Prolifération nucléaire

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Rouge : les cinq grandes puissances nucléaires
Orange foncé : les autres puissances nucléaires déclarés officiellement
Orange clair : les États suspectés de posséder l'arme nucléaire
Pourpre : les États suspectés de faire, ou ayant eu, des recherches sur l'arme nucléaire

La prolifération nucléaire désigne la propagation de la possession d'armes nucléaires dans le monde. On parle de prolifération horizontale pour l'augmentation démesurée des armes nucléaires et du nombre de pays détenteurs, et de prolifération verticale pour le perfectionnement de l’arme nucléaire.

Traité de non-prolifération nucléaire[modifier | modifier le code]

Historique[modifier | modifier le code]

En gris, les 45 États membres du Groupe des fournisseurs nucléaires.

Depuis l’obtention par les États-Unis de l’arme nucléaire, cette technologie est devenue une préoccupation considérable pour les États. C’est un symbole de puissance et de maîtrise dans le domaine de la science.

Mais les grandes puissances ont compris, entre autres à la suite de grande crises entre les États-Unis et l’URSS, le danger lié à l’utilisation militaire du nucléaire. Dès 1946, la loi McMahon (en) interdit au Pentagone de fournir le moindre service nucléaire à une puissance étrangère mais elle est enfreinte rapidement, les Américains aidant les Britanniques à se doter de l'arme nucléaire alors qu'elle est toujours opposée aux Français jusqu'en 1957, date à laquelle une légère ouverture est faite à la France, le général Charles Ailleret étant invité à assister à des expérimentations nucléaires américaines mais le retour au pouvoir du général de Gaulle en 1958 marque la fin de cette ouverture, le Président de la République française voulant faire partie des « Big Three » en concevant une bombe seul[1]. C’est afin de limiter la diffusion de la bombe nucléaire que le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) a été conçu en juin 1968, à la suite de la production d’armes nucléaires par les Soviétiques en 1949, par les Britanniques en 1952, les Français en 1960 et les Chinois en 1964. Signé par les États possédant l'arme nucléaire et une quarantaine d’autres, il est entré en vigueur le 5 mars 1970. Le TNP autorise les 5 États ayant acquis la bombe nucléaire avant 1967 à la conserver mais interdit aux autres de l’obtenir. En revanche, des facilités doivent être offertes aux États désirant avoir des programmes de développement de l’énergie nucléaire à des fins civiles. Il est important de remarquer que le traité comprend aussi une clause de désarmement (article VI), par laquelle les puissances nucléaires s'engagent à des négociations pour un désarmement sous contrôle international.

Dans la pratique, les « États nucléaires », qui sont les 5 membres permanents du conseil de sécurité de l'ONU, continuent de renouveler et moderniser leurs arsenaux nucléaires[2] et de faire de la recherche. Les articles 5 et 6 du TNP incluent une obligation de « bonne foi » à négocier la fin de la course aux armements nucléaires, qui n'est pas assortie d'obligation de résultats[3],[4].

Contrôle et efficacité[modifier | modifier le code]

La quasi-totalité des États (188 sur 193) font partie du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), mais son contrôle reste difficile.

  • Un protocole additionnel existe depuis 1998, qui assure une meilleure vérification de l’action des États, mais il n’a été signé que par environ 50 États.
  • Plusieurs États ont tout de même créé des programmes nucléaires interdits, ou ont menacé de se retirer du traité, comme la Corée du Nord[5].
  • On reproche aussi aux États nucléaires de vendre les technologies du nucléaire civil, tout en sachant que d'une part, quand on sait enrichir l'uranium à des fins civiles, on a résolu les principales difficultés pour concevoir l'arme atomique, et que d'autre part, une centrale nucléaire produit des "déchets radioactifs" qui seront réutilisables pour fabriquer la bombe.
  • Il est difficile pour l'AIEA de « contrôler » des activités dont elle n'a pas connaissance ou qu'elle ne peut que suspecter, que certains pays ont secrètement maintenues, comme en Iran où en 2002 un site secret d'enrichissement a été découvert à Natanz, avant que, 7 ans plus tard, en 2009 un second site, souterrain et construit sous une base militaire proche de Qom, ait été annoncé par le gouvernement iranien à l'AIEA avant sa mise en fonction. Ce site, dénoncé par le G20 à Pittsburgh peut, par exemple selon Bruno Tertrais[6], spécialiste de la prolifération nucléaire, avec environ 3 000 centrifugeuses (selon les informations disponibles en septembre 2009) et parce qu'installée sur un site militaire avoir un objectif militaire. Selon les responsables iraniens, l'uranium n'y sera enrichi qu'à hauteur de 5 %, mais l'installation permet un enrichissement à 90 % permettant la production d'armes nucléaires de destruction massive[7],[8]. L'Iran prévoit également la construction de 10 nouvelles centrales de production de combustibles nucléaires dans le cadre de son programme nucléaire.

