile delta, les nouveaux pilotes s'entraînent sur le Convair F-102 Delta Dagger[12]. Le B-58 est difficile à piloter et les trois membres d'équipage sont constamment occupés mais ses performances sont impressionnantes. Un Hustler légèrement chargé peut atteindre une vitesse ascensionnelle de 23 500 m/min[13].

Bien qu'il ne puisse emporter que des armes plus légères et ait un rayon d'action plus limité que le B-52 Stratofortress, le B-58 est très onéreux (en 1959, chaque B-58A valait plus que son poids en or). En 1961, le cout du programme s'élève à 3 milliards de dollars[14]. C'est un appareil complexe qui nécessite beaucoup d'opérations de maintenance de la part de personnels spécialisés et coûte trois fois plus cher à maintenir que le B-52[15]. Le train d'atterrissage avant pose de nombreux problèmes car il doit se rétracter en évitant la charge utile. Sa carrière est émaillée de nombreux accidents : 26 B-58 sont perdus lors d'accidents soit 22 % de la production totale. Le SAC est dubitatif depuis le départ concernant cet appareil bien que les pilotes soient enthousiastes, ses performances et son design sont appréciés bien qu'il ne soit jamais facile à piloter.

Deux escadrons de bombardiers du SAC utilisent le B-58 : le 43rd Bombardment Wing basé à Carswell au Texas de 1960 à 1964 puis à Little Rock dans l'Arkansas de 1964 à 1970 et le 305th Bombardment Wing à Kokomo dans l'Indiana.

Décollage d'un B-58.

À partir de 1961, la majorité des problèmes ont été résolus et l'intérêt du SAC pour l'appareil se renforce, le secrétaire à la défense Robert McNamara conclut pourtant que le B-58 ne sera pas un système d'arme efficace. Car c'est durant l'introduction du B-58 que les missiles surface-air deviennent une menace sérieuse avec le déploiement massif du S-75 Dvina soviétique. La « solution » est de voler à basse altitude pour éviter les radars.

À cause de la densité plus importante de l'air à basse altitude, le B-58 ne peut pas opérer à des vitesses supersoniques et son design si chèrement payé devient inutile. À la fin de l'année 1965, McNamara ordonne le retrait des B-58 pour 1970. Malgré les tentatives de l'Air Force pour obtenir un sursis, le retrait se fait dans les temps et les derniers B-58 sont retirés en janvier 1970 et placés en stockage à l'AMARC à la base de Davis–Monthan dans l'Arizona. La flotte survit jusqu'en 1977 lorsque les derniers appareils sont cédés à Southwestern Alloys pour élimination[16]. Ils sont remplacés par le FB-111A, conçu pour voler à basse altitude et moins onéreux à produire.

Un total de 115 B-58 sont produits dont 30 appareils d'essai qui sont par la suite améliorés pour devenir opérationnels. Plusieurs B-58 sont utilisés pour réaliser des tests dont celui du système radar destiné à l'intercepteur Lockheed YF-12. De nombreuses variantes sont proposées mais jamais réalisées.

Le père du chanteur John Denver, le colonel Henry J. Deutschendorf, Sr a été pilote du B-58 et a réalisé plusieurs records de vitesse[17].

Variantes[modifier | modifier le code]

  • XB-58 : prototype, deux construits.
  • YB-58A : appareil de présérie, 11 construits.
  • B-58A : appareil de série, triplace de bombardement stratégique, 86 construits.
  • TB-58A : version d'entraînement avec poste de pilotage modifié (8 YB-58A convertis)
  • NB-58A : un YB-58A modifié pour tester le réacteur J93 destiné au North American XB-70 Valkyrie.
  • RB-58A : variante avec une nacelle de reconnaissance ventrale, 17 construits.
  • B-58B : variante non construite. Le SAC prévoit d'acheter 185 appareils de cette version améliorée mais ils sont annulés pour raisons budgétaires.
  • B-58C : variante non construite. Version élargie avec plus de carburant et les réacteurs J58 utilisés sur le Lockheed SR-71. Des études sont menées avec des variantes à deux et à quatre moteurs, le modèle C doit pouvoir atteindre Mach 3 à une altitude de croisière de 21 000 m et la capacité d'emporter des bombes conventionnelles. Il est proposé comme une alternative moins onéreuse face au North American XB-70 Valkyrie. L'accroissement des performances des défenses anti-aériennes rend le B-58 moins intéressant et le programme est annulé en 1961[18].

Survivants[modifier | modifier le code]

Le B-58A Hustler AF serial 59-2458, the Cowtown Hustler, en face du centre de restauration du National Museum of the United States Air Force sur la base de Wright-Patterson dans l'Ohio.

Il existe encore actuellement huit B-58 :

  • TB-58A, AF serial 55-0663 à la base de Kokomo dans l'Indiana, c'est le plus ancien des B-58 existants[19].
  • YB-58A, AF serial 55-0665 (Snoopy) à la base Edwards en Californie, l'appareil est abandonné et dans un état déplorable[20].
  • YB-58A, AF serial 55-0666 au musée de Rantoul dans l'Illinois.
  • TB-58A, AF serial 55-0668 (Wild Child II) au musée de Galveston dans le Texas.
  • B-58A, AF serial 59-2437 (Firefly II) à la base de San Antonio au Texas.
  • B-58A, AF serial 59-2458 (Cowtown Hustler) au National Museum of the United States Air Force sur la base de Wright-Patterson dans l'Ohio. Cet appareil fait l'aller-retour de Los Angeles à New York le 5 mars 1962 et réalise trois records de vitesse. Il est actuellement exposé dans la section du musée concernant la Guerre froide.
  • B-58A, AF serial 61-2059 (Greased Lightning) au musée d'Ashland dans le Nebraska.
  • B-58A, AF serial 61-2080 au musée de Tucson dans l'Arizona, il s'agit du dernier B-58 livré.

