Caune de l'Arago

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Caune de l'Arago
(Grotte de Tautavel)
Image illustrative de l'article Caune de l'Arago
La Caune de l'Arago
Coordonnées 42° 50′ 22″ nord, 2° 45′ 18″ est
Pays Drapeau de la France France
Région française Occitanie
Département des Pyrénées-Orientales
Massif des Corbières dans les pré-Pyrénées
Vallée vallée du Verdouble
Localité voisine Tautavel, Vingrau
Voie d'accès D 9
Signe particulier découverte de l'Homme de Tautavel
Occupation humaine Paléolithique inférieur
Protection Logo monument historique Classé MH (1965)

Géolocalisation sur la carte : Pyrénées-Orientales

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Caune de l'Arago(Grotte de Tautavel)

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Caune de l'Arago(Grotte de Tautavel)

La Caune de l'Arago est un site préhistorique qui se trouve sur la commune de Tautavel, dans les Pyrénées-Orientales, dans une vaste cavité surplombant un cours d’eau pérenne, le Verdouble. Il a livré des restes humains attribués à l'homme de Tautavel et des vestiges lithiques du Paléolithique inférieur.

Situation et description[modifier | modifier le code]

Les gorges du Verdouble à proximité de la Caune de l'Arago, on accède à la grotte en montant un chemin le long de la roche visible à droite sur la photo.
Vue depuis l'entrée de la grotte. Un large observatoire sur la plaine et le Verdouble.

La Caune (de l'occitan cauno, « caverne »[1]) de l'Arago est située dans le Sud de la France, à l'est des Pyrénées, dans le département français des Pyrénées-Orientales, sur la commune de Tautavel. Incluse dans une falaise calcaire du massif des Corbières[2], elle surplombe de plusieurs dizaines de mètres (80 m actuellement, moins de 60 à l'époque de l'Homme de Tautavel) une large vallée à l'endroit où le cours d'eau Verdouble quitte un Canyon pour serpenter dans cette plaine[3].

La grotte est longue de trente mètres, mais elle pouvait en faire cent-vingt dans les temps préhistoriques, une partie du plafond s'étant effondré et le fond s'étant comblé entre temps[4]. Sa largeur maximale est de dix mètres[5]. Elle s'ouvre actuellement vers le sud mais l'ouverture était tournée vers l'est avant l'effondrement[6].

Cette situation privilégiée en a fait un abri idéal pour les chasseurs-cueilleurs préhistoriques[3]. L'ouverture à l'est sur une falaise orientée au sud-est permettait d'avoir une température relativement élevée l'hiver[6]. Le relief très contrasté de cet environnement fournissait plusieurs niches écologiques fournissant autant de types de gibier : des animaux adaptés à la rivière (castors), d'autres adaptés à la plaine, qui était, suivant les époques et les climats successifs, couverte de forêt (daims, cerfs) ou de steppe (chevaux, bisons, rhinocéros, éléphants), des herbivores vivants sur les terrains escarpés (mouflons, bouquetins, tahrs, chamois), d'autres encore sur les plateaux au climat plus rude (bœufs musqués, rennes)[7]. De plus, juste en bas de la grotte, se trouvait un passage à gué où passaient les troupeaux de gros herbivores, ce qui facilitait la chasse[8]. La situation élevée de la grotte en faisait un excellent observatoire pour repérer les troupeaux dans la plaine[3].

La rivière proche, jamais à sec, fournissait l'eau, mais aussi des galets pour empierrer le sol de la grotte ou servir d'outils. L'environnement plus lointain, à moins d'une demi-journée de marche (soit environ 30 km), pouvait fournir d'autres pierres afin de fabriquer des outils : du silexRoquefort-des-Corbières), du jaspe rouge (à Corneilla-de-Conflent), des chaillesRivesaltes), des quartzitesSoulatgé), des roches volcaniques (col de Couisse)[9].

