Ponce Pilate

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tableau montrant Ponce Pilate présentant Jésus de Nazareth aux habitants de Jérusalem
Ecce homo (Voici l'homme !), tableau d'Antonio Ciseri montrant Ponce Pilate présentant Jésus de Nazareth aux habitants de Jérusalem.

Ponce Pilate (en latin Pontius Pilatus[N 1]), vraisemblablement né vers la fin du Ier siècle av. J.-C. à un endroit inconnu[N 2], était un citoyen romain, membre de la classe équestre, qui, à partir de 26[1] sous le règne de l'empereur Tibère et durant onze ans, a occupé la charge de préfet de Judée avant d'être renvoyé à Rome fin 36 ou au début 37[2] par le proconsul de Syrie Lucius Vitellius afin qu'il s'explique de sa gestion auprès de l'empereur. Après son arrivée à Rome, l'histoire perd sa trace[3].

Il est essentiellement connu pour avoir ordonné, selon les Évangiles, l'exécution et le crucifiement de Jésus de Nazareth, ce qui a conféré une notoriété exceptionnelle à un simple gouverneur de province, au nom mentionné dans les professions de foi des chrétiens[4].

L'absence de certitudes historiques[3] a permis le développement de légendes à son sujet, telle celle qui veut qu'il ait été exilé et se serait suicidé[5] durant le règne de Caligula (entre 37 et 41 de notre ère)[N 3]. Des traditions lui font trouver la mort à plusieurs endroits soit comme martyr à Rome[6], soit par suicide dans la vallée du Rhône, près de Vienne, ou à Lucerne (Suisse) où une montagne porte son nom.

L'Église éthiopienne orthodoxe ainsi que l'Église copte orthodoxe le vénèrent comme saint et martyr avec sa femme tandis que les Églises grecques orthodoxes honorent seulement cette dernière sous le nom de Claudia Procula[7].

Nomination[modifier | modifier le code]

Carte de la province de Judée au premier siècle
La Palestine au Ier siècle av. J.-C.

Ponce Pilate est nommé préfet en 26 sous le règne de l'empereur Tibère (14-37), sans qu'on en connaisse les motivations. Il prend la tête d'une province impériale d'un type particulier, généralement confiée à des membres de l'ordre équestre dont les gouverneurs ne reçoivent pas de l’empereur l’imperium proconsulaire comme cela se fait pour des provinces impériales plus importantes ou pour les provinces sénatoriales[8]. Certains chercheurs[9] estiment que la Judée n'avait peut-être pas d'autonomie propre, constituant plutôt un district de la province de Syrie — dont le gouverneur est le seul a posséder l’imperium complet — sous l'autorité d'un légat chargé du commandement des troupes, de la justice et des impôts[8].

Succédant à Valerius Gratus — resté onze ans en fonction — Ponce Pilate est le cinquième des gouvernants romains qui se succèdent en Judée entre 6 et 36, tous issus de l'ordre équestre. Il est néanmoins le seul parmi eux dont la notoriété a traversé les siècles, notamment à travers les attestations de son contemporain Philon d'Alexandrie[10] mais surtout des évangiles chrétiens et des écrits de l'historien judéo-romain Flavius Josèphe[11]. Il existe également une attestation archéologique découverte en 1961 à Césarée[12], la ville dont ces dirigeants romains avaient fait le siège de leur administration au détriment de Jérusalem, probablement pour le luxe des palais hérodiens et les divertissements offerts par cette cité[13]. En qualité de Préfet, Ponce Pilate gouvernait donc une province où étaient stationnées des forces militaires[14].

Fonction[modifier | modifier le code]

Le poste qu'occupe Ponce Pilate, dans une région aux troubles et à l'insécurité permanents, est ingrat et redouté en même temps qu'il est sans prestige. Nombre de ses titulaires ne s'y maintiendront que très peu de temps mais certains, comme Pilate lui-même et son prédécesseur Valérius Gratus, restent plus de dix ans, jouant des antagonismes ethniques et opposant les forces autochtones[15], même si la politique romaine s'appuie sur les institutions préexistantes et les élites locales pour les faire fonctionner[16].

L'officier romain chargé du gouvernement de la Judée dirige son administration ainsi que les troupes auxiliaires cantonnées dans sa juridiction qu'il peut, en cas de nécessité, voir augmentées par un appoint de troupes de la province de Syrie. Il détient l'autorité juridique suprême[17], même s'il reste une certaine autonomie aux autorités juives en matière de droit civil et de droit pénal[18]. Il est également habilité à frapper monnaie — généralement de pièces de bronze qui suivent le comput officiel de l'empire — et à collecter les impôts[17].

