Saint Prépuce

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Circoncision de Jésus. Missel, vers 1460. Bibliothèque municipale de Clermont-Ferrand

Le saint prépuce est le nom donné à ce qui serait la relique du prépuce de Jésus de Nazareth[1]. À certaines époques[réf. souhaitée] où fleurissait le culte des reliques les plus étonnantes, des églises ont prétendu détenir ce souvenir de la Circoncision de Jésus, comme d'autres du même genre, tels son cordon ombilical ou ses dents de lait.

Contexte théologique et historique[modifier | modifier le code]

Circoncision de Jésus sur le retable des douze Apôtres de Friedrich Herlin de Nördlingen, 1466

En tant que Juif, Jésus a été circoncis le huitième jour après sa naissance (Évangile de Luc, II, 21 ; voir aussi Colossiens II, 11). Mais l'idée que le prépuce de Jésus ait été conservé, et que, de plus, il ait été transmis à travers les âges, n'a aucun caractère de vraisemblance historique puisque, selon la coutume [réf. nécessaire], les juifs l'enterrent après la circoncision. C'est une chose qui n'a pas échappé même à la piété naïve du Moyen Age, et qui explique le succès très variable des différentes tentatives qui ont été faites ici et là pour faire croire qu'on le possédait.

Ainsi, par exemple, l'abbaye de Conques, qui était dans ce cas, n'a réussi à devenir un centre de pèlerinage qu'après avoir récupéré à Agen les reliques de la jeune martyre sainte Foy. Le saint prépuce n'intéressait personne. Cependant, dans le doute où l'on était sur l'authenticité de ce genre de reliques, il était hors de question de les détruire, et c'est ce qui explique leur multiplicité.

Vue du revers du reliquaire de Coulombs

Cependant, à l'abbaye de Coulombs, une croyance locale prêtait au saint prépuce le pouvoir d'apporter la fécondité aux femmes stériles[2] et un accouchement sans difficulté aux femmes enceintes[3]. Alors que Catherine de Valois était enceinte en 1421, son mari, le roi Henri V d'Angleterre, à qui une bulle du pape Martin V accordait le privilège de pouvoir déplacer les reliques[4], fit emprunter et apporter à son épouse, en Angleterre, le saint prépuce de l'abbaye de Coulombs[5]. La relique fut ensuite renvoyée en France et exposée à la Sainte-Chapelle, à Paris[6]. Les moines bénédictins de Coulombs durent s'adresser en 1427 au duc de Bedford, régent du jeune Henri VI, pour la faire transférer à l'abbaye Saint-Magloire de Paris[7], puis en 1441 au roi de France Charles VII pour en reprendre possession, sans toutefois pouvoir lui faire quitter Paris. C'est Jean Lamirault, abbé de Coulombs de 1442 à 1446[8], qui fit revenir la relique à Coulombs[9].

Lieux de conservation[modifier | modifier le code]

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Au Moyen Âge, il y eut jusqu'à quatorze « saints prépuces » conservés dans diverses villes européennes[10] et généralement mêlés à des collections de reliques du même genre : dents de laits de l'Enfant Jésus, saint ombilic.

La première trace d'une relique du saint prépuce est celle qui aurait été donnée au pape Léon III par Charlemagne lors de son couronnement, le 25 décembre 800. On raconte aussi que c'est un ange qui le lui avait apporté pendant qu'il priait devant le Saint-Sépulcre (alors qu'il n'a jamais quitté l'Europe). Une autre tradition en fait un cadeau de mariage offert par l'Impératrice de Byzance, Irène l'Athénienne. Le pape l'aurait placé dans le Sancta santorum de la Basilique de Latran à Rome avec d'autres reliques. Il s'agit dans tous les cas de légendes tardives dont aucune ne s'appuie sur un document d'époque carolingienne.

En plus de Rome, d'autres lieux ont prétendu détenir le saint prépuce : en Espagne, Saint-Jacques-de-Compostelle ; en Allemagne, Hildesheim ; en Belgique, Anvers[11]; en France Metz, Besançon, Langres, Fécamp, Chartres, ainsi que Coulombs qui se trouve aussi dans le diocèse de Chartres ; la cathédrale du Puy-en-Velay, le monastère de Conques, les églises de Charroux (où l'on faisait également remonter la donation de cette relique à Charlemagne) et de Vebret[12].

Voltaire, dans son Dictionnaire philosophique, y ajoute Compiègne[13], mais il se trompe, car la relique qui était conservée au monastère Saint-Corneille de Compiègne n'était que le couteau qui aurait servi à opérer la circoncision de Jésus[14]. On avait de même à l'église romaine de San Jacopo in Borgo la pierre sur laquelle on avait circoncis l'Enfant[15].

Une autre liste allemande y ajoute l'Abbaye d'Andechs en Bavière (et le Quid Clermont, mais il semble que ce soit par confusion avec un morceau du saint ombilic qui y était conservé).

Situation actuelle[modifier | modifier le code]

Plusieurs saints prépuces, comme tant d'autres reliques, ont été détruits pendant la Révolution française.

