Résurrection de Jésus

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La Résurrection du Christ : les saintes femmes au tombeau, icône russe du XXe siècle.

La foi des chrétiens en la résurrection de Jésus consiste en l'affirmation suivante : Jésus de Nazareth est vraiment ressuscité d'entre les morts au troisième jour suivant sa mort sur la croix. Il s'agit d'un élément central de la foi et de la théologie chrétienne, qui est énoncé notamment dans le credo de Nicée.

Selon les Évangiles, après la crucifixion de Jésus ordonnée par Ponce Pilate et sa mort sur la croix, Jésus est mis au tombeau, mais Dieu le ressuscite d'entre les morts. Il apparaît à plusieurs de ses disciples, d'abord à des femmes puis à d'autres, dont les apôtres[1], durant une période de quarante jours au terme de laquelle il s’élève dans les cieux en une ascension vers le Père.

Les chrétiens célèbrent la résurrection de Jésus lors du dimanche de Pâques, soit le troisième jour après le Vendredi saint qui correspond au jour anniversaire de sa crucifixion. Ils perçoivent cette résurrection comme s'inscrivant comme élément essentiel de la Rédemption.

Parce qu'elle est au cœur de la foi et vie chrétienne, la résurrection de Jésus est un sujet abondamment traité dans le domaine artistique du monde chrétien, en Orient comme en Occident.

Origine du récit et historicité[modifier | modifier le code]

La Résurrection, Francesco Buoneri, 1619–20

La Résurrection ne relève pas de faits vérifiables mais exclusivement de l'ordre de la croyance. Elle ne relève donc pas de la science historique[2]. S'il a existé des débats entre exégètes à partir de Hermann S. Reimarus au XVIIIe siècle, depuis Rudolf Bultmann, au début du XXe siècle, on distingue ce qui relève de la foi — qui considère la Résurrection comme un événement réel — et ce qui relève de l'histoire et de la critique historique[3]. Les historiens ne peuvent se prononcer sur cette question ni de manière négative ni positive mais peuvent constater que les disciples de Jésus croient que « Dieu l'a ressuscité »[4].

Les premiers chrétiens peuvent être définis comme ces disciples de Jésus qui, après la crucifixion, l'ont proclamé comme étant le Seigneur ressuscité. Les écrits de ces premières personnes placent la résurrection de Jésus au centre de leur foi. Les prêches et les lettres de Pierre dans les Actes des apôtres et les lettres de Paul mentionnent le fait que Jésus est mort, fut ressuscité par Dieu et que les apôtres et de nombreuses autres personnes, y compris des opposants, furent des témoins oculaires des apparitions de Jésus.

L'historien Geza Vermes considère que la Résurrection de Jésus constitue un concept à la fois fondamental et fascinant du christianisme. Il estime qu'entre deux positions extrêmes — d'une part la véracité du phénomène physique, de l'autre son refus le plus total — il existe six théories possibles pour expliquer les témoignages de la Résurrection, dont le vol du corps, la sortie du coma, des hallucinations, ou une résurrection dite spirituelle, c'est-à-dire docète.

La Résurrection du Christ selon le retable d'Issenheim, c. 1515

Le théologien E. P. Sanders considère qu'un complot pour promouvoir la croyance en la Résurrection aurait probablement conduit au développement d'une histoire plus cohérente et ne permettrait pas d'expliquer pourquoi certains auraient accepté de mourir pour ce qu'ils savaient être une tromperie. Les théologiens N. T. Wright ou Michael Licona estiment que la résurrection de Jésus est l'hypothèse la plus probable pour expliquer toutes les sources et les événements. Le théologien James D.G. Dunn pense que l'expérience de Paul aurait eu un caractère visionnaire et non physique, non matériel, tandis qu'il en irait différemment des écrits des Évangiles. Helmut Koester pense quant à lui que ces récits sont originellement des épiphanies qui ont été développées plus tard pour aboutir aux témoignages de la résurrection.


