Pigment

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Des pigments en vente sur un marché de Goa (Inde).

Un pigment est une substance chimique colorante insoluble dans le milieu qu'elle colore[1]. On peut associer, par mordançage, une teinture, soluble, à un sel métallique comme l'alun, pour former un pigment, insoluble[2].

Utilisés en art et dans l'industrie, les pigments se présentent sous la forme de poudres.

Ils peuvent être

  • mis en suspension dans un liant liquide afin d'obtenir une peinture ou une encre ;
  • appliqués à un matériau, textile ou cuir, sur lequel ils se fixent en surface ;
  • ou incorporés dans la masse d'un matériau, notamment plastique, pour le colorer.

Un pigment peut être d'origine minérale ou organique, naturel ou synthétique.

On parle de pigment biologique pour toute substance produite par un organisme vivant donnant une coloration à divers tissus et liquides organiques.

Pigments d'origine naturelle[modifier | modifier le code]

Minéraux[modifier | modifier le code]

Ce sont les terres, ocres, lapis-lazuli, cinabre, oxydes de fer et de cuivre naturels, connus pour certains depuis la Préhistoire.

La préparation des pigments minéraux naturels consiste uniquement en un broyage, qui cependant peut changer assez considérablement leur teinte.

Plantes tinctoriales[modifier | modifier le code]

Les pigments biologiques extraits de plantes tinctoriales sont des composés organiques.

Le pigment est extrait de diverses parties constitutives de la plante : les feuilles (guède, chlorophylle (E140), anthocyanes (E163)), les racines (garance) ou l'écorce (quercitron).

Parmi les plantes tinctoriales les plus connues figurent :

Pigments d'origine animale[modifier | modifier le code]

Pigments synthétiques[modifier | modifier le code]

À partir du XIXe siècle, beaucoup de pigments naturels ont été reproduits par synthèse chimique. Le bleu Guimet reproduit l'outremer extrait du lapis-lazuli ; l'alizarine remplace la garance.

D'autres pigments de synthèse n'existent pas dans la nature, comme la l'aniline, fuchsine).mauvéine, les quinacridones.

La fabrication de pigments et autres matières colorantes est un secteur important de l'industrie chimique.

Chimie minérale[modifier | modifier le code]

Les pigments de synthèse obtenus en chimie minérale sont issus de sulfures et oxydes métalliques, de fer, plomb, cadmium, chrome, cobalt, mercure ou titane. Des pigments minéraux synthétiques sont connus depuis l'Antiquité (bleu égyptien, vermillon).

Chimie organique[modifier | modifier le code]

La chimie organique fournit les pigments les plus utilisés aujourd'hui : pérylènes, quinacridones, phtalocyanines, azoïques. Leur découverte date du XIXe siècle et ils ont été constamment améliorés depuis.

Classification et nomenclature[modifier | modifier le code]

Qualités des pigments beaux-arts[modifier | modifier le code]

En peinture, les qualités requises pour les pigments sont :

  • leur résistance à la lumière : certains pigments se décolorent lorsqu'ils sont exposés à la lumière. Les pigments fugaces sont aujourd'hui éliminés des nuanciers.
  • leur miscibilité (compatibilité) avec les autres pigments : certains pigments réagissent entre eux, tel ceux à base de plomb (blanc d'argent) qui noircissent au contact de couleurs contenant du soufre (cadmiums, outremer).
  • leur pouvoir couvrant : les pigments sont naturellement opaques, semi-opaques, semi-transparents ou transparents (il est aujourd'hui possible de donner ces qualités artificiellement)
  • leur pouvoir colorant : certains pigments tachent le support de manière durable tandis que d'autres s'effacent facilement

Nomenclature des pigments[modifier | modifier le code]

Dans le domaine du beaux-arts, chaque tube et pot de peinture est muni d'une étiquette comportant un certain nombre d'informations relatives à la couleur :

  • Solidité à la lumière (par une série de +, * ou A selon la marque), d'après des tests de résistance en lumière de musée
  • Opacité/transparence (vide/plein ou T/O)
  • Code du pigment selon sa référence dans le Colour Index International. Il s'agit d'un code comportant 1 ou 2 lettres pour sa famille de couleur, suivi d'un numéro correspondant à la référence précise du pigment.

