Aurignacien

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Aurignacien
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Grattoir double sur Lame, grotte d'Aurignac Haute-Garonne

Définition
Lieu éponyme grotte d'Aurignac
(Haute-Garonne)
Auteur Henri Breuil et Émile Cartailhac en 1906
Caractéristiques
Répartition géographique Europe, Proche-Orient, Zagros, Afghanistan, Altaï
Période Paléolithique supérieur
Chronologie environ 39 000 à 29 000 avant le présent
Type humain associé probablement Homo sapiens (Homme anatomiquement moderne ou Homme de Cro-Magnon)
Tendance climatique interstade tempéré du Würm II/III, puis détérioration vers un climat froid et sec à partir de 30 000 avant le présent.
Signe particulier premier art pariétal connu (Grotte Chauvet)
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Extension de la culture Aurignacienne

Subdivisions

Protoaurignacien, Aurignacien ancien, Aurignacien récent

Objets typiques

industrie osseuse (sagaies à bases fendues) et lithique (pièces carénées, lamelles, lames retouchées, etc.)

L'Aurignacien est une culture du début du Paléolithique supérieur, datant d'environ 39 à 28 000 ans avant le présent. En Europe centrale et occidentale, il semble correspondre à l'arrivée des hommes anatomiquement modernes[1]. L'Aurignacien est caractérisé par son industrie osseuse (sagaies à bases fendues) et lithique (pièces carénées, lamelles, lames retouchées, etc.).

Historique[modifier | modifier le code]

L'Aurignacien a été défini par Henri Breuil et Émile Cartailhac en 1906 à partir de l'industrie lithique de la grotte d'Aurignac (Haute-Garonne), fouillée par Édouard Lartet en 1860. Sa position stratigraphique au sein des industries du Paléolithique supérieur fit l'objet d'une polémique. Il revient à Henri Breuil d'avoir démontré en 1906 que l'Aurignacien était immédiatement postérieur au Moustérien et antérieur au Solutréen. Ce chercheur définit trois étapes successives : Aurignacien ancien, moyen et supérieur.

En 1933, Denis Peyrony restreignit l'emploi du terme Aurignacien à la phase moyenne, l'Aurignacien ancien devenant le Périgordien ancien (aujourd'hui nommé Châtelperronien) et l'Aurignacien supérieur devenant le Périgordien récent (aujourd'hui nommé Gravettien).

On parle aussi, depuis Georges Laplace (1966[2]), de Protoaurignacien ou Aurignacien archaïque (39 - 34 000 BP). Ce concept est cependant sujet à critiques, et, de plus, le Proto-Aurignacien ne précède pas toujours l'Aurignacien [3]. Les sites aurignaciens de Geiβenklösterle (dans le Jura souabe) et Willendorf II (pl), près du Danube, sont ainsi plus vieux que le Proto-Aurignacien, datant de 40 000 BP [3] voire 42 ou 43 000 BP [4].

Datation[modifier | modifier le code]

L'apparition de l'Aurignacien en Europe occidentale se situe autour de 35 000 ans BP mais certaines datations font parfois remonter cette période aux alentours de 38 000 BP pour le Protoaurignacien (parfois associé à l'Ahmarien ancien[5]) et bien davantage selon de récentes calibrations du radiocarbone[6]. Le site de Geiβenklösterle a ainsi été daté à entre 42 et 43 000 BP, précédant ainsi le refroidissement de l'Événement de Heinrich 4. L'Aurignacien cesse d'être caractéristique entre 30 000 et 28 000 ans BP en Europe occidentale.

Climat et environnement[modifier | modifier le code]

On connaît avec de plus en plus de précision les changements climatiques de la Préhistoire récente grâce à des disciplines paléoenvironnementales telles que la paléoclimatologie, la sédimentologie, la palynologie, l'anthracologie, la carpologie ou l'archéozoologie.

On situera l'Aurignacien entre 35 000 et 30 000 BP pour une approche plus simple de l'environnement dans lequel vivaient les premiers hommes du Paléolithique supérieur. Le début de l'Aurignacien se situe durant la fin de l'amélioration climatique de l'interstade tempéré du Würm II/III dit interstade Hengelo/Les Cottés. Cet interstade est peu stable et le climat se détériore progressivement pour devenir froid et sec à partir de 30 000 BP. Ainsi, on peut voir à Arcy-sur-Cure le passage d'une forêt claire de feuillus et de conifères vers 35 000 BP devenir progressivement un paysage de bosquet de pins et de bouleaux dans la vallée alors que le plateau devient steppique. La faune est composée d'herbivores : mammouths, rhinocéros laineux, rennes, chevaux, bœufs, marmottes... et de carnivores : ours, grands félins, loups, hyènes, ...