Doctrine d'emploi[modifier | modifier le code]

Par ailleurs, l'ancienne version officielle qui consistait à affirmer que les armes nucléaires constituaient, par leur seule possession, un effet purement dissuasif, s'est convertie. Ainsi, dans les récents discours des Présidents américains et français notamment, on entend aujourd'hui que l'usage de l'arme nucléaire est aussi envisagé dans la protection d'"intérêts vitaux", éventuellement de manière préventive[9].

En outre, la miniaturisation des armes atomiques, ou Mini-nuke terme générique pour les armes nucléaires de très faible puissance, permet depuis la fin des années 1950 la fabrication d'armes de courte portée prévues pour être utilisées directement sur le champ de bataille par exemple d'une part, et d'autre part leur transport dans une simple valise diplomatique. Ce qui laisse entrevoir que non seulement des États mais aussi des organisations parallèles sont susceptibles d'en disposer à court ou moyen terme.

Effet géopolitique de l'arme nucléaire[modifier | modifier le code]

Deux visions s’affrontent au sujet du nucléaire :

  • Certains prétendent que l’arme nucléaire est un outil de dissuasion, et a donc un effet stabilisateur. L’exemple classique est le cas du Pakistan et de l’Inde, qui possèdent tous deux l’arme nucléaire et qui ont vu les conflits territoriaux diminuer en intensité.
  • Pour d'autres, en revanche, l’arme nucléaire est un élément dangereux et déstabilisateur. En particulier, il permet aux États de moindre importance de faire du chantage en mettant toutes les puissances sur un pied d’égalité. La Corée du Nord et l'Iran sont l’illustration de ce chantage, puisqu'ils menacent régulièrement de poursuivre leurs programmes nucléaires respectifs, dont personne ne connaît l'état d'avancement exact. On avance aussi que la prolifération actuelle transforme la planète en poudrière, de sorte que s'il était à nouveau fait usage de l'arme nucléaire, ou si un accident[10] était interprété comme une agression, une guerre nucléaire s'ensuivrait presqu'inévitablement.

L'humanité fit face à plusieurs dizaines de reprises à de nombreuses menaces de guerre nucléaire, dont quatorze fois un conflit entre les États-Unis et l'URSS, à la suite de fausses alertes, des erreurs humaines ou informatiques entre 1956 et 1962, dont onze incidents durant la phase la plus critique de la crise des missiles de Cuba[11],[12].

Les traités sur la prolifération nucléaire[modifier | modifier le code]

La prolifération nucléaire est limitée dans un grand nombre de pays par les traités suivants :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Eyraud, « La France face à un éventuel traité de non-dissémination des armes nucléaires », Politique étrangère, vol. 32, no 4,‎ 1967, p. 445
  2. Le missile M51 est une arme nucléaire française en cours d'élaboration et de déploiement.
  3. La clause de désarmement du TNP : « Chacune des Parties au Traité s’engage à poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée et au désarmement nucléaire, et sur un traité de désarmement général et complet sous un contrôle international strict et efficace. »
  4. Isabelle Capette, Les essais nucléaires indiens et pakistanais: un défi lancé à la non-prolifération nucléaire, revue Actualité et Droit international, 15 décembre 1998
  5. (fr) Chronologie de la crise nucléaire en Corée du Nord de 1989 à 2009, par l'Express
  6. , Maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, spécialiste de la prolifération nucléaire et auteur d'un ouvrage « Le Marché noir de la Bombe » (Buchet-Chastel, 2009)
  7. Article du Journal Libération (2009/09/25)
  8. Article de Libération 2009/09/25
  9. Jacques Chirac, « Allocution de M. Jacques Chirac, Président de la République, lors de sa visite aux forces aériennes et océanique stratégiques. »,‎ 19 janvier 2006 : « Mais ce serait faire preuve d'angélisme que de croire que la prévention, seule, suffit à nous protéger. Pour être entendus, il faut aussi, lorsque c'est nécessaire, être capable de faire usage de la force. Nous devons donc disposer d'une capacité importante à intervenir en dehors de nos frontières, avec des moyens conventionnels, afin de soutenir et de compléter cette stratégie. Une telle politique de défense repose sur la certitude que, quoi qu'il arrive, nos intérêts vitaux seront garantis. C'est le rôle attribué à la dissuasion nucléaire qui s'inscrit dans la continuité directe de notre stratégie de prévention. Elle en constitue l'expression ultime. » Ceci est en contradiction avec la résolution 984 du Conseil de sécurité des Nations unies adoptée à l'unanimité le 11 avril 1995 et engageant les pays possédant l'arme nucléaire à ne pas attaquer avec leurs armes atomiques des pays signataires du TNP qui n'en seraient pas dotés.
  10. Liste des accidents nucléaires
  11. (en) 20 Mishaps that Might Have Started Accidental Nuclear War, Alan F. Phillips, janvier 1998
  12. (en)[PDF] Computer System Reliability and Nuclear War, Alan Borning

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]