Crucifiement

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article traite du supplice du crucifiement en général. Pour le crucifiement de Jésus de Nazareth, voir Crucifixion.
Antonello da Messina, La Crucifixion, 1475.

Le crucifiement est une des anciennes méthodes d'exécution consistant à placer le supplicié sur une croix, un support en forme de T ou un arbre et à l'attacher par divers moyens (clous, cordes, chaînes, etc.). Plusieurs variantes du supplice existent.

Des expériences pseudo-médicales pratiquées par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale montrent que la mort survient par asphyxie après une durée variable allant d'une dizaine de minutes à une heure suivant que les pieds du condamné sont lestés ou libres[1]. En effet, le crucifié a le souffle coupé à cause de la traction exercée par son seul poids sur son diaphragme, et il est donc obligé d'utiliser les muscles des épaules, pectoraux et intercostaux pour relever son corps et s'aider à respirer. Il peut s'appuyer sur ses pieds quand ceux-ci reposent sur une console, mais le corps retombe quand les muscles des jambes se fatiguent à leur tour. Naturellement, le condamné finit par souffrir de crampes, causant une alternance entre blocage et détente respiratoire, ce qui provoque finalement une mort lente par asphyxie. Pour accélérer la mort, les membres du condamné peuvent être brisés à la barre de fer (crurifragium). Le condamné ne peut plus alors se redresser et s'épuise plus rapidement[1]. Des expériences plus récentes ont conclu dans le même sens.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le crucifiement était un supplice en usage chez les peuples barbares[2] orientaux, les Celtes, chez les Perses et les Phéniciens. Les Carthaginois l'appliquèrent, notamment dans la répression de la guerre des Mercenaires. Comme l'empalement, le crucifiement est facile à mettre en œuvre, ne nécessitant que peu de préparation et a un aspect dissuasif sur les témoins de la scène.

Chez les Romains, cette peine est infamante et réservée, en général, à ceux qui ne sont pas citoyens romains. Elle est attestée à partir de 217 av. J.-C. pour des esclaves[3] et sera appliquée ensuite aux brigands et aux pirates, parfois aux prisonniers de guerre et aux condamnés pour motifs politiques. Appien mentionne qu'après la défaite de Spartacus en 71 av. J.-C., six mille de ses partisans furent crucifiés le long de la Via Appia, de Rome jusqu'à Capoue[4]. Les Romains connaissaient aussi le crucifiement privé, supplice infligé par un maître à son esclave[5].

L'Ancien Testament ne mentionne pas le crucifiement qui n'était donc pas une peine prévue par la loi juive ; la peine capitale était appliquée chez les Juifs par lapidation. Des Juifs furent toutefois crucifiés sous Alexandre Jannée[6] et sur ordre du légat romain Varus[7]. Selon le Nouveau Testament, Jésus de Nazareth fut condamné à mort par le préfet romain Ponce Pilate et exécuté par crucifiement ; on parle dans ce cas de sa crucifixion. Le culte de la croix répandu par Hélène explique une désaffection de ce supplice, puis son interdiction par Constantin et son remplacement par l'exécution sub furca[8] : le condamné est attaché à un poteau en forme de Y majuscule puis fouetté jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Déroulement de l'exécution chez les Romains[modifier | modifier le code]

Gravure de la fin du XVIe siècle représentant une mise en croix.

Chez les Romains, chez qui ce châtiment était un supplice infamant et servile[9], le condamné était attaché et/ou cloué bras écartés avec des cordages (effet de garrot) sur une poutre (patibulum[10]) sur laquelle était attachée le motif de sa condamnation (titulus). Le patibulum, doté d'une mortaise, était fixée, soit au sommet (crux commissa en forme de T), soit en dessous (crux immissa) d'un pieu (stipes) qui était ensuite fiché en terre — la croix de Jésus était vraisemblablement une crux immissa puisque, selon les Évangiles, un écriteau était fixé au sommet, et relativement haute puisqu'un soldat lui donne à boire avec une éponge imprégnée d'eau vinaigrée (boisson distribuée aux légionnaires) au bout d'une branche d'hysope. Les pieds, encloués ou attachés, reposaient parfois sur une console en bois fixée sur le montant vertical. Le condamné pouvait aussi être cloué à un arbre.

