Sterkfontein

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Sterkfontein
Archéologues sur la structure surplombant le site de Sterkfontein.
Archéologues sur la structure surplombant le site de Sterkfontein.
Localisation
Pays Drapeau de l'Afrique du Sud Afrique du Sud
Coordonnées 26° 00′ 56″ Sud 27° 44′ 03″ Est / -26.015656, 27.734294

Géolocalisation sur la carte : Afrique du Sud

(Voir situation sur carte : Afrique du Sud)
Sterkfontein
Sterkfontein
Localisation de Sterkfontein (ZA-1), parmi les principaux sites de découverte d'Hominines (Australopithèques, ...), en Afrique :
Tchad (TD) :
•  TD-1 – Bahr el-Ghazal
•  TD-2 – Djourab
Éthiopie (ET) :
•  ET-1 – Hadar
•  ET-2 – Herto
•  ET-3 – Omo
Kenya (KE) :
•  KE-1 – Lac Turkana
Tanzanie(TZ) :
•  TZ-1 – Gorges d'Olduvai
•  TZ-2 – Laetoli
Afrique du Sud (ZA) :
•  ZA-1 – Sterkfontein
•  ZA-2 – Swartkrans
•  ZA-3 – Kromdraai (en)
•  ZA-4 – Taung (en)

Sterkfontein (en afrikaans, traduit en français par source forte) est un site préhistorique et paléoanthropologique occupant un ensemble de grottes situé dans la province du Gauteng, au nord-ouest de Johannesburg, près de Krugersdorp, en Afrique du Sud. Le site a livré de nombreux fossiles d’hominidés disparus et des industries lithiques du Paléolithique inférieur,[1],[2].

Avec les sites archéologiques voisins de Swartkrans, Kromdraai et Wonder Cave (Kromdraai, Gauteng) (en), Sterkfontein a été inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco en 2000 sous le nom de « Berceau de l’Humanité »[3].

Historique[modifier | modifier le code]

La collecte de vestiges a débuté à la fin des années 1890 lorsque des carriers exploitant le calcaire dans lequel s’ouvrent les grottes ont remarqué la présence de fossiles et les ont signalés aux scientifiques. Ce n’est qu’à partir de 1936 que des fouilles méthodiques ont débuté, sous la direction de Raymond Dart et Robert Broom de l’université de Witwatersrand[1].

Ces fouilles conduisirent à la mise au jour de nombreux fossiles d’hominidés. En 1936 fut découvert le premier australopithèque adulte, apportant énormément de crédit à la position de Raymond Dart concernant le statut d’ancêtre de la lignée humaine proposée pour le fossile de l’« Enfant de Taung » publié en 1924[1]. Durant la période 1936-1938, 19 spécimens d'homininés furent découverts dans sur ce site[4], dont une partie d'un crâne et son moulage endocranien, TM 1511 et Sts 60, attribués par Broom à Plesianthropus transvaalensis (le presque humain du Transvaal). Ce genre et espèce ne sont plus reconnus, et les restes découverts sont maintenant considérés comme appartenant à Australopithecus africanus[5].

Crâne de Mrs. Ples

Les fouilles s’interrompirent durant la Seconde Guerre mondiale. En 1947, Robert Broom et son assistant John T. Robinson découvrirent un crâne quasiment complet d’Australopithecus africanus d'une femelle adulte (ou peut-être d’adolescent mâle). Le fossile, répertorié sous le numéro Sts 5, devint relativement célèbre sous le surnom de Mrs. Ples[1], nom dérivé du genre Plesianthropus. Son âge est estimé à 2,05 millions d’années (Pléistocène)[6]. Lors de ces fouilles qui se terminèrent en janvier 1949, 75 spécimens d'homininés furent mis au jour[4].

En 1966, un programme de fouilles fut mis en place sous l'impulsion de Phillip Tobias, de l'université du Witwatersrand[4]. En août 1976, Phillip Tobias et Alun R. Hughes, superviseur des fouilles sur le site, mirent au jour un crâne attribué à Homo habilis. Ce crâne, Stw 53, est l'un des crânes les plus complets connus attribué à cette espèce, et le deuxième découvert en Afrique australe, après SK 847 provenant du site voisin de Swartkrans. Des galets aménagés découverts auparavant à une distance de 3 mètres et à des niveaux proches de celui de Stw 53 ont permis de suggérer leur fabrication par Homo habilis[7],[8]. Des études des dépôts complexes de cette partie de la grotte ont révisé cette hypothèse car les sédiments entourant directement Stw 53 ne contiennent aucune industrie lithique[9],[6]. La classification de Stw 53, Australopithecus ou Homo, fait l'objet de nombreux débats. Ce crâne a été attribué à une nouvelle espèce, Homo gautengensis, par Darren Curnoe en 2010[10],[11].