Titulature et nom[modifier | modifier le code]

Titulature[modifier | modifier le code]

Pierre portant une inscription latine avec le nom partiel de Ponce Pilate
L'inscription de Césarée maritime sur laquelle figure partiellement le nom : [Pont]ius Pilatus (2e ligne)

Depuis la fin du XXe siècle, l'historiographie s'accorde pour dire que le titre officiel de Ponce Pilate, comme pour les autres titulaires de la charge jusqu'au règne de l'empereur Claude (41 - 54), était Praefectus, un grade militaire. Or, pendant des siècles, le titre attribué à Ponce Pilate a été celui de procurateur qui a pu sembler « inséparable de son nom »[13] : en effet, tant Philon que Josèphe qualifient Pilate d’épitropos (en grec, ἐπίτροπος), ce qui correspond au titre latin de procurator que l'on trouve chez Tacite[19]. De plus, les rédacteurs des évangiles mais aussi Flavius Josèphe utilisent quelquefois le terme grec sans connotation officielle d’hegemon qui désigne — « celui qui dirige » — correspondant au latin praeses[13].

Mais les textes littéraires antiques utilisent souvent les titres sans grande rigueur et de façon anachronique. De plus la découverte en 1961 à Césarée d'une inscription attestant de la construction d'un sanctuaire dédié à l'empereur Tibère (le Tiberieum), à l'initiative d'un [Pon]tius Pilatus dont la titulature apparait partiellement comme [prae]fectus Iudaeae, a montré que Pilate ne portait pas ce titre de « procurateur », qui ne s'impose que plus tardivement en Judée[13]. Ainsi, le praefectus qui gouverne la Judée a la charge des fonctions administratives, militaires et juridiques — tant sur le plan civil que criminel — mais il s'occupe également de la levée des impôts ce qui fait de lui un « procurateur » (en latin, procurator) chargé des intérêts de l'empereur et il semble que ce soit la dénomination qui soit restée à partir de l'époque de Claude[13] « correspond[ant] à une évolution historique des gouverneurs de rang équestre »[20].

Nom de Pilate[modifier | modifier le code]

« Pontius » est son nom (nomen) et « Pilatus » son surnom (cognomen) tandis qu'on ignore son prénom (praenomen)[21].

Une mention au début de l'Évangile selon Luc[22], un passage des Antiquités judaïques de Flavius Josèphe[23] et une courte phrase de Tacite[24] dans les Annales[25] sont les trois seuls textes qui permettent de savoir que le surnommé « Pilate » s'appelait « Pontius ». L'inscription retrouvée à Césarée en 1961 ne comporte quant à elle que les dernières lettres du nom[26].

Le surnom « Pilatus » dérive du mot latin pilum, « javelot ». La référence à l'arme emblématique du légionnaire romain évoque peut-être les exploits militaires de « l'homme au javelot » mais cela reste hypothétique[27]

Contexte[modifier | modifier le code]

Au Ier siècle de l'ère commune, la Palestine se trouve dans une situation politique complexe : depuis l'an 6 de notre ère et la déposition du souverain hérodien Hérode Archélaüs par Auguste, la Judée est passée sous administration romaine avec le rang de province « équestre », dépendant de l'empereur mais sous responsabilité directe du légat de Syrie. En dehors de la Judée, de l'Idumée et de la Samarie, la Palestine est dirigée par la dynastie hérodienne qui est néanmoins soumise au pouvoir romain[28]. De manière générale, pour une région qui change régulièrement de statut, la Palestine est, depuis le Ier siècle av. J.-C. et tout au long du Ier siècle, le théâtre d'agitations et de nombreux soulèvements motivés par différents facteurs — recherche d'amélioration des conditions sociales ou fiscales — sur fond d'attente eschatologique d'ordre prophétique qui poussent certains des habitants à une certaine radicalité à l'encontre des autorités romaines[29].

Les soulèvements populaires auxquelles succèdent des provocations romaines, parfois inconscientes, maintiennent ainsi un climat souvent insurrectionnel qu'il convient cependant de relativiser : sous l'administration de Pilate et de son prédécesseur, la province paraît bénéficier d'une relative prospérité ainsi que semblent en témoigner la longueur de leurs administrations successives — s'étalant chacune sur plus de dix ans — ainsi que le règne des tétrarques Philippe (-4 à 34) et Hérode Antipas (-4 à 39)[28]. C'est ainsi que Tacite[30] explique que sous le règne de Tibère « les choses étaient calmes » en Judée[31].

Préfecture[modifier | modifier le code]

Bien qu'ils divergent sur d'autres points, les textes de Flavius Josèphe et de Philon d'Alexandrie s'entendent pour rapporter l'image détestable que Ponce Pilate laisse auprès des Juifs, même bien au-delà de la Judée[32]. Ainsi, dans Légation à Caïus, Philon d'Alexandrie raconte un épisode où les autorités juives menacent d'envoyer une supplique à l'empereur Tibère, ce qui ne fait qu'accroître la colère de Pilate, car « il craignait que, si on envoyait des députés on ne vînt à découvrir les autres méfaits de son gouvernement, ses vexations, ses rapines, ses injustices, ses outrages, les citoyens qu'il avait fait périr sans jugement, enfin son insupportable cruauté »[33]. Maints commentateurs actuels soulignent que ce portrait hostile reflète une opinion préconçue qui sert rétrospectivement à justifier le remplacement des procurateurs romains par Hérode Agrippa Ier. Si les sources néotestamentaires dressent de leur côté un portrait moins hostile du préfet, elles ne le présentent pas pour autant comme un modèle de la justice romaine[31].