Église Santissimo Nome di Gesù (du Très Saint Nom de Jésus) à Calcata

Le village italien de Calcata mérite une mention spéciale. En 1557, on y aurait découvert le saint prépuce, volé trente ans auparavant par un soldat allemand lors du sac de Rome de 1527[16]. Jusqu'en 1983, une procession où l'on vénérait ce saint prépuce parcourait les rues du village le 1er janvier, jour où selon une tradition, qui n'est pas antérieure au VIe siècle, Jésus aurait été circoncis. Mais des voleurs s'emparèrent du reliquaire et de son contenu, ce qui mit un terme à cette cérémonie.

Il ne semble plus y avoir d'autres saints prépuces en Italie[17]; celui d'Anvers a disparu en 1566; mais il reste en France au moins ceux de Conques et de Vebret.

Échos suscités par le saint prépuce[modifier | modifier le code]

Périodiquement le thème de cette relique a été agité pour tourner en dérision certains aspects du catholicisme.

  • Dans son Traité sur la tolérance (1763), Voltaire s'est moqué de la vénération au saint prépuce, la considérant toutefois comme une superstition moins dangereuse que de détester et de persécuter son prochain. Dans son Dictionnaire philosophique (1764), à l'article « Prépuce », il remarque plus simplement « qu'il y a peut-être un peu de superstition dans cette piété mal entendue ».
  • En 1887, les libres-penseurs G. W. Foote et J. M. Wheeler, dans leur ouvrage Crimes of Christianity (Les crimes du christianisme) rapportent une fable extravagante, selon laquelle un auteur catholique, Leone Allacci (1586-1669), aurait même écrit un traité Sur le Prépuce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, destiné à démontrer que lors de son Ascension, Jésus aurait vu son prépuce, monté au ciel avec lui, donner naissance aux anneaux de la planète Saturne, découverts en 1610[21].
  • Enfin, en 2007, ce type de relique a fait l'objet de divers canulars obscènes[22], répercutés en particulier dans un article du Guardian reproduit dans Courrier international[23].

Iconographie de la circoncision de Jésus[modifier | modifier le code]

