Luc (évangéliste)

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Saint Luc
Image illustrative de l'article Luc (évangéliste)
Saint Luc, sculpture de Johann Dominikus Mahlknecht, église Saint-Ulrich, (Val Gardena, Italie)
évangéliste
Naissance inconnue
Décès inconnue  (vers 84 ans)
Fête 18 octobre
Saint patron des médecins et des peintres

Luc l'évangéliste ou saint Luc (gr: Λουκᾶς Loukas) est un compagnon de l'apôtre Paul. Il exerçait la médecine (Col 4:14) et il suivit Paul lors de ses voyages d'abord en Macédoine puis jusque dans sa détention à Rome (2Ti 4:11).

Il est considéré comme l'auteur du Troisième Évangile de Jésus Christ et des Actes des Apôtres.

Sous sa plume de Grec et de lettré, le message du salut chante un véritable cantique d'action de grâce, de joie et d'optimisme, tout est chez lui triomphe de la vie et de l'amour. Le « médecin bien-aimé » (Col 4, 14), qui s'attacha avec fidélité à l'âme ardente de Paul et resta avec lui jusque dans ses fers, le chantre de la mansuétude du Christ, comme l'appelle Dante, a perçu dès l'abord l'universalisme du message d'amour que le Christ avait confié aux siens. Le Sauveur que nous présente cet homme venu du paganisme, est bien « lumière pour éclairer les nations » (Lc 2, 32).

Fête : 18 octobre.

Son identité[modifier | modifier le code]

L'auteur du troisième Évangile et des Actes ne s'étant pas nommé, c'est la continuité entre les deux livres, assurée par leur dédicace à un même dignitaire, l'excellent Théophile, qui, avec l'unité de style et d'écriture, manifeste qu'un même auteur a procédé à leur publication en grec. Cet auteur, rompu à la pratique d'un grec littéraire et à la culture hellénistique, n'en connaissait pas moins très intimement la religion juive et les finesses de la loi d'un point de vue rabbinique. Par des récits en « nous » (Actes 16,10-17; 20,5 - 21,18; 27,1 - 28,16) il s'est inclus lui-même comme témoin et acteur des faits relatés dès la naissance de la communauté d'Antioche de Syrie (cf Actes 11:27 selon le texte dit occidental). La tradition en a conclu qu'il était originaire de cette ville jusqu'à voir en lui un des tout premiers païens à s'être convertis. Cette hypothèse qui prévaut toujours, occulte cependant d'autres éléments d'information et non des moindres :

  • Deux « Nous » sont déjà dans le prologue de l'Évangile écrit avant les Actes.
Saint Luc l'évangéliste, cloître de la basilique saint Jean de Latran, Rome, Italie.
  • Loukas, le nom du compagnon de Paul est un diminutif de Loukios. Or Paul avait un parent de ce nom (R 16:21), tandis qu'un certain Loukios, originaire de Cyrénaïque, était un des disciples de la communauté d'Antioche de Syrie avec Symeon Niger, Barnabé et Paul (Ac 13:1). Rien n'interdit de voir en Loukas et en ces deux Loukios un seul et même personnage, cousin et compagnon de Paul, ami fidèle jusque dans le voyage jusqu'à Rome et précieux médecin durant sa détention. Mais parce qu'un verset de l'Épître aux Colossiens ne le compte pas parmi les collaborateurs circoncis qui approuvaient Paul (Col 4:11), cette identification est écartée depuis l'Antiquité. Cependant une exégèse affinée de l'Épître aux Colossiens et des Actes des Apôtres, permet de voir que d'autres désapprouvaient Paul dans son dernier pèlerinage vers Jérusalem où il risquait d'être arrêté : parmi eux Timothée qui avait été circoncis par Paul lui-même et Luc ; ce dernier pouvait donc, lui aussi, « être de la circoncision » et parent de Paul.

Ce point établi, il reste cependant d'autres questions en suspens :

  • saint Paul (mort en 64) n'a pratiquement jamais donné dans ses lettres une citation de l'Évangile, ce qui peut paraître étonnant si Luc était à ses côtés (à moins que Luc ait rédigé son Évangile peu avant la mort de Paul, dans les années 60-62) ; en sens contraire, il semble y avoir en 2 Co 8:18 une allusion directe à ce livre et à son auteur, bien que son nom ait été étrangement gardé dans l'anonymat ;
  • d'autre part, rien des enseignements propres à Paul ne transparaît dans le troisième Évangile, comme si la théologie de la rédemption développée par l'Apôtre ne l'avait pas atteint.

