Gallo-romains

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Les Gallo-Romains sont un ensemble de peuples qui, en Europe occidentale, ont constitué une civilisation spécifique, à l'issue de la Guerre des Gaules, et jusqu'à l’avènement des Francs.

Comme tous les peuples celtes, les Gaulois sont les héritiers culturels de la civilisation de Hallstatt. Ils partagent avec les autres peuples celtes des pratiques rituelles, certaines techniques artisanales et forment avec eux une famille linguistique au sein de laquelle il n'y a que peu d'intercompréhension.

On ne peut pas véritablement parler de peuple gaulois, si ce n'est au pluriel ; en effet, à l'époque de la conquête romaine, la Gaule n'est en aucune manière une entité politique unifiée.

Elle est constituée d'une nébuleuse de peuples celtes parlant des dialectes proches. Ces clans nombreux et rivaux, sont très souvent en conflit ; les Gaulois n'ont d'ailleurs aucun chef attitré avant que la guerre des Gaules, lancée par César, ne vienne cristalliser leur opposition à l'envahisseur romain.

Leur manque d'identité collective forte contribuera d'ailleurs à leur défaite à Alésia. Cependant on sait que malgré leur manque d'unité, les Gaulois étaient conscients de vivre ensemble sur un espace commun. C'est sûrement ce qui peut expliquer l'accession au pouvoir de Vercingétorix.

Les Gaulois ont longtemps été représentés comme des barbares. Cette vision archaïque de cette civilisation est due essentiellement à l'absence d'écrits gaulois et à la campagne de César (La guerre des Gaules) qui voulait glorifier et grossir sa victoire.

Cette civilisation très complexe, grâce à la recherche archéologique, dévoile aujourd'hui de nombreux secrets. Loin de cette vision réduite du peuple ripailleur et inorganisé, on sait que les Gaulois furent d'excellents agriculteurs et artisans. Du marnage à la moissonneuse batteuse en passant par le tonneau et la force, les Gaulois sont les inventeurs de très nombreux outils que le monde rural continuera à utiliser jusqu'à la veille de la Seconde guerre mondiale. Excellents métallurgistes, ils travaillent parfaitement le fer, le bronze et l'or et sont capables d'une extrême minutie. La découverte de l'étamage est attribuée aux Gaulois Bituriges[1].

Leur système politique, longtemps considéré comme tribal et primaire était en fait hiérarchisé. La femme avait, au sein du groupe, autant de pouvoir et de possibilités que les hommes. Et chacun devait gagner sa place auprès du chef ou de l'autorité en place.

Druide, vates et bardes avaient des fonctions très spécifiques du point de vue scientifique, culturel et éducationnel.

Enfin, ce peuple passé maître dans l'artisanat et la production agricole, était aussi un grand peuple guerrier, dont les armes n'avaient rien à envier aux Romains. Leurs techniques d'attaque étaient elles aussi très organisées, comme la trimarcisia ou l'utilisation de chars et d'épées longues pour des batailles de cavalerie.

L'Europe celtique protohistorique.

La Guerre des Gaules[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre des Gaules.
Carte des peuples gaulois.

Origines[modifier | modifier le code]

La Guerre des Gaules commence en 58 av. J.-C. lorsque les Helvètes témoignent de leur volonté de s'installer sur le territoire des Santons, en Saintonge. Il incombe donc au gouverneur de la Gaule transalpine d'assurer leur protection lors de leur voyage. Or, il se trouve que, depuis le 1er janvier 58 av. J.-C., l'homme à ce poste n'est autre que Caius Julius Caesar.

Lorsque les ambassadeurs helvètes lui demandèrent la permission de traverser le nord de la Province romaine, ce dernier la leur refusa. Les Helvètes prenant acte, décident de prendre un chemin plus au nord. Cependant César les attaque et ils sont réduits en pièces.

