Grotte du Placard

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Placard.
Grotte du Placard
Vilhonneur rochebertier grotte.JPG
La grotte à Rochebertier.
Localisation
Coordonnées
Adresse
Vallée
Localité voisine
Voie d'accès
D.109
Caractéristiques
Type
Altitude de l'entrée
125 m
Longueur connue
17 m
Occupation humaine
Statut patrimonial

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Point carte.svg

Géolocalisation sur la carte : Nouvelle-Aquitaine

(Voir situation sur carte : Nouvelle-Aquitaine)
Point carte.svg

Géolocalisation sur la carte : Charente

(Voir situation sur carte : Charente)
Point carte.svg

La grotte du Placard est une grotte ornée située sur la commune de Vilhonneur, en Charente, à une trantaine de km à l'est d'Angoulême.

Localisation[modifier | modifier le code]

Comme la grotte du Visage, la grotte du Placard est située sur la rive gauche de la Tardoire et sur la commune de Vilhonneur, entre Angoulême et Montbron.

Elle se trouve au hameau de Rochebertier, dans une falaise qui surplombe la Tardoire.

Description[modifier | modifier le code]

C'est une vaste cavité longue de 17 mètres et large d'environ 9 mètres, creusée dans les calcaires bajociens et longée par un long couloir[1],[2].

Historique[modifier | modifier le code]

La grotte du Placard fut découverte vers 1853. De 1877 et 1888, elle fut fouillée de façon très destructrice par Arthur de Maret, seuls les objets alors considérés comme intéressants étant conservés, selon l'usage le plus commun à l'époque. Elle a été fouillée à diverses reprises par la suite . L'Association française pour l'Avancement de Sciences a financé des fouilles en 1902.

Elle a livré plus d'une dizaine de niveaux du Paléolithique moyen et supérieur, en particulier du Magdalénien et du Solutréen.Les subdivisions du Paléolithique supérieur présentées par l'abbé Henri Breuil au congrès de Genève de 1912 sont en partie basées sur les résultats des fouilles de la grotte du Placard[3].

Les fouilles ont été reprises en 1958 par l'abbé Jean Roche à la demande du Pr Jean Piveteau, puis à nouveau à partir de 1987 par Louis Duport, archéologue départemental de la Charente, à la suite de la découverte d'une palmure de renne portant des gravures de bovidés. C'est lui qui, en dégageant à nouveau le couloir latéral des déblais là accumulés, y a découvert en 1990 des gravures pariétales[4]. Les recherches ont été poursuivies ensuite sous la co-responsabilité de Jean Clottes et de Louis Duport.

Stratigraphie[modifier | modifier le code]

Suivant les résultats des fouilles de 1877 à 1902, il a été distingué :

  • un niveau supérieur contenant du mobilier d'époque historique et de l'âge du bronze, sur lequel on ne dispose de pratiquement aucune information ;
  • un niveau du Magdalénien d'1,50 m d'épaisseur qui se subdivise en quatre couches ;
  • un niveau du Solutréen d'1 m d'épaisseur ;
  • un niveau du Moustérien d'1,50 m d'épaisseur.

La stratigraphie relevée par l'abbé Roche à l'extérieur de la grotte comprend la séquence suivante :

L'abbé Roche en fouillant le couloir en a relevé la stratigraphie suivante :

  • Magdalénien IV mêlé à des éléments plus récents sur 0,10 m ;
  • couche de petits blocs calcaires ;
  • Magdalénien IVa et IIIb avec de nombreux burins, des grattoirs, des lamelles et autres objets sur 0,20 m ;
  • Magdalénien moyen sur 17 niveaux ;
  • plancher de la grotte, un lapiaz formé de blocs parallèles[2].

Faune antique[modifier | modifier le code]

La grotte du Placard fait partie des sites charentais ayant livré de l'antilope saïga (Saiga tatarica)[5] parmi une faune très variée

Restes humains[modifier | modifier le code]

Un fragment de maxillaire d'enfant réputé néandertalien a disparu. Une dent d'enfant découverte en 1960 était associée à une industrie moustérienne (Paléolithique moyen).

De nombreux os d’Homo sapiens datant du Solutréen (Paléolithique supérieur) ont été trouvés, dont des crânes façonnés en coupes[1].

Art pariétal[modifier | modifier le code]

Une frise d'environ 5 mètres de long a été mise au jour en 1990 sur les parois enfouies partie sous d'anciens déblais, partie dans la couche solutréenne. Les dessins sont réalisés par incisions très fines. De nombreux chevaux, des cervidés, des bouquetins, des rennes, un chamois, une antilope saïga, des bovidés, un aurochs et deux têtes de bisons tirant la langue y sont représentés[1].