Records[modifier | modifier le code]

En 1961 et 1962, les B-58 établissent plusieurs records mondiaux. On peut citer par exemple :

  • vitesse moyenne de 1 707 km/h sur un circuit de 2 000 km, avec 2 000 kg de charge, le 12 janvier 1961 ;
  • vitesse moyenne de 2 095 km/h sur un circuit de 1 073 km, le 10 mai 1961 ;
  • trajet New York/Paris (soit plus de 5 800 km) à une vitesse moyenne de 1 752 km/h, le 26 mai 1961, pour se rendre au 24e Salon de l'Aéronautique, 1er Salon de l'Espace au Bourget. L'avion s'écrase, dans un champ proche de la manifestation, lors d'une démonstration quelques jours plus tard, tuant ses trois occupants ;
  • altitude de 26 000 mètres avec une charge de 5 000 kg, le 18 septembre 1962.

Culture populaire[modifier | modifier le code]

James Stewart est pilote de bombardier durant la Seconde Guerre mondiale et au début de la Guerre froide. Il tourne dans un film pour l'Air Force en volant comme copilote d'un B-58 lors d'une attaque à basse altitude.

Le B-58 apparaît dans le film de 1964, Point limite où des courts métrages du B-58 sont utilisées pour représenter les bombardiers fictifs Vindicator qui attaquent Moscou[21].

Dans le téléfilm Point limite réalisé en 2000 et dans lequel joue George Clooney, les bombardiers Vindicator sont de nouveau représentés par des B-58.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Wilson 2000, p. 38
  2. B-58's Sonic Boom Rattles Kentuckians. Chicago Daily Tribune, 19 December 1961. Retrieved: 2 November 2009.
  3. a et b Miller 1976, p. 24.
  4. Miller 1985, p. 26.
  5. Miller 1985, p. 53–54.
  6. Sexy Sally Sounds Off, San Francisco Examiner, 30 July 1966, reprinted in United States Naval Institute Proceedings, November 1966.
  7. Miller 1985, p. 109.
  8. Designation systems. designation-systems.net. Retrieved: 8 December 2009.
  9. Miller 1985, p. 39.
  10. Miller 1985, p. 42.
  11. Miller 1985, p. 54.
  12. Miller 1985, p. 62.
  13. Higham 1975, p. 31.
  14. Miller 1985, p. 48.
  15. Miller 1985, p. 69.
  16. Miller 1985, p. 70.
  17. Tope, Jessica. Pope Air Force Base Record Breaking Day. Pope Air Force Base, 12 January 2007. Retrieved: 5 September 2007.
  18. Factsheet: Convair B-58C Hustler. National Museum of the United States Air Force. Retrieved: 5 September 2007.
  19. TB-58A Hustler. Grissom Air Museum. Retrieved: 5 September 2007.
  20. Crash Sites: B-58. Check-Six.com. Retrieved: 26 September 2010.
  21. « Cover: Saturday Evening Post, 12 October 1962. » homepage.mac.com. Retrieved: 9 June 2010.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Donald David et Jon Lake, Encyclopedia of world military aircraft, London Westport, CT, Aerospace AIRtime Pub,‎ 1996, 443 p. (ISBN 978-1-874-02395-1).
  • (en) R.G. Grant et R. Dailey, Flight : 100 years of aviation, New York, DK Pub,‎ 2007 (ISBN 978-0-756-61902-2).
  • (en) Bill Gunston, American warplanes, New York, N.Y, Crescent Books Distributed by Crown,‎ 1986 (ISBN 0-517-61351-4), p. 162.
  • (en) Bill Gunston, Bombers of the West, London, Ian Allan,‎ 1973 (ISBN 0-711-00456-0), p. 185–213.
  • (en) Robin Higham, Williams Carol et Abigail Siddall, Flying combat aircraft of the USAAF-USAF, vol. 1, Ames, Iowa, Iowa State University Press,‎ 1975 (ISBN 0-813-80325-X).
  • (en) Jay Miller, Convair B-58 Hustler (Aerograph 4), Arlington, Tex, Aerofax,‎ 1985 (ISBN 0-942-54826-4).
  • Miller, Jay. "History of the Hustler." Airpower, Vol. 6, No. 4, July 1976.
  • (en) Gordon Swanborough, United States military aircraft since 1909, Washington, D.C, Smithsonian Institution Press,‎ 1989 (ISBN 0874748801nom2=Bowers).
  • United States Air Force Museum Guidebook. Wright-Patterson AFB, Ohio: Air Force Museum Foundation, 1975.
  • (en) Ray Wagner, American combat planes of the 20th Century : a comprehensive reference, Reno, Nevada, Jack Bacon & Co,‎ 2004 (ISBN 0-930-08317-2).
  • (en) Stewart Wilson, Combat Aircraft since 1945, Fyshwick, ACT, Australia: Aerospace Publications Pty Ltd,‎ 2000, 192 p. (ISBN 978-1-875-67150-2), p. 38.
  • (en) Jim Winchester, Military aircraft of the Cold War(The Aviation Factfile) : Convair B-58 Hustler, Rochester, Kent, Grange Books,‎ 2006 (ISBN 1-840-13929-3).

Liens externes[modifier | modifier le code]