La peine était parfois précédée de supplices préliminaires (flagellation), censés « préparer » le condamné au crucifiement, sans l'achever prématurément[11]. Le supplicié devait ensuite porter sa croix[12] (ou selon les sources, uniquement le patibulum) jusqu'au lieu de l'exécution, toujours hors de la ville, généralement sur un promontoire ou une croisée des chemins[13],[14] afin de mettre son supplice bien en évidence aux yeux des passants.

Des travaux récents montrent que les pieds étaient cloués soit au niveau du calcanéus (cas du squelette de crucifié retrouvé à Jérusalem en 1968), soit dans l'espace de Mérat (entre le 3e cunéiforme, le 2e cunéiforme et l'os naviculaire)[1].

Crucifiement au Japon[modifier | modifier le code]

Le crucifiement (haritsuke)[15] a été pratiqué au Japon parmi d'autres supplices durant la période troublée des « provinces en guerre »[16]. On a souvent évoqué une influence consécutive à l'arrivée de chrétiens mais cette pratique de supplicier des gens sur des cadres — plus exactement que des croix — remontent au XIIe siècle, même s'il semble que la symbolique chrétienne ait été assimilée lorsqu’il s'est agit de supplicier des chrétiens au XVIe siècle[17]. Le supplicié était ligoté à deux barres horizontales sur une poutre verticale et, une fois la croix érigée, transpercé de traits de part et d'autre. Le corps était laissé durant trois jours. Au XVIe siècle, à l'époque de Toyotomi Hideyoshi, le crucifiement tête en bas était courant. Il a existé une variante pour les chrétiens crucifiés  : en bord de mer à marée basse pour que la marée montante les submerge jusqu’à la tête, pour un supplice (appelé mizuharitsuke) qui pouvait durer plusieurs jours[15]. Le crucifiement était encore pratiqué au Japon dans la deuxième partie du XIXe siècle[18].

Récit dans le Coran[modifier | modifier le code]

Le Coran mentionne plusieurs fois le crucifiement . Dans la Sourate Al-A'raf (Coran 7:124), Fir'awn (Pharaon en arabe) dit qu'il va crucifier ses propres sorciers pour avoir accepté la religion de Moïse[19].

« Et les magiciens se jetèrent prosternés. Ils dirent : « Nous croyons au Seigneur de l’Univers, au Seigneur de Moïse et d’Aron. ». « Y avez-vous cru avant que je ne vous (le) permette ? dit Pharaon. C’est bien un stratagème que vous avez manigancé dans la ville, afin d’en faire partir ses habitants. Vous saurez bientòt... Je vais vous couper la main et la jambe opposées, et puis, je vous crucifierai tous. ». Ils dirent : « En vérité, c’est vers notre Seigneur que nous retournerons. » »

— Coran 7:124

De même, dans la sourate Youssouf (Joseph dans l'islam), Joseph prédit à un de ses compagnons de cellule après avoir interprété son rêve qu'il sera crucifié par le Pharaon[20]:

« ô mes deux compagnons de prison ! L’un de vous donnera du vin à boire à son maître ; quant à l’autre, il sera crucifié, et les oiseaux mangeront de sa tête. L’affaire sur laquelle vous me consultez est déjà décidée. »

— Coran 12:41

Le crucifiement dans la jurisprudence islamique[modifier | modifier le code]

Dans la sourate Al-Ma'ida (La table servie), le crucifiement est décrit comme forme de punition. Dans la jurisprudence islamique (fiqh), il existe quatre punitions différentes en cas de crimes graves.