Ainsi il convient de tempérer la façon qu'ont ces sources apologétiques voire théologiques chrétiennes ou juives — parfois influencées par leur particularisme communautaire — de noircir l'image d'un fonctionnaire sur lequel l'historiographie actuelle pose un regard plus nuancé : Pilate ne semble pas outrepasser ses prérogatives et semble avant tout soucieux de préserver l'ordre et les intérêts de Rome[34],[35]. Si le pouvoir de Ponce Pilate repose sur la puissance militaire de l'empire qu'à l'instar de tout gouverneur romain il n'hésite pas à déployer de temps en temps avec une « insensibilité dévastatrice », il faut noter que la présence romaine ne se fait habituellement sentir que lors de la levée des impôts, de la construction des routes et par une présence policière minimale, essentiellement cantonnée au palais d'Hérode et à la forteresse Antonia[36].

Durant les onze années de la préfecture de Pilate, on peut relever une série de six incidents entrainant des protestations plus ou moins graves dont l'histoire a conservé la trace : dès 26, l'année de son arrivée, un incident concernant des images figurant l'empereur sur des enseignes romaines ; un incident consécutif à la construction d'un aqueduc financé avec le trésor du Temple ; un incident concernant des pièces frappées avec un symbole cultuel païen ; un épisode concernant les sacrifices sanglants galiléens ; une affaire anodine de consécration de boucliers dorés à Jérusalem prise pour un outrage ; et encore en 36, l'affaire mettant en scène un prophète samaritain se proclamant « Nouveau Moïse ». On peut y ajouter les arrestations et exécutions de Jean le Baptiste et de Jésus de Nazareth, voire l’arrestation du populaire Jésus Bar Abbas[37].

Images à Jérusalem[modifier | modifier le code]

Gravure présentant le profil de Flavius Josèphe
Représentation de Flavius Josèphe dans un livre de La Guerre des Juifs de 1888.

Dès sa nomination, une action de Pilate est lue comme une provocation par les Juifs, quand le préfet prend l'initiative d'introduire de nuit à Jérusalem des enseignes et des effigies de l'Empereur, alors qu'aucun autre gouverneur romain n'avait fait cela avant lui[N 4] et que d'après Philon d'Alexandrie, cet interdit religieux avait été « jusqu'alors respecté par les Rois et les Empereurs »[33]. Suivant Flavius Josèphe, « Le jour venu, […] les habitants présents furent frappés de stupeur, voyant là une violation de leurs lois, qui ne permettent d'élever aucune image dans leur ville[38]. » Les habitants se précipitent alors à Césarée où les gouverneurs de Judée stationnaient. « Les Juifs s'ameutèrent autour de Pilate, à Césarée, pour le supplier de retirer les enseignes de Jérusalem et de maintenir les lois de leurs ancêtres »[38].

Si cet épisode est le même que celui rapporté par Philon, à ces députations se joignent « les quatre fils » d'Hérode le Grand et notamment Antipas le tétrarque de Galilée et celui de la trachonitide Philippe le Tétrarque et peut-être Hérode Boëthos, « on leur adjoignit les autres membres de la famille royale et tout ce qu'il y avait de hauts personnages pour le prier de renoncer à cette innovation[33]. » Mais Pilate s'obstine. Alors les Juifs « se couchèrent autour de sa maison et y restèrent prosternés, sans mouvement, pendant cinq jours entiers et cinq nuits »[38]. Pilate convoque alors le peuple dans le grand stade au prétexte de lui répondre :

« Là, il donna aux soldats en armes le signal convenu de cerner les Juifs. Quand ils virent la troupe massée autour d'eux sur trois rangs, les Juifs restèrent muets devant ce spectacle imprévu. Pilate, après avoir déclaré qu'il les ferait égorger s'ils ne recevaient pas les images de César [l'empereur Tibère], fit signe aux soldats de tirer leurs épées. Mais les Juifs, comme d'un commun accord, se jetèrent à terre en rangs serrés et tendirent le cou, se déclarant prêts à mourir plutôt que de violer la loi[39]. »

Finalement, « frappé d'étonnement devant un zèle religieux aussi ardent », Pilate n'exécute pas sa menace. D'après Philon, Tibère ayant été saisi par les fils du roi Hérode et par les autres hauts personnages, l'empereur ordonne à Pilate de retirer les enseignes problématiques. Elles sont alors installées à Césarée dans le Temple consacré à Auguste[N 5].

Certains historiens estiment que les relations de Flavius Josèphe et de Philon d'Alexandrie parlent de deux événements distincts (voir plus bas l'Incident des boucliers dorés).