Sources néo-testamentaires[modifier | modifier le code]

Épîtres pauliniennes[modifier | modifier le code]

Les premières sources parlant de la résurrection de Jésus se trouvent dans les lettres de Paul écrites dans les années 50 et 60 : l'épître aux Romains, l'épître aux Corinthiens et, si on en accepte l'authenticité, la première épître à Timothée.

La source la plus ancienne se trouve dans la première épître aux Corinthiens qui a été composée au milieu des années 50. Dans cette épître, Paul mentionne un kérygme, c'est-à-dire une profession de foi fondamentale, répandu parmi les premiers partisans de la résurrection, qui donne des éléments centraux de la future doctrine chrétienne : « Je vous ai enseigné avant tout, comme je l'avais aussi reçu, que Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures ; qu'il a été enseveli, et qu'il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures ; et qu'il est apparu à Céphas, puis aux douze. Ensuite, il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois, dont la plupart sont encore vivants, et dont quelques-uns sont morts. Ensuite, il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres. » (1 Corinthiens, ch. 15 v. 3-7). Dans le verset suivant, Paul indique que Jésus lui est aussi apparu.

Un fort consensus se dégage parmi les spécialistes pour dire que Paul a retranscrit ici une tradition orale datant de quelques années seulement après la crucifixion au cours des années 30[5].

Signification théologique[modifier | modifier le code]

Les apparitions du Christ ressuscité[modifier | modifier le code]

Nouveau Testament[modifier | modifier le code]

Pour la tradition chrétienne telle qu'elle existe aujourd'hui, Jésus serait apparu à ses disciples pendant 40 jours après sa résurrection avant de faire son ascension au ciel. Ses disciples restés au pied du mont des oliviers, situé à l'est de Jérusalem, le voient disparaître dans les nuées. La tradition a toutefois eu d'importantes difficultés à s'établir, puisque l'on compte pas moins de six versions des apparitions dans les différents textes du Nouveau testament. Dans les évangiles, certaines apparitions se déroulent devant le tombeau de Jésus (apparition à Marie la Magdaléenne), d'autres dans la ville même de Jérusalem, d'autres sur une montagne en Galilée, une autre sur le chemin d'Emmaüs. Dans l'évangile attribué à Jean, Jésus apparaît d'abord à Jérusalem et notamment dans la maison où les disciples avaient l'habitude de se réunir, puis alors que certains disciples ont repris leur activité de pêcheurs après un temps indéterminé, il apparaît à certains d'entre-eux au bord du lac de Tibériade, en Galilée. Il faut aussi tenir compte que les première versions des évangiles — au moins jusqu'aux années 80 — ne comportaient pas d'épisodes narrant les apparitions, alors qu'il est certains que l'annonce de la résurrection de Jésus, commence dès les années 40.

Le témoignage de saint Paul est antérieur de plus de quinze ans au début de l'écriture des évangiles. De plus, le genre littéraire des écrits de Paul n'a rien à voir avec les évangiles, qui sont des textes apologétiques et contradictoires ayant pour but de démontrer que Jésus est le Messie. Paul écrit des lettres à des interlocuteurs, ce qui donne une valeur historienne très supérieure à ses écrits par rapport aux évangiles. Concernant les apparitions, outre qu'il mentionne que Jacques le Juste, le frère de Jésus, a bénéficié d'une apparition, il indique que Jésus est aussi apparu à 500 disciples simultanément, un fait qui n'est pas retenu par la tradition chrétienne aujourd'hui. Par ailleurs, Paul bénéficie d'une apparition de Jésus à proximité de Damas, plus d'un an après sa résurrection. Ce serait aussi dans la province romaine de Syrie que certains auteurs ont situé, l'épisode rapporté par le Romain Sossionus Hierocles.[réf. nécessaire] Celui-ci, dans un texte "Aux Chrétiens" cité par Lactance (250-325) indique que Jésus s'était replié avec neuf cents de ses partisans « après avoir été rejeté par les Juifs ». Sur la base de cette dernière indication, certains critiques ont émis l'hypothèse que cet événement pouvait avoir lieu après la crucifixion.[réf. nécessaire] C'est aussi dans la la province de Syrie — plus précisément à Kokaba (15 km. au sud-est de Damas) — que les pères de l'Église situent au IVe siècle la famille de Jésus.

