Sainte Couronne

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Ecce Homo, peinture d’Antonello de Messine vers 1473. Le Christ couronné contre le poteau

La Sainte Couronne ou couronne du Christ est la couronne d'épine posée sur la tête du Christ avant sa crucifixion. Cet instrument de la Passion, mentionné dans les Évangiles canoniques de Marc, Matthieu et l'Évangile de Jean, est évoqué par les premiers Pères de l'Église comme Clément d'Alexandrie ou Origène. Faisant partie des reliques attribuées à Jésus, elle devient un symbole chrétien important et notamment une des reliques de la Sainte-Chapelle.

Le Christ et la couronne[modifier | modifier le code]

Saint Jean rappelle que les soldats romains, dans la nuit du Jeudi au Vendredi Saint, se moquèrent du Christ et de sa Royauté en le coiffant d'une couronne garnie d'épines. Peu de temps avant de gravir le Calvaire avec le patibulum de la croix sur son dos, Jésus subit les brimades et les violences des soldats romains. À moitié évanoui, il s'était effondré alors sur un trottoir en pierre, mouillé de son propre sang. Les soldats romains trouvèrent bien drôle qu'un Juif venant de la campagne puisse prétendre être roi. Aussi ils lui jetèrent sur les épaules une robe longue et placèrent un bâton dans sa main pour servir de sceptre. Pour terminer leur déguisement, ils eurent besoin d'une couronne. Des branches flexibles couvertes de longues épines (généralement utilisées pour attacher par paquets le bois de chauffage) furent tressées afin de leur donner la forme d'une couronne, puis furent enfoncées dans son cuir chevelu ce qui le fit saigner abondamment.

« Alors Pilate prit Jésus, et le fit battre de verges. Les soldats tressèrent une couronne d'épines qu'ils posèrent sur sa tête, et ils le revêtirent d'un manteau de pourpre »

— Évangile de Jean, 19:1 et 2

La couronne à travers l'Histoire[modifier | modifier le code]

De Jérusalem à Byzance (Ier ‑ XIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Le couronnement d'épines par Le Titien, vers 1570.

Selon la tradition, la Couronne a été pieusement conservée et vénérée. Néanmoins, d'après les différents témoignages, des épines ont été dispersées au cours des siècles par les dons effectués soit par les empereurs de Byzance, soit par les rois de France. On en compte environ 70, de même nature, qui s'en réclament originaires. De nombreux récits, notamment de pèlerins à Jérusalem au IVe siècle ont fait état de l'existence de la Sainte Couronne. L'allusion faite à la couronne d'épines et aux instruments de la Passion du Christ pendant les persécutions des premiers siècles n'est peut-être pas décisive. Déjà en 409, Saint Paulin de Nole la mentionne parmi les reliques sacrées de la basilique du Mont Sion à Jérusalem. Ce sont ces mêmes reliques qui sont transférées au VIIe siècle à Byzance dans la chapelle impériale, pour les mettre à l'abri des pillages perses puis arabes. Ainsi, la relique, dont l'authenticité ne peut être vérifiée, fut envoyée à Constantinople dans le trésor des empereurs byzantins.

En réalité on ignore la date exacte de son transfert à Constantinople. Sans totalement s’interrompre, son histoire s'obscurcit pour un temps. Il est certain qu'elle réapparaît à Constantinople avant le milieu du Xe siècle, puisqu’un fragment, nommément désigné, y est enfermé dans un reliquaire d’or émaillé dédicacé au nom de l’« empereur Constantin VII Porphyrogénète, monté en 913 sur le trône ». Ce reliquaire fut réalisé à Constantinople et rapporté à l'issue de la IVe croisade en Allemagne par le chevalier Ulrich von Ulmen à Limbourg-sur-la-Lahn. Aussi, dès le milieu du Xe siècle, comme en témoigne Constantin VII dans son Traité des Cérémonies, les empereurs d'Orient étaient parvenus à réunir une collection impressionnante de reliques de la Passion dont le nombre devait encore s’accroître sous leurs successeurs. Elles furent regroupées alors peu à peu dans l’une des chapelles palatines, celle de la Vierge, dite du Phare. C’est ce lieu sacré que les pèlerins occidentaux et orientaux évoquèrent aux XIe et XIIe siècles. La Vraie Croix reste la principale relique jusqu'à ce qu'elle soit découpée en de nombreux morceaux distribués à de nombreux bénéficiaires, faisant douter de leur authenticité si bien que dès le XIe siècle d'autres reliques de la Passion s'autonomisent et prennent une importance croissante, en premier lieu la Sainte Couronne, signe pour les empereurs chrétiens que le Christ est roi[1]. C’est là, également, que Nicolas Mésaritès, garde des trésors des chapelles du Sacré Palais de Constantinople vers 1200, pouvait les observer quotidiennement. Dans un manuscrit, il a laissé la description des dix plus prestigieuses d’entre elles dont la Sainte Couronne :
« La première à s’offrir à la vénération, c’est la Couronne d’épines, encore verdoyante et demeurée intacte car, ayant touché la tête du Christ Souverain, elle a eu part à l’incorruptibilité… Elle n’est pas rude d’aspect, ni blessante ou pénible au contrat… et, si l’on obtient de la toucher, elle n’est que souplesse et douceur. Ses efflorescences ne ressemblent pas à celles des haies clôturant les vignes qui, comme les voleurs le font par leur rapines, tirent à elles le bord de la tunique et sa frange, ou parfois même écorchent et blessent la cheville du promeneur qu’elle accrochent et ensanglantent de leurs piquants féroces : non, certes, nullement, mais elles sont comme les fleurs de l’arbre à encens, qui ont à leur naissance l’aspect de pousses minuscules, comme les chatons de l’osier, comme des bourgeons qui paraissent ».