Construction d'un aqueduc[modifier | modifier le code]

Photo d'une monnaie de bronze : revers et avers
Monnaie en bronze frappée sous Ponce Pilate.
Revers: Inscription en grec TIBEPIOY KAICAPOC (Tibère Empereur) an 16 (29/30).
Avers : Inscription en grec IOYLIA KAICAPOC (Livie, la mère de l'empereur).

Flavius Josèphe[40] rapporte également des troubles occasionnés « un peu plus tard »[41] par la construction — ou la complétion[42] — d'un aqueduc destiné à desservir Jérusalem en eau, financé par Pilate — en tout cas en partie — avec des fonds provenant du trésor du Temple. Ces ouvrages d'art étaient en effet fort onéreux[43] et celui de Jérusalem portait sur une distance de 200 à 400 stades[44].

Bien qu'il soit possible que le financement de l'ouvrage utile à la ville se soit fait en accord avec les autorités sacerdotales[45], cette construction soulève un mécontentement populaire pour des raisons qui restent difficiles à établir précisément ; il semble néanmoins qu'il ait pu être occasionné autant par la nature des travaux d'eau et des raisons religieuses que par leur financement avec les biens du Temple[46]. Quoi qu'il en soit, alors que l'ouvrage semble avancé dans sa construction[42], une protestation de la foule rassemblée — peut-être pour une cérémonie officielle comme une inauguration qui nécessite la présence de l'autorité[47] — dégénère. Le fil des évènements qui suivent est divergent suivant les deux versions de Josèphe mais, en tout état de cause, le rassemblement est agressif et la foule hiérosolymitaine remontée contre le préfet. Pilate ne se laisse pas surprendre et maitrise la situation par la ruse[48] : la sédition est réprimée à coup de gourdins sur un signe du préfet par des soldats romains qui, préalablement dissimulés en civil au sein de la foule, occasionnent de nombreux morts et blessés.

L'épisode qui se termine tragiquement semble montrer une maladresse dans l'exposé des intentions de Pilate, qui place les habitants de Jérusalem devant le fait accomplis mais révèle, si l'on suit le texte de Flavius Josèphe, « un gouverneur qui n'hésite pas à recourir à la manière forte pour rétablir l'ordre compromis par ses initiatives » plutôt qu'« un homme assoiffé de sang »[48].

Article connexe : Piscines de Salomon.

Incident des boucliers dorés[modifier | modifier le code]

Philon d'Alexandrie rapporte aussi l'incident des boucliers dorés qui a pour particularité d'être décrit dans une lettre que le roi Agrippa Ier aurait écrite à l'empereur Caligula pour l'inciter à abandonner son projet de faire ériger sa statue dans le Temple de Jérusalem.

« Pilate, qui était procurateur de Judée, consacra à l’intérieur de Jérusalem, dans le palais d’Hérode, des boucliers d’or, moins pour honorer Tibère que pour déplaire au peuple. Ils ne portaient aucune image, ni rien qui fût expressément interdit, mais seulement une inscription contenant les noms de celui qui les avait dédiés et de celui auquel ils étaient consacrés[49]. »

Selon Jean-Pierre Lémonon, les termes grecs employés pour décrire ces boucliers montrent qu'il s'agissait d'objets consacrés religieusement et que certains pouvaient porter une dédicace à l'empereur Tibère, avec « plein de sous-entendus religieux[50] » et notamment « son lien de filiation avec Auguste dont la divinité était alors affirmée[50]. »

À cette nouvelle « le peuple se rassembla et députa au procurateur les quatre fils du Roi (Hérode) qui, pour le rang et la dignité, ne le cédait en rien aux Rois ; on leur adjoignit les autres membres de la famille royale et tout ce qu'il y avait de hauts personnages pour le prier de renoncer à cette innovation[33]. »

Tibère, saisi par les fils du roi Hérode et par les autres hauts personnages, ordonne à Pilate de retirer les enseignes problématiques. Elles sont alors installées à Césarée dans le Temple consacré à Auguste.

Cet incident est beaucoup moins grave que les répressions racontées par les deux auteurs juifs, puisque les boucliers ne comportaient pas d'image et que le peuple se contente de faire intervenir les grandes familles à ce sujet. Dans la lettre qui est rapportée par Philon d'Alexandrie, Agrippa veut montrer à Caligula combien Tibère, son père adoptif, a été sage en respectant les coutumes juives. Il met en parallèle l'attitude de Tibère à propos d'un incident bénin (puisque les boucliers ne comportaient pas d'image), avec ce que veut imposer Caligula (mettre sa statue dans le Temple), ce qui pour un Juif est la pire des provocations. Plusieurs auteurs pensent donc que cet incident est le même que celui des enseignes raconté par Flavius Josèphe (voir ci-dessus Des images à Jérusalem). Pour parfaire sa démonstration, Agrippa en aurait simplement minoré la gravité. Toutefois, Jean-Pierre Lémonon et d'autres historiens estiment qu'il s'agit de deux événements distincts.

