Suaire de Turin
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Le suaire de Turin ou linceul de Turin est une relique conservée dans la chapelle royale de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Turin en Italie. Il s'agit d'un drap en lin ancien qui montre l'image d'un homme qui présenterait les traces de tortures physiques correspondant à un crucifiement.
Pour certains, il s'agirait du Saint-Suaire, le linceul ayant recouvert Jésus de Nazareth lorsqu'il fut mis au tombeau : son image se serait imprimée à la façon d'un négatif photographique sur les fibres, à un moment qui correspondrait à la proclamation de la résurrection de Jésus.
Pour d'autres, le suaire est une contrefaçon médiévale ou l'œuvre d'un artiste réalisée à des fins de dévotion ou de tromperie. C'est ce que déclare l'évêque de Troyes Henri de Poitiers qui affirme que les Évangiles ne mentionnent pas le linceul. Il interdit les ostensions en 1370. Un de ses successeurs, Pierre d'Arcis, pense de même : en 1389, il est soutenu dans sa démarche par le roi de France Charles VI. Désavouant Pierre d'Arcis, l'antipape Clément VII en autorise le culte en 1390 avec quelques restrictions.
L'Église catholique, gardienne du linceul, ne s'est jamais prononcée officiellement sur l'authenticité ou non du linceul considérant que ceci n'ajoutait rien à la foi chrétienne. Elle a toutefois accepté les résultats de la datation par le carbone 14 effectuée en 1988, qui conclut à un âge médiéval (1260-1390). Cette datation a été très rapidement contestée, tant sur la validité de l'échantillon que sur l'imprécision de la méthode de datation par le carbone 14.
Aujourd'hui, l'intérêt pour le suaire de Turin demeure : bien que de bons résultats expérimentaux aient été obtenus par nombre de chercheurs, dans le sens où, à première vue, l'image, généralement limitée au visage, est similaire à celle du linceul, à ce jour aucun essai n'a pu reproduire toutes les caractéristiques de l'image formée sur le drap[1]. En 1998, Jean-Paul II a qualifié le linceul de « provocation à l'intelligence »[2] et a invité les scientifiques à poursuivre leurs recherches.
Le suaire de Turin fait l'objet de débats très approfondis et parfois houleux entre scientifiques, historiens, croyants, vulgarisateurs, concernant les nombreux domaines d'étude auxquels cet objet se rapporte. Ces débats portent sur la datation par le carbone 14, mais aussi sur son histoire avant 1357, sur la présence de sang et ses conséquences, sur les inscriptions antiques présentes sur le linceul, sur la présence de pièces de monnaie, sur l'étude des pollens, sur les conditions de restauration, et plus généralement sur la possibilité de reproduire avec toutes ses caractéristiques le linceul.
Une nouvelle ostension du linceul est prévue pour 2010[3]. Elle sera notamment l'occasion de mesurer l'engouement du public pour ce drap, objet de tant de recherches, de controverses et de dévotions.
[modifier] Dénomination de l'étoffe
Aujourd'hui, un grand nombre d'ouvrages de vulgarisation et d'articles à caractère scientifique préfèrent parler de « linceul de Turin » plutôt que de « suaire de Turin »[4].
Dans les évangiles, le mot soudarion renvoie plutôt au « linge qui avait recouvert la tête », c'est-à-dire stricto sensu à un suaire (Jean, 20, 7). Dans la langue grecque du début de l'ère chrétienne, le mot sindon (employé par Matthieu, Marc, Luc) désigne un linge, un drap, un vêtement, tandis que le mot « soudarion » s'utilise pour un linge, un mouchoir. Ainsi parle-t-on à juste titre de suaire d'Oviedo pour évoquer le linge présent dans cette ville.
En latin ecclésiastique, le terme sudarium désignait une petite pièce de lin servant de mouchoir pour l'officiant, puis il ne servit plus qu'à désigner un insigne de la dignité écclésiastique[5]. Toutefois, dès l'ancien français, l'usage a produit une certaine confusion entre les termes « linceul » et « suaire ». Au XIIIème siècle le mot « suaire » est employé pour parler du linge ayant servi à envelopper le corps du Christ[6].
Aujourd'hui, pour les francophones, le terme le plus employé lorsqu'on évoque le linge de Turin semble être celui de Suaire de Turin (Saint Suaire).
[modifier] Description
Le suaire est rectangulaire et mesure 4,36 m sur 1,11 m. Le drap est tissé en chevron et est composé de fibres de lin entrelacées à certains endroits de fibres de coton. La présence de coton a été mise en évidence à l'état de traces en surface par le STURP et entrelacé dans les fibres de lin sur les échantillons Raes (1973) et radiocarbone (1988) seulement [7]. Il présente des marques de brûlures dues à un incendie. Il figure l'image en vue frontale et dorsale d'un homme nu, avec ses mains en travers de la taille. Les deux vues sont alignées tête-bêche. L'avant et l'arrière de la tête se joignent presque au milieu de la toile ; les vues correspondent à la projection orthogonale d'un corps humain.
L'« homme du suaire » porte une barbe et des cheveux au milieu des épaules. Il est bien proportionné, assez musclé et mesure environ 1,75 m, ce qui est une taille inhabituelle pour un homme du premier siècle (la période de la mort de Jésus), ou du Moyen Âge (époque du premier témoignage incontesté de l'existence du suaire, et d'une contrefaçon possible). Des taches rouge foncé, interprétées par certains comme étant du sang, sont trouvées sur le tissu, montrant diverses blessures :
- un poignet au moins présente une grande tache de forme circulaire, de l'apparence d'une perforation (le deuxième poignet est caché par le pliage des mains) ;
- sur le côté, apparemment une autre tache est présente ;
- des petites taches sont présentes autour du front et ont l'apparence de blessures ;
- une masse de traces linéaires sur le torse et les jambes seraient causées par un châtiment.
Sous les traces hématiques, on ne retrouve pas la coloration qui caractérise l'image du corps[8].
Le 28 mai 1898, le photographe amateur italien Secondo Pia prit la première photographie du suaire et fut stupéfait, lors du développement, par le résultat du négatif qui donnait l'aspect d'une image positive, ce qui implique que l'image du suaire est elle-même, en quelque sorte, un négatif (le négatif d'un négatif est un positif).