De retour, César s'installe dans l'oppidum de Bibracte, chez les « Éduens », où il reçoit, selon ses dires, la quasi-totalité des chefs gaulois témoignant leur gratitude envers celui qui les avait délivrés de « l'invasion » helvète. De plus les chefs gaulois lui demandent de les libérer du puissant chef germain Arioviste qui menace ces communautés. Voici un extrait du discours qu'aurait prononcé le druide Diviciacos, selon les Commentaires sur la Guerre des Gaules, dont la fiabilité n'est pas établie :

« Si César et le peuple romain ne viennent pas à leur secours, tous les Gaulois n'ont plus qu'une chose à faire : à l'exemple des Helvètes, ils émigreront de leur pays, chercheront d'autres terres et d'autres demeures éloignées des Germains et tenteront la fortune, quel que soit le sort qui les attende. (15) Si Arioviste venait à connaître leurs révélations, nul doute qu'il ne livrât tous les otages en son pouvoir aux plus affreux supplices. (16) César, par son autorité, par ses forces, par l'éclat de sa victoire récente, et avec le nom du peuple romain, peut empêcher qu'un plus grand nombre de Germains ne passent le Rhin, pour défendre la Gaule entière d'Arioviste »

— Jules César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, livre I, 31[2].

Flatté, et voyant le moyen de réussir ces ambitions politiques, César met en déroute le chef germain de par le Rhin. Grisé par son succès il poursuit la conquête au-delà du Rhin, traverse la Manche, conquiert la Belgique. Finalement, il est à la tête d'un territoire vaste de 500 000 km² contrôlé par une armée qui n'a jamais dépassé les 50 000 hommes. Cependant, multipliant les maladresses dans la gestion de ce territoire, il finit par avoir sur le dos les chefs gaulois qui veulent se venger et retrouver leur autonomie.

Campagne militaire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre des Gaules.

Romanisation[modifier | modifier le code]

La romanisation selon les historiens du XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Laurent Olivier attribue aux historiens du XIXe siècle l'image positive de la romanisation comme moment où la Gaule passe de l'indépendance et de la préhistoire, à l'histoire. Pour ces historiens, "la romanisation, c'est l'accès à la civilisation", ce qui permet aux Gaulois de sortir de leur barbarie. Selon Anne-Marie Thiesse, les historiens du XIXe siècle représentent les Gallo-romains comme "l'union de la vigueur [gauloise] et de l'ordre [romain]". On trouve dans un manuel d'histoire du XIXe siècle les propos suivants : "comme les Romains étaient très civilisés, ils civilisèrent les Gaulois" ; les Romains auraient fait passer les Gaulois d'une culture rurale à une culture urbaine. Cette vision idéologique du passé traduit le vœu de "civiliser" le peuple français du XIXe siècle, comme les Gaulois avaient pu l'être dans les premiers siècles[3].

Napoléon III évoque la romanisation dans son Histoire de Jules César (1865-1866), ouvrage où il entendait justifier l'exercice du pouvoir autoritaire, et montrer que "le césarisme fait le bonheur des peuples[4]". Il la représente comme un progrès pour les Gaulois : "Aussi, tout en honorant la mémoire de Vercingétorix, il ne nous est pas permis de déplorer sa défaite. Admirons l'amour sincère de ce chef gaulois pour l'indépendance de son pays. Mais n'oublions pas que c'est au triomphe des armées romaines qu'est due notre civilisation : institutions, mœurs, langue, tout nous vient de la conquête. Aussi sommes-nous bien plus des fils des vainqueurs que ceux des vaincus[5]". Napoléon III tient par ailleurs en Algérie en 1865 un discours dans lequel il dit aux Algériens que vaincus, ils sont promis à ressusciter, comme les Gaulois, dans un ordre nouveau, une civilisation nouvelle ; comme celle des Gaulois, leur défaite ouvre sur une victoire[6].

Selon Laurent Olivier, aujourd'hui, la romanisation serait plutôt analysée comme l'écrasement d'une culture minoritaire par un Empire qui dispose de la force des armes[7].

