Flagellant

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Flagellants, XVe siècle

Les Flagellants étaient les membres d'un mouvement chrétien qui atteignit son apogée durant le XIIIe siècle et le XIVe siècle en Europe occidentale. Ceux qui y prenaient part pensaient que la pratique de la flagellation leur permettrait d'expier leurs péchés, atteignant ainsi la perfection, de manière à être acceptés au royaume des cieux après l'Apocalypse. Ils allaient en procession par les villes, nus jusqu'à la ceinture et armés d'un fouet dont ils se flagellaient publiquement, en chantant des cantiques, pour expier leurs péchés.

Il convient d'éviter l'erreur largement répandue qui consiste à confondre les flagellants avec les Pénitents. Ces derniers sont apparus en 1267 avec la création, à Rome, par Saint Bonaventure de la première confrérie de pénitents, sous le vocable « Confrérie du Gonfalon ».

Histoire[modifier | modifier le code]

Les premiers auto-flagellants apparaissent au XIe siècle. Pierre Damien est un des plus ardents à les propager. Le mouvement redouble de vigueur en Italie lors de la famine de 1250, de la peste de 1259 et du conflit entre Gibelins et Guelfes. De plus, l'échéance joachimite de 1260 catalyse les passions plaçant cette pénitence dans la perspective de la fin des temps imminente[1]. Durant la Peste noire, de telles pratiques contribuent à exacerber la population et à la pousser à persécuter les juifs ainsi que d'autres minorités qui seront accusées d'être la cause de l'épidémie en ayant contaminé les puits.

En 1268, ils se dotent d'une organisation rudimentaire et Reinier, dominicain de Pérouse, est déclaré leur chef. Ils se répandent par la suite en Allemagne méridionales, en Rhénanie et dans le Sud de la France. Ce mouvement est vite condamné par l'Église qui le considère contraire au dogme.

Par la suite le mouvement se radicalise. Les flagellants, parmi lesquels on pouvait à l'origine trouver des nobles ou des bourgeois, ne réunit plus que le petit peuple, et enfin est un refuge pour marginaux, criminels ou vagabonds. Le mouvement vire à l'anarchie et les flagellants réclament la destruction de l'Église, incitent le peuple à lapider les clercs, et s'en prennent finalement aux seigneurs et à tout ordre social. Les dérives violentes touchent aussi les juifs.

Flagellants au XIVe siècle, Pierre Grivolas, 1906, Musée Calvet

Parallèlement, au XIVe siècle, le mouvement prend un nouvel essor, partant cette fois de Hongrie. Il se répand à nouveau en Allemagne et aux Pays-Bas lors de la peste de 1348. Conrad Schmid, en Thuringe, s'autoproclame nouveau Messie, remplaçant le baptême à l'eau par un baptême par le sang. Il s'appuie sur la légende du retour de Frédéric, empereur des derniers jours dont Fra Dolcino avait prédit le retour. Il annonce aussi la venue d'un nouvel âge édénique en 1369.

En France, Philippe V interdit l'auto-flagellation sous peine de mort. Le Pape Clément VI, par sa bulle « contre les flagellants » de 1349, condamne leurs excès et les livre à l'Inquisition. Conrad Smid et un de ses disciples favoris sont brûlés en 1368 à Nordhausen, et nombreux voient en cela « l'exil des deux témoins » dont parle l'Apocalypse, tués par l'Antéchrist et devant ressusciter lors du Millénium. Très affaibli, le mouvement subsiste sporadiquement toutefois. Toutefois Rome ne désespère pas de récupérer une partie du mouvement : Vincent Ferrier encadre sévèrement les flagellants et les ramène dans l'orthodoxie. En 1417 il doit toutefois renoncer à son projet car les flagellants redeviennent hors de contrôle. L'Inquisition se charge alors de la répression et organisent des bûchers principalement en Allemagne jusqu'en 1480.

Certains voient dans les confréries de pénitents qui se propagent aux XVIe et XVIIe siècles dans le sud de la France, les héritiers des flagellants. Toutefois, si la pénitence est pratiquée, l'esprit de la réunion et l'action des confréries de pénitents sont très différents de ceux des flagellants. Maurice Agulhon voit dans les confréries de pénitents un élément central de la sociabilité méridionale[2].

