Grotte du Tuc d'Audoubert

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Grotte du Tuc d'Audoubert
Image illustrative de l'article Grotte du Tuc d'Audoubert
Reproduction des Bisons en argile (musée de Brno)
Coordonnées 43° 01′ 56″ nord, 1° 12′ 08″ est
Pays Drapeau de la France France
Région française Midi-Pyrénées
Vallée vallée du Volp
Localité voisine Montesquieu-Avantès
Voie d'accès D 215b
Altitude de l'entrée 450 m
Longueur connue 640 m
Signe particulier art pariétal, art mobilier, bisons en argile
Cours d'eau Volp
Occupation humaine Magdalénien moyen (Paléolithique supérieur)

Géolocalisation sur la carte : Ariège

(Voir situation sur carte : Ariège)
Grotte du Tuc d'Audoubert

Géolocalisation sur la carte : Pyrénées

(Voir situation sur carte : Pyrénées)
Grotte du Tuc d'Audoubert

La grotte du Tuc d'Audoubert est une des trois cavités karstiques formant le réseau des cavernes du Volp[1] en Ariège, dans les Pyrénées. Elle se caractérise par les vestiges laissées par la fréquentation de groupes humains durant la fin du Paléolithique supérieur, par exemple des ossements d'animaux et des éléments en silex[1] et surtout part de l'art pariétal ainsi que des bisons façonnés en argile crue.

Découverte, étude et préservation du site[modifier | modifier le code]

La rivière Volp et l'entrée de la grotte du Tuc d'Audoubert

Connue depuis la fin du XVIIe siècle ou le début du XVIIIe siècle[2], la grotte du Tuc d'Audoubert a été explorée par les trois fils d'Henri Begouën en deux phases, le 20 juillet et le 10 octobre 1912[3],[4]. Ces deux visites ont été effectuées en radeau en remontant le cours de la rivière Volp[1] car la cavité n’était accessible que par bateau[4]. L'accès à certaines salles a nécessité de briser des colonnades et des stalactites et d'élargir une chatière[5]. De nombreuses œuvres pariétales ainsi que les vestiges laissés sur le sol par les populations préhistoriques ont été identifiées.

L'étude de la grotte a été confiée officiellement à Émile Cartailhac[4] qui fut le premier à mener des fouilles scientifiques dans le site. D'autres recherches ont été menées par la suite par l’Abbé Breuil, Jean Clottes et enfin Henri Rouzaud[2]. L'étude du site n'est pas achevée. De nouvelles recherches ont été entreprises en 2004. Une monographie sur la grotte a été publiée en 2009[4],[3].

L'étude et la préservation de la grotte restent cependant très attachées à Henri Bégouen et à ses descendants qui en sont d'ailleurs propriétaires depuis 1893[2]. Incité par Émile Cartailhac[4], Henri Bégouen prend plusieurs décisions permettant de préserver la grotte et il est un précurseur dans la conservation du patrimoine archéologique[6]. Il limite ainsi la visite aux seuls spécialistes de la Préhistoire[4], il aménage des espaces de circulation d’extension limitée pour protéger le sol de la grotte[1] et il laisse sur place la grande majorité des outils en roche taillée et des ossements[3]. Encore aujourd'hui la grotte est fermée au grand public[2].

Topographie[modifier | modifier le code]

Plan de la grotte réalisé en février 1913

Le Tuc d'Audoubert est la plus profonde des trois grottes du Volp[3]. Elle n'est pas en connexion avec la grotte d'Enlène et la grotte des Trois Frères[4]. Son accès n'est possible que par le lit de la rivière Volp et uniquement lorsque le niveau de l'eau est bas.

Le réseau mesure 640 m de long et est composé de trois niveaux de galeries[4],[3] :

  • le Réseau inférieur qui correspond au cours souterrain du Volp,
  • le Réseau médian, à trois mètres au-dessus de la rivière, qui comprend des galeries décorées (Salle Nuptiale, Galerie des Gravures, Galerie des Bouquetins),
  • le Réseau supérieur, accessible par une cheminée de 12 mètres de diamètre, s'étend sur 500 m. Il présente également de l'art pariétal et des preuves de fréquentation préhistorique (la Chatière, la Salle des Talons). La Salle des Bisons est au bout. C’est dans cette salle que se trouvent les bisons en argile. Le climat souterrain exceptionnel de cette partie de la grotte a permis la préservation des traces laissées dans l'argile.

Fréquentation au Paléolithique[modifier | modifier le code]

Traces de talons dans l'argile

Plusieurs objets découverts dans la grotte du Tuc sont attribués au Moustérien et à l’Aurignacien[2]. Néanmoins, la principale phase de fréquentation date du Magdalénien. Comme l'indiquent les 20 datations radiocarbones et l'analyse des objets découverts[5], les cavernes du Volp ont été fréquentées au moins durant le Magdalénien moyen, autour de 11 500 av. J.-C.[3].