Selon le Colour Index, les lettres des pigments correspondent aux familles de couleurs, selon une terminologie anglaise, car normalisée aux États-Unis :

  • W = White (blanc)
  • O = Orange (orange)
  • R = Red (rouge)
  • Y = Yellow (jaune)
  • B = Blue (bleu)
  • G = Green (vert)
  • Bk = Black (noir)
  • Br = Brown (brun)

Par exemple : PB29 correspond au Pigment Blue no 29, qui est le bleu outremer (aluminosilicate de sodium). Les pigments naturels sont précédés de la lettre N a la place du P, par exemple le rouge carmin est NR4. Lorsque la couleur est obtenue à partir d'un mélange de pigments, chacun d'eux est mentionné : par exemple le gris de Payne est souvent PB15/PBk6.

Dénominations[modifier | modifier le code]

Les noms des couleurs modernes varient d’une marque à l’autre. On trouve ainsi dans nos nuanciers :

  • Des appellations génériques (rouge vermillon, noir d’ivoire, terre de Sienne), même si le pigment n'est plus celui d'origine (naturel), mais son équivalent synthétique. Par exemple, le bleu indigo n'est plus le pigment NB1, issu de l'indigotier, mais son équivalent de synthèse (PB66).
  • Des reprises de nom du pigment (bleu phtalo, vert de cobalt, rouge de quinacridone). C'est la manière la plus simple et fidèle d'appeler une couleur, mais certains noms compliqués (benzimidazolone, anthraquinonique) expliquent que cela ne puisse être généralisé.
  • Le nom du fabricant (vert Rowney, rouge Blockx)

Quelques précisions :

  • De même qu'un même nom peut couvrir diverses compositions pigmentaires, un même pigment peut se retrouver sous des noms de couleur divers : un vert phtalocyanine (PG7) sera appelé vert Monestial (Daler-Rowney), vert cyanine (Pébéo), vert bleu Winsor (Winsor) ou vert phtalo (Lefranc, Talens).
  • Beaucoup de couleurs gardent leur appellation d'origine alors qu'elles sont aujourd'hui obtenues à partir d'un mélange de différents pigments synthétiques : une couleur comme le jaune de Naples, ce jaune rosé obtenu à partir de plomb et souffre, arrêté, car toxique, est aujourd'hui présent sous la forme de mélanges divers, plus ou moins approximatifs.
  • Certaines imitations n'en portent pas la mention (Imitation ou Hue) par le fabricant (carmin, laque de garance), même quand le pigment d’origine est encore disponible (terre verte, ocres).
  • Certaines substitutions peuvent présenter des avantages : les terres de Sienne et d'ombre (PBr7) sont aujourd'hui souvent produites à partir d'équivalents de synthèse (PY42 et PR101), qui, dénués de manganèse, sont préférables lorsqu'utilisés à l'huile.

Pigments beaux-arts[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Liste des couleurs (pigments).

Voici quelques exemples de pigments utilisés dans les couleurs à l'huile (peinture à l'huile), à l'eau (gouache,aquarelle ), à l'acrylique (acrylique), à l'œuf (tempera), etc.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philip Ball (trad. Jacques Bonnet), Histoire vivante des couleurs : 5000 ans de peinture racontée par les pigments [« Bright Earth: The Invention of Colour »], Paris, Hazan,‎ 2010
  • Jean Petit, Jacques Roire et Henri Valot, Encyclopédie de la peinture : formuler, fabriquer, appliquer, t. 1, Puteaux, EREC,‎ 1999
  • Jean Petit, Jacques Roire et Henri Valot, Encyclopédie de la peinture : formuler, fabriquer, appliquer, t. 2, Puteaux, EREC,‎ 2001
  • Jean Petit, Jacques Roire et Henri Valot, Encyclopédie de la peinture : formuler, fabriquer, appliquer, t. 3, Puteaux, EREC,‎ 2005 notamment p. 181 « Pigments (généralités) ».

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]