Laas Geel

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Laas Geel
Image illustrative de l'article Laas Geel
Art pariétal dans une grotte ornée du site de Laas Geel, dont des zébus
Coordonnées 9° 36′ 00″ nord, 44° 07′ 00″ est
Pays Drapeau de la Somalie Somalie
Corne de l'Afrique Woqooyi Galbeed
Localité voisine Hargeisa
Longueur connue 5m max.
Type de roche Granite rouge
Signe particulier Grotte ornée
Occupation humaine À partir du :
IVe ou IIIe millénaire av. J.-C.

Géolocalisation sur la carte : Somalie

(Voir situation sur carte : Somalie)
Laas Geel

Géolocalisation sur la carte : Afrique

(Voir situation sur carte : Afrique)
Laas Geel

Laas Geel (en somali : Laasgeel) ou Laas Gaal, parfois écrit Las Geel, est un ensemble de grottes ornées et d'abris sous roches occupé au Néolithique et situé près d'Hargeisa, au Somaliland. Ce site archéologique, dont les peintures sont vieilles de 5 000-4 000 ans, est le plus ancien et le plus important foyer d'art rupestre de la corne de l'Afrique[1].

Situation[modifier | modifier le code]

Le site archéologique se présente sous la forme d'un petit massif de granite rouge, à 4 km à l'ouest de Daarbudhuq, à mi-chemin entre Hargeisa et Berbera. À ses pieds se trouve le confluent de deux oueds dont les lits ont une nappe permanente proche de la surface. Ceci explique le nom du lieu car en somali « Las Geel » signifie « le point d'eau des dromadaires ». Le rocher de Las Geel comporte 30 abris dont une douzaine du versant oriental rassemblent l'essentiel des peintures. Les versants sud et ouest possèdent des traces de peintures très effacées. Les plus vastes abris ne dépassent pas 5 m de profondeur sur 10 m de largeur.

Découverte et prospections[modifier | modifier le code]

Ce site archéologique a été découvert le 4 décembre 2002 par Xavier Gutherz et son équipe, dont le prospecteur Mohamed Abdi Ali, lors d'une mission de prospection archéologique[2].

Le site était alors connu des populations locales qui attribuaient les peintures aux militaires anglais du temps de la Somalie britannique. En 2012, une campagne de relevé conduite par une équipe d'archéologues [note 1] de l'Université Paul-Valéry Montpellier 3 associée avec une entreprise de cartographie, a permis de cartographier en trois dimensions une douzaine d'abris. Une version bêta de la numérisation 3D de l'abri 1 est en ligne sur le site de Latitudefrance [3].

La protection de ce site et des autres sites archéologiques de la région a été envisagée dès leurs découvertes par le gouvernement du Somaliland. À ce titre, Laas Geel est gardé et accueille les visiteurs de passages (plus de 800 en 2012). Une exposition permanente est installée dans le bâtiment construit en bas du site. D'autres sites aussi riches pourraient être découverts.

Description[modifier | modifier le code]

La densité des peintures est importante et l'on compte plus d'un millier de figurations qui représentent des vaches très stylisées vues de profil, aux cornes en lyre ou en arceau, aux mamelles volumineuses et aux longs cous ornés d'une sorte de plastron [4]. Il existe aussi des figures de taureaux, rares à Laas Geel, et une vache gravée sur paroi verticale. À ces figures dominantes sont associés des images de personnage énigmatiques à « tête en épingle » vêtus de pantalons et d'une tunique, toujours placés en dessous ou derrière une vache. Ils sont parfois accompagnés d'un chien. Les représentations de la faune sauvage (singes, girafes, antilopes, chacals ou hyènes) sont beaucoup plus rares. On remarque aussi de très nombreux signes (ponctuations, arabesques de points, bâtonnets, tirets). Les représentations sont monochromes ou polychromes, utilisant l'ocre rouge, le blanc, l'ocre jaune, le vert et le noir[5]. Ce site est le plus important d'un ensemble d'abris peints repérés et étudiés par l'équipe française dans la région du Woqooyi Galbeed. Dans les années 1980, d'autres peintures que l'on peut maintenant rattacher au même style avaient été identifiées, dans le Sanaag à l'Est du pays, dans la région d'Erigavo[6]. Si quelques rapprochements peuvent être effectués avec les vaches des abris peints d'Éthiopie (Harar et Sidamo) ou d'Arabie (notamment au Yémen) aucun site de la corne de l'Afrique (ni aucun style sur le continent africain) ne peut être directement comparé à Laas Geel[7].