Pour expliquer cette apparente imperméabilité de l'un par rapport à l'autre, alors qu'ils se retrouvèrent soudés dans des situations de grande précarité, l'idée s'est répandue que l'auteur de l'Évangile avait écrit bien après les faits et s'était servi des carnets de voyages d'un compagnon de Paul pour écrire les Actes. Mais cette hypothèse se heurte à des contradictions difficilement surmontables :

  • Dans le prologue de son Évangile, l'auteur s'engageait à livrer un écrit exact et suivi. Aurait-il laissé ces « nous » qui tendaient à faire croire qu'il était de la partie alors qu'il n'en était pas ? C'eût été mentir sur les sources mêmes de son information et s'attribuer l'honneur et le prestige d'un héroïsme et d'un témoignage qui revenaient à un autre. Était-ce recevable pour un écrit du Nouveau Testament ?
  • Épiphane le considérait comme l'un des soixante-douze disciples de Jésus et une tradition orale, reçue et transmise par Grégoire le Grand, le voyait dans ce disciple demeuré anonyme qui, en sortant de Jérusalem avec Cléopas le soir de la Résurrection, fut rejoint par Jésus.

Ces problématiques pourraient trouver leur solution dans la manière de départager le travail du rédacteur de celui du traducteur, car il est certain, en ce qui concerne l'Évangile écrit en grec, qu'un substrat hébreu en constitue le fondement. Le rédacteur pouvait avoir été disciple de Jésus et son traducteur, Luc en l'occurrence, un disciple des Apôtres.

  • Une autre hypothèse apportée par Jean-Charles Pichon dans Le Royaume et les Prophètes, serait que Saint Luc était en fait Lucain, un des courtisans favoris et ami de l'Empereur Néron. En effet, avant l'Incendie de Rome qui le rendit impopulaire au Sénat, Néron rassemblait beaucoup de gens à sa Cour. Outre les nobles, il y avait aussi des artistes, savants, érudits et surtout des théologiens venus d'à peu près tout le monde connu. Néron avait la particularité de se montrer tolérant envers toutes les religions (à une époque où le panthéonisme Romain antique était encore la Religion d'État) et il était en particulier intéressé par le Christianisme naissant. Néron possédait en effet la popularité et le pouvoir politique nécessaire pour créer un royaume Chrétien, bien avant la première conversion d'un Empereur Romain. Par la suite, sentant les fondations de son Trône trembler, Néron envoya aux Chrétiens l'un de ses courtisans qui partageait le plus ses vues et homme remarquablement accompli qui plus est, c'est-à-dire Lucain. Pichon avance en effet que des connaissances en médecine, théologie, linguistique et une maîtrise avancée de l'écriture combinée à la force de caractère et à un certain courage physique (nécessaire pour tous ces voyages, quand il pourrait simplement s'établir comme notable avec une vie confortable) ne se trouvent pas n'importe où ; sinon dans une métropole où le savoir à multiples facettes demeure sinon facile d'accès, du moins accessible. Et si l'Histoire qui rapporte généralement la mort de Lucain lors du fameux "complot" contre Néron reste plus probable, cela aurait le mérite d'expliciter l'identité de Luc Evangéliste.

Hagiographie[modifier | modifier le code]

Saint Luc l'évangéliste en peintre, Guerchin

Les Actes s'achevant brutalement sans que l'on sache ce qu'il advint de saint Paul toujours détenu à Rome, le lecteur en conclut que saint Luc mourut avant lui. Cependant, Selon Épiphane (Haer. 51), à la mort de Paul, Luc serait revenu évangéliser en Macédoine. Vivant une vie de moine, il serait mort à l'âge de 84 ans. Selon d'autres sources, il aurait connu le martyre (crucifiement). Au IVe siècle, sa dépouille aurait été transférée de Patras à l'église des Apôtres de Constantinople, ce qui donna lieu à la dispersion et la vénération de nombreuses reliques du saint (comme celle de sa tête emportée par saint Grégoire jusqu'à Rome) ; en outre, plusieurs icônes de la Vierge étaient considérées comme ayant été peintes par saint Luc, car à sa pratique des langues, du droit et de la médecine il aurait ajouté celle de la peinture. Une des plus connues est la « Czarna Madonna » à Częstochowa en Pologne.

Symbole[modifier | modifier le code]

Luc est symbolisé par le taureau, animal de sacrifice, parce que son évangile commence par l'évocation d'un prêtre sacrificateur desservant le Temple de Jérusalem : Zacharie, le père de Jean-Baptiste.

Article détaillé : Tétramorphe.

