Grotte de la Vache (Ariège)

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Grotte de la Vache
Entrée de la grotte de la Vache.jpg
Entrée de la grotte
Localisation
Coordonnées
Pays
Région française
Département
Commune
Adresse
Caugno de les BasquesVoir et modifier les données sur Wikidata
Massif
Vallée
Localité voisine
Voie d'accès
D 8
Caractéristiques
Type
Altitude de l'entrée
~578 m
Occupation humaine
Statut patrimonial
Site web

Géolocalisation sur la carte : Ariège

(Voir situation sur carte : Ariège)
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Géolocalisation sur la carte : Pyrénées

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Site web http://www.grotte-de-la-vache.org/

La grotte de la Vache, petite grotte située sur la commune d'Alliat en Ariège, est un site archéologique du Paléolithique supérieur qui a livré des vestiges et des œuvres d'art mobilier du Magdalénien.

Toponymie[modifier | modifier le code]

L'origine probable de son nom vient de l'utilisation qui en a été faite durant les siècles passés. En effet, les grottes autour du village d'Alliat avaient autrefois été mises à profit par les fermiers qui s'en servaient d'abri pour le bétail ; et portaient alors le nom de "Caougnos de los baccos" ("grottes des vaches").
Toutefois, il faut aussi souligner la forme étrange du rocher faisant face à l'entrée de la grotte, qui évoque clairement les contours d'une vache[2].

Situation[modifier | modifier le code]

La grotte se trouve sur la pente abrupte du massif calcaire du Génat[3] en rive gauche de la rivière du Vicdessos, affluent de l'Ariège avec laquelle il conflue quelque 3,5 km plus au nord. Située à environ 450 m au nord d'Alliat, on y accède par un chemin pour piétons partant du village et qui passe devant la grotte des Fées puis le spoulga (grotte fortifiée) d'Alliat avant d'arriver à la grotte de la Vache[4], à 578 m d'altitude[5].

De l'autre côté de la vallée, à 500 m en ligne droite, se trouve la grotte ornée de Niaux[4].

Description[modifier | modifier le code]

Une deuxième entrée se trouve à quelques mètres de l'entrée principale, les deux entrées s'ouvrant l'une vers l'est et l'autre vers le sud-est. Elle est longue de plus de 250 m et son développement[N 1] est orienté plus ou moins nord-sud[3].

Elle comporte trois salles principales. Les deux entrées se rejoignent dans la première salle, dite salle Garrigou, où le côté gauche (côté sud) s'ouvre sur la salle Monique. Aufond à droite de la salle Garrigou, une galerie d'une cinquantaine de mètres de longueur aboutit à la salle Triangulaire[3].

Découverte et fouilles[modifier | modifier le code]

Elle est l'une des premières grottes fouillées en Ariège.

En 1866 Félix Garrigou la visite et y entreprend des fouilles. La salle de la grotte qui porte maintenant son nom lui dévoile une couche archéologique de 50 cm à 55 cm d'épaisseur, très riche en matériel magdalénien lithique et osseux et en objets d'art. Mais une couche stalagmitique est présente et lui fait cesser ses fouilles[5].

Peu d'années après, son ami Félix Regnault reprend l'entreprise et découvre nombre d'ossements cassés dont la plupart intentionnellement, et d'autres objets lithiques et organiques travaillés[5],[N 2]. Ces deux fouilles successives fournissent un peu de matériel du Chalcolithique (transition entre le Néolithique et l'âge du bronze) mais surtout un abondant matériel de « l'âge du renne »[3].

En 1872 Jean-baptiste Noulet prend leur suite et rassemble une petite collection d'objets dont il enrichit le musée d'histoire naturelle de Toulouse dont il est le directeur[5].

Romain Robert, travaillant seul ou en collaboration[5] avec Georges Malvesin-Fabre et Louis-René Nougier[6], la fouille à partir de 1940. Il commence par le porche de l'entrée sud-est, mais en 1941 Henri Breuil lui conseille de fouiller la salle - ce qu'il fait, et il y retrouve la couche archéologique intacte qu'il fouille jusqu'en 1950.
Il découvre la salle Monique en 1952[3],[N 3] et la fouille jusqu'en 1964. Il collecte ainsi un grand nombre d'objets[5]. En 1953 il fait la rencontre du violoniste René Gailli, qui va devenir conservateur de la grotte (et de celle de Bédeilhac) jusqu'à son décès en 2017[7].
Il aurait découvert en 1952 un deuxième gisement, qu'il aurait fouillé jusqu'en 1964 - il s'agit peut-être de la salle Monique, avec une erreur de date d'une part ou d'une autre. D'après l'une des sources , il aurait continué les fouilles jusqu'en 1967[6].