Une douzaine de signes en accolade ou « aviformes » sont aussi présents . Ils sont identiques à ceux découverts dans les grottes du Pech Merle et de Cougnac. Des signes similaires ont été retrouvés dans la grotte Cosquer à Marseille, à 500 km[6]. Cette large diffusion indique un mode d'expression symbolique largement diffusé sur de très longues distances au cours du Solutréen.

Le tamisage des déblais a permis de retrouver 640 blocs d'effondrement gravés, ce qui montrerait qu'une grande partie des parois étaient gravées[7]. Dès 1942, Raoul Daniel avait étudié les plaquettes calcaires provenant de l'effritement de la voûte dont une enduite d'ocre rouge et gravée de rennes, une gravée d'un cervidé[8].

Cet ensemble gravé remonte à environ 20 000 ans avant le présent (datation par le carbone 14 : 19 708 +/- 250 ans BP), soit à l'époque solutréenne. Les signes trouvés portent désormais le nom de « signes de type Placard », d'après l'appellation proposée par le préhistorien Jean Clottes.

Outils et objets[modifier | modifier le code]

Les objets lithiques du Paléolithique moyen sont du Moustérien (Moustérien de type Quina et Moustérien à denticulés).

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir.

Le Solutréen (Paléolithique supérieur) est représenté en particulier par des pointes en feuilles de laurier et en feuilles de saule. Le Magdalénien ancien est bien représenté par des grattoirs et des burins de divers types.

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir.

De nombreuses pointes de sagaies en bois de renne du Magdalénien ont été trouvées ainsi que d'autres objets en matières dures animales dont un poinçon, des sifflets, des aiguilles et des éléments de parures (dents et coquillages percés). Le site a également livré des propulseurs, dont un propulseur de type mâle à crochet caractéristique du Magdalénien moyen à navettes, objet fabriqué avec la languette corticale d'un bois de renne[9]. Une plaque osseuse de 50 mm sur 36 mm, découpée dans l'omoplate d'un gros animal, trouvée durant la campagne de fouille de 1961-1962, est dentelée et sur une face striée, elle pourrait être la représentation d'un poisson[10].

Deux objets en bois de renne, en forme d'organes génitaux, ont été considérés comme des bâtons de commandement. L'un, incomplet, long de 140 mm est en forme de pénis ; l'autre long de 155 mm se termine par un double renflement percé d'un trou et au-dessus de celui-ci a été sculptée une vulve[11].

Un bâton percé en bois de renne [12], découvert en 1870 par Arthur de Maret est sculpté en ronde-bosse d'une tête d'animal qui peut être interprétée comme celle d'un renard ou d'un bouquetin[13].

Mesures de préservation[modifier | modifier le code]

La grotte est désormais accessible au public sur réservation durant l'été, grâce à des aménagements financés par le Conseil général de la Charente, devenu propriétaire en 1990[14].

La grotte du Placard a été classée monument historique par arrêté du 3 mars 1989[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d André Debénath, Les temps glaciaires dans le bassin de la Charente, CroitVif, 2006, (ISBN 2-916104-00-3)
  2. a et b Jean Roche, « Grotte du Placard », Bulletin de l'association française pour l'étude du Quaternaire, 1965, vol. 2, n° 3-4, pp. 245-250.
  3. Breuil, H. (1937) - « Les subdivisions du Paléolithique supérieur et leur signification », in: Congrès International d'Anthropologie et d'Archéologie préhistoriques, Compte rendu de la XIVème session, Genève, 1912, pp. 5-78.
  4. Culture et Patrimoine CG 16
  5. Gaudry, 1879[réf. non conforme]
  6. Thierry Koltes, « Les signes de type Placard dans l'art préhistorique », (consulté le 22 novembre 2009)
  7. L'art pariétal de la grotte du Placard, Solutreen over blog.
  8. Raoul Daniel, « Pierres gravées de la grotte du Placard », Bulletin de la Société préhistorique française, 1942, t. 39, n° 3-4, pp. 117-119.
  9. Pierre Cattelin, Un propulseur inédit de la grotte du Placard (Vilhonneur, Charente, France), Notae Praehistoricae, 24-2004, pp. 61-67.
  10. Jean Roche, « Os incisé provenant de la grotte du Placard », Bulletin de la Société préhistorique française, 1963, t. 60, n° 1-2, pp. 75-78.
  11. A. de Mortillet, « Deux curieuses pièces de la grotte du Placard », Bulletin de la Société préhistorique française, 1906, t. 3, n° 10, pp. 431-434.
  12. 34 × 7,4 × 5,3 cm, Saint-Germain-en-Laye, musée d'archéologie nationale.
  13. Catherine Schwab, « Le bâton percé de la grotte du Placard », Archéologia, n°571, décembre 2018, p.20-21.
  14. La grotte du Placard se révèle, Sud-Ouest.
  15. « Grotte du Placard », notice no PA00104539, base Mérimée, ministère français de la Culture

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]