Intérêt scientifique[modifier | modifier le code]

La Caune de l'Arago abrite un remplissage de plus de quinze mètres de sédiments, roches et débris accumulés pendant une période s'étalant d'environ 100 000 à 700 000 ans avant le présent. Par leur quantité (la période de fouilles de 1967 à 1994 a livré environ 260 000 objets : ossements, vestiges lithiques[10]) et leur diversité, ces vestiges donnent de nombreuses informations sur les groupes humains préhistoriques qui ont vécu là, mais aussi sur les animaux, les plantes et les climats qui se sont succédé dans la région pendant ces 600 000 ans[4].

Le , le musée de la Préhistoire de Tautavel a annoncé la découverte par des jeunes fouilleurs bénévoles d'une dent datant de 550 000 ans sur le site. Cette dent fossile a 100 000 ans de plus que le crâne de l'Homme de Tautavel[11].

L'Homme de Tautavel[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Homme de Tautavel.

Faune et Flore[modifier | modifier le code]

Faune
Crâne d'ours de Deninger découvert dans la Caune de l'Arago.

On a trouvé dans la Caune de l'Arago les vestiges d'une faune nombreuse et variée, avec 122 espèces différentes représentées. De nombreux restes d'espèces de mammifères témoignent de l'alimentation de l'homme à différentes époques. Un cheval élancé (Equus mosbachensis tautavelensis) semble avoir été le gibier principal à l'époque de l'homme de Tautavel (niveau G) avec, à la même époque, des bisons (Bison priscus) que l'on a également trouvé en quantité. Les fouilles ont révélé aussi de nombreux vestiges de rennes (Rangifer tarandus), de cerfs (Cervus elaphus), de daims (Dama sp.), de bœufs musqués (Praeovibos priscus), de mouflons (Ovis ammon), de tahrs (Hemitragus bonali) et de rhinocéros (Dicerorhinus hemitoechus)[12] et des restes d'ours de Deninger (Ursus deningeri)[13].

Climats[modifier | modifier le code]

Historique des recherches[modifier | modifier le code]

Connue depuis le milieu du XIXe siècle pour ses restes de faune, la Caune de l'Arago a commencé à livrer des industries préhistoriques à J. Abelanet en 1948.

Dans les années 1950, les frères Ribes de Maury et Raymond Gabas de Saint-Paul-de-Fenouillet ont été parmi les premiers à effectuer des fouilles, en tant qu'archéologues amateurs[réf. nécessaire]. Ils ont collaboré avec J. Abelanet et leurs trouvailles ont permis de réaliser l'importance et la richesse du site.

Des campagnes de fouilles systématiques, dirigées par Henry de Lumley, sont menées chaque année depuis avril 1964. Les premières campagnes annuelles (en 1964, 1965 et 1966) durent deux semaines. Les suivantes, de 1967 à 1978, un mois, puis trois mois (de 1979 à 1991) et, depuis 1992, cinq mois[2].

La Caune de l'Arago est classée monument historique[14] en avril 1965.

Stratigraphie et chronologie[modifier | modifier le code]

Son puissant remplissage, épais d'une dizaine de mètres, couvre la majeure partie du Pléistocène moyen et a fait l’objet de nombreuses tentatives de datations radiométriques parfois contradictoires[15],[16],[17]. Des âges limites d’environ 700 et 350 000 ans ont été obtenus par datation par l'uranium-thorium pour des planchers stalagmitiques situés respectivement à la base (plancher 0) et au sommet (plancher α) de la séquence stratigraphique.

L'ensemble III[modifier | modifier le code]

Les principaux niveaux archéologiques se trouvent dans l’ensemble III (niveaux de « sols » D à G) et auraient un âge compris entre 300 et 450 000 ans. Cet ensemble a également livré un certain nombre de restes humains fossiles, dont un crâne incomplet (face, frontal et pariétal droit) (Arago XXI, sol G) et deux mandibules (Arago II, sol G et Arago XIII, sol F) attribués à l'homme de Tautavel[18].