À proprement parler, l'image sur le suaire est un « relief » négatif, dans lequel les secteurs du corps touchant le tissu sont plus foncés, et pas un négatif « photographique », sur lequel les secteurs du corps avec une pigmentation plus légère sembleraient plus foncés sur le tissu. Un exemple de cette distinction peut être vu dans la barbe, qui semble plus foncée sur le suaire au bout du menton, là où elle touche le tissu. Les observateurs ont remarqué que les détails et reliefs de l'homme du suaire sont considérablement augmentés sur le négatif photographique. Les résultats de Pia ont accru l'intérêt pour le suaire et ont suscité de nouveaux efforts pour déterminer son origine.
L'utilisation en 1976 de l'analyseur VP-8, développé à l'origine par la NASA pour la reconnaissance planétaire, pour analyser l'image du suaire de Turin a produit une image de nature tridimensionnelle, unique par son caractère[9].
En 2004, la double superficialité de l'image a été démontrée. Une image sur « l'envers » a été détectée après la restauration de 2002[10]. Elle serait due à l'habitude de faire sécher les draps de lin sur une corde.
[modifier] Histoire du suaire de Turin
Tous les historiens sont d'accord pour dire que l'on dispose de sources fiables concernant l'histoire du suaire de Turin à partir de la seconde moitié du XIVe siècle.
Cependant si, par hypothèse, la datation médiévale est exclue, alors se pose la question des événements qui se sont produits entre l'origine palestinienne du Ier siècle (l'époque la plus basse envisagée jusqu'ici) et le XIVe siècle.
Selon une thèse alors souvent retenue, un objet, le Mandylion ou image d'Édesse, pourrait combler une grande partie de ce vide de plus de treize siècles. Mais aucun élément historique ne conduit à une certitude.
[modifier] Éléments historiques et hypothèses concernant le suaire avant le XIVe siècle
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[modifier] Premiers siècles après Jésus Christ
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Les premiers siècles constituent une époque difficile pour les chrétiens qui doivent faire face à des persécutions jusqu'à l'édit de Constantin en 313. Un certain secret est souvent appliqué qui rend aujourd'hui difficile la découverte d'éléments propres à emporter la conviction.
Un linceul est explicitement mentionné au cours de la mise au tombeau de Jésus dans les quatre évangiles[11]. Selon les sindonologues effectuant des recherches jusqu'à cette date, le linceul aurait probablement été conservé et vénéré par la première communauté chrétienne de Jérusalem.
Un peu avant 70 et la prise de Jérusalem par les Romains, la communauté chrétienne s'est réfugiée dans la cité de Pella, au-delà du Jourdain[12]. Toujours dans le cadre de cette hypothèse, elle aurait pu emporter avec elle le linceul.
Au IIe siècle, l'Évangile des Hébreux, un texte apocryphe circulant dans la communauté judéo-chrétienne de Palestine, fait une allusion rapide au linceul : « Le Seigneur, après avoir donné le linceul au serviteur du prêtre, apparut à Jacques »[13]. Indépendamment de l'identité de l'anonyme et de l'historicité du don, ce passage est significatif quant à l'existence d'un linceul dans la Palestine du deuxième siècle.
L'Évangile de Nicodème, texte apocryphe ayant connu une large diffusion, fait lui aussi allusion au linceul[14], tout comme un autre Évangile apocryphe attribué à Gamaliel qui mentionne à 16 reprises les « bandes » de Jésus.
Quelques sindonologues mentionnent aussi parfois deux homélies de Cyrille de Jérusalem, au IVe siècle[15].
Dans De locis santis, une œuvre écrite en 698, le moine Adomnan d'Iona décrit le pélerinage à Jérusalem du moine et évêque franc Arculfe vers 670. Le pélerin évoque la redécouverte du linceul du Christ et le culte qui lui est rendu. Selon Arculfe, le linceul aurait été enlevé du tombeau de Jésus par un anonyme juif et conservé dans le patrimoine familial. Vers 667, une dispute aurait éclaté concernant la possession de l'étoffe. Le roi Muawiya Ier aurait appelé les deux parties et jeté le tissu aux flammes. Mais celui-ci serait resté suspendu et aurait volé en face d'un prétendant. Le linceul aurait été gardé dans un écrin et vénéré par la population. Arculfe l'aurait embrassé. Il mesurait environ 2,3 mètres (« presque huit pieds de long »). Arculfe ne fait pas mention d'une image sur le drap. Il est probable que le suaire vénéré par Arculfe n'était pas l'actuel suaire de Turin mais une relique connue plus tard sous le nom de suaire de Compiègne, détruite au cours de la Révolution française[16].
Jack Markwardt a émis la thèse que le linceul aurait pu avoir été conservé à Antioche et tranféré à Edesse seulement vers 540[17].
[modifier] Les similitudes avec le Mandylion
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Le Mandylion est une relique consistant en une pièce de tissu rectangulaire sur laquelle l’image du Christ (ou Sainte face) aurait été miraculeusement imprimée. Son existence est connue depuis le VIe siècle. On disait que le Christ s'était essuyé le visage sur ce linge et y avait imprimé son image.
Gardé d'abord à Édesse, puis transféré à Constantinople en 944, on perd sa trace en 1204 après le sac de la ville au cours de la quatrième croisade.
L'hypothèse de l'identification entre le mandylion et le suaire se base sur quelques éléments similaires entres les deux objets : il était attribué à ces tissus des propriétés particulières qui seraient la conséquence d'un contact direct avec le corps ou le visage de Jésus. En 944, à l'occasion de l'arrivée du Mandylion à Constantinople l'archidiacre de Sainte-Sophie, Grégoire le Référendaire, affirme que l'image du Mandylion n'est pas une peinture et ne contient pas de traces de colorants artificiels, mais est seulement splendeur et s'est imprimée grâce aux gouttes de sueur du Christ. De plus, bien que les premiers témoignages décrivent le linceul comme un mouchoir aux dimensions réduites sur lequel est inscrit le visage seul de Jésus, à partir de son arrivée à Constantinople on commence à parler d'une figure plus ample : Grégoire parle des gouttes de sang jaillissant du flanc[18].
C'est pour ceci qu'un rapprochement entre le Mandylion et le suaire de Turin a été effectué par des chercheurs. En effet, en repliant le linceul trois fois dans le sens de la largeur afin de former huit strates superposées, une partie reste visible dans laquelle l'image du visage occupe la position centrale. Quelques représentations antiques du Mandylion paraissent renforcer cette hypothèse : elles montrent un reliquaire correspondant aux dimensions du suaire plié en huit, avec une ouverture circulaire au centre, à travers laquelle le visage du Christ est seul visible, tandis que le reste de l'image demeure caché[19].