« La récompense de ceux qui font la guerre contre Dieu et Son messager, et qui s’efforcent de semer la corruption sur la terre, c’est qu’ils soient tués, ou crucifiés, ou que soient coupées leur main et leur jambe opposées, ou qu’ils soient expulsés du pays. Ce sera pour eux l’ignominie ici-bas ; et dans l’au-delà, il y aura pour eux un énorme châtiment. »

— Coran 5:33

Théâtralisation aux Philippines[modifier | modifier le code]

Crucifixion par dévotion à San Fernando, Pampanga, Philippines, Pâques 2006.

Chaque année aux Philippines, des chrétiens se font volontairement fouetter et crucifier (parfois même avec des clous) afin d'endurer les mêmes souffrances que le Christ[21]. Ils ne restent pas longtemps ligotés à la croix. Quelquefois ils se font percer les membres. C'est par le ligotage qu'ils tiennent suspendus à la croix. Cette pratique n'est pas approuvée par l'Église catholique et n'est pratiquée que par un groupuscule de sectes présentes dans le pays.

Représentation dans l'art[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) David W. Chapman, Ancient Jewish and Christian perceptions of crucifixion, Tübingen, Germany, Mohr Siebeck,‎ 2008 (ISBN 978-3161495793, présentation en ligne)
  • Philippe Charlier, Male mort. Morts violentes dans l'Antiquite, Paris, Fayard,‎ 2009 (ISBN 9782213635644), p. 143-161
  • Martin Hengel, La Crucifixion dans l'Antiquité et la folie du message de la croix, éd. Cerf, coll. « Lectio Divina » no105, 1981

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Charlier, p. 146.
  2. Au sens grec ou romain : dont on ne comprend pas la langue.
  3. Tite-Live, Histoire romaine [détail des éditions] [lire en ligne], XXII, 33, 2.
  4. Si dans le film de Stanley Kubrick, Spartacus est crucifié, le vrai Spartacus meurt en combattant. Plutarque, Vie de Crassus, XI, 10 et Florus, Histoire du peuple romain, II, 14.
  5. Lex Libitina Puteolana de la fin du Ier siècle av. J.-C. Cité par Charlier, p. 144.
  6. Flavius Josèphe Guerre des Juifs 1, 97s.
  7. Flavius Josèphe, Antiquités juives 17, 295.
  8. Sozomène, Histoire ecclésiastique, I, 8 ; Aurelius Victor, XLI, 4.
  9. C'est-à-dire réservé à l'origine aux esclaves, puis étendu à tous les étrangers non libres de l'Empire romain, coupables de crimes : fuite (pour les esclaves), brigandage, sédition, etc. Les citoyens romains, avaient droit, quant à eux, à la peine honorable de la décapitation ; il leur était même accordé le droit de se suicider, et ainsi avoir leurs dispositions testamentaires respectées. Les affranchis, en revanche, perdaient leur statut du fait de leur crime, redevenaient esclaves, et partant, subissaient le même sort que ceux-ci.
  10. Qui a donné le mot français « patibulaire », c'est-à-dire « qui mérite de porter une croix ».
  11. Quinte-Curce, VII, 11, 28.
  12. Plutarque et [[Artémidore (homonymie)|]][Qui ?] parlent de cette coutume dans divers endroits.
  13. Voir par exemple Plaute, Miles gloriosus.
  14. Charlier, p. 144.
  15. a et b Petra Schmidt, Capital Punishment in Japan, éd. Brill, 2002, p. 13, extrait en ligne
  16. (en) Charles Alexander Moore et Aldyth V. Morris, The Japanese mind: essentials of Japanese philosophy and culture, University of Hawaii (Honolulu), University of Hawaii Press,‎ 1968 (ISBN 9780824800772, OCLC 10329518, lire en ligne), p. 145
  17. Dani Botsman, Punishment and Power in the Making of Modern Japan, éd. Princeton University Press, 2007, p. 17 extrait en ligne.
  18. Dani Botsman, Punishment and Power in the Making of Modern Japan, éd. Princeton University Press, 2007 extraits en ligne
  19. Coran 7:124.
  20. Coran 12:41.
  21. BBC News | ASIA-PACIFIC | In pictures: Philippines crucifixions.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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