Gaulois (peuples)

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Carte de la Gaule et de ses principales régions selon Jules César avant sa conquête complète (58 avant J.-C.) : Gaule Celtique (Celtica), Gaule Belgique (Belgica), Gaule Aquitaine (Aquitania), Gaule Narbonnaise (Narbonensis) et Gaule Cisalpine (Cisalpina).

Les Gaulois sont des peuples celtes protohistoriques qui résidaient en Gaule (Gallia, en latin), c'est-à-dire approximativement sur les territoires actuels de la France excepté l'Aquitania, de la Belgique, de l'Allemagne (rive gauche du Rhin), de la Suisse et de l'Italie du Nord, probablement à partir de l'âge du bronze (IIe millénaire av. J.-C.).

Les Gaulois étaient divisés en de nombreux peuples qui se comprenaient entre eux, qui pensaient descendre tous de la même souche et qui en connaissaient la généalogie. À ces liens de filiation, réels ou mythiques, qui leur créaient des obligations de solidarité, s'ajoutaient des alliances qui mettaient certains d'entre eux dans la clientèle d'un autre pour former des fédérations comme celles des Arvernes et des Éduens. Chacun de ces peuples était divisé en civitates, identifiées par un chef-lieu et un territoire, appelé en latin pagus, lui-même subdivisé en vicus, correspondant à peu près aux cantons, en France, par exemple.

Les civilisations gauloises sont rattachées, en archéologie, pour l'essentiel, à la civilisation celtique de La Tène (du nom d'un site découvert au bord du lac de Neuchâtel, en Suisse). La civilisation de la Tène s'épanouit sur le continent au Second âge du fer, et disparut en Irlande durant le haut Moyen Âge.

Noms[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Celtes et Gaule#Étymologie.

Les Gaulois se nommaient eux-mêmes « Celtes » ou « Celtae »[n 1] en leurs langues. Selon Jules César, la Gaule était habitée par trois principaux peuples : Celtae, Belgae et Aquitani[n 1].

« L’ensemble de la Gaule est divisé en trois parties : l’une est habitée par les Belges, l’autre par les Aquitains, la troisième par le peuple qui, dans sa langue, se nomme Celtes, et, dans la nôtre, Gaulois. »

— Commentaires sur la Guerre des Gaules I-1, Jules César

Les Grecs nommaient dès le VIIe siècle av. J.-C. (période de la colonisation européenne de Grecs de l'époque archaïque) les Gaulois Κελτοι (orthographe d'Hécatée de Milet ou d'Hérodote, transcrite en Celtæ comme l'écrit Jules César pour faire référence aux habitants de la Gaule centrale) ou encore Κέλται (orthographe d'Aristote ou de Plutarque) puis au IIIe siècle av. J.-C. (période de l'invasion par le chef celte Leonnorius (en) de la Thrace) l'ethnonyme Γαλάται, pluriel de Γαλάτης, Galátai / Galátēs, que l'on peut rendre en français par Galates, désignant aussi bien chez les Grecs et Romains les Celtes d’Orient puis l'ensemble des Celtes. La simplification de Galátai en Galli, pluriel de Gallus, habitants de la Gallia « Gaule », a longtemps été donnée pour expliquer l'étymologie du nom Gaulois[1], hypothèse considérée sans fondement aujourd'hui, sur la base des développements de la philologie et de la linguistique moderne.

Les Germains appelaient ces Celtes *Walχisk[2] « étranger »[3] devenu en allemand moderne Welsch, un terme souvent péjoratif par lequel les Allemands désignaient les populations non germaniques, et devenu en slave Valaque pour désigner les non slaves[4]. Les Germains (Angles, Saxons et Jutes) arrivés sur le sol britannique au Ve siècle de notre ère ont utilisé ce même terme pour qualifier les Celtes du Pays de Galles : Welsh, et de Wales leur pays. De même, le français Gaule et gaulois procède du même terme germanique utilisé par les locuteurs de langue francique : walhisk « roman » , dérivé de walha « les Romans » faisant référence aux tribus ne parlant pas le francique, cependant il y a eu métathèse de [l], d'où Wahla > *Gwaula > Gaule[5].

Le nom latin de Gallus « Gaulois » a été associé à la Renaissance à son homophone gallus « coq » (ancien français jal, jau « coq »), devenu ainsi l'animal emblématique de la France[6].

Histoire[modifier | modifier le code]

Les origines[modifier | modifier le code]

Une carte de la Gaule au Ier siècle av. J.-C., détaillant la position des trois principaux peuples : les Celtae, les Belgae et les Aquitani. La région correspond aujourd'hui à la Belgique, France, Suisse, Pays-Bas, l'Ouest de Allemagne et le Nord de l'Italie.