La Couronne durant l'Empire latin d'Orient (XIIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Après le sac de Constantinople en 1204, les Croisés fondèrent l'Empire latin d'Orient qui exista jusqu'en 1261. Pour garantir un emprunt auprès de banquiers vénitiens, les empereurs latins gagèrent différentes reliques : la Sainte Couronne fut ainsi mise en gage par Baudouin II de Courtenay par l'acte du 4 septembre 1238 concernant Nicolo Quirino, qui prévoyait que le marchand vénitien devînt propriétaire de la relique si elle n'était pas remboursée en juin 1239.

La Sainte Couronne d’Épines

Quelques années plus tard, Saint Louis souhaita se porter acquéreur de reliques christiques dont la Sainte Couronne. C'est ainsi qu'il est représenté sur le tableau saint-Louis vénérant la Sainte Couronne. Son objectif était de dominer la chrétienté suite à la querelle des Investitures qui avait affaibli la papauté et le Saint-Empire romain germanique[1]. Il fallut deux ans pour conclure l’affaire avec Baudouin II de Courtenay car le roi tenait à s’assurer de l’authenticité des reliques. Moyennant la somme de 135 000 livres tournois, la couronne fut acquise en août 1238 et, sous la conduite du dominicain André de Longjumeau, prit la route de France en 1239. Le 10 août 1239, elle fit une entrée solennelle à Villeneuve-l'Archevêque (Champagne)[2] accompagnée du roi, de son frère Robert Ier d'Artois et de leur mère Blanche de Castille. Le 11 août eut lieu l'office de Sens car l'archevêque de Sens portait le titre de « primat des Gaules et de Germanie », Paris dépendant de l'église métropolitaine de Sens. Deux ans plus tard, en 1241, le roi poursuivit son ambition en se portant acquéreur du premier morceau de la Sainte Croix et de sept autres reliques dominicales, notamment le Saint Sang et la Pierre du Sépulcre. L'année suivante, ce sont des morceaux de la Sainte Lance et de la Sainte Éponge qui furent ajoutées à la Sainte Collection.

Afin de conserver ces objets sacrés conservés temporairement à Notre-Dame de Paris, la Sainte-Chapelle fut érigée au centre de Paris, dans l'île de la Cité où la cérémonie de translation eut lieu en 1248 deux mois avant le départ du roi à la Croisade[3]. À l'issue de la fête de la dédicace de la Sainte Chapelle, le souverain temporel institua une fête annuelle liturgique le 11 août donnant lieu à l'office de la susception de la Sainte Croix. Philippe III dit le Hardi, fils de Louis IX, fit remettre avant sa mort en 1285 à Perpignan quatre épines de la couronne du Christ qui lui avaient été remises par Louis IX avant sa mort, lors de la croisade dite « de Tunis ». Il fit porter les quatre épines en l'église de Saint-Matthieu de Perpignan, église la plus proche du Palais des Rois de Majorque. Les Saintes Épines sont toujours vénérées et protégées par la confrérie des Saintes Épines de l'église Saint-Matthieu dont le Régidor Référent est Lucien Baillette.

La représentation du Christ en croix avec ou sans sa Sainte Couronne évolua au cours du temps : Christ en gloire vêtu portant une couronne royale et non d'épines dans l'art carolingien, puis aux alentours de l'an 1000 apparut le Christ patiens dévêtu avec un perizonium et la tête nue, enfin à partir du XIIIe siècle Christus dolens avec la couronne d'épines[1].

La Couronne de la Révolution à nos jours[modifier | modifier le code]

Durant la Révolution, la Sainte Couronne, considérée comme objet patrimonial, est déposée à la Bibliothèque Nationale.

Le Concordat de 1801 impliqua que la relique fût remise à l'archevêque de Paris, qui l'affecta en 1806 au Trésor de la Cathédrale Notre-Dame où elle se trouve toujours. Les Saintes Reliques sont confiées aux Chanoines du Chapitre de la Cathédrale Notre-Dame de Paris, puis placées sous la garde statutaire des Chevaliers du Saint Sépulcre de Jérusalem. Ce sont donc les Chanoines qui les présentent et les Chevaliers qui les gardent.

Napoléon Ier et Napoléon III ont donné chacun un reliquaire pour la conserver. Le premier de style néo-classique et le second de style néo-gothique provenant de l'atelier de Viollet-le-Duc.

En temps normal, la couronne d’épines n’est pas exposée au public. Seuls les deux reliquaires du XIXe siècle offerts par Napoléon Ier et Napoléon III sont présentés en permanence dans le Trésor de la sacristie. La Couronne, les reliques du bois de la Croix et un clou de celle-ci sont présentés à la vénération des fidèles chaque premier vendredi du mois à 15 h, tous les vendredis de carême à 15h et le Vendredi Saint de 10 à 17 h.

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Chiara Mercuri, Saint Louis et la couronne d'épines : histoire d'une relique à la Sainte-Chapelle, Riveneuve,‎ 2011, 212 p.
  2. Louis XI et la couronne d'épines
  3. Adrien Baillet, Les vies des Saints et histoire des festes et des mysteres de l'Eglise, Paris,‎ 1710 (lire en ligne), p. 20

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]