Archéologie[modifier | modifier le code]

Le mobilier[modifier | modifier le code]

Elle a livré une très riche collection d'objets préhistoriques d'époque magdalénienne (12 000 à 14 000 ans)[8], dont de très nombreux harpons et pointes de sagaies mais aussi plus de deux cents œuvres d'art mobilier : ossements, bois de rennes et bois de cerfs décorés par gravure ou même sculpture de représentations d'animaux, parfois d'humains, dont des espèces rarement figurées à cette époque : panthères, ours, loups, antilopes saïgas, oiseaux... Des saumons y figurent aussi[réf. souhaitée] (les représentations de poissons, très rares en art pariétal (moins de 1 % du bestiaire connu), sont cependant nettement plus fréquentes dans les décorations du mobilier[9]).
Entre autres objets remarquables trouvés par R. Robert on note un bois de cerf de forme très ouvragée et très finement gravé, appelé le « Poignard » pour sa forme générale, provenant de la couche 2 de la salle Monique et daté à 12 540 ans ± 105 BP[5].

Les objets sont recouverts d'une couche de calcite parfois épaisse[10].

Pigments et matériels associés[modifier | modifier le code]

Certains des objets gravées sur os sont colorés, parfois alternativement en rouge (hématite) et en noir (oxyde de manganèse). Ces pigments sont systématiquement associés à de la biotite (une sorte de mica), qui sert de "charge" : une recette mise au point par ces hommes du Magdalénien final[11], dans laquelle la présence de biotite évite les fissurations et améliore l'adhésion[12]. Aucune trace de charbon de bois n'y a été détectée[13].
Contrairement à lascaux où plusieurs "recettes" ont été utilisées dans la fabrication des peintures utilisées, ici les mêmes techniques de fabrication des peintures sont employées pour toutes les œuvres peintes ; ce qui suggère qu'un seul groupe a opéré à la Vache pour l matériel gravé et peint[14].

La grotte a livré 225 objets décorés, y compris ceux des sagaies et ciseaux fabriqués à partir de bois de cervidés. Sur ce total, 16 pièces sont colorées ; et 57 représentent des décors réalistes dont 5 montrent des traces de pigments. Parmi les 371 outils sur galets se trouvent 39 meules et 44 broyeurs pour pigments. Le tout a été livré principalement par les couches supérieures 1 et 2[15].

Arlette Leroi-Gourhan, pionnière de l'archéopalynologie, a analysé la grotte en 1967[16]. Le matériel exhumé a fait l'objet d'une monographie collective parue en 2004[17].

Os de faune[modifier | modifier le code]

Les vestiges osseux, essentiellement des témoins de l'alimentation des magdaléniens[réf. souhaitée], comprennent 29 taxons de mammifères et 21 taxons d'oiseaux ; leur diversité en fait une référence du Tardiglaciaire Würmien dans les Pyrénées. Les espèces montagnardes abondent : bouquetin des Pyrénées et isard pour les mammifères, lagopède, grands rapaces, chocard et niverolle (un passereau) pour les oiseaux. Également présents mais moins abondantes, des espèces arctiques comme le renne, renard polaire et lièvre variable ; et quelques spécimens de climat tempéré comme le cerf, renard commun lapin, perdrix grise, caille, geai et pic-vert[18].

Les ossements d'oiseaux, généralement d'individus adultes[19], sont nombreux et marqués de stries particulièrement abondantes[20] sur toute leur surface[21] ainsi que de perforations produites lors de la désarticulation des os au débitage[22] ou par morsure lors de la consommation[23]. Des os des ailes et des pattes portent des marques de brûlures récurrentes aux extrémités[24], telles qu'elles se produisent quand les morceaux d'oiseaux débités sont cuits sur des pierres chauffées à la braise[25].
Le cerf ne représente que 0,01 % de la faune consommée et 11,54 % de la faune figurée sur les objets décorés trouvés dans la grotte[26].