L'approche de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours[modifier | modifier le code]

Vignette IV des papyrus de Joseph Smith

Le Livre de Mormon est un ouvrage publié en 1830 et présenté par Joseph Smith comme la traduction de plaques trouvées selon lui dans la colline de Cumorah dont l'endroit lui aurait été indiqué par l'ange Moroni. Le livre relaterait, de 600 ans avant Jésus-Christ à 421 ans après Jésus-Christ, 1 000 ans de l'histoire de Léhi, prophète d'origine juive, fuyant par la mer avec sa famille juste avant la destruction de Jérusalem, et de sa descendance, les Néphites et les Lamanites, peuples de l'Amérique ancienne, avec pour point culminant, la visite que Jésus-Christ aurait rendue au peuple néphite trois jours après sa crucifixion. L'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours considère l’ouvrage comme historiquement authentique et affirme qu’il est possible d’obtenir le témoignage de la véracité du Livre de Mormon au travers de la prière. Ce livre constitue pour les mormons la « clef de voûte de [leur] religion »[6]. Jésus selon le livre de Néphi serait venu en Amérique[7].

Un des aspects de la doctrine mormone qui distinguent les saints des derniers jours des autres confessions chrétiennes est la croyance en de saintes Écritures complémentaires à la Bible, ce qui porte à quatre le nombre d'ouvrages considérés comme canoniques et qui conduisent les saints des derniers jours, par une étude personnelle, à acquérir un témoignage spirituel personnel de leur véracité. Les mormons croient que la Bible est la parole de Dieu dans la mesure où elle est traduite correctement (8e article de foi).

Les historiens rejettent les aspects surnaturels du récit de Joseph Smith et estiment que celui-ci a rédigé le livre lui-même, seul ou avec l’aide d’associés plus instruits, en se servant vraisemblablement d’autres ouvrages. Ils rejettent la véracité historique du Livre de Mormon en soulignant les incohérences anachroniques du récit.

Points de vue non chrétiens[modifier | modifier le code]

Points de vue juif[modifier | modifier le code]

Point de vue islamique[modifier | modifier le code]

Il existe plusieurs interprétations des versets traitant de Jésus dans le Coran :

Verset 4:157-158, Sourate An Nisa (les femmes)[modifier | modifier le code]

« "Nous avons vraiment tué le Christ, Jésus, fils de Marie, le Messager d’Allah"... Or, ils ne l’ont ni tué ni crucifié; mais ce n'était qu’un faux semblant ! Et ceux qui ont discuté sur son sujet sont vraiment dans l’incertitude : ils n’en ont aucune connaissance certaine, ils ne font que suivre des conjectures et ils ne l’ont certainement pas tué, mais Allah l’a élevé vers Lui. Et Allah est Puissant et Sage »

L'une des interprétations possibles est que Dieu aurait donné l'apparence de Jésus à un autre qui aurait été crucifié à sa place (un chef juif nommé Josué pour certains[8]). Ainsi, Jésus ne serait pas mort, il n'y aurait donc pas de résurrection.

Autre interprétation, Dieu aurait créé une illusion collective afin de faire croire à la crucifixion de Jésus. Mais n'aurait pas permis qu'on fasse subir un tel sort à l'un de ses prophètes[9].

Enfin, une interprétation différente considère que l'expression "ils ne l'ont ni tué, ni crucifié" exprime simplement le fait que Jésus reste présent par son message au sein de l'humanité[10].

