Grotte de Rouffignac

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Grotte de Rouffignac
Grotte de Rouff mammut.jpg
Mammouth et bouquetins gravés sur une paroi de la grotte
Localisation
Coordonnées
Pays
Région
Département
Commune
Vallée
du Labinche
Caractéristiques
Type
Calcaire et silex
Longueur connue
km
Température
13 °C
Occupation humaine
Magdalénien (-13 000 ans)
Patrimonialité
Localisation sur la carte de la Dordogne
voir sur la carte de la Dordogne
Red pog.svg
Localisation sur la carte de Nouvelle-Aquitaine
voir sur la carte de Nouvelle-Aquitaine
Red pog.svg
Localisation sur la carte de France
voir sur la carte de France
Red pog.svg

Grotte de Rouffignac *
Coordonnées 45° 00′ 32″ nord, 0° 59′ 16″ est
Critères (i) (iii)
Superficie 51,76 ha[1]
Numéro
d’identification
085-012
Zone géographique Europe et Amérique du Nord **
Année d’inscription 1979 (3e session)
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification UNESCO

La grotte de Rouffignac est une grotte ornée située au cœur du Périgord, sur la commune de Rouffignac-Saint-Cernin-de-Reilhac, entre Bergerac et Sarlat, dans le département de la Dordogne (France). Le site abrite plus de 250 gravures ainsi que des dessins au trait datant du Paléolithique supérieur (Magdalénien, plus de 13 000 ans).

Description[modifier | modifier le code]

Longue de plus de 8 kilomètres, cette caverne est l'une des plus grandes grottes ornées d'Europe.

Les recherches ont permis d'identifier d'innombrables traces de griffes et de bauges laissées par les ours des cavernes avant l'intervention humaine.

Art[modifier | modifier le code]

Il y a environ 13 000 ans (Magdalénien), ces galeries furent ornées de 158 mammouths associés à des rhinocéros laineux, des bisons, des chevaux et des bouquetins. Les figures sont profondément gravées ou peintes en noir. Quatre figurations humaines et des signes tectiformes sont également présents.

L'oxyde de manganèse qui a servi au tracé des dessins vient de Romanèche[2], distant de 450 km[3],[4],[5].

Historique[modifier | modifier le code]

La grotte est connue depuis plusieurs siècles et a été décrite en 1575 par François de Belleforest[6]. Le chanoine Jean Tarde la mentionne également au XVIIe siècle, déclarant y avoir vu « des peintures en plusieurs lieux, montrant des vestiges de toutes sortes de bétail »[7].

Au milieu du XVIIIe siècle Gabriel Bouquier dresse le premier plan de la caverne, aujourd'hui conservé au Musée d’Art et d’Archéologie du Périgord[8].

La grotte de Rouffignac est connue sous d'autres noms, utilisés par le passé : la grotte de Miremont, le Cro des Cluzeau, le Cro de Granville[9] - ce dernier toponyme toujours utilisé, ainsi que Cro de Rouffignac[1].

Les dessins de la frise des rhinocéros sont (re)découverts par le Spéléo-Club de Périgueux. Ils apparaissent derrière une tente de leur campement photographié par Bernard Pierret lors d'une expédition en 1948. Cette photo est publiée en 1951 dans Le Périgord souterrain de B. Pierret. Informé par les spéléologues, le directeur de la Circonscription préhistorique (Séverin Blanc) conclut à « des dessins faits par le maquis »[10].

Les peintures et gravures de la grotte ont été découvertes scientifiquement le [7] par Louis-René Nougier, titulaire de la chaire de Préhistoire de l'Université de Toulouse, et Romain Robert de la Société Préhistorique de l'Ariège[10].

Une vive polémique relatée dans l'ouvrage La Guerre des Mammouths surgit entre ceux qui croient en l'authenticité des œuvres d'art et ceux qui en doutent. La conclusion ferme et définitive est donnée en septembre 1956, après les expertises de Henri Breuil, du professeur Paolo Graziosi de l'Université de Florence et de Martin Almagro de l'Université de Madrid[11]. Auparavant il y a eu les grands débats sur l'art pariétal découvert à la grotte Chabot (1878), Altamira (1879), Pair-non-Pair (1883), grotte de la Mouthe[7] (1895)[12], la grotte du Figuier[13]… et bien d'autres. Le terrain est donc déjà largement préparé pour une reconnaissance de l'ancienneté de l'art de Rouffignac.

Protection[modifier | modifier le code]

La grotte est classée comme Monument historique et a été inscrite en 1979 au Patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco parmi les quinze sites préhistoriques et grottes ornées de la vallée de la Vézère[1].

Le , la vallée de la Vézère est classée par décret parmi les grands sites d'Aquitaine[14]. Ce classement intègre également la grotte de Rouffignac[15] et le site préhistorique de la Ferrassie[14].

Tourisme[modifier | modifier le code]

La grotte est ouverte au public depuis 1959. La visite se fait en train électrique, qui fait parcourir 4 kilomètres aller-retour dans les galeries principales.

Comme il y a un quota de visiteurs par jour, et qu'on ne peut pas réserver par téléphone, ni même sur place pour le lendemain, il faut y être en début de matinée en juillet/août pour avoir une chance d'avoir une place le jour même.

La version courte durée (13 min) du film documentaire de Marc Azéma, Dater les origines de l'art, est passée en continu sous le porche d'entrée de la grotte[16].