Les industries des couches les plus anciennes de l’ensemble III ont été qualifiées de Tayacien ancien, voire de « Tautavélien ». Elles sont réalisées essentiellement en quartz, plus rarement en silex et en quartzite, et comportent des racloirs, de nombreux outils à encoches (denticulés, encoches, pointes de Tayac, becs, etc.), des galets taillés et de rares bifaces (moins d’un pour 1000 outils) [19]. Au sommet de l’ensemble III (couche E), les bifaces sont proportionnellement plus nombreux, ce qui a conduit Henry de Lumley à rattacher l’industrie à l’Acheuléen moyen.

Toutefois ces différences sont à tempérer dans la mesure où les effectifs des bifaces sont très faibles dans les niveaux G à D, et où les proportions entre grandes classes technologiques varient peu, que l’on considère l’ensemble de l’industrie ou seulement l’outillage.

Les matériaux utilisés sont majoritairement locaux (80 %) et ont été prélevés dans les alluvions du Verdouble, mais certains proviennent de zones distantes d’une trentaine de kilomètres au nord-est et au sud-ouest du site, traduisant une bonne connaissance des ressources régionales et une certaine anticipation des besoins[20].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

Articles spécialisés[modifier | modifier le code]

  • Monique Beiner, « Étude des minéraux lourds de la Caune de l'Arago et de son environnement », Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire, vol. 20, no 1,‎ , p. 19-23 (DOI 10.3406/quate.1983.1444, lire en ligne)
  • Driss Bellai, « Le cheval du gisement pléistocène moyen de la Caune de l'Arago (Tautavel, Pyrénées Orientales, France) », Quaternaire, vol. 9, no 4,‎ , p. 325-335 (DOI 10.3406/quate.1998.1614, lire en ligne)
  • Driss Bellai, « Le Bison du gisement paléolithique inférieur de la Caune de l'Arago (Tautavel, Pyrénées orientales, France). Nouvelles données archéozoologiques », Paléo, no 10,‎ , p. 61-76 (DOI 10.3406/pal.1998.1128, lire en ligne)
  • Patrick Brunet-Lecomte et Alexandra Cristina Paunesco, « Morphométrie comparée de la première molaire inférieure du campagnol Microtus (Terricola) Vaufreyi tautavelensis (Rodentia, Arvicolidae) du gisement Pléistocène moyen de l'Arago (Pyrénées, France) et inférences paléoclimatiques », Quaternaire, vol. 15, no 3,‎ , p. 263-268 (DOI 10.3406/quate.2004.1773, lire en ligne)
  • Henry De Lumley, « Évolution des climats quaternaires d'après le remplissage des grottes de Provence et du Languedoc méditerranéen », Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire, vol. 2, no 2,‎ , p. 165-170 (DOI 10.3406/quate.1965.997, lire en ligne)
  • Thierry Lefebvre, « Joseph Farines (1792-1864), inventeur de la Caune de l'Arago et fondateur de la Société philomathique de Perpignan », Revue d'histoire de la pharmacie, 94e année, no 352,‎ , p. 534-537 (lire en ligne)
  • Hervé Monchot, « La fragmentation des os longs du Mouflon de la Caune de l'Arago (Tautavel, France) : une origine anthropique », Paléo, Société des amis du Musée national de préhistoire et de la recherche archéologique, vol. 9, no 1,‎ , p. 55-68 (ISSN 1145-3370, DOI 10.3406/pal.1997.1228, lire en ligne)
  • Hervé Monchot, « Les petits bovidés de la Caune de l'Arago (Tautavel, France) : intérêt biostratigraphique, archéozoologique et taphonomique », Quaternaire, vol. 9, no 4,‎ , p. 369-377 (DOI 10.3406/quate.1998.1619, lire en ligne)
