Grottes d'Isturitz et d'Oxocelhaya

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Grottes d'Isturitz et d'Oxocelhaya
Image illustrative de l'article Grottes d'Isturitz et d'Oxocelhaya
Pointe de sagaie - Muséum de Toulouse
Coordonnées 43° 21′ 10″ nord, 1° 12′ 22″ ouest
Pays Drapeau de la France France
Région française Nouvelle-Aquitaine
Département français Pyrénées-Atlantiques
Massif Pyrénées
Vallée Vallée de l'Arberoue
Localité voisine Isturits, Saint-Martin-d'Arberoue
Voie d'accès D 251
Longueur connue 600 m
Signe particulier Concrétions de calcite
grotte ornée
Occupation humaine 80 000 à 10 000 ans av. J.-C.
Protection Logo monument historique Classé MH (1953)

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Grottes d'Isturitz et d'Oxocelhaya

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Grottes d'Isturitz et d'Oxocelhaya

Les grottes d'Isturitz et d'Oxocelhaya (Izturitze eta Otsozelaiako leizeak, en basque), ou grottes d'Oxocelhaya et d'Isturits[1] forment une série de grottes naturelles avec habitat préhistorique situées sur le site naturel de la colline de Gaztelu dans la vallée de l'Arberoue, en Basse-Navarre dans le département des Pyrénées-Atlantiques.

Elles font partie du réseau de grottes ornées de la chaîne pyrénéo-cantabrique, et sont classées par les monuments historiques depuis 1953[2].

Étymologie[modifier | modifier le code]

  • Oxocelhaya (oxo-celhaya) signifie en basque « le champ des loups », le morphème oxo désignant le loup et celhaya désignant le champ.
  • Le mot Isturitz est plus difficile à analyser et vient de la francisation du mot basque Izturitz. Le suffixe -itz sert souvent pour désigner un nom de lieu, on peut alors lire « aizt-ur-itz » c'est-à-dire « lieu de la côte du rocher », ou encore « ithur-itz » c'est-à-dire « lieu de la fontaine ».

Topographie[modifier | modifier le code]

Entrée de la grotte

Ces grottes ont été creusées par le ruisseau l'Arbéroue au sein de la colline de Gaztelu. Elles se trouvent sur le territoire des communes d'Isturits et de Saint-Martin-d'Arberoue, à peu de distance d'Hasparren.

Le réseau comprend trois grottes, toutes occupées par les hommes sur une longue période allant d'environ 80 000 à 10 000 ans av. J.-C. : la grotte d'Isturitz, puis 20 mètres plus bas la grotte d'Oxocelhaya avec ses concrétions de calcite et enfin la grotte Erberua où coule toujours l'Arbéroue.

Historique[modifier | modifier le code]

L'entrée principale de la grotte d'Isturitz était connue de longue date puisque des éléments médiévaux y ont été retrouvés. Elle est distincte de l'entrée actuelle, créée a posteriori. Les premiers objets préhistoriques ont été mis en évidence à la fin du XIXe siècle.

La grotte d'Oxocelhaya n'a été découverte qu'en 1929 par J.-P. Etchegaray.

Repères historiques[modifier | modifier le code]

XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

Au XVIIe siècle, Charles Hautin de Villars, puis Jean Hellot, citant un texte de A. Barba, mentionnent des mines d’or à Isturie[3].

XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

En 1785, le futur maire de Strasbourg, et inspecteur royal des mines, le baron Philippe-Frédéric de Dietrich, à la recherche de l’or mentionné plus haut, signale les cavités naturelles du site[3].

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Félin, têtes d'ours et de bisons

Vers 1884[4], deux chercheurs (Hourcastagné et Lacau-Barragué) qui s’intéressent à l’exploitation sous forme d’engrais du guano de chauve-souris, découvrent des objets préhistoriques (silex et os taillés et travaillés). Leur présentation, le 10 août 1895 à la société de Borda (Dax), alerte l’archéologue et préhistorien Édouard Piette.
La grotte d’Isturitz est visitée par Napoléon III et son épouse, Eugénie de Montijo (1860), ainsi que par Pierre Loti (1893)[3].

XXe siècle[modifier | modifier le code]

L’exploitation des phosphates issus de la grotte d’Isturitz est interrompue, au début du siècle, à la suite d'une mésentente entre les deux propriétaires.
1912 voit l’ouverture de l’entrée de la grotte, donnant sur Saint-Martin-d'Arberoue[3].
Une première campagne de fouilles a lieu de 1913 à 1920, menée par Emmanuel Passemard, qui avait découvert l’abri sous roche d'Olha, près de Cambo-les-Bains en 1917[5],[6]. Elle est bientôt suivie (de 1928 à 1949) par une seconde campagne dirigée par Suzanne-Raymonde et René de Saint-Périer[3]. S. de Saint-Périer continuera les fouilles jusqu’en 1954, après la mort de son mari[7].
C’est en 1929 que le meunier Etchegaray découvre le réseau Oxoselhaya, ainsi que des objets et des ossements humains. Les deux grottes ont été classées comme monument historique en 1953, année de la création d'une jonction entre les deux grottes. La colline entière ne l'est qu'en 1996[8].
De 1955 à 1956, José Miguel de Barandiarán Ayerbe, P. Bouchet et Georges Laplace fouillent à leur tour la grotte d’Isturitz et mettent au jour de nombreux restes d’ours des cavernes. Barandiarán et Laplace découvrent les premières œuvres pariétales de la grotte d’Oxocelhaya. La galerie de liaison entre les deux grottes porte désormais le nom de Georges Laplace.

