Grotte de Bruniquel

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Ne pas confondre avec la grotte de Mayrière supérieure, également sur la commune de Bruniquel
Grotte de Bruniquel
Image illustrative de l'article Grotte de Bruniquel
Coordonnées 44° 02′ 44″ nord, 1° 41′ 48″ est
Pays Drapeau de la France France
Région française Occitanie
Vallée Aveyron
Localité voisine Bruniquel
Protection  Inscrit MH (1996)[1]

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Grotte de Bruniquel

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Grotte de Bruniquel
La structure de la grotte de Bruniquel.jpg

La grotte de Bruniquel (Bruniquel, Tarn-et-Garonne) a livré des traces d'activité humaine en milieu souterrain datant de 176 500 ans avant le présent. Elle a été occupée par l'homme de Néandertal qui y a construit une structure composée de près de 400 morceaux de stalagmites juxtaposés, alignés et superposés[2],[3].

Cette structure d'habitation constitue en l'état actuel des recherches la plus ancienne construction humaine au monde[4].

La grotte est fermée au public pour études scientifiques. À défaut on peut visiter la salle consacrée à cette cavité aux châteaux de Bruniquel.

Découverte et étude de la grotte[modifier | modifier le code]

Une grotte occupée par les ours et les hommes[modifier | modifier le code]

L'inventeur de la cavité est Bruno Kowalscewski, jeune spéléologue qui découvre en février 1990, en surplomb de l'Aveyron, l'entrée d'une grotte de la taille d'un terrier de lapin, qu'il désobstrue, pour tomber sur une vaste galerie, habitée jadis par des ours bruns qui y ont laissé leurs traces. Explorée ensuite et protégée par la Société spéléo-archéologique de Caussade (SSAC)[5], la grotte se présente sous la forme d'une galerie de plus de 500 m, ponctuée de salles plus vastes. Elle livre une quarantaine de bauges d'ours et de nombreux ossements d'animaux (chevaux, bisons, cerfs) qui y ont été forcément introduits par l'homme.

Première étude[modifier | modifier le code]

L'étude est menée par Michel Soulier, président de la SSAC, et François Rouzaud, spéléologue et conservateur en chef du patrimoine à la direction régionale des affaires culturelles de la région Midi-Pyrénées. En 1992 et 1993, ils prospectent l'ensemble de la grotte et procèdent notamment au relevé de structures faites de tronçons de stalagmites. En 1995, ils font dater par le carbone 14 un morceau d'os brûlé trouvé sur la structure : le carbone 14 n'est plus décelable, ce qui indique un âge supérieur à 47 600 ans. Les travaux sont interrompus à la mort de François Rouzaud en 1999.

Nouvelles études[modifier | modifier le code]

Sophie Verheyden, chercheuse à l'Institut royal des sciences naturelles de Belgique, visite la grotte en 2011[6], poussée par la curiosité après avoir examiné certaines des photographies de la grotte exposées aux châteaux de Bruniquel[7]. Elle contacte alors Dominique Genty, chercheur au CNRS au Laboratoire des Sciences du Climat et de l'Environnement (LSCE, CEA-CNRS-UVSQ, Saclay, France), spécialiste des concrétions et qui connaissait l'existence et l'intérêt de cette structure. Il la met en contact avec Jacques Jaubert pour envisager une opération archéologique et pour dater la structure par la méthode uranium-thorium, tous ensemble et avec Michel Soulier, devenu gestionnaire de la grotte. Deux campagnes de relevés et prélèvements se déroulent aux printemps 2014 et 2015, sous la direction de Jacques Jaubert et Sophie Verheyden. Elles aboutissent au résultat publié en 2016 : les structures ont été réalisées il y a près de 180 000 ans[8].

Spéléofacts[modifier | modifier le code]

Une construction humaine[modifier | modifier le code]

Dans l'une des salles de la grotte, à 336 mètres de l'entrée, une construction formée d'amoncellements de concrétions brisées a été découverte sur le sol de la cavité. Constituée d'une grande structure annulaire (6,7 × 4,5 m) et d'une autre plus petite (2,2 × 2,1 m), c'est la première construction connue à base de stalagmites. Elle est composée de 399 « spéléofacts »[a], dont les morceaux de stalagmites mis bout à bout forment une longueur de 112 mètres pour une masse totale d'environ 2,2 tonnes[8]. Les tronçons utilisés ont été calibrés (ceux de la plus grande structure ont des tailles similaires et sont plus grands que ceux de la petite) et ordonnés en rangs superposés (jusqu'à quatre). Certains ont servi d'étais ou de cales.

