Jules II

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Jules II
Image illustrative de l'article Jules II
Biographie
Nom de naissance Giuliano della Rovere
Naissance
Savone
Pape de l’Église catholique
Élection au pontificat 1er novembre 1503 (à 59 ans)
Intronisation
Fin du pontificat (à 69 ans)
Précédent Pie III Léon X Suivant
Évêque de l’Église catholique
Archevêque d'Avignon
1474 – 1503
Précédent Alain de Coëtivy Antoine Florès Suivant
Évêque de Viviers
3 décembre 1477 – 3 juillet 1478
Précédent Hélie de Pompadour Jean IV de Montchenu Suivant
Évêque de Mende, comte de Gévaudan
1478 – 1483
Précédent Jean de Petit Clemente della Rovere Suivant
Évêque de Lausanne
1472 – 1473
Précédent Barthélémy Chuet Benoît de Montferrand Suivant

Blason

Giuliano della Rovere, né le à Albisola près de Savone et mort à Rome dans la nuit du 20 au , fut pape de 1503 à 1513 sous le nom de Jules II (en latin Julius II, en italien Giulio II).
Il est le fils de Raffaello della Rovere et de Teeodora Manerola.

Préoccupé de l'équilibre des puissances en Italie, ce diplomate retors élimina tour à tour César Borgia, les Vénitiens puis les Français de la Romagne et du Milanais, accroissant simultanément le territoire des États pontificaux.

L'accession à la papauté[modifier | modifier le code]

Originaire d’une riche famille de marchands de Savone, l’accession de son oncle Sixte IV au pontificat en 1471 lui permit de gravir rapidement les échelons de la hiérarchie ecclésiastique. Il fut en effet ordonné, cette même année, évêque de Carpentras puis cardinal. Il fut évêque de Lausanne jusqu'en 1476, puis de Coutances, diocèse duquel il se démit en faveur de son neveu Galeas Della Rovere en 1477.

En 1474, il conduisit les troupes pontificales lors d'une campagne militaire pour ramener l’ordre à l’intérieur des États du Pape. Après avoir soumis les cités de Lodi et Spolète, il assiégea Citta di Castello, dont le seigneur, Niccolò Vitelli, était un allié de Laurent de Médicis.

Archevêque d'Avignon de 1476 à 1503, il exerça pendant la même période dans la cité la fonction de légat du pape, ainsi que la fonction d'évêque de Mende (1478-1483). Il fut également évêque de Bologne du au . Peu respectueux de l'obligation de continence (à différencier cependant du vœu de chasteté des moines et des religieux), il engendra trois filles et contracta la syphilis.

Le roi Louis XI accueillit le légat à Lyon le 15 juin 1476 [1],[2]. Le cardinal quitta de nouveau Rome[3] le 5 juin 1480, et arriva à Paris le 4 septembre. En effet, les Turcs avaient tenté d'occuper Rhodes en mai. Afin d'organiser une croisade unie, il fallait établir diligemment une paix stable entre Louis XI et Maximilien Ier du Saint-Empire. À cause de Maximilien, il ne réussit pas à réaliser ce projet. Cependant, à la fin d'année, le légat put libérer le cardinal Jean de la Balue, enchaîné depuis 11 ans. Si l'on ignore sa mission suivante, il restait encore à Paris, puis à Avignon jusqu'au 18 novembre 1481 [4].

En 1492, à la mort du pape Innocent VIII, Rodrigo Borgia, son ennemi personnel, réussit à se faire élire sous le nom d’Alexandre VI. Jaloux et fâché de son échec, Della Rovere accusa le nouveau pape d’avoir acheté un certain nombre de voix, dont celle du cardinal Sforza qui, après s’être présenté au premier tour de vote, s’était finalement rallié au cardinal Borgia. Craignant pour sa vie, il partit en France à la cour de Charles VIII qu'il convainquit de mener une campagne militaire en Italie afin de déposer Alexandre VI et de récupérer le Royaume de Naples. Accompagnant le jeune roi dans sa campagne, il entra dans Rome avec lui fin 1494 et se prépara à lancer un concile pour enquêter sur les agissements du pape en vue de le déposer. Mais Alexandre VI parvint à circonvenir les machinations de son ennemi en achetant l'ambassadeur français Guillaume Briçonnet, évêque de Meaux, auquel il promit le chapeau de cardinal.