Ron Clarke présentant le crâne dégagé de Little Foot

En 1997, un squelette quasiment complet d’hominidé fossile a été découvert grâce à Ronald J. Clarke : après avoir identifié différents fragments d’ossements correspondant au pied d’un hominidé dans les collections anciennes provenant du site, il demanda à ses assistants Stephen Motsumi et Nkwane Molefe de chercher dans la brèche encore en place dans la grotte les fragments complémentaires. En moins de deux jours, ils avaient identifié la section d’un tibia se raccordant avec les os du pied qu’ils avaient en main. Le fossile, surnommé « Little Foot », a pu être dégagé progressivement de sa gangue de brèche carbonatée et s’est révélé exceptionnellement complet. L'âge de cet australopithèque, que Ron Clarke rattache à l'espèce A. prometheus, est difficile à établir et les résultats varient en fonction des méthodes employées entre 2,2 et 4 millions d’années. Une étude publiée en 2015 lui attribue un âge de 3,67 millions d'années[12],[13],[14].

Les fouilles se poursuivent et le nombre de 500 fossiles d’hominidés répertoriés fait de Sterkfontein l’un des sites les plus riches au monde de ce point de vue[2]. En 2015, une des salles de Sterkfontein appelée Miner Hall a livré des spécimens fossiles d'homininés datés de 2 millions d'années, pouvant être associés à des outils lithiques. Les fossiles comprennent notamment une dent et une phalange, possèdant un mixte de caractères archaïques et modernes. Le doigt a une forme similaire à celle de ceux appartenant à Homo habilis et la dent se rapproche de celles d'Homo naledi, cette dernière espèce ayant été découverte dans la grotte de Rising Star proche de Sterkfontein[15],[16].

Stratigraphie[modifier | modifier le code]

Les sédiments dans le système de grottes forment une couche épaisse en moyenne de 20 mètres, atteignant 30 mètres par endroits. La formation correspondante, appelée formation de Sterkfontein, a été divisée en six membres, numérotés de 1 à 6, du plus ancien au plus récent. Seuls les membres 2 à 5 ont livré des restes d'homininés. Des industries lithiques ont été découvertes dans le membre 5[17],[6].

Membre 2[modifier | modifier le code]

Vue générale de Little Foot en place dans la grotte de Silberberg, en novembre 2006

Le membre 2, présent dans les parties basses de l'ensemble de grottes de Sterkfontein, est constitué d'environ 8 mètres de limons. De nombreux ossements ont été découverts, dont le squelette de Little Foot dans une cavité appelée grotte de Silberberg (Silberberg Grotto)[17],[6].

Membre 3[modifier | modifier le code]

Le membre 3 est en discordance avec le membre inférieur, séparé par des coulées calcaires d'environ 1 mètre. Il atteint par endroit une épaisseur de 9 mètres et est composé de brèches rougeâtres, avec localement de nombreux os fossilisés[17].

Membre 4[modifier | modifier le code]

Le membre 4 est lui-même divisé en quatre unités. Les principales divisions sont l'unité A, la couche inférieure, qui est un remplissage de 5 mètres de haut de cherts et de dolomites cimentés par des coulées calcaires et l'unité B, d'une épaisseur de 6 mètres, constituée d'une brèche également de cherts et de dolomites dans une matrice de sables limoneux. Le membre 4 a livré la majeure partie des restes d'homininés primitifs découverts sur le site, dont Sts 5 (Mrs Ples), et Stw 505, un crâne retrouvé en 1989. Ils appartiennent pour la plupart à l'espèce Australopithecus africanus[17],[4],[18].