Répression des Samaritains[modifier | modifier le code]

« Les Samaritains ne manquèrent pas non plus de troubles, car ils étaient excités par un homme qui ne considérait pas comme grave de mentir et qui combinait tout pour plaire au peuple. II leur ordonna de monter avec lui sur le mont Garizim, qu'ils jugent la plus sainte des montagnes, leur assurant avec force qu'une fois parvenus là il leur montrerait des vases sacrés enfouis par Moïse, qui les y avait mis en dépôt. Eux, croyant ses paroles véridiques, prirent les armes, et, s'étant installés dans un village nommé Tirathana, s'adjoignirent tous les gens qu'ils purent encore ramasser, de telle sorte qu'ils firent en foule l'ascension de la montagne. Mais Pilate se hâta d'occuper d'avance la route où ils devaient monter en y envoyant des cavaliers et des fantassins, et ceux-ci, fondant, sur les gens qui s'étaient rassemblés dans le village, tuèrent les uns dans la mêlée, mirent les autres en fuite et en emmenèrent en captivité beaucoup, dont les principaux furent mis à mort par Pilate, ainsi que les plus influents d'entre les fuyards.  »

— Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre XVIII, IV, 1

Jean-Pierre Lémonon place ces deux derniers événements après la mort de Séjan (en 31). « Deux événements ont eu pour Pilate des suites plus ou moins graves: lors de l'affaire des boucliers dorés, il est désapprouvé par l'empereur ; le massacre des Samaritains lui coûte sa place. Même si nous ignorons la décision de Gaïus (Caligula) à l'égard de Pilate, le fait est là : à la suite de cet incident, Pilate quitte la Judée[51]. »

Fin de charge[modifier | modifier le code]

Renvoi de Pilate à Rome[modifier | modifier le code]

Monnaie présentant une scène de famille.
Pièce présentant Aulus Vitellius face à son père, Lucius Vitellius.

Lucius Vitellius est nommé légat de Syrie par Tibère en 34. L'empereur lui confie la délicate mission de gérer le conflit arméno-parthe et « de diriger toutes les révolutions qui se préparaient en Orient[52] ».

Celui-ci, ébranlé par les plaintes qui s'accumulent tant des Juifs que des Samaritains sur les exactions de Pilate, décide de son renvoi à Rome pour qu'il s'en explique avec l'empereur[53]. Pilate, quitte sa charge pour Rome vers la fin de l'année 36 ou le début de l'année 37, au plus tard à la fin février, ainsi que l'envisagent la plupart des chercheurs[N 6] quand arrive son successeur Marcellus (ou Marullus)[N 7] tandis que « Pilate, après dix ans passés en Judée, se hât[e] vers Rome, obéissant aux ordres de Vitellius, qu'il ne pouvait pas rejeter. Mais avant qu'il atteigne Rome, Tibère le devance en quittant la vie »[54]. On perd la trace historique de Pilate après cet épisode[55].

Inflexion politique[modifier | modifier le code]

Le mandat de Vitellius marque un retour à l'ordre en même temps qu'au travers d'une inflexion de la politique précédente, une volonté de conciliation envers les Juifs. Lors d'une première venue à Jérusalem, au cours de l'année 36[56], un des premiers actes de Vitellius consiste à restituer les vêtements du Grand Pontife que s’étaient arrogés les Romains à la suite d'Hérode[53], ce qui leur conférait le contrôle des cérémonies qui se déroulaient au Temple de Jérusalem lors du jeune du Kippour ainsi que lors des fêtes célébrées au cours des trois pèlerinages[57].

L'année suivante, en route avec Hérode Antipas pour combattre les nabatéens et leur roi Arétas IV, Vitellius accepte de contourner la région de Jérusalem pour ne pas offenser la population par la vue des enseignes de ses légions, à l'effigie impériale, au contraire de ce qu'avait fait Pilate[58]. Il se rend même au Temple de Jérusalem avec Hérode pour y sacrifier à l'occasion de la Pâque et destitue le grand-prêtre Caïphe, probablement jugé trop proche de Pilate[53].

Pilate dans les Évangiles[modifier | modifier le code]

Fresque présentant le procès de Jésus
Fresques du procès de Jésus, église Saint-Jean-Baptiste de Iaroslavl.
Détail de fresque représentant Pilate se lavant les mains
Pilate se lave les mains (Duccio).

Dans le propos amer attribué à Pilate dans l'évangile selon Jean, se demandant « qu'est-ce que la vérité[59] ? » , certains auteurs, dont Ernest Renan, voient l'un des personnages les plus humains présentés dans les Évangiles, en raison de son doute sincère, alors que c'est plutôt la foi ou l'indifférence qui est décrite chez d'autres protagonistes. Les évangiles présentent en effet Pilate comme quelqu'un qui veut libérer Jésus, mais qui est contraint de le condamner par les autorités juives et la foule. Il se retrouve même piégé et doit libérer Barabbas, un « brigand » inculpé pour émeute et meurtre[60], plutôt que de libérer Jésus dont il dit qu'il est innocent.