Les Celtes qui peuplaient d'abord l’Europe centrale (Vindélicie, Norique, sud de la Germania magna) entre les Alpes et la forêt Hercynienne[7], ont commencé à migrer en -500 vers l'ouest rejoignant la population autochtone proto-indo-européenne liguro-vénète pour constituer une partie importante de la population des différentes régions de la Gaule.

Selon Strabon (VII 1, 2), les Germains sont identiques aux Gaulois par leur aspect physique et leur mode de vie, tout en étant plus sauvages, plus grands et aussi plus blonds. Cette blondeur des Gaulois pourrait provenir d'une teinture à l'argile ou à l'eau de chaux qui éclaircissait les « cheveux chaulés » des Gaulois même bruns, ou d'une teinture, le sapo – savon utilisé comme onguent – à base d'un mélange de graisse de chèvre, de bois de hêtre et de suc de plantes qui donnait une chevelure blonde tirant vers le roux[8]. Cet auteur croit que les Romains eux-mêmes ont donné ce nom aux Germains pour signifier qu'ils étaient les Gaulois authentiques, « germanus » ayant ce sens en latin. On trouve d'ailleurs des calembours à ce sujet dans Cicéron (Phil. XI, 14), Velleius Paterculus (II 67, 4) et Sénèque (Apoc. VI 1). Ainsi, il est possible que les Gaulois soient en fait des peuples ligures ou vénètes celtisés (germanisés). Les Celtes, n'utilisant pas l'écrit communément, apparaissent donc pendant la période dite protohistorique, à l’âge du bronze.

Les débuts de l'époque gauloise sont difficiles à dater et varient selon les régions considérées. Pour Henri Hubert, le processus aurait duré plusieurs siècles pendant lesquels plusieurs peuples auraient coexisté. Il ne se serait fait ni soudainement par une sorte de guerre d'invasion générale, ni en masse par la migration d'une multitude d'individus isolés, mais par l'arrivée de groupes organisés en clans, numériquement plus ou moins importants (voir la Civilisation de Vix), au milieu des autres peuples qui leur auraient accordé l'hospitalité, des droits définis par des traités et un territoire.

Il est communément admis que la civilisation celtique s'épanouit en Gaule avec La Tène, c'est-à-dire au deuxième âge du fer, à partir du Ve siècle av. J.-C.. La ville de Marseille, colonie de la cité grecque de Phocée, est fondée vers 600 av. J.-C. sur le territoire des Ségobriges, peuple ligure (sego, « victoire », « force » et briga, « colline », « mont », « forteresse »[9]).

Dans les sources grecques, en particulier de l'époque macédonienne, de nombreuses mentions de Celtes — appelés Galates et formant des contingents mercenaires — apparaissent : il est surtout fait référence à leur courage et à leur valeur guerrière. Cela correspond à la période de la plus grande expansion celtique (IVe siècle av. J.-C. et IIIe siècle av. J.-C.).

Dans les sources latines postérieures, les Gaulois des IIe siècle av. J.-C. et Ier siècle av. J.-C. sont clairement distingués des Cimbres, des Teutons, des Bretons et des Helvètes.

La Gaule, à la veille de la conquête romaine, est un pays d'alternances de forêts, de plaines cultivées, de bocages et de cités fortifiées, sillonnés de routes, pour certaines empierrées, donc d'un espace densément mis en valeur, loin des clichés légués par les historiens du passé. L'archéologie, en particulier aérienne, a démontré que des milliers de fermes gauloises (nombreuses petites fermes « indigènes » mais aussi certaines villas gauloises aussi étendues que les futures villae gallo-romaines[10]) quadrillaient le territoire aux IIe siècle av. J.-C., et les fouilles réalisées dans les oppida, par exemple à Bibracte, ont mis en valeur une structure urbaine complexe et élaborée.

Dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules, César sous-estime le nombre d'habitants, tout en exagérant le nombre de guerriers. Suivant ses écrits, les érudits du passé ont estimé à cinq ou six millions le nombre d'habitants d'une Gaule qui faisait près de 100 000 km2 de plus que la France actuelle[11]. Certains spécialistes pensent que la Celtica Gallica était peuplée de dix millions d'âmes environ, mais Ferdinand Lot[12] en prenant pour base l'espace mis en culture et en faisant des comparaisons avec les chiffres obtenus au Moyen Âge, avance le nombre de vingt millions d'habitants.