La grotte Erberua est découverte le 15 août 1973 par Jean-Daniel Larribau et C. Barroumès[9]. Deux ans plus tard, puis encore en 1982, J.-D. Larribau y met au jour des figurations pariétales, ainsi que des gravures et des peintures. Cette galerie porte son nom.
En 1992, des mesures de protection sont sollicitées auprès du service régional d’archéologie d’Aquitaine, qui concernent également les restes d'un château navarrais situé au sommet de la colline de Gaztelu[3].
De nouvelles gravures et peintures sont découvertes dans ce réseau en 1997, et en 1999, José Miguel de Barandiarán et Christian Normand fouillent la salle Saint-Martin d’Isturitz.

XXIe siècle[modifier | modifier le code]

De 2000 à 2010, Christian Normand, à la tête d'une équipe d'une vingtaine d’archéologues, mène des campagnes de fouilles de cette même salle. En parallèle, de 2001 à 2003, Aude Labarge (préhistorienne plasticienne) entreprend une relecture artistique des réseaux Isturitz et Oxocelhaya[3].

Archéologie[modifier | modifier le code]

L'occupation initiale des grottes remonte au Moustérien, il y a environ 80 000 ans. Elle révèle la présence de l'homme de Neandertal dans le site.

La grotte d'Isturitz est célèbre pour le fait qu'on y a découvert une série importante de flûtes préhistoriques datant du Paléolithique supérieur (de l'Aurignacien ancien au Magdalénien) soit environ de 35 000 à 10 000 ans av. J.-C. La seule période du Périgordien en a livré plus des deux tiers[10]. Parmi l'art mobilier préhistorique, on trouve aussi des harpons en os, des figurines de bison sur plaquette en grès (Magdalénien moyen), des têtes de propulseurs en bois de renne (Magdalénien moyen).

Les grottes comportent également des sculptures et des peintures pariétales, mais seul le pilier gravé d'Isturitz reste accessible au grand public.

Détail des objets issus des fouilles[modifier | modifier le code]

Le musée d'archéologie nationale, à Saint-Germain-en-Laye détient les collections Passemard et Saint-Périer, propriété de l’État. Ce musée possède également un décompte des séries de la grotte d’Isturitz, publié par Xabier Esparza San Juan en 1955 (thèse intitulée la cueva de Isturitz). Ce décompte témoigne de la richesse du gisement, qui révèle des fréquentations différentes au cours des âges préhistoriques. Ainsi on dénombre au moins 7 831 outils en os, 33 814 objets lithiques (dont 25 652 outils), plusieurs centaines d’œuvres d’art (peintures, gravures) et plusieurs milliers de fragments osseux[3]. Les objets appartenant aux propriétaires des lieux sont entreposés au centre archéologique départemental d’Hasparren.

L’inventaire qui suit est extrait de l’article de Joëlle Darricau paru dans le Bulletin du Musée basque, Harria et herria, Pierre et pays, , p. 81 à 83 :