Relations entre événements climatiques et cultures
Événement Caractéristiques
Âge, années BP
(dates calibrées)
OIS Climat
(Glaciation de Würm)
Faciès culturel en Europe
Heinrich 5 47000 à 45000 3 Froid Moustérien, Babonyien-Szélétien, Uluzzien, Altmühlien
Interstade ou oscillation Moershoofd 45000 à 43000 3 Redoux Moustérien, Babonyien-Szélétien, Bachokirien, Uluzzien, Altmühlien, Proto-Aurignacien [4]
Heinrich 4 43000 à 39000 3 Froid Moustérien, Szélétien, Bohunicien, Kozarnikien, Altmühlien, Bachokirien, Proto-Aurignacien, Uluzzien
Interstade ou oscillation Hengelo-Les Cottès 39000 à 36000 3 Redoux Châtelperronien, Aurignacien archaïque, LRJ, Streletskien-Sungirien, Szélétien, Bohunicien, Kozarnikien
Heinrich 3 36000 à 34000 3 Froid Aurignacien I ou ancien, LRJ, Streletskien-Sungirien, Szélétien, Bohunicien, Kostenkien, Châtelperronien
Interstade ou oscillation Arcy-Denekamp 34000 à 30000 3 Redoux Aurignacien II ou évolué, LRJ (Lincombien-Ranisien-Jerzmanowicien), Streletskien-Sungirien, Kostenkien, Szélétien
30000 à 29000 3 Froid Aurignacien III ou récent, Streletskien-Sungirien, Kostenkien, Szélétien
Interstade ou oscillation Maisières 29000 à 28000 2 Redoux Aurignacien IV ou tardif, Gravettien ancien, Kostenkien, Szélétien
Heinrich 2 28000 à 26000 2 Froid Gravettien, Kostenkien (Gravettien oriental ?), Szélétien

Extension géographique[modifier | modifier le code]

Dans le Zagros en Iran il est connu sous le nom de Baradostien alors que dans le Levant il devient plutôt l'Antélien. À Kara Kamar (Samangân) dans le nord de l'Afghanistan un faciès aurignacien a été reconnu. Les régions de l'Altaï (Anuy et Ust-Karakol) ont également livré des sites aurignaciens. Du point de vue génétique, cette répartition correspond particulièrement à l'étendue de l'haplogroupe J du chromosome Y.

Le Protoaurignacien ou Aurignacien archaïque (39 - 34 000 BP) est présent de manière assez uniforme en Europe méridionale, de la Roumanie au Sud de la France et à l'Espagne en passant par l'Italie.

L'Aurignacien ancien (34 - 31 000 BP) est connu en Europe centrale (vallée du Danube, Jura souabe), dans le Sud-Ouest de la France, dans les Asturies et en Italie centrale.

L'Aurignacien récent (31 - 29 000 BP) est également présent en Allemagne, dans le sud de l'Angleterre et en France.

Industrie[modifier | modifier le code]

L'industrie lithique aurignacienne comporte :

  • de grandes lames retouchées épaisses, les lames aurignaciennes. Ces lames sont retouchées bilatéralement et sont parfois munies d'encoches de chaque côté qui donnent le nom de « lame étranglée » à ces outils.
  • de nombreuses pièces carénées (grattoirs carénés, burins carénés et burins busqués) qui présentent des enlèvements lamellaires réguliers et convergents.

Il est désormais établi[7] que ces pièces carénées, considérées comme des types (donc traitées en tant que telles, comme n'importe quel autre type lithique, par la typologie), ont servi de nucléus pour la production de lamelles, très nombreuses durant tout le Paléolithique supérieur. Ce statut technologique de nucléus, désormais reconnu à ces pièces carénées, n'exclut en rien leur utilisation en tant qu'outil[7].

Une lamelle retouchée est spécifique à l'Aurignacien : la « lamelle Dufour ». Ces lamelles sont retouchées finement et marginalement sur une ou deux faces.