Si cette hypothèse est juste, à Constantinople, le Mandylion fut probablement ouvert et l'on comprit la nature véritable du tissu. Aux alentours de l'an mil, les catologues des reliques possédées par les cours impériales parlent de suaire et non plus de Mandylion. D'autres documents indiquent que le suaire fut montré au roi de France Louis VII en 1147 et à Amaury Ier de Jérusalem en 1171[20].
La dernière référence est présente dans les écrits de Robert de Clari, chroniqueur de la quatrième croisade. Il écrit qu'avant le sac de la ville le suaire avec la figure de Jésus était adoré chaque vendredi dans une église. Mais il ajoute que personne ne sait ce qu'est devenu l'objet après que la ville fut mise à sac. Mais selon les historiens Madden et Queller Clari pourrait avoir confondu le voile de Véronique avec le linceul de Jésus[21].
[modifier] Le suaire et les représentations médiévales de Jésus
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Au cours de la période byzantine, des canons de représentation de Jésus s'affirment qui pourraient être rattachés au suaire de Turin. Cette relation, si elle est prouvée, s'explique naturellement si l'on accepte l'identification entre le Mandylion et le suaire et si l'on considère alors que ce modèle devait constituer un modèle autorisé pour les artistes du temps qui pouvaient s'en inspirer de façon directe.
Après les premiers siècles durant lesquels Jésus a été représenté comme un jeune imberbe, la représentation du Christ avec la barbe et les cheveux longs s'est affirmée. Il a été suggéré que ces représentations se fussent inspirées de modèles à qui on conférait une autorité particulière ; si tel est le cas, parmi ceux-ci le Mandylion devait sûrement être présent. Il est à noter qu'à partir de 370 des sarcophages romains représentent un Christ aux cheveux longs[22].
Paul Vignon dès 1903 et plus récemment Heinrich Pfeiffer[23] se sont attachés à mettre en avant les points communs existant entre les caractéristiques typiques des icônes byzantines et le suaire de Turin :
- Une ou plusieurs mèches de cheveux courts au milieu du front, où le suaire présente une tache de sang.
- Le sourcil droit plus haut que le gauche.
- Deux signes sur le nez, l'un en forme de V et l'autre en forme de carré.
- La barbe en deux parties et légèrement déplacée d'un côté.
- La tête comme détachée du corps.
- Une joue plus gonflée que l'autre.
En outre la courbe byzantine, c'est-à-dire une position particulière de Jésus sur la croix, avec le corps déplacé sur un côté, caractéristique des icônes à partir du premier millénaire, et la tradition russe de dessiner la croix comme un support incliné, semble suggérer que Jésus avait une jambe plus courte que l'autre. Les icônes du Christ Pantocrator le représentent souvent avec un pied plus petit et tordu. Il est difficile de penser que les artistes byzantins pouvaient attribuer un défaut physique à Jésus (qui, parce que « fils de Dieu », devait dans leur esprit être parfait) sans une bonne raison pour le faire. Cette raison peut se trouver dans l'image proposée par le linceul de Turin dont la jambe gauche qui demeure fléchie à cause de la rigidité cadavérique semble plus courte que la droite.
Par ailleurs, vers 685-695 et 705-711, la monnaie de Justinien II présente des analogies avec le linceul. De même, celle de Michel III, entre 842 et 867.
Le Codex Pray est un code de la fin du XIIe siècle (1192-1195) conservé à Budapest. Il a été découvert au XVIIIe siècle par un jésuite, Georgius Pray, qui lui donna son nom. Il contient la forme la plus ancienne connue de la langue hongroise à ce jour[24]. On peut y voir deux miniatures de Jésus singulières pour leur temps puisqu'elles le représentent nu. Sur quelques points, ces dessins peuvent rejoindre les caractéristiques présentes sur le suaire de Turin. La miniature supérieure est la miniature de l'onction. . Dans cette partie, le corps de Jésus est complètement nu. Celui-ci semble reposer sur un tissu lui-même posé sur une surface rigide. Jésus a les mains croisées sur le ventre, la droite sur la gauche. On ne voit pas les pouces tandis que les autres doigts sont étendus. L'interprétation de la partie inférieure, la visite des saintes femmes au tombeau, n'est pas univoque. Selon certains chercheurs[25], le tissu semble correspondre à la trame en chevrons du linceul, et les quelques cercles dessinés sur celui-ci représenteraient des brûlures caractéristiques subies par le tissu. Selon d'autres[26], le linceul est limité au pan replié visible sous ce qui semble être la lettre « A », tandis que les deux rectangles contenant les croix et les lignes correspondraient au sépulcre et à la pierre tombale. Les cercles présents seraient alors des éléments décoratifs comme on en voit sur la tenue de l'ange et sur une des trois femmes.
[modifier] Hypothèses pour un trajet : de Constantinople jusqu'en France.
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Différents trajets et propriétaires ont été envisagés entre le sac de Constantinople et l'année 1357.
Une hypothèse plus solide que les autres voudrait que le linceul fût passé entre les mains d'Othon de la Roche, un des chefs de la quatrième croisade qui l'aurait volé à Constantinople[27]. En 1205, le linceul se serait trouvé à Athènes[28]. Après cette date, le linceul aurait pu soit être envoyé au père d'Othon qui avait un château vers Besançon, et ainsi 150 ans plus tard devenir la propriété de Geoffroy de Charny qui épousa l'arrière-petite-fille d'Othon[29], soit acquis par Geoffroy de Charny au cours d'un de ses voyages alors que l'objet se trouvait toujours en Grèce[30].
Une autre hypothèse émise par le R. P. Dubarle serait que le suaire, resté ou revenu à Constantinople, fût cédé à Saint Louis qui en aurait fait don lui-même à un de ses vassaux.
Une autre piste historique fait intervenir les Templiers dans la détention de l'objet[réf. nécessaire].
[modifier] Histoire du suaire après 1357
À partir de cette date, l'histoire du suaire est bien documentée.
[modifier] Le suaire en Champagne
Le linceul apparaît en Champagne en 1357 à Lirey, où il fait l'objet d'ostensions sous l'autorité de sa propriétaire, veuve du chevalier Geoffroy Ier de Charny. Aucune pièce ne permet de dater de façon précise l'acquisition de ce linceul. La possession de cette relique a toutefois marqué la famille de Charny, puisqu'elle ajouta à ses armes un pèlerin et une image du Saint-Suaire.