Son pontificat[modifier | modifier le code]

Après la mort d'Alexandre VI et le règne très court de Pie III, il fut élu au pontificat le 1er novembre 1503, par 37 voix sur 38 votants, après le désistement en sa faveur du cardinal d'Amboise.

Jules II voulait faire de l'État pontifical une grande puissance, ce qui lui vaudra le surnom de Jules César II pour ses admirateurs. Pour cela, il n’hésita pas à la fois à utiliser les armes spirituelles contre ses ennemis et à participer personnellement aux campagnes militaires. Ce véritable condottiere de l'Église[5] laissera l'image du « pape-soldat », son ardeur à guerroyer lui valant le surnom de « pape de fer »[6]. Dans un premier temps (1503-1509), il rétablit son autorité sur les États de l'Église, obligea César Borgia à restituer ses forteresses et à se réfugier en France. Il enleva Pérouse aux Baglioni et Bologne à Giovanni II Bentivoglio.

César Borgia éliminé, il put s'emparer d'une partie de la Romagne, et exigea alors de la République de Venise la cession de nouveaux territoires. Désavoué par le Sénat, il suscita la ligue de Cambrai, fulmina une bulle d'excommunication contre la République de Venise le , et appela l’empereur Maximilien à attaquer la Sérénissime République. Prétextant de son couronnement comme empereur pour son voyage à Rome, Maximilien s'enfonça en territoire vénitien en février 1508 à la tête d'une imposante armée et marcha sur Vicence, mais il fut défait par l'armée vénitienne de Bartolomeo d'Alviano. Ce sont les Français, membres de la Ligue, qui portèrent l'année suivante le coup décisif aux Vénitiens (bataille d'Agnadel).

Inquiet des progrès de Louis XII, le pape n'eut plus qu'un but : chasser les Français d'Italie. Il se réconcilia avec Venise avec la restitution de Faenza et de Ravenne (en février 1510), et s'allia avec le cardinal de Sion, Matthieu Schiner, adversaire des Français, qui rallia à sa cause les cantons suisses. Louis XII répliqua en suscitant contre Jules II une campagne de pamphlets et en convoquant le concile de Pise pour destituer le pape.

Jules II riposta par sa bulle Sacrosanctæ, convoquant un concile au Latran, qui excommuniait tous les membres du concile de Pise, et en formant une Sainte Ligue contre la France. L'Église frôla le schisme. Malgré leur victoire de Ravenne, le 11 avril 1512, les Français évacuèrent l'Italie en juin 1512. Les Médicis rentrèrent à Florence et les Sforza à Milan. Ils restituèrent Parme et Plaisance au Saint-Siège. Alors qu'il venait de se rapprocher de l'empereur Maximilien, le pape Jules II mourut le 21 février 1513.

Sous son pontificat, Jules II convoqua le Ve concile du Latran, créa la Garde suisse en 1505, posa la première pierre de l'actuelle basilique Saint-Pierre de Rome commencée par Bramante, qu'acheva son successeur Léon X. Il protégea surtout Michel-Ange, auquel il commanda les grandes fresques de la Sixtine.

Haï des Français, Jules II fut l'objet en France de représentations de plusieurs soties et moralités, dont les plus célèbres, la Chasse du cerf des cerfs et le Jeu du Prince des Sots de Pierre Gringoire. Jean Lemaire de Belges publia un Traité des conciles et des schismes, qui prenait la défense de Louis XII contre le pape. Érasme écrivit contre lui une satire, Iulius exclusus de caelis, peut-être inspirée de l'Apocoloquintose[7].

Martin Luther vint à Rome sous le pontificat de Jules II. Il fut plus tard spécialement choqué par le relâchement moral du clergé romain et par la pratique de la vente des indulgences, utilisées sans retenue pour financer la construction de la basilique Saint-Pierre.