L'industrie en matière dure animale est caractérisée par l'apparition de pointes de sagaies à base fendue en ivoire ou en bois de renne mais ces matériaux peuvent aussi servir à la confection des premiers bâtons percés et d'un outillage plus classique : poinçons, baguettes, lissoirs.

Art[modifier | modifier le code]

Les chevaux de la Grotte Chauvet, Ardèche, France

La culture aurignacienne occupe une place remarquable dans l'Histoire de l'art car elle est la première culture humaine à avoir laissé les traces d'une représentation figurative. Dire cependant que les aurignaciens furent les inventeurs de l'art reste encore très hypothétique; il est possible que les peuples précédents aient produit des créations artistiques dans des matériaux périssables.

Les Aurignaciens vont diversifier la parure, connue dès le Châtelperronien : dents animales perforées, coquillages fossiles ou contemporains, ivoire, bois de cervidé. Les coquillages peuvent provenir de gisements très éloignés du site dans lesquels ils furent découverts. Ainsi, on trouve en Périgord des coquillages méditerranéens témoignant d'échanges distants.

Pour ce qui est des créations artistiques, l'Aurignacien va marquer une rupture avec les cultures précédentes. Les plus anciens vestiges de cet art se retrouvent dans les statuettes de Vogelherd, de Geissenklösterle et de Hohlenstein-Stadel. Ce sont des figures en ronde bosse représentant des mammouths, des félins, des ours, des chevaux et des hommes. Elles ont été sculptées dans l'ivoire de mammouth. Moins spectaculaires, des plaques de roches dures gravées ont été également retrouvées. Les peintures sont rares mais parfois spectaculaires : il faut citer en premier lieu la Grotte Chauvet et la grotte de Baume-Latrone en Languedoc, mais aussi les œuvres des abris Castanet, Blanchard, de La Ferrassie et d'autres sites en Dordogne, la grotte de Pair-non-Pair en Gironde, ainsi que de la grotte de Fumane en Italie du Nord. Enfin, on a découvert une flute en os sur le site de Geiβenklösterle [4].

Problèmes actuels[modifier | modifier le code]

Crâne de Cro-Magnon

L'apparition de l'Aurignacien en Europe est actuellement considérée comme une conséquence de l'arrivée de l'homme moderne. Longtemps, cela resta une hypothèse car les seuls restes humains que nous possédions pour cette période étaient ceux du site éponyme de Cro-Magnon. Or de nouvelles études ont montré que la stratigraphie de ce site pouvait être sujette à caution et que les restes étaient plus probablement issus des couches gravettiennes plus récentes. Il n'y avait donc pas réellement de fossile attestant que, pour cette culture, il s'agit bien de l'homme moderne, mais cette hypothèse était assez unanimement admise. En effet, l'Homme de Néandertal est encore présent lorsque se manifeste l'Aurignacien, mais il est alors caractérisé par la culture châtelperronienne dont l'industrie lithique et osseuse est différente. La sépulture néandertalienne de Saint-Césaire, fouillée au début des années 1980, a été découverte dans des niveaux attribués au Châtelperronien et la dent d'Arcy-sur-Cure est attribuée à un Homo neanderthalensis.

Les études de J. Pelegrin consacrées notamment aux systèmes techniques du gisement de Roc de Combe montrent que les méthodes conduisant à la fabrication de l'outillage des Châtelperroniens et des Aurignaciens sont très différentes. On ne peut donc pas parler, selon lui, d'acculturation voire d'évolution du Châtelperronien. Il y a une réelle différence entre les deux cultures et les savoir-faire qu'elles impliquent. Il voit en revanche le Châtelperronien plutôt comme une évolution du Moustérien de Tradition Acheuléenne (MTA)[8], qui est sans nul doute une industrie néandertalienne[9]. Néanmoins, durant près de 80 000 ans au Proche-Orient, les Néandertaliens et les Homo sapiens ont cohabité en réalisant des outillages identiques.