Geoffroy de Charny a écrit en avril 1349 au pape Clément VI pour l'informer de la construction de l'église Sainte-Marie de Lirey, en remerciement à la Sainte-Trinité, à laquelle il attribuait la réussite de son évasion des geôles anglaises, mais la liste des reliques ne mentionne pas le suaire. L'église collégiale est achevée en 1353, le linceul y est déposé en 1357, et Geoffroy de Charny meurt à la bataille de Poitiers (16 septembre 1356). Jeanne de Vergy, sa veuve, commence les ostensions en 1357.
Les ostensions de ce linceul advenues à la famille de Charny entre 1349 et 1356 durent jusqu'en 1360. À cette date, l'évêque de Troyes Henri de Poitiers interdit les ostensions, considérant que le linceul doit être faux, les Évangiles n'en faisant pas mention. Jeanne de Vergy prend peur et met alors le linceul en sécurité dans son château fortifié de Montfort en 1360 ; il y restera 28 ans jusqu'à son décès en 1388.
Jeanne de Vergy a épousé en secondes noces Aymon de Genève, oncle de l'antipape Clément VII. Ce dernier autorise sa tante par alliance à reprendre les ostensions à Lirey en 1389 et impose à l'évêque de Troyes Pierre d'Arcis, qui se plaint de ne pas avoir été consulté, un silence éternel sur ce sujet sous peine d'excommunication[31]. Pierre d'Arcis n'obéit pas et en appelle à Charles VI qui ordonne la confiscation du suaire. L'évêque écrit ensuite à Clément VII et lui adresse un mémoire qui lui fait part des découvertes de son prédécesseur, l'évêque Henri de Poitiers[32]. Selon Pierre d'Arcis, Henri de Poitiers aurait affirmé que le linge avait été peint afin d'attirer les foules et d'en tirer bénéfice. Pierre d'Arcis affirme même qu'Henri de Poitiers aurait retrouvé le peintre, mais ne le nomme pas. Toutefois l'authenticité du mémoire de Pierre d'Arcis peut être remise en cause : il n'est ni daté ni signé. De plus, les archives ne conservent aucune trace de l'enquête qui aurait été diligentée par Henri de Poitiers : le premier document qui évoque le linceul date seulement de 1389, Henri de Poitiers étant mort en 1370.
Le clergé de Lirey refuse d'obéir à son évêque et en appelle à Clément VII qui confirme le droit d'exposer le linceul. Dans un projet de bulle, Clément VII déclare le 6 janvier 1390 :
« ladite figure ou représentation n'est pas le vrai Linceul de Notre-Seigneur, mais qu'elle n'est qu'une peinture ou un tableau du Linceul. »
Mais cette mention disparaît dans la rédaction définitive : ainsi Clément VII s'abstient de proclamer la fausseté du linceul comme il lui avait été proposé de le faire[33]. Interdiction est également faite par Clément VII à Pierre d'Arcis de s'opposer à l'exposition du drap funéraire, si celle-ci se fait selon ce qui est prescrit par le décret.[34]
Quelques jours après l'enregistrement de cette bulle, le 1er juin 1390, Clément VII publie une nouvelle bulle qui accorde des indulgences aux personnes qui visiteront l'église collégiale de Lirey, où est conservé l'objet[35]. Il mentionne « une image que l'on voit sur le suaire du Seigneur »[36]. Les arguments de Pierre d'Arcis ne semblent donc pas avoir convaincu le pape.
Au début du XVème siècle, des bandes de brigands, les Grandes compagnies, ravagent alors la France. Craignant pour la conservation du linceul, les chanoines de Lirey, qui ont hérité de la relique, la confient le 6 juin 1418 à Marguerite de Charny, petite-fille de Geoffroy de Charny, et à son époux, Humbert de Villersexel.
[modifier] Voyages du suaire au XVe siècle
En 1418, Humbert de Villersexel époux de Marguerite de Charny, comte de la Roche, plaça à nouveau le linceul dans son château de Montfort pour le protéger des bandes de pillards et de la guerre de Cent Ans. Il le déplaça ensuite à Saint-Hippolyte (Doubs), un autre de ses fiefs. À la mort d'Humbert de Villersexel en 1438, les chanoines de Lirey se pourvurent en justice pour forcer son épouse à restituer la relique, mais le parlement de Dole et la cour de Besançon donnèrent raison à Marguerite de Charny, qui voyagea dans différents endroits avec le linceul, notamment à Liège, Genève, Annecy, Paris, Bourg-en-Bresse, Nice.
Le 13 septembre 1452, elle échange la relique à Anne de Lusignan, épouse du duc Louis Ier de Savoie, contre le château de Varambon. Le linceul est dès lors conservé dans une nouvelle église, la Sainte-Chapelle de Chambéry, élevée à la dignité de collégiale par le pape Paul II. En 1464, le duc accepte de verser une rente aux chanoines de Lirey contre l'abandon des poursuites. Après 1471, le linceul est fréquemment déplacé, à Verceil, Turin, Ivrée, Suse, Chambéry, Avigliano, Rivoli et Pignerol. Une description est donnée par deux sacristains de la Sainte-Chapelle, dans l'inventaire du 6 juin 1483 : « enveloppé dans un drap de soie rouge, et conservé dans un coffre de velours cramoisi, orné d'incrustations d'argent, et fermé par une clef d'or. »[réf. souhaitée]
[modifier] Du XVIe au XXe siècle
Dans la nuit du 3 au 4 décembre 1532, le suaire fut pris dans un incendie, à Chambéry, dans la Sainte Chapelle où il était déposé. On le retira du feu alors que le coffre d'argent dans lequel il reposait commençait à fondre. Le linceul était alors plié en 48 épaisseurs, et fut brûlé à certains endroits. Là où le tissu était troué, les Clarisses, en 1534, cousirent des pièces d'aspect plus ou moins triangulaires (en blanc sur les photos positives, en noir sur les négatives).
Depuis 1578, il était à Turin, où les Ducs de Savoie ont transféré leur capitale en 1562. Le dernier roi d'Italie, Humbert, en fit don au Pape en 1983.
En 1997, il est sauvé d'un incendie qui ravage la cathédrale de Turin.