La frise des lions, « Préhistoire du cinéma »[modifier | modifier le code]

La « frise des lions » a été retrouvée par Romain Robert et al. entre 1940 et 1967. Elle est gravée sur deux fragments de ce qui était à l'origine un seul os de bovidé (aurochs ou bison). Ces deux fragments, trouvés et conservés séparément, n'ont été raccordés qu'en 1988 par Dominique Buisson[N 4]. Il semble que l'os ait été intentionnellement cassé, car la fracture montre des signes de pliage avant brisure. Les deux morceaux portent des traces de passage au feu.
Les deux morceaux d'os connus totalisent trois lions gravés les uns à la suite des autres. Seul le lion central est visible en entier ; les positions des parties visibles des deux lions qui l'encadrent, indiquent que chaque figure a une position différente et que leur succession montre trois positions corporelles d'un félin en train de courir - de la même façon que les images successives d'un film montrent le même personnage dans des positions différentes lors de ses mouvements[27]. Marc Azéma[N 5] appelle cette technique la « Préhistoire du cinéma »[6] et estime que quelque 40 % des images de l'art paléolithique sont des représentations de mouvements. Pour cet os gravé, le mouvement est créé par juxtaposition ; pour d'autres ensembles, il est créé par juxtaposition (voir la vidéo montrant des exemples pour Lascaux, Les Trois Frères, Chauvet, Foz Coa et la Vache[27]).


Tourisme, gestion[modifier | modifier le code]

La grotte de la Vache a été ouverte au public en 1979 en raison de la richesse et du grand intérêt des couches archéologiques découvertes dans l'entrée et dans la salle Monique.
En 2016 elle a vu environ un millier de visiteurs[28].