C'est ainsi à l'époque gauloise que l'essentiel du peuplement de la France se constitue. De plus, la Gaule fut le lieu, bien avant la conquête, d'une urbanisation en plein essor, comme le montrent, par exemple, les fouilles des oppida de Corent[13], ou de Bibracte et d'un commerce à grande échelle, comme le révèlent les nombreux dépôts d'amphores vinaires italiques découvertes en contexte de sanctuaires[14].

Enfin, la société gauloise, dont la structure a varié dans le temps, semble très complexe et hiérarchisée à la veille de la conquête, et laisse apparaître une tripartition fonctionnelle qui peut être interprétée comme un héritage indo-européen[15].

La fin de l'indépendance[modifier | modifier le code]

Casque gaulois torque Fibule Bouclier celtique Épée celtique Braies (vêtement) Côte de maille Lance Talon de lance Fer de lance
Essai de reconstitution d'un guerrier gaulois.

La Gaule fut incorporée militairement à la république romaine en deux étapes : la Gaule méridionale au-delà des Alpes (Gallia bracata en latin, c'est-à-dire Gaule en braies) fut conquise dès la fin du IIe siècle av. J.-C. et « romanisée », semble-t-il, en moins d'un siècle. Elle devint la première province romaine hors d'Italie : la Narbonnaise, et compta la première cité de droit romain hors d'Italie (Narbonne).

La Gaule septentrionale (nommée Gallia comata, c'est-à-dire Gaule chevelue, par Jules César) fut soumise entre -58 et -51 par les légions de ce dernier. Cette « Guerre des Gaules » culmina avec la défaite d'une coalition gauloise menée par l'Arverne Vercingétorix, à Alésia, en -52. L'historiographie romaine ne situe toutefois la fin de la pacification qu'en -51, à la suite d'une ultime victoire sur les restes des coalisés rassemblés sous les ordres du chef Lucterios. La présence de très nombreux lieux-dits « camps de César » en France ne doit pas tromper : la plupart d'entre eux sont des sites postérieurs, datant parfois du Moyen Âge. Cependant, il est probable que la pacification fut plus longue que ce que l'on a longtemps cru et dura au moins jusqu'à l'imperium d'Auguste.

Les Gaulois de l'empire[modifier | modifier le code]

Les termes « Gaulois » et « Gaule », ainsi que l'essentiel des noms de peuples et de tribus de la Gaule protohistorique restèrent en usage pour désigner peuples et territoires (cités). Par la suite, ces circonscriptions et leurs noms se fixèrent dans les diocèses pour parvenir jusqu'à nous : Périgueux, cité des Pétrocores, Vannes, cité des Vénètes, etc.

En archéologie et en histoire, les Gaulois romanisés ou romains sont appelés Gallo-romains, quoique ce terme n'ait jamais été employé dans les sources.

Culture[modifier | modifier le code]

Contrairement à une idée reçue tenace, les Gaulois ne vivaient pas dans les forêts (le paysage était ouvert, moins boisé qu'aujourd'hui), ils vivaient en ville (oppidum) ou à la campagne (maillage de grandes fermes abritant des aristocrates)[16].

L'héritage que les Gaulois transmirent au reste du monde antique concerne principalement les domaines de l'artisanat : ébénisterie, forge… (le tonneau cerclé de métal, notamment, est une invention gauloise[17]), des arts culinaires, des arts militaires (la cotte de mailles celtique fut sans doute le modèle utilisé par les Romains et son usage se répandit en Europe au haut Moyen Âge) et de la langue. Il a survécu à travers la culture romaine durant le haut Moyen Âge.

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Langue[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Gaulois (langue).

La langue gauloise est mal connue, cependant le corpus des inscriptions gauloises s'est considérablement enrichi ces dernières années, grâce aux progrès de l'archéologie, ainsi que la capacité linguistique à déchiffrer cette langue. Il est établi depuis longtemps que le gaulois est une langue celtique, parfois classée comme langue celtique continentale, alors que d'autres sources n'hésitent pas à souligner sa parenté étroite avec le groupe des langues celtiques brittoniques. Le français doit peu de choses au gaulois : 150 mots (si l'on exclue les termes dialectaux) et quasiment rien au niveau grammatical et syntaxique. Cependant, la langue française est de toutes les langues romanes celle qui est la plus imprégnée de « celticismes ». Ainsi de nombreux noms d'arbres (if, chêne, érable, verne, etc.), de plantes (droue, beloce, fourdraine, etc.), de poissons (vandoise, limande, loche, etc.), de techniques (ardoise, gouge, quai, chai, etc.) sont propres au latin de Gaule, ainsi que des calques comme aveugle (bas latin aboculis « sans yeux » < gaulois eksops, même sens), quelques influences phonétiques sûres comme caisse de *caxsa au lieu de capsa ou chétif (anciennement chaitif) de *caxtivu- au lieu de captivu-[18],[19].