  • Sophie Montuire et Emmanuel Desclaux, « Analyse paléoécologique des faunes de mammifères et évolution des environnements dans le Sud de la France au cours du Pléistocene », Quaternaire, vol. 8, no 1,‎ , p. 13-20 (DOI 10.3406/quate.1997.1554, lire en ligne)
  • Véronique Pois, « Habitats préhistoriques au Paléolithique inférieur : étude de l'ensemble stratigraphique II de la Caune de l'Arago (Tautavel, Pyrénées-Orientales, France). Approche informatique du mode de vie de l'Homme de Tautavel », Quaternaire, vol. 11, no Numéro 3-4,‎ , p. 187-196 (DOI 10.3406/quate.2000.1668, lire en ligne)
  • Véronique Pois, « Apport de l'informatique à l'étude d'un remplissage karstique. Exemple de la Caune de l'Arago à Tautavel (Pyrénées-Orientales, France) », Quaternaire, vol. 8, no 2-3,‎ , p. 143-147 (DOI 10.3406/quate.1997.1568, lire en ligne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Cauno », Trésor du Félibrige en ligne.
  2. a et b de Lumley 1998, p. 80
  3. a, b et c de Lumley 1998, p. 88
  4. a et b de Lumley 1998, p. 81
  5. Monchot 1998, p. 369
  6. a et b de Lumley 1998, p. 92
  7. de Lumley 1998, p. 88 - 90
  8. de Lumley 1998, p. 90, 91
  9. de Lumley 1998, p. 96
  10. Pois 2000, p. 189
  11. Préhistoire: À Tautavel, on prend un coup de jeune de 100 000 ans
  12. Driss Bellai, « Le Bison du gisement paléolithique inférieur de la Caune de l'Arago (Tautavel, Pyrénées orientales, France) : Nouvelles données archéozoologiques », Paléo, vol. 10, no 10,‎ , p. 61-76 (lire en ligne)
  13. Anne-Marie Moigne, Maria Rita Palombo, Véronique Belda, Djamila Heriech-Briki, Sarah Kacimi, Frédéric Lacombat, Marie-Antoinette de Lumley, José Moutoussamy, Florent Rivals, Jérôme Quilès et Agnès Testu, « Les faunes de grands mammifères de la Caune de l'Arago (Tautavel) dans le cadre biochronologique des faunes du Pléistocène moyen italien », L'Anthropologie, vol. 110, no 5,‎ , p. 788–831 (DOI 10.1016/j.anthro.2006.10.011).
  14. Notice no PA00104141, base Mérimée, ministère français de la Culture
  15. Lumley, H. de, Lumley, M.-A. de, Bada, J.L. et Turekian, K.K. (1977) - « The dating of the Pre-Neandertal remains at Caune de l'Arago, Tautavel, Pyrénées-Orientales, France », Journal of Human Evolution, 6, pp. 223-224.
  16. Lumley, H. de, Fournier, A., Park, Y.C., Yokoyama, Y. et Demouy, A. (1984) - « Stratigraphie du remplissage pléistocène moyen de la Caune de l'Arago à Tautavel - Étude de huit carrotages effectués de 1981 à 1983 », L'Anthropologie, t. 88, n° 1, pp. 5-18.
  17. Lebel, S. (1992) - « Mobilité des hominidés et système technique d'exploitation des ressources au Paléolithique ancien : la Caune de l'Arago (France) », Canadian Journal of Archaeology, vol. 16, pp. 48-69.
  18. Lumley, M.-A. de (1982) - « L'homme de Tautavel. Critères morphologiques et stade évolutif », in: Datations absolues et analyses isotopiques en préhistoire, méthods et limites, Lumley, H. de et Labeyrie, J., (Éds.), Colloque international du CNRS, Tautavel, 22-29 juin 1981, pp. 259-264.
  19. Lumley, H. de, Camara, A., Geleijnse, V., Krezpkowska, J., Park, Y-C. et Svoboda, J. (1979) - « Les industries lithiques de l'Homme de Tautavel », in: L'Homme de Tautavel, Dossiers de l'Archéologie, n° 36, pp. 60-69.
  20. Wilson, L. (1988) - « Petrography of the Lower Palaeolithic tool assemblage of the Caune de l'Arago », World Archaeology, 19, 3, pp. 376-387.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]