Les artistes-peintres suivants ont traité de ce thème chrétien dans leurs œuvres :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Calvin, Traité des Reliques, 1543
  • Patrice Boussel, Des Reliques et de leur bon usage, 1971
  • Jacques Albin Simon Collin de Plancy, Dictionnaire critique des reliques et des images miraculeuses, 1821, p. 46-50
  • Alphons Victor Müller, Die hochheilige Vorhaut Christi im Kult und in der Theologie der Papstkirche, Berlin, 1907
  • Robert P. Palazzo, The Veneration of the sacred foreskin(s) of baby Jesus : a documented analysis, Multicultural Europe and cultural exchange in the Middle Ages and Renaissance, ed. James P. Helfers, Turnhout (Belgium), Brepols, 2005
  • Roger Peyrefitte, Les Clés de saint Pierre : roman, Paris, Flammarion, 1955, p. 307-328 (réunion de la congrégation du saint office au sujet du culte à rendre au saint prépuce) et p. 359-372 (visite à Calcata)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dans l'avis liminaire de son roman Les Clés de saint Pierre, l'écrivain Roger Peyrefitte, connu pour son purisme, explique qu'il convient de suivre, pour les noms religieux, l'orthographe du dictionnaire Littré, « seule autorité en matière de langue française. C'est ainsi que saint-siège, saint-père, saint office, saint prépuce, sacré collège sont écrits avec une minuscule [...] »
  2. P. Saintyves, « Les reliques et les images légendaires », Mercure de France, 1912, cité par Jean-Claude Muller, « Les deux fois circoncis et les presque excisées. Le cas des Dìì de l'Adamaoua (Nord Cameroun) », Cahiers d'études africaines, Année 1993, Volume 33, Numéro 132, p. 534 [Il faudrait cependant vérifier cette assertion, donnée ici de troisième main]
  3. Selon Collin de Plancy, Dictionnaire critique, t. II, p. 47 (qui s'appuie sur Thiers, Traité des superstitions, t. I, liv. II, chap. Ier) : « On le montrait aux femmes grosses, enchâssé dans un reliquaire d'argent, afin de les faire accoucher sans travail ; et ce prépuce était d'un bon revenu. »
  4. Auguste Vallet de Viriville, Histoire de Charles VII, roi de France, et de son époque, 1403-1461, p. 295
  5. Rapport de M. Merlet sur Coulombs, Lormaye et Pierres, séance du 3 mai 1860, Procès verbaux de la Société archéologique d'Eure-et-Loir, tome 1, p. 236, Société archéologique d'Eure-et-Loir, Chartres, Petrot-Garnier, 1861
  6. Charles Métais, Archives du diocèse de Chartres, volume 15 p. 19, 1908
  7. Charles Métais, Archives du diocèse de Chartres, volume 15, p. 19, 1908 ; une « Charte d'Henri, roi d'Angleterre, où il est fait mention que la relique du saint prépuce fut portée en Angleterre aux couches de la reine sa mère et depuis à Saint-Magloire (1427) » est enregistrée dans Lucien Merlet, René Merlet, Archives départementales d'Eure-et-Loir, Inventaire-sommaire des archives départementales antérieures à 1790, volume 8, p. 146, 1968 ; Alfred Darcel (Gazette des Arts, 1865, p. 483) en donne l'extrait suivant : « lequel reliquaire avoient accoutumé de souvent, en grant dévotion, venir visiter en grant affluence de femmes notables, quant elles étoient enceintes, pour en estre beneittes et soignées. »
  8. Jean-Paul Detournay, Nogent-le-Roi et son canton: étude historique, p. 100, 1984
  9. Charles Métais, Archives du diocèse de Chartres, volume 15, p. 19, 1908
  10. François Brossier, Les reliques à l'épreuve du doute, in Le Monde de la Bible n° 190, septembre-octobre-novembre 2009, p. 39
  11. Jusqu’en 1570, les chanoines de la cathédrale Notre-Dame d’Anvers auraient apporté chaque année à Lierre, le samedi après le 17 octobre, une chasse contenant notamment le saint prépuce (selon Le baron de Reinsberg-Düringsfeld, Traditions et légendes de la Belgique, 1870, t. 2, p. 174)
  12. Il y est conservé dans un reliquaire de l'église paroissiale avec des reliques du Saint-Sépulcre, des pierres de la lapidation de saint Étienne et des reliques de saint Louis, selon une notice de Marceline Brunet pour l'Inventaire général, 1993 (Référence: IM15000146, dossier consultable au Service régional de l'inventaire Auvergne)
  13. Article « Prépuce » du Dictionnaire philosophique : « Les chrétiens ont, depuis longtemps, la circoncision en horreur ; cependant les catholiques se vantent de posséder le prépuce de notre Sauveur ; il est à Rome dans l’église de Saint-Jean-de-Latran, la première qu’on ait bâtie dans cette capitale ; il est aussi à Saint-Jacques-de-Compostelle en Espagne ; dans Anvers ; dans l’abbaye Saint-Corneille à Compiègne ; à Notre-Dame-de-la-Colombe, dans le diocèse de Chartres ; dans la cathédrale du Puy-en-Velay ; et dans plusieurs autres lieux. »
  14. Collin de Plancy, Dictionnaire critique, II, p. 49
  15. Ibid.
  16. Collin de Plancy, Dictionnaire critique, t. II, p. 47-49
  17. Dans un documentaire pour la chaîne de télévision Channel 4 diffusé en 1997, le journaliste britannique Miles Kington parcourut l'Italie à sa recherche, mais en vain.
  18. Cité par Collin de Plancy, Dictionnaire critique, II, p. 46
  19. « Au commencement du dernier siècle, pendant la Régence, l'évêque Noailles, considérant que ce saint prépuce était l'objet d'un culte souvent scandaleux, surtout de la part des femmes, et se doutant bien que c'était une fausse relique, voulut la faire examiner. Elle était dans un morceau de velours rouge ; un chirurgien, après avoir ouvert le velours, n'y trouva qu'un peu de poudre ; il la mit sur sa langue, et déclara que le prétendu prépuce n'était qu'une poussière de sable. On appela depuis ce chirurgien croque-prépuce ; mais il n'y eut plus de prépuce à Châlons-sur-Marne. » (Dictionnaire critique, p. 47)
  20. Tome III, p. 230. Il explique qu'il a été induit en erreur par le fait que dans le pays on appelait familièrement cet ombilic le saint prépuce.
  21. De Praeputio Domini Nostri Jesu Christi Diatriba, citée par G. W. Foote et J. M. Wheeler, Crimes of Christianity, 1887, t. I, chapitre 5, p. 94
  22. Ainsi la mystique Catherine de Sienne l'aurait reçu comme anneau nuptial ; une autre, sainte Brigitte, l'aurait porté à ses lèvres et par là éprouvé des sensations orgasmiques ; un auteur catholique l'aurait identifié aux anneaux de Saturne récemment découverts, etc.
  23. Article Guardian-Courrier international

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Reliques semblables
Divers

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Relique de Coulombs :
    • Reliquaire, ou triptyque, en forme de chapelle
    • Crucifix en ivoire (vestige du reliquaire primitif : « Une bordure en filigranes ornée de pierres cabochons lui sert de bordure. Si nous comprenons bien la description sommaire qu'en donne un passage du XVe siècle, des lames de cristal de roche serties dans cette bordure durent garnir le revers de la croix, ou du moins la cavité dans laquelle le saint prépuce était enfermé sous la croix. Cette croix, peut-être mobile sur sa garniture, servait ainsi de reliquaire. L'usure qui a effacé les traits du Christ est l'indice de nombreux frottements expliqués par les pérégrinations que ce reliquaire a faites et par l'usage auquel il était destiné. » Alfred Darcel, Histoire de l'abbaye de Coulombs de M. Lucien Merlet, Gazette des Arts, tome XVIII, janvier-juin 1865, p. 481)