Quoi qu'il en soit, l'Islam reconnait par le verset 4:55 (Sourate Al Imran) que la vie terrestre de Jésus a pris fin :

«(Rappelle-toi) quand Allah dit : "Ô Jésus, certes, Je vais mettre fin à ta vie terrestre t'élever vers Moi, te débarrasser de ceux qui n'ont pas cru et mettre jusqu'au Jour de la Résurrection, ceux qui te suivent au-dessus de ceux qui ne croient pas…"»

Verset 19:33, Sourate Maryam (Marie)[modifier | modifier le code]

« Et que la paix soit sur moi le jour où je naquis, le jour où je mourrai, et le jour où je serai ressuscité vivant ! »

Ce passage (paroles de Jésus), est interprété parfois comme l'annonce d'une résurrection future et non de la résurrection cité par la bible. Notamment du fait de sa mise en relation avec le verset 4:55 (voir section précédente) qui annonce le Jour de la Résurrection. La présence dans la même sourate du verset 19:15, reprenant les mêmes termes mais au compte de Jean-Baptiste, accrédite l'hypothèse selon laquelle la notion de résurrection est liée à un évènement futur :

« Que la paix soit sur lui le jour où il naquit, le jour où il mourra, et le jour où il sera ressuscité vivant ! »

Généralement, en Islam, on considère que Jésus n'est pas ressuscité mais que ce sera le cas le jour du jugement dernier. Mais les multiples interprétations possibles des textes laissent la place à de nombreux avis.

Autres[modifier | modifier le code]

La résurrection de Jésus dans les arts[modifier | modifier le code]

Durant toute l'Antiquité et les deux premiers tiers du Moyen-Âge, la Résurrection est représentée par des images fidèlement inspirées du texte même de l'Évangile : soldats endormis près d'un tombeau ouvert, saintes femmes myrrhophores arrivées en présence d'un ange qui leur montre le linceul et le suaire plié à part, Thomas (apôtre) avançant le doigt vers le côté blessé de Jésus, le Christ apparaissant à Marie de Magdala (Noli me tangere !).

À partir de la fin du XIIIe siècle, et probablement sous l'influence profane et non liturgique des mystères (représentations théâtrales), les artistes d'Occident commencent à laisser aller leur imagination et conçoivent des scènes qu'aucun témoin n'est censé avoir jamais vues : le Christ sortant triomphalement du tombeau, Jésus élevé dans les airs au-dessus de soldats endormis. En Orient, Jésus est représenté descendant aux enfers pour y délivrer Adam, Ève et les justes de l'Ancien Testament et de l'Antiquité païenne[11].


Références[modifier | modifier le code]

  1. 1Co 15. 5-6
  2. Camille Focant, « La Résurrection », in Michel Quesnel et Philippe Gruson (dir.), La Bible et sa culture, éd. Desclée de Brouwer, 2011, vol. II, p. 145
  3. Simon Claude Mimouni in Simon Claude Mimouni et Pierre Maraval, Le christianisme des origines à Constantin, Paris, éd. P.U.F./Nouvelle Clio, 2007, p. 128-129
  4. suivant Paul de Tarse dans l'Épître aux romains, Rm 10. 9, cité par Simon Claude Mimouni, op. cit., p. 129
  5. Gary Habermas, "Resurrection Research: What Are Critical Scholars Saying", Journal for the Study of the Historical Jesus, 3, 2 (2005), article
  6. Enseignements du prophète Joseph Smith, p. 156
  7. Le livre de Mormon manuel de l'élève, chapitre 10, 2 Nephi II-16
  8. Tabarî, La Chronique, De Salomon à la chute des Sassanides, Éditions Actes Sud, p. 114
  9. Partie 2 §4
  10. Partie 1 §4
  11. André Grabar, Les Voies de la création en iconographie chrétienne, Antiquité-Moyen-Âge, Flammarion, Paris 1972 et 2009.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • N.T. Wright, The Resurrection of the Son of God (Christians Origins and the Question of God), Fortress Pr., 2003.
  • Dale Allison, Resurrecting Jesus: The Earliest Christian Tradition and Its Interpreters. T. & T. Clark International., 2005. ISBN 056702900X.
  • Geza Vermes, The Resurrection: History and Myth, Doubleday Books, 2008 ISBN 0-385-52242-8.
  • Michael Licona, The Resurrection of Jesus: A New Historiographical Approach, IVP Academic, 2011.

Articles connexes[modifier | modifier le code]