Article détaillé : Histoire de la langue française.

Les Gaulois utilisaient peut-être (mais les témoignages ne sont pas directs et peu sûrs) le système de numération vicésimal (en base 20) ; la présence résiduelle en français de ce système (80 se disant quatre-vingts et non octante comme en latin ; l'hôpital des Quinze-Vingts, héritier d'un hospice fondé vers 1260 par Saint Louis pour 300 aveugles…) est peut-être due à cet héritage.

Certains Gaulois utilisaient l'alphabet grec et comme monnaie des divisions du statère grec. Dans la Turquie actuelle, la Galatie est un lointain témoignage de la présence de Gaulois Volques (Galates) qui servirent Alexandre le Grand comme mercenaires avant de s'établir dans cette région d'Asie Mineure, où ils firent d'Ankara (Ancyre) leur capitale. Le quartier d'Istanbul nommé Galatasaray, « palais des Galates », pourrait provenir du fait de la résidence des mercenaires engagés par le pouvoir byzantin. À en croire saint Jérôme, dans son commentaire de l’Épître aux Galates, ces derniers parlaient encore au IVe siècle la même langue que les Trévires (Trèves). Il faut donc supposer qu’à cette époque le gaulois n’avait pas encore disparu d’Asie mineure, ni d'ailleurs des bords du Rhin, à moins que l'auteur n'ait repris des écrits antérieurs.

Religion[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Religion gauloise et Druide.

Les Gaulois étaient polythéistes, donc croyaient en plusieurs dieux. Le druide était un personnage important aux multiples facettes. Il était prêtre, maître d'école, médecin et juge[10]. Les vates secondaient les druides en remplissant la fonction de sacrificateurs.

La société gauloise était régie par des classes : clergé, noblesse, peuple. Le clergé, composé de prêtres, nommés druides, la noblesse, composée des guerriers les plus riches et les plus braves, dirigeaient le peuple. Les druides enseignaient l’immortalité de l’âme et adoraient les forces de la nature.

Ils étaient fort respectés, car seuls, parmi les Gaulois, ils faisaient de longues études et possédaient quelque instruction. Ils enseignaient que l’âme ne meurt pas avec le corps. Ils ne s’occupaient pas seulement du culte religieux, mais ils étaient encore juges, professeurs, médecins.

Les nobles se réunissaient pour gouverner leur tribu ou bien se choisissaient un chef. Ils avaient des compagnons d’armes qui devaient les suivre partout et même se tuer sur leur corps lorsqu’ils venaient à mourir. Le peuple, en temps ordinaire cultivait la terre déjà fertile en blé, gardait les troupeaux, chassait et pêchait. Mais, en temps de guerre, il prenait les armes et partait en bandes, sans discipline, sans organisation. Pour cette raison, les guerriers gaulois étaient parfois vaincus, malgré leur grand courage.

Ils avaient un mépris complet de la mort, car ils croyaient que l’âme revit ensuite dans un autre corps. Ils n’adoraient pas, comme les autres peuples païens, des dieux de pierre ou de bois, mais tout ce qui leur semblait beau ou terrible dans la nature : le soleil, le tonnerre, les montagnes, et surtout Teutatès, dieu protecteur de la touta, du peuple. Selon les auteurs antiques prompts à rappeler la sauvagerie des gaulois, les druides immolaient à leurs dieux des victimes humaines, des criminels ou des prisonniers de guerre. Ils les brûlaient dans des cages d’osier, en chantant pour étouffer leurs cris.

La plus connue de leurs cérémonies religieuses était la cueillette du gui auquel ils attribuaient la vertu de guérir toutes les maladies. C'était un travail long et minutieux que les druides exécutaient avec précision. Le premier jour de l’an, un druide en robe blanche, monté sur un chêne, coupait avec une faucille d’or le gui qu’il laissait tomber dans un drap blanc, tenu au pied de l’arbre par d’autres druides. On le partageait ensuite entre les druides, qui passaient la fin de la journée en festins et en réjouissances.