La romanisation vue par les historiens modernes[modifier | modifier le code]

Serge Leuwillon parle d'une "exploitation brutale, violente de la Gaule par Rome[8]".

Laurent Olivier attire l'attention sur "la détresse des populations civiles" confrontées à l'armée romaine. Le siège d'Avaricum (Bourges) a donné lieu au massacre de dizaine de milliers de Gaulois ; selon Jules César lui-même, les soldats romains "n'épargnèrent ni les femmes, ni les vieillards ni les enfants" (ils vengeaient le meurtre par des Gaulois, quelques mois auparavant, à Orléans, de marchands romains). Quand le Puy d'Issolud (Uxellodunum) a été assiégé, César a fait couper les deux mains des Gaulois qui avaient porté les armes. "C'est une saignée dans l'histoire de la Gaule". "La romanisation n'est pas un événement heureux[9]".

Christian Goudineau rappelle qu'en -57, Jules César obtient la reddition d'un oppidum, mais les assiégés n'ayant pas livré toutes les armes qu'ls avaient en leur possession, César, en guise de châtiment, selon son propre récit, vendit 53 000 Gaulois à l'encan[10].

Étapes de la romanisation[modifier | modifier le code]

D'un point de vue juridique et politique, l'une des étapes majeures de la romanisation de la Gaule transalpine (encore appelée Gaule chevelue ou Gallia bracata, Gaule en braie), est le célèbre discours de Claude au Sénat, parvenu jusqu'à nous grâce à la retranscription des Tables claudiennes.

En effet, ce discours marque un tournant dans l'histoire de la Gaule romanisée ; à ce titre, il est parfois considéré comme l'acte de naissance de la civilisation gallo-romaine.

C'est originellement par ce discours que fut consacrée l'intégration des élites gauloises à la citoyenneté romaine, même s'il s'agit d'un processus qui s'étale sur plusieurs décennies.

L'Empire romain a d'ailleurs réussi à perdurer grâce à cette politique d'intégration des élites, qui a touché progressivement, au fil des siècles, toutes les provinces conquises du bassin méditerranéen.

Les peuples de Gaule ont cependant été les plus intimement mêlés à l'histoire de Rome et assimilés au système politique et social des Romains, se calquant sur ce système, notamment au niveau des institutions.[réf. nécessaire]

Aménagement du territoire[modifier | modifier le code]

La Gaule avant la conquête romaine était peuplée d'une soixantaine de tribus (dont l'unité culturelle est elle aussi remise en cause). Le territoire s'organisait alors autour de ces tribus qui possédaient toutes leur oppidum (place fortifiée, édifiées à proximité des matières premières ou sur des voies commerciales) Il s'agissait alors de centres commerciaux, structurés par des places publiques, des marchés et des foires. Pour les plus grandes, elles étaient aussi des centres politiques et administratifs.

La romanisation de la Gaule va entraîner une modification de l’aménagement du territoire. Tout d'abord, les villes gauloises vont être modifiées selon les codes d'architecture romain. La ville va se découper suivant le plan urbain orthogonal, le cardo et le décumanus, avec le forum au centre. Les cirques, théâtres, vont alors se multiplier dans les villes. En vingt ans, une soixantaine de villes vont être construites sur le modèle romain.

Les campagnes et le monde rural vont eux aussi s'organiser autour de villae où le travail comme la vie agricole va se hiérarchiser.

Véritables domaines ruraux, ces structures regroupent les habitations des propriétaires, de la main d’œuvre, ainsi que des bâtiments d'exploitation et les fabriques artisanales.

En ce qui concerne les voies de circulation, les Romains ne vont que réaménager des voies gauloises existantes. Les 90 000 km de voies vont relier les villes aux villae, et permettre un commerce très important, mais aussi une grande rapidité dans le déplacement des personnes et bien sûr des troupes.