L'accès à la grotte à pied sec n'était possible qu'à la belle saison. Des groupes humains ont campé régulièrement dans les galeries du Réseau médian. Ces phases d'occupations saisonnières, documentée dès 1914 par les fouilles d'Henri Bégouen, se sont poursuivies pendant au moins plusieurs générations et plusieurs aires de séjour avec des vestiges de foyers ont été identifiées[3]. On y a découvert des outils et des armes de silex, des objets de parure et des éléments d'art mobilier. Parmi ces derniers, sont présents des contours découpés en forme de tête de cheval réalisé sur des os hyoïdes de chevaux[4] ou encore un isard gravé[3]. Sur les parois près de ces traces d'occupation, des peintures et des gravures ont été identifiées[3]. On trouve également dans cette partie de la grotte des fragments d'os enfoncés profondément dans des fissures.

Le Réseau supérieur, se caractérise par la présence d'art pariétal, de traces de pas, de dessins et de modelages sur les sols argileux, mais il n'y a aucune trace suggérant un séjour prolongé dans cette partie de la grotte. L'art pariétal est absent de la seconde partie de la galerie. Par contre on y trouve des traces d'ours et d'humains, des dessins et des modelages sur le sol argileux, des objets en silex et des ossements d'ours déplacés, utilisés ou abandonnés[3].

La cavité a en effet été fréquentée par des ours des cavernes, comme en témoignent les traces de griffades sur certaines parois, et les squelettes de plusieurs animaux morts sur place. Ces fréquentations sont contemporaines (mais évidemment pas simultanées) des fréquentations humaines puisque l'on trouve les traces de dents d'un carnivore sur un des objets façonnés par les humains[4]. Les os d'ours ont été remués par les personnes qui ont fréquenté la grotte et des canines d'ours ont été volontairement extraites des crânes[5]. Un de ces crânes a d'ailleurs été retrouvé brisé et entouré d’empreintes de pas[4].

Toujours dans le Réseau supérieur, une zone présente des traces de creusement dans le sol naturellement argileux[5]. Il s'agit vraisemblablement de la zone où a été extraite l'argile utilisée pour façonner les bisons[5],[3].

La Salle des Talons, quant à elle, se caractérise par la présence de traces de doigts dans l'argile qui forment une composition géométrique constituée de points et de lignes[4]. Des signes claviformes sont réalisés de la même façon. On y trouve surtout 142 traces de pas ayant la particularité d'avoir le talon extrêmement marqué par rapport à la pointe des pieds[3]. Les personnes qui ont laissé ces traces marchaient donc sur les talons. Dès 1912, Henri Bégouen met en parallèle cette observation singulière avec les pratiques observées lors de rituels en Australie[5]. Il faut toutefois noter que les traces de pas découvertes dans l'ensemble de la grotte ont majoritairement été laissées par de jeunes enfants[4], ce qui s'accorde mal avec l'hypothèse de rituels.

Les peintures et les gravures[modifier | modifier le code]

Tête de renne gravée sur une paroi

On compte 371 figures dans l'ensemble de la grotte[3]. Certaines, difficiles d'accès ou peu visibles, ont été repérées tardivement, notamment à travers des relevés photographiques[7].

Il y a 103 représentations d'animaux qui se répartissent en 11 espèces animales différentes[2] dont 41 bisons et 16 chevaux, mais aussi des bouquetins, des biches, des rennes, des lions, des ours et des serpents. Les bisons de la grotte du Tuc sont représentés en couple à cinq reprises. Outre les animaux, 9 créatures irréelles ont été identifiées. Cette catégorie est particulièrement fréquente par rapport aux autres grottes ornées du Paléolithique supérieur[3]. Les humains sont représentés par un masque anthropomorphe et une figuration de vulve[2]. Les autres figures sont essentiellement des signes, en majorité des claviformes alignés en séries[3]. Les trois-quarts de ces signes sont réalisés par la technique de la gravure[2].

L'ensemble des figures présente une homogénéité stylistique et thématique (couples de bisons, signes claviformes) et il y a une continuité spatiale entre le Réseau médian et le Réseau supérieur puisque l'on trouve des dessins dans la cheminée reliant les deux réseaux[3].

L'art pariétal de la grotte du Tuc d'Auboubert présente des similitudes fortes avec les grottes de Montespan, de Fontanet et de Bédeilhac pour les représentations figurées et les grottes de Covaciella, El Pindal, Cullalvera et Altamira en Cantabrie pour les représentations abstraites[2].

Les bisons d’argile[modifier | modifier le code]

Reproduction des deux gros bisons au Musée d'archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye
Photo des bisons dans la grotte

Les bisons d'argile se situent dans la salle la plus profonde du Réseau supérieur[5], à plus de 600 m de l'entrée de la grotte[2]. À l'origine, il y en avait quatre[8]. Ils se situent tous près ou sur un rocher de 1,52 m de long, 80 cm de large et 58 cm de haut[8],[3].