Structure sociale[modifier | modifier le code]

Les Gaulois, comme de nombreuses civilisations antiques, tenaient entre eux des rapports fonctionnant sur le principe de la clientèle. Ce lien social très fort serait apparu pendant l'époque aristocratique (IIIe siècle av. J.-C. et IIe siècle av. J.-C.) et aurait perduré jusqu'à la conquête, lorsque des notables locaux (les « Vergobrets ») se seraient substitués aux nobles. Les clients servaient des patrons, sans doute originellement afin de rembourser d'anciennes dettes, de réparer certaines fautes, ou pour d'autres raisons à caractère social et ce lien se transmettait héréditairement. L'homme ou le peuple client était libre (le clientélisme antique est différent de l'esclavage) mais il devait rendre des services ou s'acquitter de tributs. Un patron pouvait avoir plusieurs clients. Il pouvait, enfin, défaire le lien qui pesait sur sa clientèle ou bien transmettre sa clientèle à un autre. Des gens, des familles entières, pouvaient ainsi être clientes d'une personne ou d'une famille puis d'une autre.

Peuples gaulois[modifier | modifier le code]

Buste de Brennos provenant de la figure de proue du cuirassé Brennus, Musée national de la Marine.
Article détaillé : Liste des peuples celtes.

Les Gaulois célèbres[modifier | modifier le code]

  • Ambigatos, (VIe siècle av. J.-C.) roi des Bituriges. Peut-être un fondateur mythique.
  • Brennos, qui conquit Rome en 390 av. J.-C.
  • Brennos, qui pilla Delphes en 279 av. J.–C.
  • Diviciacos, -61, druide et vergobret (magistrat suprême) des Eduens, ami de l'avocat et orateur romain Ciceron.
  • Boduognat, chef des Aduatiques lors de la première guerre contre les Belges en -57. Selon le récit de Jules César, celui-ci faillit être vaincu au cours de la bataille du Sabis, dite "de la Sambre" ou de "la Celle", obligeant le général romain à raffermir la combativité de ses légions en montant à leur tête pour empêcher leur encerclement. Boduognat mourut dans l'année qui suivit sa défaite.
  • Ambiorix, roi des Eburons et chef de la révolte des Belges en -54. Après avoir surpris les légions dans les forêts du nord, il réussit à échapper aux Romains en s'enfuyant en Germanie.
  • Vercingétorix, roi arverne, chef de la coalition gauloise qui s'opposa à César en -52 avant de se rendre à l'issue du siège d'Alesia -au cours duquel il ne put rompre l'encerclement de la place- et d'être emmené à Rome pour y être exécuté.
  • Lucterios, un des derniers chefs gaulois résistant à Jules César en -51 sur le site d'Uxellodunum. Réfugié chez les Arvernes après la chute de la place, il fut livré par eux à Jules César et exécuté.
  • Julius Sabinus, Gaulois romanisé qui déclencha une révolte de la tribu belge des Trévires en + 69 avant de se rendre au bout de plusieurs années et d'être exécuté avec son épouse par l'empereur Vespasien
  • Crixus, esclave et gladiateur, accompagna Spartacus dans la grande révolte des esclaves en -73 -71.
  • Oenomaüs, esclave et gladiateur, accompagna Spartacus dans sa révolte, -73 -71.

Héritage[modifier | modifier le code]

Historiographie grecque et romaine[modifier | modifier le code]

La coiffure sophistiquée en « double feuille de gui » du prince de Glauberg est loin de l'image stéréotypée du gaulois hirsute.

Le sac de Rome en 390 avant J.-C. par les Gaulois menés par Brennus et celui de Delphes par Brennos en 279 av. J.-C, suivi de l'invasion des Galates en Asie Mineure, sont à l'origine du stéréotype ethnographique gaulois forgé dans les textes des auteurs grecs et romains (Posidonios, Diodore de Sicile, Strabon, Tite-Live, Cicéron et César), stéréotype que les Gaulois ont pu ensuite intérioriser : celui du guerrier ne respectant pas les lieux sacrés et se battant de manière désordonnée, parfois nu car méprisant la mort ; du barbare hirsute, la moustache pendante, s'habillant de manière bariolée, s'adonnant volontiers aux sacrifices humains et à l'ivresse lors des festins. Ce topos renforcé par l'iconographie gréco-romaine (monnaies, sculptures[20]) est cependant infirmé par les travaux archéologiques et historiques qui montrent une société gauloise très bien organisée politiquement et religieusement[21],[22].

Historiographie française[modifier | modifier le code]

Statue monumentale de Vercingétorix par Aimé Millet, Alise-Sainte-Reine, 1865.
Brennus et sa part de butin, Paul Jamin, 1893.
Vercingetorix jette ses armes aux pieds de Jules César, peinture de Lionel Royer, 1899.