[modifier] La restauration de 2002
Durant l'hiver 2002, le linceul de Turin a été soumis à une restauration. Autorisée par l'archevêché de Turin en tant que que mesure conservatoire bénéfique, cette opération a été justifiée par la crainte que le tissu carbonisé autour des trous provoqués par les brûlures ne causât une oxydation continue constituant une menace potentielle pour l'image.
Les bandes de tissu brûlé dans l'incendie de 1532 et les rapiéçages faits par les sœurs de Chambéry ont été retirés. La toile de soutien, dite « toile de Hollande », datant de 1534, a aussi été remplacée. En outre le linceul a été étiré mécaniquement afin d'éliminer les plis, ce qui a provoqué une augmentation de ses dimensions d'environ 5 centimètres en longueur et 2 cm en largeur. De la poussière a aussi été enlevée.
Les modalités de cette restauration ont été critiquées par de nombreux chercheurs[37]. Ceux-ci ont regretté le fait que cette opération n'ait pas donné lieu à une série de nouveaux tests, et notamment à un prélèvement permettant d'effectuer une nouvelle datation au Carbone 14. Par ailleurs l'aspiration de la poussière a probablement enlevé des données susceptibles de figurer dans de nouvelles analyses.
En 2003, la restauratrice principale, Mechthild Flury-Lemberg, une Suissesse experte en textiles, a publié un livre dans lequel elle décrit les raisons et le déroulement de l'opération[38]. En 2005, William Meacham, un archéologue, a répondu dans un livre en anglais dénonçant le « viol » subi par le linceul[39]. Il y rejette les raisons fournies par Flury-Lemberg et parle de « désastre pour l'étude scientifique de la relique »[40].
[modifier] Études scientifiques
[modifier] Le STURP (1978-1981)
[modifier] Historique
En 1978, un groupe de plus d’une vingtaine de scientifiques et chercheurs américains du STURP, le Shroud of Turin Research Project, assistés de deux italiens, Giovanni Rigi (micro-analyste) et Luigi Gonella (conseiller scientifique du Cardinal de Turin), menèrent pendant 120 heures des analyses approfondies de l’objet et prélevèrent des échantillons de surface.[41]
Première étude scientifique de grande ampleur, officiellement reconnue comme telle par le Vatican, elle a la particularité d’avoir analysé l’objet sur place avec les sept tonnes de matériel acheminées des États-Unis pour l’occasion. Le professeur Baima Bollone, directeur de l’institut médico-légal de Turin, reçut également des échantillons pour déterminer si la substance constituant les taches carmin pâle était du sang.
[modifier] Techniques utilisées
Diverses techniques de pointes furent employées pour analyser le tissu ancien : rayons X, fluorescence, microchimie, spectres infra-rouge et ultra-violet, microscopie optique. Des milliers de photographies furent également prises. Plus de 100 000 heures de travail en laboratoire furent nécessaires pour exploiter les données récoltées.
[modifier] Conclusions
Les conclusions de l’étude furent données à l’occasion de la présentation du rapport final en 1981 :
- les données récoltées par les techniques mentionnées ci-dessus excluent la possibilité que la peinture soit la technique à l’origine de la formation de l’image. Cela contredit la thèse développée par l'évêque de Troyes Pierre d'Arcis 600 ans plus tôt. L’image du corps est formée par la coloration monochrome et superficielle des fibres de lin (d’une profondeur de l’ordre de 40 microns) qui résulte d’un processus de déshydratation oxydante et de conjugaison de la structure des microfibrilles du lin. C’est la présence plus ou moins importante de microfibrilles altérées qui va donner l’aspect plus ou moins foncé de l’image du corps.
- l’analyse des niveaux de densité de coloration de l’image du visage, à l’aide d’un instrument de la NASA, a permis de mettre en évidence une information de nature tridimensionnelle, à l’origine de la propriété similaire à celle d'un négatif photographique déjà observée par le passé.
- la combinaison des informations de natures physiques, chimiques, biologiques et médicales n’a pas permis d’expliquer comment l’image s’est formée et quel phénomène l’a engendrée.
[modifier] Publications des résultats
Les travaux du STURP ont donné lieu à la publication d’une vingtaine d’articles de référence dans des revues scientifiques à comité de lecture[42].
[modifier] Techniques de reproduction envisagées
En contradiction avec l'étude du STURP, d'autres auteurs dont Joe Nickell[43], Paul-Éric Blanrue[44] et Henri Broch[45],[46],[47] avancent qu'il est techniquement possible pour un peintre de réaliser une empreinte négative sur toile sans laisser apparaître de traces de pinceaux. L’empreinte a ainsi pu être réalisée d’une autre façon : en effet, son aspect a été facilement reproduit à plusieurs reprises par des expérimentateurs à partir d'un bas-relief enduit d'un colorant. Un simple recouvrement du modèle par un linge humide suivi d'un tamponnement permet alors de constituer une empreinte en négatif sur le tissu [45],[48].
Lors d'une expérience organisée par les journalistes de la revue Science & Vie, Paul-Éric Blanrue a réalisé une réplique du visage du suaire avec des moyens qui existaient au Moyen Âge [49],[50]. Pour ce faire, il a enduit un bas-relief d'un pigment, puis recouvert ce bas-relief d'un tissu qu'il a ensuite tamponné. Cette technique était dans les possibilités des artistes du Moyen Âge même s'ils ne pouvaient imaginer que la technique photographique pourrait, 600 ans plus tard, restituer l'apparence de l'image positive. Mais cette hypothèse, contrairement à d'autres[51], n'a jamais été proposée à la publication dans une revue scientifique à comité de lecture afin de constater qu'elle expliquait bien les particularités de l'image.
Ainsi aujourd'hui le mécanisme de formation demeure toujours inexpliqué : bien que de bons résultats expérimentaux aient été obtenus par nombre de chercheurs, dans le sens où, à première vue, l'image, généralement limitée au visage, est similaire à celle du linceul, à ce jour aucun essai n'a pu reproduire toutes les caractéristiques de l'image formée sur le drap[52].