Chronologie[modifier | modifier le code]

L'ancienneté de ce style est indiqué par la superposition systématique, sur les vaches de type Las Geel, de bovinés réalisés dans le style éthiopien du Harar (Chabbé, Laga Odda) monochrome ou polychrome[8]. C'est également le cas des vaches, des personnages et des signes généralement peints en blanc dans le style de la région de Gesuba en Éthiopie ou de Kakapeli au Kenya[9]. Des vaches à bosse (zébus) et des archers ou encore des bovins de style schématique (proches de ceux d'Érythrée, du Harar, de la république de Djibouti ou de Somalie) peints en noir ou en rouge sont également superposés aux vaches type Laas Geel. Ces styles successifs ne remonteraient guère au-delà du IIe millénaire av. J.-C. pour les plus anciens. Des signes claniques rouges, blancs ou noirs, beaucoup plus récents, sont encore identifiés par les éleveurs actuels. Dans d'autres sites, des girafes « à 4 jambes », appartenant à une autre tradition artistique peuvent se superposer aux figures de style Laas Geel. Généralement, ces types de girafes, les dromadaires, les moutons à queue grasse, les quadrillages et les signes « insectiformes » sont représentés à l'écart des vaches de style Laas Geel et dans d'autres abris indépendants. La chronologie absolue de cet art est encore discutée, les tentatives de datation des pigments ont échoué. Des fouilles archéologiques conduites dans l'abri no 7 ont donné des dates comprises entre 3500 et 2500 av. J.-C. qui se rapportent à des niveaux d'occupation sans céramique livrant des pierres colorantes exogènes, pouvant servir à la fabrication du pigment rouge. Contrairement à ce qui est parfois avancé, il n'existe aucun lien culturel objectif entre cet art rupestre et l'art de l'Égypte antique, en relation avec la quête de l'encens et la localisation géographique du pays de Pount. Il s'agit de l'art autonome de populations d'éleveurs de vaches dont il reste à établir la carte d'identité.

Signification[modifier | modifier le code]

Du point de vue de sa signification, on remarquera que le fait d'honorer les vaches magnifiquement parées, aux mamelles volumineuses, aux trayons rayonnants, peut renvoyer à un symbole de fécondité et à la place importante que tenaient les bovins dans la vie de ces possibles nomades. Les études en cours montrent que les scènes peintes suivent des règles d'organisation précises et que certains abris offrent des particularismes assez forts pour que l'on puisse évoquer des regroupements de figures se rattachant à diverses traditions contemporaines ou se succédant dans le temps ou bien se rapportant à une segmentation de la population (clans, familles, tribus). Les hauts lieux de l'art rupestre du Somalie pourraient être envisagés comme de possibles sanctuaires aux points de rassemblement d'éleveurs appartenant à divers lignages. La position du rocher de Laas Geel, au croisement de deux oueds, plaide en faveur de cette hypothèse.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. UMR 5140 « Archéologie des Sociétés Méditerranéennes »

Références[modifier | modifier le code]

  1. Marie Wolfrom, « Des peintures vieilles de 5 000 ans découvertes en Somalie », La Croix, (consulté le 11 juin 2012)
  2. Xavier Gutherz, Joséphine Lesur, Jean-Paul Cros, « Nouvelle découverte de peintures rupestres dans la corne de l'Afrique: Les abris sous roche de Las Geel, république de Somaliland », Annales d'Éthiopie, 2003, Vol. 19, n° 19, pp. 295-306,
  3. Rendu 3D de l'abri n°1
  4. Xavier Gutherz, « Premières sociétés de production de la Corne de l'Afrique », Archéologies, 20 ans de recherches françaises dans le Monde, Paris, Maisonneuve et Laruse, ADPF-ERC, 2004, p. 335-339.
  5. « Des grottes ornées de fresques découvertes au Somaliland », Le Monde, vendredi 14 novembre 2003.
  6. (en) Steven A. Brandt et Nanny Carder, « Pastoral rock art in the Horn of Africa: Making sense of udder chaos », World Archaeology, 1987, vol. 19, no 2, p. 194-213.
  7. Xavier Gutherz, Roger Joussaume et Jean Guilaine (dir.), « Le Néolithique de la Corne de l'Afrique », Premiers paysans du Monde ; naissance des agricultures, Séminaires du Collège de France, Errance, 2000, p. 291-320.
  8. Roger Joussaume, « L'art rupestre », Tiya, L’Éthiopie des mégalithes, Éditions Cevinoises, 1995, p. 38-63.
  9. Jean-Loïc Le Quellec, « L'art rupestre de style dit "arabo-éthiopien" et l'école de Chabbè-Galma », Afrique : Archéologie et Arts, n°2, 2002-2003, p. 205-224.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Xavier Gutherz, « Premières sociétés de production dans la Corne de l'Afrique », Archéologies, 20 ans de recherches françaises dans le Monde, Paris, Maisonneuve et Laruse, ADPF-ERC,‎
  • Xavier Gutherz et Luc Jallot, Les Abris ornés de Laas Geel et l’art rupestre du Somaliland, Montpellier, Presses universitaires de la Méditerranée, 32 p.

Articles de revues scientifiques[modifier | modifier le code]

Articles de presses[modifier | modifier le code]

Documentaires[modifier | modifier le code]

  • Les silences de Laas Geel, 2010, Claude-Timon Gaignière, 1h20