La genèse de la conscience nationale française se produit au cours de plusieurs phases historiques : depuis l'Antiquité jusqu'au Moyen Âge, se développe le mythe gaulois avant même son existence, au XVe siècle émerge culturellement la conscience nationale grâce à la redécouverte du passé gaulois par un petit groupe d'érudits humanistes, au XVIIIe siècle et surtout au XIXe siècle se politise l'idée nationale en faisant réémerger les mythes précédents, après la guerre de 1870 et au XXe siècle l'idée nationale au travers du mythe gaulois se met à acquérir le soutien des masses[23].

La légende de l'origine troyenne des Francs est un mythe historique apparu au VIIe siècle et couramment utilisé jusqu'à la seconde moitié du XVIe siècle, faisant des Romains (descendants du Troyen Énée) les frères des Gaulois. Il est popularisé par les écrivains et les chroniqueurs de Frédégaire à Ronsard, et évolue progressivement en intégrant celui de l'origine troyenne des Gaulois. Au Moyen Âge classique, le mythe troyen d'identification devient de plus en plus englobant : dans les romans courtois, les Troyens sont à l'origine des défrichements ou de la hiérarchie féodale en France. Ce mythe élitiste, correspondant à la première phase du mouvement national selon l'historien Miroslav Hroch, légitime la domination de la noblesse et du clergé chrétien sur l'ensemble de la société. Au XVe siècle, l'émergence de royaumes nationaux sûrs de leur identité voit les sociétés en quête d'autochtonie refuser leur mythe des origines troyennes remis en cause scientifiquement par les humanistes de la Renaissance. La France ranime ses ancêtres Gaulois au détriment des Troyens[24]. Au XVIe siècle, dans un contexte de celtomanie (depuis l’Illustration de Gaule et Singularité de Troie de Jean Lemaire de Belges en 1511 jusqu'au roman L'Astrée d'Honoré d'Urfé en 1627), naît le mythe de la Gaule indépendante et du « bon gaulois » vis-à-vis des Romains dont les Italiens se réclament les descendants légitimes, comme dans l'ouvrage de Pierre de La Ramée en 1559 De moribus veterum Gallorum (Livre des mœurs des Gaulois). Les historiens humanistes de cette époque, essentiellement des juristes comme François Hotman, imaginent une monarchie gouvernée par des assemblées libres (parlements et États généraux), à l'instar des assemblées druidiques. Au XVIIe siècle, la monarchie absolue revient au mythe troyen à l'origine des rois Francs chrétiens régnant sur un peuple issu des Gallo-romains[25].

Au XVIIIe siècle, l'image des Gaulois dans les milieux lettrés n'est plus valorisante : l'article Gaulois de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert conclut ainsi : « Les moeurs des Gaulois du temps de César, étaient la barbarie même .... Il faut, comme le dit M. de Voltaire, détourner les yeux de ces temps horribles, qui font la honte de la nature ». Cette image est radicalement changée à la même époque par plusieurs courants : un courant historique portant sur une querelle entre germanistes et romanistes, un courant archéologique et ethnographique porté par des antiquaires anglais puis français. Ce courant est initié par l'antiquaire anglais William Stukeley qui fait revivre le mythe druidique : dans The History of the Temples of the Ancient Celts publié en 1740, il développe la théorie selon laquelle les monuments mégalithiques sont les temples des druides. Le néodruidisme apparaît alors, remettant les Celtes et les Gaulois à l'ordre du jour. Un autre courant littéraire est mené par le poète et faussaire écossais James Macpherson, auteur entre 1760 et 1763 d'Ossian et notamment de Fragments de poésie ancienne recueillis dans les montagnes d'Écosse qu'il attribue à un barde guerrier, redonnant ainsi la popularité aux Celtes et Gaulois par la littérature. La Révolution française se réclame plutôt de la République romaine ou de Sparte, à l'exception de l'abbé Sieyès : alors que la noblesse fait remonter ses privilèges à la conquête franque, l'essayiste et religieux français, favorable au Tiers état, rappelle que cette conquête s'est faite sur les Gallo-romains. L'origine du peuple français serait donc les Gaulois[24].