[modifier] La datation par le carbone 14 (1988-1989)
[modifier] Préambule
La datation par le radiocarbone a été mise au point à partir des années 1950 suite aux travaux de Willard Frank Libby, pour lesquels il a reçu le prix Nobel de chimie en 1960. Cette méthode de datation radiométrique est basée sur la mesure de l'activité radiologique du carbone 14 (14C) contenu dans de la matière organique dont on souhaite connaître l'âge absolu, à savoir le temps écoulé depuis sa mort. Les résultats obtenus sont exprimés en termes de probabilités, à savoir une date et un écart-type. Cet écart-type correspond à l'intervalle au sein duquel l'âge réel est présent avec une probabilité de 68 %. Si l'on double l'écart-type, l'intervalle contient l'âge réel avec une probabilité de 95 %. Cette expression particulière des résultats est parfois interprétée comme un indice de l'imprécision de la méthode alors qu'elle est inhérente aux grandeurs physiques mesurées.
Les datations par le carbone 14 sont couramment employées avec succès en archéologie. Les résultats obtenus sont validés par d'autres méthodes telles que la dendrochronologie. Les datations obtenues pour le linceul de Turin ont toutefois fait l'objet de nombreuses critiques, portant notamment sur la qualité des échantillons datés.
Willi Wölfli, directeur du laboratoire de datation par le radiocarbone de l'École Polytechnique Fédérale de Zurich, qui a pris part à la datation du Suaire de Turin, a ainsi déclaré : « La méthode C-14 n'est pas à l'abri d'erreurs grossières de datation quand des problèmes non-évidents existent liés aux échantillons prélevés. L'existence d'erreurs indéterminées significatives se produit fréquemment. »[53]
[modifier] Élaboration du protocole de mesure
En 1984, le STURP proposa un protocole pluridisciplinaire pour effectuer la datation par le radiocarbone du tissu[54] : il comprenait la prise de six échantillons, leurs analyses physico-chimiques et leur datation par le C14. Les méthodes SMA (spectrométrie de masse avec accélérateur) et celle des compteurs seraient utilisées suivant la technologie adoptée par les six laboratoires retenus.
En octobre 1986, après quelques jours de consultations avec les intéressés, l'archevêque de Turin, Mgr Ballestrero, adopta le programme suivant : sept laboratoires étaient retenus (cinq par SMA, deux par méthode des compteurs). Une spécialiste mondialement reconnue en textiles anciens allait superviser les prélèvements. Des analyses physico-chimiques des échantillons succéderaient avant destruction. Chaque laboratoire allait recevoir un échantillon du suaire et deux échantillons de référence et un faux échantillon. Trois organismes officiels, l'Académie Pontificale des Sciences, l'institut de Métrologie Colonnetti de Turin et le British Museum, allaient se porter garants du bon déroulement de l'étude ainsi que du traitement et de la communication des résultats.
Un an plus tard, un protocole profondément modifié et beaucoup moins exigeant fut annoncé par le secrétaire d'État de Jean-Paul II. Quatre laboratoires étaient exclus, seule la méthode SMA était retenue. Le British Museum allait superviser seul la procédure. Les études physico-chimiques préalables pour contrôler les échantillons avant leurs destructions étaient abandonnées.
[modifier] Prélèvement et datation
Le 21 avril 1988, les opérations de prélèvement d'échantillons commencèrent sous la direction de Giovanni Riggi di Numana[55]. Quatre heures furent nécessaires pour décider de l'emplacement du prélèvement d’un seul et unique échantillon. Le choix se porta sur une zone en bordure du suaire de Turin, adjacente à l'emplacement du prélèvement effectué en 1973.
L’échantillon prélevé fut scindé en deux parties ; la seconde partie fut coupée en trois morceaux, un pour chaque laboratoire. Vu qu'un de ces morceaux présentait un poids inférieur à 50 mg (poids minimum pour les analyses), on lui adjoignit un morceau de la première partie. On plaça enfin les échantillons dans de petits récipients en acier. On procéda de même avec les trois échantillons de contrôle [56]. L'opération de datation par les laboratoires de l'Université d'Oxford, de l'Université d'Arizona et de l'École Polytechnique Fédérale de Zurich pouvait commencer.
[modifier] Conclusion de l'analyse
[modifier] Annonces du résultat
Le 13 octobre 1988, le Cardinal Ballestrero annonce dans une conférence de presse les résultats de la datation transmis par le Prof. Tite du British Museum. La concentration moyenne en C14 du lin donne une date médiévale située entre 1260 et 1390 avec une probabilité de 95 %. Le statut du Saint Suaire était dorénavant celui « d'une merveilleuse icône » selon les mots du cardinal, et une création médiévale pour la majeure partie de l’opinion publique.
À Londres, le lendemain, le Dr Tite, assisté du Dr Hedges (Oxford) et du Prof. Hall (Oxford et membre du conseil de direction du British Museum) annoncèrent leur résultat, corroborant l'annonce de la veille.
[modifier] L'article publié dans la revue Nature
Quatre mois plus tard parut dans la prestigieuse revue scientifique Nature un compte-rendu de l'étude[57]. Contrairement à l'attente de nombreux scientifiques, l'article publié dans Nature ne mentionnait pas les mesures brutes des trois laboratoires, ni les détails des calculs effectués par le British Museum. Ces informations ne furent par la suite jamais transmises ou publiées[58].
Le tableau ci-dessous résume les résultats tels que publiés dans le tableau 2 de l'article. Les valeurs sont exprimées en années avant 1950, année de référence pour les datations radiocarbone.
| Echantillons | SUAIRE | Contrôle 1 | Contrôle 2 | Contrôle 3 |
| Arizona | 646±31 | 927±32 | 1995±46 | 722±43 |
| Oxford | 750±30 | 940±30 | 1980±35 | 755±30 |
| Zurich | 676±24 | 941±23 | 1940±30 | 685±34 |
| Moyenne non pondérée | 691±31 | 936±5 | 1972±16 | 721±20 |
| Moyenne pondérée | 689±16 | 937±16 | 1964±20 | 724±20 |
| Valeur du Khi2 | 6.4 | 0.1 | 1.3 | 2.4 |
| Niveau de significativité* | 5% | 90% | 50% | 30% |
(*) Le niveau de significativité, découlant de la valeur du test Khi2, est la probabilité que la différence des dates moyennes entre les laboratoires soit due aux seules marges d'erreurs statistiques des mesures de chaque laboratoire.