Jusqu'en décembre 2016 la grotte était une propriété privée et la visite était assurée[28] par René Gailli, conservateur de la grotte et de celle de Bédeilhac depuis sa rencontre avec R. Robert en 1953. À son décès en janvier 2017[7], la grotte a été fermée pour quelques mois. De même que la grotte de Bédeilhac voisine à quelques km de là, elle est passée vers mai 2017 sous l'égide du Conseil départemental et de la marque « Sites Touristiques Ariégeois » et a réouvert au public en juin 2017[28].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En spéléologie, le développement correspond à la longueur cumulée des galeries interconnectées qui composent un réseau souterrain.
  2. D'après V. Laroulandie, Regnault aurait fouillé la salle Garrigou en 1872 ; elle ne mentionne pas Jean-Baptiste Noulet. Voir Laroulandie 2000, p. 263.
  3. A.-C. Welté donne 1950 comme date de la découverte de la salle Monique (voir Welté 1990, p. 219).
  4. Dominique Buisson est à l'époque assistant de conservation au Musée d'Archéologie nationale de Saint-germain-en-Laye.
  5. Marc Azéma, Docteur en préhistoire, réalisateur et concepteur, est spécialiste de la représentation du mouvement dans l'art Paléolithique (thèse de doctorat en 2003 : La représentation du mouvement dans l'art pariétal paléolithique de la France. Approche éthologique du bestiaire). Voir Marc Azéma, biographie sur futura-sciences.com.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Grotte de la Vache », notice no PA00093766, base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. « Ariège - La grotte de la Vache » [vidéo], sur youtube.com (consulté le 16 mai 2018), mis en ligne en 2013. Vue sur la "tête de vache" à l'entrée de la grotte : 0 min 37 s. La visite est guidée par René Gailli.
  3. a, b, c, d et e Véronique Laroulandie, Taphonomie et Archéozoologie des Oiseaux en Grotte : Applications aux Sites Paléolithiques du Bois-Ragot (Vienne), de Combe Saunière (Dordogne) et de La Vache (Ariège) (Thèse de doctorat en Archéologie et Préhistoire), Bordeaux, Université Sciences et Technologies, 2000, 398 p. (lire en ligne), p. 263.
  4. a et b Grotte de la Vache, carte interactive sur Géoportail.
  5. a, b, c, d, e, f et g Anne-Catherine Welté et Romain Robert, « Le « poignard » (Coll. R. Robert) de la grotte de la Vache, à Alliat (Ariège) : Contribution à l'étude du décor au Magdalénien final », Bulletin de la Société préhistorique française, vol. 90, no 3,‎ 1993 (lire en ligne).
  6. a, b et c Catherine Schwab, « "La frise des lions" Grotte de La Vache (Ariège) », sur musee-archeologienationale.fr (consulté le 16 mai 2018). Catherine Schwab est conservateur en charge des collections du paléolithique et du mésolithique au musée d'archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye.
  7. a et b Patrice Teisseire-Dufour, « René Gailli, le gardien des grottes de Bédeilhac et de la Vache, est décédé », Pyrénées magazine,‎ (lire en ligne).
  8. Michèle Crémades, « Bestiaire figuré, environnement animal, saisonnalité à la grotte de la Vache (Alliat, Ariège) », Bulletin de la Société préhistorique française, vol. 94, no 4,‎ , p. 455-469 (résumé).
  9. Dominique Baffier, Michel Girard, Eudald Guillamet, Élodie Bertin, Delphine Delon et Maurice Hardy, « Les poissons de la Grande Grotte d’Arcy-sur-Cure (Yonne) », Antropologia-Arkeologia, no 57 « Homenaje a Jesús Altuna »,‎ 2005, p. 53-64 (lire en ligne [PDF]), p. 56.
  10. D. Buisson, M. Menu, G. Pinçon et Ph. Walter, « Les objets colorés du Paléolithique supérieur : cas de la grotte de La Vache (Ariège) », Bulletin de la Société préhistorique française, vol. 86, no 6,‎ 1989, p. 183-192 (lire en ligne), p. 184, 186.
  11. Buisson et al. 1989, p. 183.
  12. Buisson et al. 1989, p. 188.
  13. Buisson et al. 1989, p. 186.
  14. Buisson et al. 1989, p. 189.
  15. Buisson et al. 1989, p. 184.
  16. Arlette Leroi-Gourhan, « Pollens et datation de la grotte de la Vache (Ariège) », Bull. Soc. préhist. de l'Ariège, vol. XXII,‎ 1967, p. 115-127.
  17. Clottes, Delporte et al. 2004.
  18. Nicole Pailhaugue, « Faune et saisons d'occupation de la salle Monique au Magdalénien Pyrénéen, grotte de la Vache (Alliat, Ariège, France) », Quaternaire, vol. 9, no 4,‎ 1998, p. 385-400 (lire en ligne).
  19. Laroulandie 2000, p. 116.
  20. Laroulandie 2000, p. 102.
  21. Laroulandie 2000, p. 115.
  22. Laroulandie 2000, p. 125.
  23. Laroulandie 2000, p. 126.
  24. Laroulandie 2000, p. 117.
  25. Laroulandie 2000, p. 120.
  26. Welté et Robert 1990, p. 227.
  27. a et b Marc Azéma, Vidéo : « Des cinémas durant la Préhistoire ».
  28. a, b et c « Ariège : la grotte préhistorique de la vache ouverte au public », sur france3-regions.francetvinfo.fr (consulté le 16 mai 2018). (Les informations référencées ici (nombre de visiteurs, propriété privée jusqu'en décembre 2016...) se trouvent dans la courte vidéo dans ce lien.)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

  • Site officiel
  • Marc Azéma, « Des cinémas durant la préhistoire ? » [vidéo], sur futura-sciences.com (consulté le 16 mai 2018). Courte vidéo (1 min 45 s) de trois animations montrant les mouvements représentés par des successions ou juxtapositions d'images : Lascaux, mouvement de tête d'un cheval galopant (0 min 15 s - 0 min 30 s) ; Les Trois Frères, bovidé remuant la queue (0 min 31 s - 0 min 42 s) ; Chauvet, bovidé courant (0 min 43 s - 0 min 53 s) ; Foz Coa, cheval encensant de la tête (0 min 53 s - 1 min 10 s) ; La Vache : lion courant de la « frise des lions » (1 min 20 s - 1 min 38 s).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Clottes, Henri Delporte et al., La grotte de La Vache (Ariège), Réunion des musées nationaux, 2004, 872 p. (présentation en ligne), 2 vol.