Seul, l'Évangile de Luc (3,1) présente Ponce Pilate comme gouverneur de la Judée et le situe dans un environnement politique[22]. « Or, en la quinzième année du règne de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, (...) la parole de Dieu vint à Jean (le Baptiste), le fils de Zacharie, au désert ». Cette précision chronologique ne s'applique pas à Jésus, mais au début de la prédication de Jean le Baptiste.

Répression dans le Temple[modifier | modifier le code]

L'Évangile attribué à Luc évoque aussi des « Galiléens, dont Pilate avait mêlé le sang à celui de leurs victimes[61] ». Les « victimes » dont il est question, sont les animaux qui étaient sacrifiés à Dieu dans le Temple de Jérusalem, une pratique qui existait dans la plupart des autres religions de l'Antiquité. Selon cette phrase trop brève, qui n'a d'écho ni chez Flavius Josèphe, ni chez Philon d'Alexandrie, Pilate aurait donc aussi réprimé un mouvement de protestation animé par des Galiléens à l'intérieur même du Temple. Ici, les Galiléens ne sont pas spécialement des habitants de Galilée, mais des membres du mouvement créé vers l'an 6, par Juda le Gaulanite (ou Judas le Galiléen)[N 8], qui prendra le nom de Zélote à une date indéterminée.

Arrestation et interrogatoire de Jésus[modifier | modifier le code]

Les mentions ultérieures de Pilate dans le Nouveau Testament se réfèrent toutes à la comparution de Jésus devant lui[62].

Pilate est surtout connu comme juge au procès de Jésus. Les chapitres 27 de Matthieu, 15 de Marc, 23 de Luc et 18-19 de Jean[63] rapportent le renvoi de Jésus du Sanhédrin à Pilate, son interrogatoire, la pression de la foule, la libération de Barabbas :

Jésus est conduit devant Pilate par les responsables du Sanhédrin. La nuit précédente, il avait été arrêté à Gethsémani, par une foule armée de bâtons et de glaives, envoyée par les grands-prêtres[64]. Jésus avait été trahi par le baiser de Judas. On le traîne alors devant l'ancien grand-prêtre Anne, puis devant son gendre, le grand-prêtre Caïphe qui a convoqué de toute urgence le Grand Conseil ou Sanhédrin. On lui fait alors un procès autour d'une accusation de blasphème. Mais, le pays étant occupé par les Romains, il faut obtenir un autre jugement, cette fois devant le tribunal du préfet romain, Pilate, pour parvenir à une condamnation à mort, il est accusé d'être le « roi des Juifs ».

L'ayant interrogé, Pilate ne voit aucun motif de condamnation. Croyant sans doute avoir trouvé le moyen d'épargner Jésus, il propose à la foule (Ecce homo[65]) de libérer un prisonnier à l'occasion de la Pâque[66]. Mais, contrairement à ce qu'il attendait, la foule crie « Libérez Barabbas » (PâLaT bar Abbas), du nom de cet autre prévenu dont Pilate instruisait le procès au même moment, présenté comme un émeutier, un meurtrier et « un brigand » (c'est-à-dire un révolté Galiléen).

« Et Pilate, voyant qu'il ne gagnait rien, mais que plutôt il s'élevait un tumulte, prit de l'eau et se lava les mains devant la foule, disant : Je suis innocent du sang de ce juste ; vous, vous y aviserez[67]. »

Bien que reconnaissant l'innocence de Jésus, Pilate le livre pourtant au supplice de la croix supplice typiquement romain et de nature ignominieuse[68] alors que les juifs utilisent la lapidation comme pour l'apôtre Jacques. Comme motif de la condamnation, il fait inscrire, selon l'usage romain, sur la croix le motif de la condamnation, la mention : « Jésus le Nazoréens, roi des Juifs » (INRI) ; les grands prêtres protestent et lui demandent d'inscrire plutôt : « Cet homme a dit : Je suis le roi des Juifs », mais Pilate refuse en répondant « Ce que j'ai écrit, je l'ai écrit »[69]. Après la crucifixion, il accorde le cadavre de Jésus à Joseph d'Arimathie et délègue aux autorités juives la garde du tombeau[70], ce qui est contraire aux règles de la crucifixion romaine[68].

Les différences entre les évangiles[modifier | modifier le code]

La relation ci-dessus correspond plus au contenu des évangiles vu par la tradition chrétienne que ce qui est effectivement écrit dans les évangiles. En effet, les évangiles ont été écrits séparément et lors de leur composition (essentiellement dans la période 70 - 115) personne n'a envisagé que certains d'entre eux puissent être un jour regroupés dans un livre unique : le Nouveau Testament. Par simplification, cette histoire est en général racontée en effectuant une sélection des épisodes tour à tour dans l'un ou l'autre évangile particulier, alors que cet épisode ne figure pas dans les autres ou qu'il y est raconté différemment. Or cette sélection est elle aussi le résultat de la tradition ecclésiastique. Cette façon de faire, ne permet pas d'analyser ce que chacun des textes dit effectivement.