[modifier] Étude des pollens
En 1973 et en 1978, Max Frei, criminologue suisse, effectua une étude des pollens pour déterminer les régions où le linceul aurait séjourné. Ces conclusions tendaient à montrer que sur les 58 espèces végétales trouvées, une majorité de pollens (45) étaient originaires de Jérusalem et des environs. Ces résultats ont été critiqués à plusieurs reprises car considérés comme trop précis et difficilement interprétables. En effet, selon la remarque de Guy Jalut, professeur de palynologie à l'Université Paul Sabatier de Toulouse, comment expliquer l'absence du chêne et de l'olivier, espèces abondantes dans les régions méditerranéennes ?[réf. souhaitée]
Enfin, les palynologues (spécialistes des pollens) précisent qu’il est parfois impossible de déterminer une espèce végétale à partir de son pollen. Souvent, l'étude ne permet que la détermination du genre, voire de la famille. Dans tous les cas, la détermination de l'origine géographique est exclue.
Les prélèvements de pollen examinés par deux autres équipes montraient que tous les grains étaient couverts de calcite, minéral déposé lors du lavage suite à l'incendie de Chambéry. Or, tel n'était pas le cas pour ceux présentés par Max Frei. À un micropaléontologue qui s’étonnait de l'extraordinaire conservation des pollens présentés par Max Frei, celui-ci admit qu'il présentait des photos de pollens de référence. Max Frei venait d'effectuer un voyage à Istambul, Urfa et Jérusalem en compagnie de Ian Wilson pour « récolter une série de plantes caractéristiques du Moyen-Orient ». Pour mémoire, Max Frei a examiné les « carnets d'Hitler » et les a déclaré authentiques.
Aucun article scientifique n’a été publié sur l'étude des pollens du suaire et aucun indice n'a pu être apporté concernant la provenance de celui-ci.
[modifier] Autres considérations techniques
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L'image formée sur le linceul est celle d'un homme athlétique mesurant 178 à 180 cm de haut, barbu et aux cheveux nattés. Outre l'hypothèse de l'aspersion au moyen d'un colorant (ocre ou vermillon), elle a pu être formée par une suée constituée de sang, ce qui arrive quand un homme est soumis à un stress violent et important, tel que celui provoqué par la torture. Cependant des traces de vermillon ont été identifiées dans les zones de l'empreinte et le mode d'impression est maintenant bien compris (voir plus bas).
Le corps porte la trace de flagellations et d'un coup porté par une arme blanche entre la cinquième et la sixième côte. Cette trace ne permet pas de savoir comment ni avec quelle arme ce coup a été porté.
Les yeux sont en forme de disque, et ont pu être recouverts de pièces portant une inscription grecque, avec une faute d'orthographe (un faux numismate) et représentant une chouette (comme les monnaies d'Athènes).
Le faussaire serait même arrivé à créer des effets pour élaborer son faux que les techniques actuelles n'arrivent à reproduire qu'avec beaucoup d'astuces. Il reste que la représentation laisse apparaître quelques naïvetés comme la disposition tête-bêche des faces ventrales et dorsales reliées par un contact ponctuel ce qui n'est pas possible s'il s'agit d'un linceul ayant recouvert la tête d'un cadavre. En effet, l'image passant par le crâne devrait être continue.
Une autre caractéristique est la représentation de la chevelure entourant le visage : sorte de boudin en forme de U inversé qui est considérée comme significative des représentations schématiques et naïves que l'on peut observer sur les bas-reliefs moyen-âgeux. La chevelure d'un homme qui a transpiré et a été malmené ne peut pas se présenter ainsi. D'autant plus que cette chevelure d'un homme (vivant ou cadavre) couché sur le dos, se trouve obligatoirement tombant vers l'arrière ce qui exclut la nette découpe du cou que l’on voit sur la face dorsale.
D'autres proportions se rapportent à l'iconographie médiévale du XIVe siècle : l'axe des yeux se trouve aux deux tiers de la tête, au lieu du milieu du visage. Les phalanges sont extrêmement longues. Les mains recouvrant le bas-ventre, les bras, trop en arrière, sont démesurément longs : dépliés, les mains toucheraient les genoux.
Enfin, si la face ventrale contrastée par la photographie est effectivement d'un relief saisissant, la face dorsale est en aplat souligné d'un trait périphérique. Le tissu de la face dorsale s'étalant naturellement sur le sol sous le cadavre ne devrait montrer que des surfaces de contact comme les omoplates, les fesses, etc.
[modifier] Polémiques sur l'authenticité
[modifier] Preuves et arguments cités contre l'authenticité du suaire
- la lettre d'un évêque du Moyen Âge au pape d'Avignon, qui déclarait être personnellement au courant que l'image avait été habilement peinte pour soutirer l'argent des pèlerins ;
- les mesures liées à la datation par le carbone 14 réalisées en 1988 qui indiquent une époque médiévale pour l'échantillon analysé ;
- l'analyse de l'image au microscope par Walter McCrone, qui a conclu qu'on avait employé des pigments ordinaires ;
- le fait que l'empreinte ne soit pas déformée, et les proportions du corps jugées inhabituelles.
[modifier] Preuves et arguments cités pour l'authenticité du suaire de Turin
- analyses matérielles du textile qui font remonter son origine au premier siècle ; notamment des analyses chimiques sur les taches qui contredisent directement les affirmations de McCrone ;
- propriétés inhabituelles de l'image elle-même, dont certains affirment qu'elle ne pourrait pas avoir été produite par une technique de formation d'image connue avant le XIXe siècle ;
- étude de pollens par différents botanistes tendant à montrer que le suaire aurait voyagé, notamment dans la région de l'actuel Israël.
- imprécision de la datation par le carbone 14 pour des intervalles de temps très petits (c'est-à-dire inférieurs à la demi-vie du 14C) [réf. nécessaire].
[modifier] Un faux médiéval pour Walter McCrone
Walter McCrone (2002†), consultant du STURP et directeur d'un institut portant son nom, fut le premier à pouvoir examiner les 32 échantillons prélevés sur le suaire en 1978. Spécialiste mondialement réputé du microscope à lumière polarisée, il est également connu pour avoir été un adversaire de l'authenticité de la « carte du Vinland »[59]. L’étude des particules au microscope à lumière polarisée (principalement) lui ont permis de tirer les conclusions suivantes : il s'agit d'une peinture constituée de pigments d'ocre rouge et de vermillon et les prétendues taches de sang sont composées des mêmes substances enrobées dans un composé à base de collagène. Ses découvertes sur le suaire furent publiées dans The Microscope, le journal de son institut [60],[61],[62] suite à la contestation par le STURP de ses conclusions et à sa démission du groupe.
