André Beaufre

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André Beaufre (né le 25 janvier 1902 à Neuilly-sur-Seine, mort le 13 février 1975 à Belgrade) termine la Seconde Guerre mondiale comme colonel d'infanterie.

Bien connu par les Anglo-saxons comme un stratège militaire et un défenseur de l'indépendance nucléaire française, il peut être considéré comme un père fondateur des théories utilisées de nos jours à propos du terrorisme ou de la guerilla, appelée de son temps "guerre révolutionnaire".

Biographie[modifier | modifier le code]

En 1921, Beaufre entre à Saint-Cyr, où il rencontre Charles de Gaulle qui est alors instructeur. En 1925, il est au Maroc pour la guerre du Rif, où il est gravement blessé. Puis Beaufre étudie à l'École supérieure de guerre et à l'École Libre des Sciences Politiques.

Sa carrière militaire est riche. Alors qu'il est secrétaire à la Défense Nationale en Algérie en 1940 et 1941, il est arrêté par le régime de Vichy. Après sa libération en 1942, il sert dans l'armée française de la Libération sur plusieurs fronts jusqu'à la fin de la guerre en 1945.

Il sert ensuite durant la guerre d'Indochine. Puis Beaufre devient un général de la guerre d'Algérie. Il dirige la 11e division d'infanterie. Tout juste revenu d'Indochine et mal informé du caractère nationaliste du conflit en cours en Afrique du Nord, il rencontre quelques difficultés.

Dans son livre Introduction à la stratégie il définit la stratégie comme une dialectique des forces (la force au sens large, militaire mais pas seulement), où chaque acteur doit chercher à annihiler psychologiquement l'adversaire, par ce qu'il nomme la décision, c'est-à-dire le moment clé où un acteur impose sa volonté à l'autre acteur et pas forcément par une victoire militaire décisive comme l'expliquait Clausewitz. Pour Beaufre, la stratégie doit ainsi coordonner tous les aspects d'une société.

En 1956, le général Beaufre dirige en Égypte la Force A, corps expéditionnaire français, à l'échelon Task Force. Contrairement à une idée répandue, Beaufre ne dirige pas souverainement l'armée française. Il est subordonné d'une part à l'Amiral Pierre Barjot qui commande à l'échelle du théâtre d'opération, et d'autre part aux militaires Britanniques (Stockwell pour l'essentiel) car depuis le début de l'opération les Français acceptent la subordination aux Britanniques pour des raisons politiques et logistiques (Chypre est encore britannique). Cette victoire militaire qui se transforme en fiasco politique et diplomatique influence beaucoup sa pensée stratégique. Par exemple, il mettra en place à Suez un 5e Bureau chargé de la guerre psychologique, montrant ainsi sa volonté d'élargir le champ de bataille.

En 1958, Beaufre devient Chef du General Staff of the Supreme Headquarters, Allied Powers en Europe. Il est alors le chef français du groupe permanent de l'OTAN à Washington en 1960, et est nommé Général d'armée.

À travers ses livres et ses conférences, Beaufre s'affirme comme l'un des plus grands penseurs de la dissuasion nucléaire (nuclear deterrence), quitte à s'opposer parfois à Raymond Aron ou à Lucien Poirier. Il considère que l'équilibre nucléaire participe à la stabilisation mondiale en termes de conflits.

Il décède à Belgrade le 13 février 1975, lors d'un colloque de l'IFDES dont il était directeur depuis sa fondation en 1963.

Introduction à la stratégie[modifier | modifier le code]

Le général Beaufre examine les solutions principales employées dans le jeu de la stratégie, il en dénombre trois :

  • Lorsqu'existent des moyens supérieurs et une capacité offensive suffisamment assurée, la campagne visera offensivement la bataille décisive. C'est la stratégie offensive d'approche directe où doit se réaliser la concentration du maximum de moyens visant la masse principale ennemie. Cette solution est largement préférée dans les guerres interétatiques, c'est celle qui fit la grandeur de Napoléon.
  • Lorsque la supériorité est moins évidente, deux solutions apparaissent :
    • soit d'user l'adversaire par une défensive exploitée par une contre-offensive. C'est la stratégie directe défensive offensive
    • soit de dérouter l'adversaire par une action offensive excentrique avant de chercher à le battre. C'est la stratégie directe d'approche indirecte. Cette dernière possibilité rejoint la stratégie d'approche indirecte de Liddell Hart.
  • Lorsque les moyens militaires sont insuffisants pour atteindre le résultat escompté, l'action militaire ne joue plus qu'un rôle auxiliaire dans le cadre d'une manœuvre de stratégie totale sur le mode indirect où la décision résultera d'actions politiques, économiques ou diplomatiques convenablement combinées. Dans ce cas, on parle généralement pas de guerre, mais peut-être de confrontation diplomatique ; celles-ci sont si nombreuses depuis la guerre froide qu'elles sont presque devenues l'état normal des relations internationales.

Beaufre et la déroute de 1940[modifier | modifier le code]

Dans son livre datant de 1965 Le Drame de 1940, Beaufre écrit que la déroute de l'armée française est l'évènement le plus important du vingtième siècle.

Pour comprendre les raisons de cette défaite catastrophique, il faut étudier l'histoire, la politique et les aspects militaires. Si les causes visibles de la défaite semblent militaires (mauvaise utilisation des blindés en particulier), les causes profondes se trouvent dans le contexte social et politique. La France des années 1930 est divisée, comme le prouve l'hostilité envers Léon Blum ("Plutôt Hitler que Blum" était alors une phrase répandue).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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