Dix-huit points de chauffe ont également été identifiés, repérés par l'altération de la calcite (rougie ou noircie par la suie, ou éclatée par la chaleur) et/ou par des vestiges de combustible dont des os calcinés (notamment le fragment de radius d'ours partiellement calciné dont on avait tenté la datation en 1995). La disposition des structures de combustion suggère qu'elles ont servi à l'éclairage.

Datation[modifier | modifier le code]

Les spéléofacts sont surmontés de petites stalagmites ayant poussé sur les fragments constituant les structures annulaires. La calcite au-dessus et au-dessous du contact entre un spéléofact et la calcite de ces petites stalagmites a été prélevée en 14 points différents et datée par la méthode uranium-thorium, ce qui a permis de cerner l'âge de ces constructions. Le résultat est surprenant : 176 500 ± 2 000 ans. Cet âge a ensuite été confirmé par la datation de la couche de calcite recouvrant un fragment d'os brûlé trouvé au sein d'une des structures démontrant définitivement la présence humaine à cet endroit.

Une œuvre de l'homme de Néandertal[modifier | modifier le code]

L'âge minimum obtenu en 1995 pour l'os d'ours calciné[9], 47 600 ans, suggérait déjà que la construction soit l’œuvre de l'homme de Néandertal, car cet âge est nettement plus ancien que celui de l'arrivée des premiers hommes modernes dans la région. Mais cette suggestion suscitait le scepticisme : derniers Néandertal ou tout premiers hommes modernes ? De plus l'os d'ours, certes ramassé à l'entrée de la grotte et brûlé par les constructeurs, pouvait très bien leur être de beaucoup antérieur.

L'âge obtenu par datation de la calcite, presque 180 000 ans, est lui sans appel. À cette époque, il n'est pas question d'hommes modernes ni même de Néandertaliens classiques, mais de Néandertaliens anciens. Ceux-ci maîtrisaient donc l'éclairage et son entretien, et la conception et la réalisation de structures sophistiquées. Plus encore, ils s'étaient déjà approprié le monde souterrain, presque 130 000 ans avant les hommes du Paléolithique supérieur.

La destination et la signification des structures annulaires restent inconnues. En l'absence d'autre indice, on ne peut que formuler des hypothèses, en attendant que l'étude du sol foulé par les constructeurs, actuellement caché sous une couche de calcite, nous livre peut-être d'autres informations.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Spéléofact » est un mot-valise forgé par les chercheurs à partir de « spéléothème » et « artefact » pour désigner ce nouveau type d'artefact.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Notice no PA82000001, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  2. Nicolas Delesalle, « Grotte de Bruniquel : c'est définitif, Néandertal n’était pas la moitié d'un idiot », sur Télérama, (consulté le 26 mai 2016).
  3. Jaubert (2016), cf. Bibliographie.
  4. Dossier « Moi, Néandertal », par Jordi Rosell Ardévol, dans Histoire et civilisations, Le Monde / National Geographic, 28, mai 2017, p. 33-50.
  5. Site de la Société spéléo-archéologique de Caussade
  6. Hervé Morin, « Néandertal s'aventurait au fond des grottes, 140 000 ans avant « Homo sapiens » », sur lemonde.fr,
  7. Sophie Verheyden, une Belge au cœur de la découverte de la grotte de Bruniquel - Le Soir, le
  8. a et b (en) Jacques Jaubert, Sophie Verheyden, Dominique Genty, Michel Soulier, Hai Cheng, Dominique Blamart, Christian Burlet, Hubert Camus, Serge Delaby, Damien Deldicque, R. Lawrence Edwards, Catherine Ferrier, François Lacrampe-Cuyaubère, François Lévêque, Frédéric Maksud, Pascal Mora, Xavier Muth, Édouard Régnier, Jean-Noël Rouzaud, Frédéric Santos, « Early Neandertal constructions deep in Bruniquel Cave in southwestern France », Nature, no 534,‎ , p. 111–114 (DOI 10.1038/nature18291)
  9. H. Valladas, CEA, LSCE, France in Rouzaud et al., 1995, Spelunca n° 60.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • F. Rouzaud, M. Soulier et Y. Lignereux, « La grotte de Bruniquel », Spelunca, 5e série, no 60,‎ , p. 27-34.
  • Jacques Jaubert, « Que faisait Néandertal dans la grotte de Bruniquel ? », Pour la Science, no 465,‎ , p. 26-35.
  • Jacques Jaubert, « Les étranges structures de Bruniquel », Dossier Pour la Science, no 94,‎ , p. 96-103.

Liens externes[modifier | modifier le code]