Membre 5[modifier | modifier le code]

Le membre 5 a livré des ossements d'homininés et des industries lithiques. L'unité A, constituée de 5 mètres de brèches, a livré Stw 53. Dans l'unité B, des galets taillés oldowayens ont été découverts et l'unité C des industries lithiques acheuléennes[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d (en) Lee R. Berger et Brett Hilton-Barber, A Guide to Sterkfontein & the Cradle of Humankind, Struik Publishers, (ISBN 1-77007-257-8).
  2. a et b (en) « Application for inclusion on the World heritage list - The fossil hominid sites of Sterkfontein, Swartkrans, Kromdraai and environs », sur UNESCO Centre du patrimoine mondial.
  3. « Sites des hominidés fossiles d’Afrique du Sud », sur UNESCO Centre du patrimoine mondial.
  4. a, b, c et d (en) Jacopo Moggi-Cecchi, Frederick E. Grine et Phillip V. Tobias, « Early hominid dental remains from Members 4 and 5 of the Sterkfontein Formation (1966-1996 excavations): Catalogue, individual associations, morphological descriptions and initial metrical analysis », Journal of Human Evolution, vol. 50,‎ , p. 239-328 (DOI 10.1016/j.jhevol.2005.08.012).
  5. (en) Ronald J. Clarke, « Australopithecus from Sterkontein Caves, South Africa », dans Kaye Reed, John G. Fleagle et Richard E. Leakey, The Paleobiology of Australopithecus, Springer Science & Business Media, , 282 p..
  6. a, b, c et d (en) Andy I. R. Herries et John Shaw, « Palaeomagnetic analysis of the Sterkfontein palaeocave deposits; age implications for the hominin fossils and stone tool industries », Journal of Human Evolution, vol. 60, no 5,‎ , p. 523-539 (PMID 21392817, DOI 10.1016/j.jhevol.2010.09.00).
  7. (en) Alun R. Hughes et Phillip V. Tobias, « A fossil skull probably of the genus Homo from Sterkfontein, Transvaal », Nature, vol. 265,‎ , p. 310-312 (DOI 10.1038/265310a0).
  8. Yvonne Rebeyrol, Lucy et les siens : Chroniques préhistoriques, La Découverte, , 336 p. (ISBN 9782707155795, lire en ligne), p. 131.
  9. (en) Kathleen Kuman et R. J. Clarke, « Stratigraphy, artefact industries and hominid associations for Sterkfontein, Member 5 », Journal of Human Evolution, vol. 38,‎ , p. 827-847 (DOI 10.1006/jhev.1999.0392).
  10. (en) Darren Curnoe, « A review of early Homo in southern Africa focusing on cranial, mandibular and dental remains, with the description of a new species (Homo gautengensis sp. nov.) », HOMO - Journal of Comparative Human Biology, vol. 61,‎ , p. 151-177 (DOI 10.1016/j.jchb.2010.04.002).
  11. (en) Bernard Wood, Wiley-Blackwell Encyclopedia of Human Evolution, Wiley-Blackwell, (ISBN 9781118650998, DOI 10.1002/9781444342499).
  12. (en) Ronald J. Clarke, « First ever Discovery of a well-preserved Skull and Associated Skeleton of Australopithecus », South African Journal of Science, vol. 94, no 10,‎ , p. 460-463.
  13. (en) Darryl E. Granger, Ryan J. Gibbon, Kathleen Kuman, Ronald J. Clarke, Laurent Bruxelles et Marc W. Caffee, « New cosmogenic burial ages for Sterkfontein Member 2 Australopithecus and Member 5 Oldowan », Nature, vol. 522, no 7554,‎ , p. 85-88 (DOI 10.1038/nature14268).
  14. « L’australopithèque Little Foot a 3 670 000 ans », sur INRAP,‎ (consulté le 13 septembre 2015).
  15. (en) « South Africa's Sterkfontein Caves produce two new hominin fossils », sur Phys.org,‎ (consulté le 13 février 2016).
  16. (en) Dominic Stratford, Jason L. Heatonb, Travis Rayne Pickering, Matthew V. Caruana et Kelita Shadrach, « First hominin fossils from Milner Hall, Sterkfontein, South Africa », Journal of Human Evolution, vol. 91,‎ , p. 167-173 (DOI 10.1016/j.jhevol.2015.12.005).
  17. a, b, c, d et e (en) Lee Rogers Berger, Working and guiding in the Cradle of Humankind, Prime Origins Publishing, (ISBN 0-620-31866-X).
  18. (en) Charles A. Lockwood et Phillip V. Tobias, « A large male hominin cranium from Sterkfontein, South Africa, and the status of Australopithecus africanus », Journal of Human Evolution, vol. 36, no 6,‎ , p. 637–685 (DOI 10.1006/jhev.1999.0299).

Liens externes[modifier | modifier le code]