Le plus petit d'entre eux, était en avant de ce dernier[5]. Il a été prélevé par Émile Cartailhac lors de sa première visite pour éviter qu'il ne soit volé par des visiteurs indésirables[8],[4]. Il n'était en effet pas fixé au sol et, selon Henri Bégouën, il était destiné à être mis debout[5]. Il s'agit d'une ébauche très abîmée de 13 cm de long dont la tête et l'avant-train sont surdimensionnés[5]. Après son prélèvement, il a été montré au conseil municipal de la commune de Montesquieu-Avantès. Par la suite, le Musée d'archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye l'a acheté. Encore aujourd'hui, il y est conservé[4].

Une silhouette de bison de 12 cm de long, 10,2 cm de haut, et 3,9 cm d’épaisseur se situe au pied du rocher. Seule la tête est modelée, le corps étant profondément incisée dans le sol argileux[5],[8].

Les deux plus gros bisons se trouvent sur ce bloc rocheux. Leur surface est humide. Les empreintes de doigt du sculpteur et les traces laissées par l’utilisation d’outils pour le modelage du corps de ces animaux sont visibles[2]. Les deux sculptures présentent des craquelures liées à un épisode d'assèchement de la grotte[2]. Ces animaux sont représentés de manière très naturaliste. Il s’agit d’un mâle qui suit une femelle[3]. La femelle mesure 61 cm de long et 29 cm de haut (du bas du ventre, au sommet de la bosse). La corne et la queue sont brisées et tombées à ses pieds[5]. Sa vulve est bien marquée, à l'origine sa queue était relevée, sa patte arrière gauche est absente (elle n’en a jamais eu), les oreilles et les cornes sont très détachées du corps, son œil est représenté sous la forme d’une boule d’argile avec un trou au milieu, les naseaux sont bien marqués[8],[4]. Sa position évoque une attitude de pré-accouplement, mais pas une saillie étant donné la position du mâle[5]. Ce dernier est un peu plus incliné. Il mesure 63 cm de long, 13 cm d’épaisseur et 31 cm de haut (du bas du ventre au haut de la bosse). Bien que le sexe ne soit pas marqué, son aspect massif, sa bosse plus volumineuse, son chignon (touffe de poil entre les cornes) plus marqué permettent de l'identifier comme un mâle. Il ne possède qu’une corne et une oreille, les naseaux sont à peine esquissés[8]. Toutefois, il semble renifler l’air[2].

Dans la même salle, on trouve également deux bisons gravés sur les murs[2], ainsi qu'une petite tête de bison esquissée par quelques traits incisés dans un relief naturel[3], ce qui confirme l'importance de cet animal dans cette partie de la grotte.

Les bisons d'argile ne connaissent aucun équivalent dans tout l'art du Paléolithique supérieur européen. Cependant, il est rare que les conditions naturelles permettent la conservation d’œuvre de ce type pour des périodes aussi ancienne. Leur présence démontre qu'au moins une partie de la population de l'époque savait parfaitement façonner l'argile.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Discours de Robert Begouën à l'Académie des Sciences, Inscriptions et Belles Lettres de Toulouse pour la Commémoration du centenaire de la Société Préhistorique Française, 23 mars 2004 (consulté le 2 janvier 2016)
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m et n Tuc d'Audoubert Cave Bison Sculpture, Art Encyclopedia (consulté le 2 janvier 2016)
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r et s La grotte du Tuc d'Audoubert (Ariège), Centre de Recherche et d’Études pour l'Art Préhistorique Émile Cartailhac (consulté le 2 janvier 2016)
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o et p Tuc d'Audoubert, Don's Maps (consulté le 2 janvier 2016)
  5. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Begouën H., 1912, Les statues d'argile préhistoriques de la caverne du Tuc d'Audoubert (Ariège), Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 56e année, n°7, p. 532-538
  6. Biographie Henri Begouën, préhistorien, Hominidés.com (consulté le 2 janvier 2016)
  7. Begouën R., Clottes J., 1994, Grotte du Tuc d'Audoubert (consulté le 2 janvier 2016)
  8. a, b, c, d, e et f Begouën R., Clottes J., Delporte H., 1977, Le retour du petit bison au Tuc d'Audoubert, Bulletin de la Société préhistorique française, tome 74 n°4, p. 112-120
  • Bégouen R., Fritz C., Tosello G., Clottes J., Pastoors A., Faist F. (avec la collaboration de F. Bourges, P. Fosse, M. Langlais, S. Lacombe), 2009, Le sanctuaire secret des Bisons. Il y a 14000 ans, dans la caverne du Tuc d'Audoubert..., Éditions d'art Somogy et Association L. Bégouën, 416 p. (ISBN 978-2-7572-0203-6).
  • Henri Bégouën, L’Abbé H. Breuil: Les cavernes du Volp. Trois-Fréres - Tuc d’Audoubert. Tucson 1999.
  • Tuc d’Audoubert - Bibliographie antérieure à 2005
  • www.europreart.net Plan de la grotte (navigation : France → Ariège → Tuc d'Audoubert)

Articles connexes[modifier | modifier le code]