Moustérien inférieur (80 000) 
La salle Saint-Martin recèle plusieurs centaines de pièces en silex (éclats, racloirs et outils en quartzite), et des fragments attestant la présence de chevaux, cerfs, ours et hyènes.
Moustérien supérieur (65 000-45 000) 
La salle Saint-Martin est fréquentée. Plusieurs centaines de pièces en silex datent de cette période. La faune d’alors est composée de cerfs, chevaux, rhinocéros, et le renne fait son apparition.
Proto-Aurignacien (45 000-35 000) 
Quelques rares occupations de la salle Saint-Martin. Aucun outil en os de cette période n’a été trouvé, mais 223 pièces en silex ont été découvertes, dont un nucléus et 156 outils (grattoirs, burins). On constate un net début du refroidissement[Note 1].
Aurignacien typique (35 000) 
Quelques traces d’occupation sont constatées dans la salle d’Isturitz, plus nombreuses dans la salle Saint-Martin. 578 outils en os (poinçons, sagaies, parures) et 5 506 pièces lithiques (nucléus, grattoirs, dont certains carénés, burins, lames retouchées) ont été exhumés, ainsi que des œuvres d’art (os encochés). Le cheval, le bos, le renne puis le cerf constituaient la faune, sous un climat peu froid[Note 2].
Gravettien (30 000-25 000) 
La salle d’Isturitz montre des traces de fréquentation abondante. 2 008 outils en os ont été découverts (poinçons, sagaies, parures), ainsi que 15 497 pièces en silex (164 nucléus, le reste se répartissant entre grattoirs (28 %), burins (45 %), et autres pointes de La Gravette). Quelques gravures et de très nombreux os encochés ont été également trouvés. Les traces de la faune laissent apercevoir des chevaux, des bos, des rennes et des cerfs, et également des antilopes saïga. Le climat de cette époque atteint son froid maximum[Note 3].
Solutréen (20 000) 
La salle d’Isturitz est peu utilisée. On y a retrouvé 177 outils en os (sagaies, poinçons, aiguilles et parures) et 628 objets en silex (nucléus, grattoirs, burins, lames retouchées et feuilles de laurier). Les œuvres d’art sont peu nombreuses. Le cheval, le bos, le renne et la saïga composent la faune. Le climat marque un léger adoucissement, dans une période assez humide[Note 4].
Magdalénien moyen (17 000) 
Les salles d’Isturitz et Saint-Martin sont abondamment utilisées. 3 502 objets en os sont exhumés (sagaies, poinçons, baguettes demi-rondes, lissoirs, bâtons perforés, aiguilles, parures), ainsi que 7 542 pièces lithiques (nucléus et outils tels que grattoirs, burins et lames retouchées). Les œuvres d’art sont extrêmement nombreuses. La faune se compose de chevaux, de bos, de cerfs et de rennes. Le climat est moyennement froid[Note 5].
Magdalénien supérieur (15 000) 
La salle d’Isturitz fait l’objet d’une occupation très abondante. On y a trouvé 1 324 objets en os (sagaies, poinçons, harpons, bâtons perforés, lissoirs, aiguilles et parures) et 2 412 pièces en silex (369 nucléus et 1 534 outils - grattoirs (17 %), burins (53 %) et lames retouchées). Le renne est majoritaire, et accompagné de chevaux et de bos. La palynologie montre un climat froid et humide[Note 6].
Magdalénien final (10 000) 
La salle d’Isturitz est occupée. On y met au jour 102 objets en os (poinçons, sagaies et harpons) et 790 pièces en silex (38 nucléus et 254 outils, en majorité des grattoirs, au milieu de burins et de lames retouchées). Les œuvres d’art de cette époque sont rares, aux décors géométriques.
Néolithique (5 000) 
Les salles Saint-Martin et d’Isturitz servent de zone sépulcrale et présentent de nombreux ossements humains et des fragments de poteries. Des haches plates en cuivre et des haches polies ont été découvertes dans la salle d’Isturitz.
Époque gallo-romaine 
De nombreuses monnaies et des fragments de vases ont été trouvés dans la salle d’Isturitz.
Moyen Âge 
Un carreau d'arbalète et un vase ont été découverts dans la salle d’Isturitz.

Partenariats[modifier | modifier le code]

L’ensemble d’Isturitz et d’Oxocelhaya fait partie de l’ANECAT (association nationale des exploitants de cavernes aménagées pour le tourisme[Note 7]), et de l’ISCA (International show caves association)[Note 8]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Bruyères nombreuses et 1,7 % d’arbres (noisetiers, pins)
  2. 2,4 % d’arbres (noisetiers, aulnes, ormes et pins)
  3. 0,25 % d’arbres (steppe)
  4. 3,2 % d’arbres (noisetiers, aulnes, chênes, hêtres) et fougères de sous-bois
  5. 1,8 % d’arbres (noisetiers, aulnes, chênes, hêtres et saules)
  6. 0,4 % d’arbres (pins et bouleaux)
  7. Le siège social de l’ANECAT est situé à Paris, au 2 place André Malraux. L’association regroupe 80 adhérents (2003)
  8. Le siège social de l’ISCA est situé à Genga (Italie). L’association regroupe l’Afrique du Sud, les Antilles néerlandaises, l’Australie, l’Autriche, la Belgique, la Chine, l’Espagne, les États-Unis, la Hongrie, l’Italie, la République tchèque, le Royaume-Uni, la Russie, la Slovaquie, la Slovénie, la Suède et l’Ukraine.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Nom donnée par les cartes de l'IGN-France, consultables sur Géoportail.
  2. « Classement par les monuments historiques », notice no PA00084511, base Mérimée, ministère français de la Culture
  3. a, b, c, d, e, f, g et h Joëlle Darricau in Bulletin du Musée basque, Harria et herria, Pierre et pays, , p. 77 à 88
  4. Site Isturitz Oxocelhaya - Espace culturel arts et sciences
  5. Passemard, E. (1936) - « Le Moustérien à l'abri Olha en Pays-Basque », Revue Lorraine d'Anthropologie, 8e année, pp. 117-160.
  6. Marc Large, Les premiers hommes du Sud-Ouest, Cairn - 2006 (ISBN 2 35068 035 5), page 60
  7. Dominique Buisson, Les flûtes paléolithiques d'Isturitz (Pyrénées-Atlantiques), vol. 87, Bulletin de la Société préhistorique française, , p. 420 à 433
  8. « Classement de l’ensemble de la colline de Gaztelu », notice no PA00084408, base Mérimée, ministère français de la Culture
  9. (es) Site d’ArteHistoria
  10. M. Dauvois, X. Boutillon, B. Fabre, M.-P. Verge : « Son et musique au Paléolithique », Pour la Science, n°253, p. 52-58, novembre 1998.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]