Écrits parlant de Luc[modifier | modifier le code]

Voici quelques écrits des premiers siècles parlant de Luc. Saint Jérôme estimait que ce propos de Paul concernait l'évangéliste Luc :

« Nous envoyons avec lui le Frère dont la louange dans l'Évangile est répandue dans toutes les Églises, et qui plus est, a été désigné à mains levées par les Églises pour être notre compagnon de voyage dans cette œuvre de bienfaisance, que nous accomplissons à la gloire du Seigneur même, et en témoignage de notre bonne volonté. »

— 2 Co 8.18

« Quant à Luc, Antiochien d'origine et médecin de profession, il fut très longtemps associé à Paul et il vécut plus qu'en passant avec les apôtres ; c'est d'eux qu'il a appris la thérapeutique des âmes, comme il en a laissé des preuves dans deux livres inspirés par Dieu, l'Évangile qu'il témoigne avoir composé d'après les traditions de ceux qui avaient été dès le commencement les spectateurs et les ministres de la parole et dont il affirme qu'il les a suivis dès le début ; et les Actes des Apôtres qu'il a rédigés non pas après les avoir entendus, mais après les avoir vus de ses yeux. »

— Histoire ecclésiastique de Eusèbe de Césarée, écrit du IVe siècle

« Luc est en fait un Syrien d'Antioche, médecin de profession. Par la suite il a suivi Paul jusqu'à son martyre. Servant le Seigneur sans reproche, il n'eut ni femme, ni enfants, et mourut à quatre-vingt-quatre ans en Béotie, plein du Saint-Esprit. Quoique des évangiles existassent déjà, celui selon saint Matthieu, composé en Judée, et celui selon saint Marc en Italie, il fut incité par le Saint-Esprit, et composa cet évangile entièrement dans la région avoisinant l'Achaïe; il rend très clair dans le prologue que les autres (évangiles) avaient été écrits avant le sien [...] Plus tard le même Luc écrivit les Actes des Apôtres. »

— Prologue de Luc, texte de la fin du second siècle (?)[1]).

« Troisièmement, le livre de l'évangile selon Luc. Ce Luc était médecin. Après l'Ascension du Christ, Paul l'ayant pris pour second à cause de sa connaissance du droit, il écrivit avec son assentiment ce qu'il jugeait bon. Cependant lui non plus ne vit pas le Seigneur dans la chair. Et par conséquent, selon ce dont il avait pu s'informer, il commença à le dire à partir de la Nativité de Jean. »

— Canon de Muratori (document romain du milieu du second siècle).

« De son côté Luc, le compagnon de Paul, consigna en un livre l'Évangile que prêchait celui-ci. »

— Irénée de Lyon, Adv. Hae. III, 1, 1 Prologue.

« Luc, notre ami le médecin » est cité à trois reprises à travers l'Épître aux Colossiens (4, 14), l'Épître à Philémon (24) et la 2e Épître de Timothée (4, 11)

Tradition catholique[modifier | modifier le code]

Saint Luc l'évangéliste est célébré le 18 octobre.

Dans la tradition catholique, Luc est considéré comme le saint patron :

  • des médecins et des services de santé, du fait de sa profession,
  • des artistes peintres et sculpteurs ; c'est pour cela que de nombreuses académies des Beaux-Arts ainsi que des guildes d'artistes s'appellent ou se sont appelées « Saint-Luc ». Dans la tradition chrétienne, saint Luc a représenté en peinture plusieurs fois la Vierge. Bien que leurs datations soient de périodes plus récentes, un certain nombre d'icônes lui sont dévotement attribuées. Ce sont les Vierges dites de Vladimir, de Jérusalem, de Tikhvine, de Smolensk,de Częstochowa et aussi la Vierge de Philerme. Elles sont majoritairement de style hodiguitria, litt. « qui montre le chemin ».

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Cf. Joseph A.Fitzmyer, The Gospel according to Luke, I-IX, 1981, page 38-39

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Iconographie[modifier | modifier le code]

Saint Luc, v.1330, de Simone Martini, Paul Getty Museum, au Getty Center de Los Angeles, probable panneau droit d'un polyptyque portatif en cinq parties, ou d'un retable à plusieurs volets. trois autres se trouvent au Metropolitan Museum of Art de New York et un, dans une collection privée à New York[1] ?

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. John Walsh, Chefs d’oeuvre du J. Paul Getty Museum : Peintures, Thames & Hudson,‎ 1997 (ISBN 2-87811-128-1), p. 8

Articles connexes[modifier | modifier le code]