Organisation[modifier | modifier le code]

Ce mouvement, qui regroupe le petit peuple, semble avoir été assez bien structuré : « Frères Flagellants », « Porteurs de la Croix », « Frères de la Croix » ou « Blancs-Battus ». Leur costume se composait d'un sarreau blanc frappé d'une croix rouge à l'avant et à l'arrière, ainsi que d'une capuche blanche. Les bandes comprenaient entre 50 et 500 membres, dirigés par un Père ou Maître qui recevait de chacun de ses disciples un serment d'obéissance totale le temps de la procession. Il pouvait confesser les frères, diriger leur pénitence et leur donner l'absolution.

En rejoignant les flagellants, les membres de cette sorte de confrérie s'engageaient à respecter un rituel :

  • voyager de ville en ville durant 33 jours
  • se flageller en place publique
  • prier Dieu
  • vivre de la charité
  • revêtir l'uniforme des flagellants qui consistait en une longue tunique noire pourvue d'un capuchon rabattu sur la tête et marcher pieds nus.

Dogme[modifier | modifier le code]

Les flagellants, par leur martyre, pensaient sauver leurs âmes mais aussi contribuer au salut de la chrétienté tout entière. Selon eux, une Lettre Céleste dictée par Dieu leur annonçait que ce dernier, cédant aux suppliques de la Vierge Marie et des Saints, donnait aux hommes une dernière chance de se racheter avant l'annihilation totale.

Le mode d'expiation collective, indiqué dans la lettre, était la flagellation mutuelle, considérée comme imitatio christi. Leur exemple devait être suivi par toute la chrétienté, et, au bout de 33 ans et demi (symbole du temps passé par le Christ sur Terre), des saints, issus des rangs des flagellants, devaient mener les hommes vers un nouvel Eden.

Processions[modifier | modifier le code]

Procession des flagellants de Bruges à Tournai, le jour de l’Assomption 1349 (Bibliographisches Institut, Leipzig).

Les processions flagellantes duraient 33 jours et demi (durée qui correspond à l'âge auquel le Christ est supposé être mort), pendant lesquels les flagellants devaient obéissance totale à leur Maître, qui leur imposait une discipline de vie d'une rare dureté, à laquelle s'ajoutait deux flagellations collectives par jour et une flagellation individuelle la nuit.

Le rituel de la flagellation publique, minutieusement préparé, est le même dans tous les ordres de toutes les régions. Impressionnant, il accordait aux flagellants l'admiration subjuguée des foules. Devant une église, installés en cercle, torse nus, les flagellants font siffler leurs fouets (lanières de cuir munis de piquants de fer) en cadence, aux sons des laudes, ces chants à ligne mélodique simple, aux paroles dépouillées, en langue vulgaire. « Vienne ici qui veut se repentir, sauvons-nous de l'enfer torride, Lucifer est un méchant gars ! » Plusieurs fois par hymne, les flagellants s'écroulent, les bras en croix, et pleurent, puis « par l'honneur du pur martyre » se relèvent et reprennent leur supplice. Leur corps ensanglanté, à la fin de la séance, n'avait plus rien d'humain.

Cette pratique est supposée suffisante pour atteindre le paradis, et les rites de l'Église n'apparaissent plus nécessaires aux fidèles. C'est pourquoi l'Église finit par ne plus les tolérer.

Géographie du mouvement[modifier | modifier le code]

Parti d'Italie, le mouvement des Flagellants gagne l'Autriche, la Hongrie, la Pologne, puis l'Allemagne (c'est dans ce pays que ses adeptes furent les plus nombreux), pour ensuite toucher la Belgique ; en France, le mouvement s'arrêta à Troyes.

Si l'acuité du phénomène s'est atténuée, on peut considérer qu'il en subsiste une trace de nos jours, en partie folklorique, dans certaines processions de l'Europe méridionale, particulièrement durant la Semaine sainte à Séville en Espagne.

Cependant, un phénomène similaire existe actuellement également, mais avec la violence originelle, dans une tradition religieuse non chrétienne, en Inde.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Jacques Boileau a écrit en latin une Histoire des flagellants où l'on fait voir le bon et le mauvais usage des flagellations parmi les chrétiens (Paris, 1701), traduite en français, par l'abbé François Granet, 1701.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Les mouvements escapistes millénaristes et escapistes au XIVe siècle et XVe siècle - Thèse de DEA d'histoire des institutions, par Alain Charpentier (1977-1978).

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Raoul Vaneigem, La résistance au christianisme, Fayard, 1993, p. 319
  2. Pénitents et francs-maçons dans L'ancienne Provence, Maurice Agulhon, Fayard, 1998 (réedition)

Voir aussi[modifier | modifier le code]