Au XIXe siècle, François-René de Chateaubriand réalise la synthèse entre le mégalithisme et l'ossianisme dans Les Martyrs publié en 1809. Sous la Restauration puis les Trois Glorieuses, de jeunes historiens Amédée Thierry (c'est lui qui fait naître le mythe de « Nos ancêtres les Gaulois » dans son Histoire des Gaulois publiée en 1828[26]) puis Henri Martin relisent les textes antiques grecs et romains et réécrivent l'histoire de France non plus sous la chronologie dynastique mais sous l'angle de la nation vieille de 2 000 ans : ils consacrent à nouveau les Gaulois comme ancêtres originels des Français et créent des légendes autour du premier héros national, Vercingétorix. Napoléon III, auteur d'une biographie de Jules César (en 1866)[27], a contribué à ranimer le passé gaulois : il commande au sculpteur Aimé Millet la statue monumentale de Vercingétorix, érigée sur le site d'Alésia ; il favorise le développement de sociétés savantes menant des fouilles archéologiques (Jacques Gabriel Bulliot et Bibracte en 1836, Joseph Déchelette engage des correspondances avec tous les savants européens pour y visiter leurs oppida) sous la houlette de Prosper Mérimée, il s'implique dans les chantiers de fouilles (Gergovie, Alésia, Bibracte dont on recherche alors les emplacements) sur les sites de la guerre des Gaules, chantiers confiés à son aide de camp le colonel baron Eugène Stoffel, historien dans l'âme.

Les instituteurs de la Troisième République, par leur haine du Second Empire accusé de vouloir imposer son histoire officielle, remettent en cause ces emplacements, à tort[28]. Dans un but de propagande nationale destinée à exalter le patriotisme des Français, notamment au début du XXe siècle dans le contexte de l'opposition à l'Allemagne, l'idéologie de l'école de Jules Michelet et de la Troisième République a propagé une vision ethnocentriste du peuple français, privilégiant un élément gaulois indigène (Vercingétorix est vu comme un résistant à l’envahisseur) par rapport aux éléments romains, germaniques et romans postérieurs, voulant également restaurer les frontières naturelles de la Gaule. Ainsi, dans l'église de Ham, on pouvait voir jusqu'à l'époque de la Grande Guerre, un plâtre (préfiguration d'un bronze) dans lequel Vercingétorix et Jeanne d'Arc se serraient la main, avec marqué au revers « Aux martyrs de la résistance »[29]. Les manuels scolaires sont illustrés de reproductions d'estampes avec des représentations archétypales : sacrifice humain par un druide sur un dolmen, reddition du valeureux Vercingétorix à cheval, jetant ses armes aux pieds de César. Ernest Lavisse, dans son Histoire de France illustrée depuis les origines jusqu’à la Révolution aux nombreuses rééditions, parle des Gaulois comme des barbares hirsutes indisciplinés mais « braves, intelligents et gais ». Le Tour de la France par deux enfants d'Augustine Fouillée, destiné au cours moyen, décrit la Gaule « presque entièrement couverte de forêts. Il y avait peu de villes et la moindre ferme de votre village, enfant, vous semblait sublime ». Dans cette vision, Rome a apporté la civilisation à la Gaule comme la France l'apporte à ses colonies[24].

Les deux guerres mondiales ne modifient pas cette vision d'une Gaule héroïque résistant bravement, le personnage de Vercingétorix étant utilisé sous l'Occupation aussi bien par les tenants du maréchal Pétain qui voient dans le héros gaulois la dignité qu'il faut afficher dans la défaite et la lucidité de se placer sous la domination militaire romaine (Vercingétorix est alors assimilé au maréchal, la domination romaine aux nazis), que par les tenants du général de Gaulle qui exaltent sa volonté de lutter jusqu'au bout pour l'indépendance nationale[24]. L'archéologie de sauvetage développée à partir des années 1975 fournit un nouvel éclairage sur le monde celtique, notamment grâce aux nombreuses études fédérées par le Centre archéologique européen de Bibracte. Les historiens actuels travaillent à démêler tous ces mythes de « nos ancêtres les Gaulois » qui visaient à créer une grande épopée nationale et essayent de rétablir la place réelle des Gaulois dans l'histoire, à la lumière des recherches les plus récentes, tandis que des bandes dessinées comme Alix, Vae victis ! ou Astérix et Obélix perpétuent ces mythes[30].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Toute la Gaule est divisée en trois parties, dont l'une est habitée par les Belges, l'autre par les Aquitains, la troisième par ceux qui, dans leur langue, se nomment Celtes, et dans la nôtre, Gaulois. » Jules César, La Guerre des Gaules, Livre I. Traduction du latin : « Gallia est omnis divisa in partes tres, quarum unam incolunt Belgae, aliam Aquitani, tertiam qui ipsorum lingua Celtae, nostra Galli appellantur. » Iulius Caesar, Commentarii de bello Gallico

Références[modifier | modifier le code]