Parmi les sites naturels de la région Nouvelle-Aquitaine, le site se classe huitième en termes de fréquentation touristique en 2018 avec 60 724 visiteurs[17].

En 2006 a été célébré le 50e anniversaire de la découverte scientifique des peintures et gravures.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Cartographie.
  2. Dans le département de Saône-et-Loire.
  3. [Beck et al. 2012] Lucile Beck, Hélène Rousselière, Jacques Castaing, Adrian Duran, Matthieu Lebon, Sophia Lahlil et Frédéric Plassard, « Analyse in situ des dessins préhistoriques de la grotte de Rouffignac par fluorescence X et diffraction X portable », Varia, no 3,‎ , p. 139-152 (lire en ligne [sur journals.openedition.org], consulté le 1er décembre 2020).
  4. (en) « Manganese deposit, Romanèche-Thorens, La Chapelle-de-Guinchay, Mâcon, Saône-et-Loire, Bourgogne-Franche-Comté, France », sur mindat.org (consulté le 1er décembre 2020).
  5. [Chermette 1975] Alexis Chermette, « L'ancienne mine de manganèse de Romanèche (Saône-et-Loire) (Encart) », Publications de la Société Linnéenne de Lyon, vol. 44, no 3,‎ , p. 1-11 (lire en ligne [sur persee], consulté le 1er décembre 2020).
  6. [Belleforest 1575] François de Belleforest, Cosmographie universelle de tout le monde, vol. 198, Paris, Michel Sonnius, , 390 p., sur books.google.fr (lire en ligne), p. 198. Cité dans Roussot 1990, p. 34.
    Le passage sur la grotte commence par :
    « Près de Miramont aussi [...] se voit une caverne ou grottesque, que les naturels du pays appellent Cluzeau, de laquelle ceux qui y sont entrez racomptent grandes merueilles, la disans aller en longueur sous terre de 5 à 6 lieues, & que là-dedans il y a de belles sales… ».
  7. a b et c Roussot 1990, p. 34.
  8. [Chevillot et al. 2020] Christian Chevillot, Frédéric Plassard, Eneko Hiriart et Vincent Geneviève, « Rouffignac, une grotte-sanctuaire du IIe âge du Fer », Documents d'archéologie et d'histoire périgourdines, vol. 34,‎ , p. 117 (lire en ligne [sur hal.archives-ouvertes.fr], consulté le 21 janvier 2021).
  9. C.R., « Grotte de Rouffignac - Périgord. La grotte aux cent mammouths », sur hominides.com (consulté le 1er décembre 2020).
  10. a et b « Grotte de Rouffignac à Rouffignac-Saint-Cernin-de-Reilhac en Dordogne », sur museedupatrimoine.fr (consulté le 1er décembre 2020).
  11. [Nougier & Robert 1957] Louis-René Nougier et Romain Robert, Rouffignac ou La Guerre des Mammouths, Paris, éd. la Table Ronde, , sur gallica (lire en ligne).
  12. Roussot 1990, p. 35.
  13. [Gély 2005] Bernard Gély, « De Chabot à Chauvet ; 130 années de découvertes d'Art paléolithique dans les gorges de l'Ardèche », Publications du musée des Confluences, no 3 « 150 ans de Préhistoire autour de Lyon »,‎ , p. 117-122 (lire en ligne [sur persee]), p. 118.
  14. a et b Léa Sanchez, « Le plus grand site classé d'Aquitaine », Sud Ouest édition Périgueux, 29 décembre 2015, p. 17.
  15. « Site classé de la grotte de Rouffignac »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur donnees.aquitaine.developpement-durable.gouv.fr, DREAL Aquitaine..
  16. Dater l'art des origines, de Passé Simple, IRAMAT (CNRS - Université Bordeaux-Montaigne - Bordeaux III) et Région Aquitaine (prod.) et de Marc Azéma (réal.), 2017, 3 versions : 13 min, 26 min, 52 min [présentation en ligne].
    Produit d'une commande d'un laboratoire de Bordeaux sur la datation à l'uranium-thorium et la luminescence, la version courte durée est passée en continu sous le porche d'entrée de la grotte de Rouffignac. (La page de présentation du film, sur le site de la grotte, contient une erreur sur le titre du film de Marc Azéma, en le citant comme « Dater les origines de l’art ».)
  17. « Les 10 sites touristiques naturels les plus visités en Nouvelle-Aquitaine en 2018 », Sud Ouest, 2 novembre 2019, p. 3.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • [Igarashi 2010] Jannu Igarashi, « Chronologie de la réalisation d'une frise de mammouths dans la grotte de Rouffignac (Dordogne, France) », dans Jean Clottes (dir.), L’art pléistocène dans le monde, Bulletin de la Société Préhistorique Ariège-Pyrénées, n° LXV-LXVI, 2010-2011 (lire en ligne [PDF]), p. 355-376.
  • [Leroi-Gourhan 1988 (posth.)] André Leroi-Gourhan, « Rouffignac », dans Dictionnaire de la Préhistoire, Paris, Presses universitaires de France, , p. 959-960.
  • [Plassard 1999] Jean Plassard, Rouffignac. Le sanctuaire des mammouths, Paris, éd. Le Seuil, coll. « Arts rupestres », , 99 p..
  • [Roussot 1990] Alain Roussot, « Les premières découvertes d'art pariétal », Paléo, no hors-série « Une histoire de la préhistoire en Aquitaine »,‎ , p. 34-35 (lire en ligne [sur persee]).

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]