Echanges culturels[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui le concept d'acculturation de la Gaule par les Romains est remis en cause. Il s'agirait plus vraisemblablement d'une assimilation culturelle entre les deux civilisations. Les Gaulois ayant adopté l'architecture des villes romaines (Cardo / Décumanus), leur organisation de l'espace, etc. Les Romains ont mis à profit les connaissances et les inventions gauloises pour le développement de l'agriculture et de leur artisanat. Il reste néanmoins des points ou les échanges culturels et techniques n'ont pas eu lieu. Malgré l'invention et la forte présence des tonneliers gaulois, les Romains ont continué à utiliser leurs amphores pour les transports et le commerce des liquides.

Syncrétisme religieux[modifier | modifier le code]

Dans le livre VI des Commentaires sur la Guerre des Gaules, Jules César cite les dieux des Gaulois, mais faute de pouvoir donner leurs noms celtiques, il les affuble de théonymes romains équivalents et en fait une description approximative et déformée par l’interpretatio romana :

« Le dieu qu'ils honorent le plus est Mercure. Il a un grand nombre de statues ; ils le regardent comme l'inventeur de tous les arts, comme le guide des voyageurs, et comme présidant à toutes sortes de gains et de commerce. Après lui ils adorent Apollon, Mars, Jupiter et Minerve. Ils ont de ces divinités à peu près la même idée que les autres nations. Apollon guérit les maladies, Minerve enseigne les éléments de l'industrie et des arts ; Jupiter tient l'empire du ciel, Mars celui de la guerre ; c'est à lui, quand ils ont résolu de combattre, qu'ils font vœu d'ordinaire de consacrer les dépouilles de l'ennemi. Ils lui sacrifient ce qui leur reste du bétail qu'ils ont pris, le surplus du butin est placé dans un dépôt public ; et on peut voir, en beaucoup de villes de ces monceaux de dépouilles, entassées en des lieux consacrés. Il n'arrive guère, qu'au mépris de la religion, un Gaulois ose s'approprier clandestinement ce qu'il a pris à la guerre, ou ravir quelque chose de ces dépôts. Le plus cruel supplice et la torture sont réservés pour ce larcin. »

— Jules César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, livre VI, 17[11].

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Aperçu historique sur l'exploitation des métaux dans la Gaule. A. Daubrée. p. 306.
  2. Wikisource : Jules César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, livre I
  3. L. Olivier et A.-M. Thiesse s'expriment dans le documentaire de Jérôme Prieur, Vercingétorix, épisode 2 ("Le héros national"), DVD Arte Éditions, 2012.
  4. Christian Goudineau dans le documentaire de Jérôme Prieur, Vercingétorix, épisode 2 ("Le héros national"), DVD Arte Éditions, 2012.
  5. Napoléon III, Histoire de Jules César (1865-1866), cité dans le documentaire de Jérôme Prieur, Vercingétorix, épisode 2 ("Le héros national"), DVD Arte Éditions, 2012.
  6. Serge Lewuillon, dans le documentaire de Jérôme Prieur, Vercingétorix, épisode 2 ("Le héros national"), DVD Arte Éditions, 2012.
  7. Laurent Olivier dans le documentaire de Jérôme Prieur, Vercingétorix, épisode 2 ("Le héros national"), DVD Arte Éditions, 2012.
  8. Serge Lewuillon, dans le documentaire de Jérôme Prieur, Vercingétorix, épisode 1 ("Le roi des guerriers"), DVD Arte Editions, 2012.
  9. L. Olivier, dans le documentaire de Jérôme Prieur, Vercingétorix, épisode 1 ("Le roi des guerriers"), DVD Arte Editions, 2012.
  10. Ch. Goudineau dans le documentaire de Jérôme Prieur, Vercingétorix, épisode 1 ("Le roi des guerriers"), DVD Arte Editions, 2012.
  11. Wikisource : Jules César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, livre VI

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Sur les pas des Gallo-Romains : musées, sites et monuments visitables en Gaule Romaine

Articles connexes[modifier | modifier le code]