  1. Adolphe Bloch, « Interprétation anthropologique du mot latin Gallus (Gallois) », Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris, vol. 1, no 1,‎ 1900, p. 432-440
  2. ou *Walhisk avec h guttural
  3. du germanique *walχ- « étranger » avec suffixe adjectival -isk- (The Oxford dictionary of English Etymology)
  4. Marcel Brasseur, Les Celtes. Les guerriers oubliés, Terre de brume éditions,‎ 1997, p. 84
  5. Définition Gaulois sur Trésor de la langue française informatisé
  6. Christian Goudineau, Par Toutatis ! que reste-t-il de la Gaule ?, Seuil,‎ 2002, p. 66
  7. Tite-Live, Histoire romaine
  8. Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines, tome4, vol.2, article sapo p. 1062
  9. Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, éditions errance, 2003, p. 86 et p. 268.
  10. a et b Jean-Louis Brunaux, Nos ancêtres les Gaulois, Seuil,‎ 17 janvier 2008, 299 p. (ISBN 978-2-02-094321-5)
  11. Ferdinand Lot, La Gaule, édition revue et mise à jour par Paul-Marie Duval, Collection marabout université, librairie Arthème Fayard 1967. p. 57.
  12. Ferdinand Lot, Op. cité, p. 58.
  13. Site du Laboratoire Universitaire d’Enseignement et de Recherche (LUERN)
  14. M. Dietler, « L'art du vin chez les Gaulois », Dossier pour la Science, n° 61, octobre-décembre 2008, p. 42-49.
  15. « La société celtique », 29 septembre 2008.
  16. Qui étaient les Gaulois, sous la direction de François Malrain et Matthieu Poux, 209 pages, universcience éditions, éditions de La Martinière, 6 octobre 2011. (ISBN 2732446025 et 978-2732446028)
  17. Jean Paul Lacroix, Bois de la tonnellerie : de la forêt à la vigne et au vin, Gerfaut,‎ 2006 (ISBN 291464485X, lire en ligne), p. 25
  18. Pierre-Yves Lambert, La langue gauloise, éditions errance 1994.
  19. Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, Errance, 2003.
  20. Telles celles du Grand autel de Pergame.
  21. Julie Gallego, Marie-Françoise Marein, Patrick Voisin, Figures de l'étranger autour de la Méditerranée antique, Éditions L'Harmattan,‎ 2010, p. 479-480
  22. Jean-Pierre Jessenne, L'Image de l'autre dans l'Europe du Nord-Ouest à travers l'histoire, Centre d'histoire de la région du Nord et de l'Europe du Nord-Ouest,‎ 1996, p. 13
  23. Michael Dietler, «'Our ancestors the Gauls': archaeology, ethnic nationalism, and the manipulation of Celtic identity in modern Europe», American Anthropologist, 96: 584-605, 1994; Michael Dietler, «A tale of three sites: the monumentalization of Celtic oppida and the politics of collective memory and identity», "World Archaeology", 30: 72-89, 1998.
  24. a, b, c et d Laurent Avezou, « Gaulois, l’histoire d’un mythe, Métarécit de l’histoire nationaliste française », conférence à la cité des Sciences et de l'Industrie, 31 janvier 2012
  25. Claude-Gilbert Dubois, Celtes et Gaulois au XVIe siècle : Le développement littéraire d'un mythe nationaliste (de Pétrarque à Descartes), Vrin, 1972, p. 110
  26. Jean-Louis Brunaux, « Nos ancêtres les Gaulois... », L'Histoire n° 326, décembre 2007, p. 37-41
  27. Dans sa préface, il écrit que, malgré la résistance héroïque gauloise, le césarisme fait le bonheur des peuples.
  28. À cette époque, les fouilles archéologiques réalisées par des professeurs d'Université ne concernaient que les pays étrangers (Grèce, Italie, Égypte, etc.), celles réalisées en France n'étaient que le fait d'amateurs manquant de moyens et de connaissances: notaire, médecin, instituteur ou professeur du secondaire.
  29. Joël Mack, « Une poignée de main imaginaire : Vercingétorix et Jeanne d'Arc, symboles d'une mystique de la nation (1870-1918) », Cahiers d'histoire, 44-2, 1999.
  30. Vercingétorix Conférence de Christian Goudineau le 8 août 2010

Sources[modifier | modifier le code]

  • Les Celtes - Histoire et dictionnaire de Venceslas Kruta aux éditions Robert Laffont
  • I.C.Zeuss, GRAMMATICA CELTICA e monumentis vetustis tam Hibernicae linguae quam Britannicarum dialectorum Cambriacae Cornicae Aremoricae comparatis Gallicae priscae reliquis construxit I.C. Zeuss, Phil.DrHist.Prof., editio altera curavit. H.Ebel, .Ph.Dr., Acad.Reg.Hib.Soc.Hon., Acad.Reg.Boruss.Adi.Comm.Epist. Berolini, Apud Weidmannos MDCCCLXXI.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]