L'Évangile attribué à Luc est le seul à contenir un épisode où Pilate envoie Jésus se faire juger par Hérode[71]. En suivant la tradition ecclésiastique, on estime que cet Hérode est Hérode Antipas qui est d'ailleurs mentionné pour avoir fait exécuter Jean le Baptiste auparavant.

Évangile de Pierre[modifier | modifier le code]

Un évangile apocryphe attribué à l'apôtre Pierre — vraisemblablement daté du IIe siècle[N 9] propose un fragment du récit de la Passion assez semblable aux synoptiques[72] et dont la valeur documentaire est de même nature que les récits néotestamentaires, faisant cohabiter souvenirs et interprétations. Ces dernières sont dictées tant par l'apologétique que par le souci de relayer les Écritures[73]. Ce vernis apologétique y « innocente » Pilate, sans aller toutefois jusqu'à en faire un chrétien. Ce dernier y est présenté assez proche d'Hérode, à l'instar de ce que présente l'évangile selon Luc. On y retrouve la scène du lavement des mains de Pilate, qui n'est pas romaine[68], mais juive et celle de la requête de Joseph d'Arimathée auprès du préfet pour prendre en charge la dépouille de Jésus, ce que Pilate lui accorde[74].

Hypothèses[modifier | modifier le code]

Pilate et Séjan[modifier | modifier le code]

Au début de la seconde moitié du XXe siècle, quelques historiens[75], à la suite de Ethelberg Stauffer [76], ont émis l'hypothèse que Pilate avait partie liée avec le confident de l'empereur et puissant préfet du prétoire Séjan qui, suivant les allégations Philon d'Alexandrie[77], était hostile aux Juifs. Séjan aurait alors nommé Pilate dans l'idée de susciter, vers la fin des années 20, une révolte juive et sa répression[78].

Selon cette hypothèse, les « provocations » ont lieu dans la première partie du gouvernorat de Ponce Pilate. À partir d'un moment qui semble coïncider avec la nomination de Lucius Vitellius comme légat de Syrie (en 34), auraient cessé. Suivant ces historiens, Ponce Pilate voulant complaire à Séjan, aurait délibérément orchestré « les provocations » pour précipiter une agitation juive à réprimer afin que Tibère lui concède plus de pouvoir[79]. Indépendamment de cette hypothèse, Séjan obtient de facto plus de pouvoir à partir de 29, lorsque l'empereur âgé s'isole davantage sur son île de Capri[80]. Suivant cette hypothèse, l'essentiel de ces graves incidents se seraient ainsi produits de 29 à 34[N 10].

Toutefois Séjan tombe en disgrâce — notamment sous l'influence d'Antonia Minor, fille d'Antoine qui protégeait le parti hérodien de Rome[78] — et est exécuté en 31 sans que cela y mette fin[N 11]. Par ailleurs, en tout état de cause, Pilate n'avait pas beaucoup à craindre d'un pouvoir central qui se souciait assez peu de la l'administration des provinces éloignées[78] mais son comportement a pu être lui-même encouragé par les évènements de la capitale[53].

Ainsi, pour l'historiographie récente, cette hypothèse est contestée et démontée ainsi que le lien qu'elle sous-tend entre Séjan et Pilate[81] : des historiens dont Jean-Pierre Lémonon estiment que s'il y a bien eu, en tout cas à Rome[82], une politique anti-juive de Séjan à partir de 29, ils estiment qu'on ne peut s'appuyer sur le témoignage de Philon pour conclure que Pilate agissait ainsi « pour complaire à Séjan » et doutent des liens entre les deux hommes : en effet, « aucun texte ne permet de prétendre que Pilate fut l'exécutant d'une politique hostile aux Juifs, pensée et voulue par Séjan[51] ». Jean-Pierre Lémonon souligne que rien par ailleurs ne prouve que les incidents ne se poursuivent pas au-delà de 34 et place d'ailleurs la répression des Samaritains vers la fin 36.

Un procès de Pilate ?[modifier | modifier le code]

« P. L. Maier a cru pouvoir affirmer qu'il n'y eut probablement pas de procès contre Pilate en raison de la mort de Tibère »[83]. Selon Jean-Pierre Lémonon : « Les textes avancés par P. L. Maier ne manquent pas de pertinence, [mais] ils ne permettent pas cependant de définir avec certitude le sort de Pilate d'autant plus que la violence de la lettre d'Agrippa, rapportée par Philon [...] invite à nuancer [ses] propos. Philon utiliserait-il des propos aussi violents [cf. supra] à l'adresse d'un fonctionnaire romain si celui-ci n'avait pas été officiellement blâmé pour son comportement en Judée[83] ? »

Pilate dans les textes antiques[modifier | modifier le code]

Aucun texte d'auteurs romains qui parlait de Ponce Pilate n'a été conservé. Seuls des textes d'auteurs juifs, ou judéo-chrétiens (les évangiles), parlent de lui, mais Flavius Josèphe s'arrête à son retour à Rome, épisode après lequel Pilate échappe à l'historien[83].