Pour leurs contradicteurs, il reste à savoir s'il est réellement possible de déterminer avec certitude la nature d’un sang à partir de faibles traces très anciennes. Ils avancent aussi que personne ne connaît le groupe sanguin de Jésus et qu’un contrefacteur peut parfaitement avoir imaginé d’introduire des traces de sang dans sa composition pour faire plus vrai. [réf. souhaitée]
[modifier] Polémique sur la datation par le carbone 14
[modifier] Fin annoncée des analyses par le carbone 14
La datation n'est pas acceptée par tous et chacun campe sur ses positions. L’Église refuse l'éventualité d'une nouvelle datation par le carbone 14, car comme l'explique Jacques Evin dans Le Monde du 24 juin 2005[50], « La pièce se dégrade. Ce qui est fondamental c'est désormais sa préservation. Il s'agit d'une œuvre d'art ». De plus, d'après lui il est probable que, malgré les précautions sévères qu’il serait nécessaire de prendre, il y aurait des personnes qui continueraient à douter. Par ailleurs, il déclare que, dès le premier programme de datation de 1988, les précautions opératoires avaient dépassé très largement les habitudes scientifiques en la matière, ce qui n’avait pas empêché les nombreuses critiques.
[modifier] Remise en cause de la pertinence des analyses
La position de Raymond Rogers, professeur de chimie à l'université de Los Alamos et directeur de recherche du STURP, a fait l'objet d'une publication dans une revue scientifique à comité de lecture [63]. Il propose une datation suivant une méthode qu'il a mis au point, par mesure de la concentration de vanilline. Il a été fortement critiqué pour l'utilisation qu'il fait de cette méthode jamais calibrée pour contester la méthode largement éprouvée du carbone 14[64]. Les personnes ayant critiqué son article se sont par contre abstenues de commenter les arguments de Rogers concernant la non-représentativité de l'échantillon prélevé par rapport au suaire de Turin[65].
Christopher Ramsey, directeur de l’unité « RadioCarbon Accelerator » de l'Université d'Oxford et qui a participé à la datation par le C14, a admis, lors d’une interview à la BBC en 2008, la possibilité d’une imprécision des résultats de l’analyse de 1988 du fait de contaminations, même s'il a souligné qu’il serait surpris que cette imprécision soit telle qu’elle ait provoquée une erreur de mille ans [66].
Au premier semestre 2008, John P. Jackson a convaincu le laboratoire d'Oxford de procéder à de nouvelles analyses pour connaître la validité de son hypothèse personnelle[67] quant aux causes d'une possible non pertinence de la datation de 1988[68].
Au mois d'août 2008, lors de l'Ohio Shroud of Turin Conference, Robert Villarreal, chimiste au LANL, déclara que les nouvelles analyses qu'il avait menées avec son équipe sur trois échantillons Raes ont abouti à la conclusion que ceux-ci étaient constitués de coton et non de lin[69]. Ceci corrobore la thèse de l'absence de représentativité de l'échantillon soumis à l'analyse C 14[70], déja avancée par Sue Benford et Joe Marino en 2000[71] et reprise dans l'article de Rogers en 2005. En 2008, un autre article de Benford et Marino défend cette thèse[72].
[modifier] La position du Vatican
Un peu moins de trois semaines après la découverte de Secondo Pia, l'Osservatore Romano publie, le 15 juin 1898, un article relatant l'événement mais sans prendre position. Durant plus de quarante ans, l'Église s'abstient de toute déclaration officielle.
Le premier lien officiel entre l'Eglise catholique et le suaire date de 1940. A cette date sœur Maria Pierina de Micheli demande officiellement à la curie de Milan l'autorisation de frapper une médaille s'inspirant de l'image. L'autorisation lui est accordée et la première médaille est offerte à Pie XII. L'image est ensuite utilisée dans ce qui va devenir connu sous le nom de Médaille de la Sainte Face du suaire de Turin. Au départ, il s'agit pour les catholiques qui la portaient d'une protection au cours de la Seconde Guerre mondiale. En 1958, Pie XII approuve l'image en association avec la dévotion rendue à la Sainte Face de Jésus, dont la fête est célébrée à chaque Mardi gras.
En 1983, le Saint Siège devient propriétaire de la relique. Cependant, comme toujours avec les reliques, l'Église catholique se montre prudente et ne fait pas de déclaration admettant qu'il s'agit du linceul de Jésus ou d'un tissu du Moyen Âge. Comme pour d'autres dévotions catholiques acceptées, ceci est laissé à la décision de chaque fidèle tant que l'Église ne délivre pas un avis contraire. Selon le Vatican, que ce tissu ait ou non enveloppé le corps du Christ ne change en rien les enseignements présents dans les Évangiles.
En 1998, au cours d'un déplacement à Turin, Jean-Paul II qualifie le suaire de « provocation à l'intelligence »[73] tout en invitant les scientifiques à continuer leurs travaux. Il indique que ce qui compte avant tout pour le croyant est que le linceul est « miroir de l'Évangile »[74].
Lors de l'annonce d'une nouvelle ostension en 2010, Benoît XVI a parlé d'une occasion propice pour contempler ce mystérieux Visage, qui parle silencieusement au cœur des hommes, en les invitant à y reconnaître le visage de Dieu » [75].
[modifier] Aspects idéologiques
L'aspect idéologique est inhérent au suaire de Turin, ce qui engendre parfois de vives controverses qui se résument en un échange de convictions religieuses voire politiques.
Quelques uns des partisans actifs de « l'authenticité » du suaire sont réputés proches des mouvances d’extrême-droite : leur objectif serait de réfuter la datation pour montrer que la science et les médias officiels sont contrôlés par des pouvoirs occultes judéo-maçonniques cherchant à tout prix à discréditer le christianisme comme l'évoque Bruno Bonnet-Eymard, disciple de l'ancien abbé Georges de Nantes.
En France, la majorité des membres du CIELT[76], association française formée peu après la datation du suaire par le carbone 14 et dont le but est de continuer la recherche dans une démarche scientifique[77], est proche des associations catholiques traditionalistes, voire des organisations d’extrême-droite.
Aaron Upinsky, connu pour sa critique statistique de la datation au Carbone 14, a aussi écrit plusieurs livres sur la désinformation et la censure dans les médias qui sont repris dans les congrès du Front national et publiés à la Librairie nationale, organe militant du FN [78