La nature belliqueuse du pontificat de Jules II était en contradiction avec l’humanisme naissant et fut un des déclencheurs de la Réforme.

Son mausolée a été sculpté par Michel-Ange et comprend le célèbre Moïse. Il est situé dans la basilique Saint-Pierre-aux-Liens à Rome. Il est resté malheureusement inachevé et le corps de Jules II se trouve aujourd'hui sous une simple dalle dans la basilique Saint-Pierre auprès de son oncle Sixte IV.

Inspiration dans la culture[modifier | modifier le code]

Le film de Carol Reed L'Extase et l'Agonie (1965), d'après le roman de même nom écrit par Irving Stone, avec Charlton Hestonet Rex Harrison, évoque les rapports tumultueux entre Jules II et Michel-Ange.

La série de bande dessinée Le Pape terrible de Alejandro Jodorowsky rappelle également certains épisodes de la vie de Jules II.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://books.google.fr/books?id=j3kUAQAAMAAJ&pg=PA196 Lettres patentes de Louis XI, Lyon, le 15 juin 1476
  2. Joseph Vaesen et Étienne Charavay, Lettres de Louis XI, tome VIII, p.134, note n°2
  3. http://books.google.fr/books?id=j3kUAQAAMAAJ&pg=PA549 Lettres patentes de Louis XI, Brie-Comte-Robert, le 14 juin 1480
  4. http://books.google.fr/books?id=VsFCkAOE3NAC&pg=PA98
  5. On disait de lui qu'il avait jeté les clés de saint Pierre dans le Tibre pour ne se servir que de l'épée de saint Paul.
  6. Sabine Gignoux, « Au cœur de la chapelle Sixtine », sur la-croix.com,‎ 15 avril 2005
  7. M. L. Colish, « Seneca's Apocolocyntosis as a possible source for Erasmus' Julius exclusus », Renaissance Quarterly 29, 1976, pp. 361-368.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ivan Cloulas, Jules II, le pape terrible, Fayard, Paris, 1990.
  • Fred Bérence Les Papes de la Renaissance Éditions du Sud & Albin Michel, Paris, 1966.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]


Précédé par Jules II Suivi par
Pie III
Emblem of the Papacy SE.svg
Pape de l’Église catholique
Léon X
Précédé par Jules II Suivi par
Francesco della Rovere de Saona
Cardinal-prêtre de Saint-Pierre-aux-Liens
1471-1503
Galeotto Franciotti della Rovere
Barthélémy Chuet
Évêque de Lausanne
1472-1473
Benoît de Montferrand
vacance depuis 1472
(décès de Guglielmo Bellomo)
Évêque de Catane
1473-1474
Francesco Campolo
(évêque élu)
Lorenzo Crisafi
Archevêque de Messine
1473-1474
Giacomo da Santa Lucia
Alain de Coëtivy
Évêque et archevêque d'Avignon
1474-1503
Antoine Florès
Jean de Montmirail
Évêque de Carpentras
1475-1476
Frédéric de Saluces
Benoît de Montferrand
Évêque de Coutances
1476-1477
Galéas de La Rovère
Hélie de Pompadour
Évêque de Viviers
1477-1479
Jean de Montchenu
Jean de Petit
Évêque de Mende
1478-1483
Clemente Grosso della Rovere
Berardo Eroli
Cardinal-évêque de Sabina-Poggio Mirteto
1479-1483
Oliviero Carafa
Guillaume d'Estouteville
Cardinal-évêque d'Ostie
1483-1503
Oliviero Carafa
Francesco Gonzaga le Vieux
Évêque de Bologne
1483-1502
Gianstefano Ferrero
Jean de Corguilleray
Évêque de Lodève
1488-1489
Guillaume Briçonnet
Pietro Gara
Évêque de Savona
1499-1502
Galleoto della Rovere
Gianstefano Ferrero
Évêque de Verceil
1502-1503
Gianstefano Ferrero