Toute la question est donc de savoir quand finit le Paléolithique moyen et quand commence le Paléolithique supérieur. On peut aussi poser la question différemment : quand l'homme moderne est-il arrivé en Europe de l'Ouest et qu'en est-il des Néandertaliens ? Une étude récente d'incisives découvertes dans deux sites Protoaurignaciens italiens, Riparo Bombrini (de) et la Grotta di Fumane (it), respectivement découvertes en 1976 et 1992, montre cependant que celles-ci appartiennent bien à l'homme moderne, et non à Néanderthal [10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bon, F. (2002) - L'Aurignacien entre Mer et Océan - Réflexion sur l'unité des phases anciennes de l'Aurignacien dans le sud de la France, Société Préhistorique Française, Mémoire XXIX, 253 p.
  2. Georges Laplace, Recherches sur l'origine et l'évolution des complexes leptolithiques (E. de Boccard, Paris, 1966)
  3. a et b Nicholas J. Conard and Michael Bolus, "Chronicling modern human's arrival in Europe", Science 15 May 2015: 754-756.
  4. a, b et c L’Homme moderne européen jouait de la flûte voici 42.500 ans, Futura-Sciences, 29 mai 2012
  5. Tsenka Tsanova, Les débuts du Paléolithique supérieur dans l'Est des Balkans. Réflexion à partir de l'étude taphonomique et techno-économique des ensembles lithiques des sites de Bacho Kiro (couche 11), Temnata (couches VI et 4) et Kozarnika (niveau VII), thèse de l'Université de Bordeaux 1, 2006.
  6. P.Mellars, Archeology and the Dispersal of Modern Humans in Europe: Deconstructing the Aurignacian, Evolutionary Anthropology, vol. 15 (2006), pp. 167–182.
  7. a et b Le Brun-Ricalens F., Bordes J.-G., Bon F. (dir.), Productions lamellaires attribuées à l’Aurignacien : chaînes opératoires et perspectives technoculturelles, Actes du Symposium 6.7, XIVème congrès de l’U.I.S.P.P., Liège, 2-8 septembre 2001, Archéologiques 1, éd. du MNHA, Luxembourg, 568 p.
  8. Pelegrin, J. (1990) - « Observations technologiques sur quelques séries du Châtelperronien et du MTA B du Sud-Ouest de la France : une hypothèse d'évolution », in: Paléolithique moyen récent et Paléolithique supérieur ancien en Europe, Colloque international de Nemours (9-11 mai 1988), Mémoires du Musée de Préhistoire d'Ile-de-France, 3, pp. 195-201.
  9. Soressi, M. (2002) - Le Moustérien de tradition acheuléenne du sud-ouest de la France - Discussion sur la signification du faciès à partir de l’étude comparée de quatre sites : Pech-de-l’Azé I, Le Moustier, La Rochette et la Grotte XVI, Université de Bordeaux I, Thèse de doctorat, 345 p.
  10. Benazzi et al., "The makers of the Protoaurignacian and implications for Neandertal extinction", Science, 15 mai 2015, p. 793-796. Voir aussi Nicholas J. Conard and Michael Bolus, "Chronicling modern human's arrival in Europe", Science 15 May 2015: 754-756.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Baffier D. (1999) - Les derniers Néandertaliens, le Châtelperronien, la Maison de roches, Paris.
  • Bon, F. (2002) - L'Aurignacien entre Mer et Océan - Réflexion sur l'unité des phases anciennes de l'Aurignacien dans le sud de la France, Société Préhistorique Française, Mémoire XXIX, 253 p.
  • Delluc B. et G. (1978) - « Les manifestations graphiques aurignaciennes sur support rocheux des environs des Eyzies (Dordogne) », Gallia-Préhistoire, 21, p. 213-438, 96 fig.
  • Delluc B. et G. (1991) - L'Art pariétal archaïque en Aquitaine, XXVIIIe suppl. à Gallia-Préhistoire, CNRS, 393 p., 235 fig., V tabl. et 1 dépl.
  • Capitan L. (1925) - La Préhistoire, Payot, Paris.
  • Leroi-Gourhan A. (dir.) (1988) - Dictionnaire de la Préhistoire, PUF, Paris, réed. 1997.
  • Mohen J.-P. et Taborin Y. (1998) - Les sociétés de la Préhistoire, Hachette, Paris.
  • Pelegrin J. (1995) - Technologie lithique: Le Châtelperronien de Roc-de-Combe (Lot) et de La Côte (Dordogne), Cahiers du Quaternaire, CNRS, Paris.
  • Teyssandier, N. (2007) - En route vers l'Ouest : les débuts de l'Aurignacien en Europe, Oxford, British Archaeological Reports, int. ser. 1638, 312 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]