Néanmoins, Tacite, vers 115, le mentionne incidemment dans ses Annales[84], en rapportant la répression des christiani sectateurs de Christ qui avait été livré au supplice par le « procurateur » Ponce Pilate — ce qui est généralement considéré comme la première mention des chrétiens chez un auteur romain —, accusés par Néron d'avoir incendié Rome (en 64)[85].

La mention de Pilate dans le Symbole de Nicée-Constantinople est à signaler.

Les traditions chrétiennes[modifier | modifier le code]

À partir du IIe siècle, les récits chrétiens sur Ponce Pilate sont, en revanche, très nombreux dont plusieurs posent d'importants problèmes de cohérence et de chronologie. En particulier à partir du IVe siècle, l'histoire de Pilate a généré toute une littérature apocryphe dont les trois éléments les plus connus sont les Acta Pilati (les « Actes de Pilates »), l'Anaphora Pilati (rapport de Pilate à Tibère sur la Passion du Christ), et la Paradosis Pilati, (martyre de Pilate par Tibère, suite de l'Anaphora Pilati)[86].

Les Actes de Pilate chrétiens apparus vers la fin du IVe siècle donneront naissance à l'Évangile de Nicodème qui, bien que considéré dès les origines[réf. nécessaire] comme apocryphe influenceront fortement la culture chrétienne occidentale.

Puisant vraisemblablement dans des traditions plus anciennes, leur première attestation conservée figure dans une Homélie sur la date de Pâques datant de 387 et dans un passage du Panarion d'Épiphane de Salamine. Selon ces traditions, Pilate se serait converti au christianisme et serait mort martyr puni par Tibère, ou se serait suicidé après avoir été exilé dans la vallée du Rhône.

Justin de Naplouse[modifier | modifier le code]

Le premier auteur chrétien à parler d’Actes de Pilate, est Justin de Naplouse (ou Justin Martyr) qui vers 150 écrit à « l'Empereur, au Sénat et à tout le peuple[N 12] », la première de ses deux apologies du christianisme. Il s'agit de prouver que les membres de l'Église n'ont rien à voir avec les juifs messianistes pour lesquels les Romains ont inventé le nom de chrétiens, qui à cette époque sonne comme une « qualification criminelle »[N 13].

Dans cette apologie, Justin mentionne à deux reprises à des « Actes de Pilate » qui ne sont pas le futur texte chrétien, mais « des minutes du procès, conservées dans les archives romaines[87]. » dont il conjecture l'existence[88], dans un procédé apologétique[89]. Dans ces deux passages, l'auteur renvoie ses lecteurs à ces Actes pour prouver la véracité de ses dires. « En consultant les Actes de Pilate, les Romains auxquels Justin destine son œuvre, pourront vérifier la réalisation des prophéties dans les événements qui ont marqué la passion du Christ »[89].

Tertullien[modifier | modifier le code]

Dans l'Apologétique (v. 197), Tertullien fait état d'un « rapport » que Pilate aurait fait à Tibère sur les événements de Syrie-Palestine relatifs à Jésus[90] et fait du préfet romain un « chrétien de cœur »[90]. À la suite de ce rapport, Tibère aurait soumis au Sénat les faits de Syrie-Palestine « qui avaient révélé là-bas la vérité de la divinité du Christ[91] » en donnant son avis favorable pour que Jésus entre au Panthéon[90]. « Le Sénat n'ayant pas lui même vérifié ces faits, vota contre. » Tibère « persista dans son sentiment et menaça de mort les accusateurs des chrétiens[91]. » On trouve la même affirmation dans plusieurs textes d'origine syro-édéssienne regroupées sous le nom de « Légende d'Abgar ».

Au début du XXe siècle, Salomon Reinach envisageait que le rapport dont parle Tertullien pourrait être le texte apocryphe connue comme la Lettre de Pilate adressée à l'empereur Claude[90] mais considérait ce document comme un faux[92]. Au milieu du XXe siècle E. Volterra estimait que Tertullien se référait à un document authentique écrit par Ponce Pilate[93]. Mais, au XXIe siècle, Jean-Pierre Lémonon souligne que ces critiques « majorent la notoriété du fait chrétien à ses débuts » et qu'il n'existe aucune attestation historique qu'un rapport du gouverneur à l'empereur ait été nécessaire dans le cas de l'exécution du type de celle de Jésus[94]. L'attitude de Pline le Jeune qui s'enquiert 80 ans plus tard auprès de Trajan de la conduite à tenir envers les chrétiens tiendrait beaucoup plus aux traits de caractère de Pline qu'à la pratique courante[94]. Il semble donc impossible de prendre en considération l'assertion de Tertullien - historiquement invraisemblable - pour écrire l'histoire[90].

Eusèbe de Césarée[modifier | modifier le code]

Au début du IVe siècle, Eusèbe de Césarée mentionne également un « rapport » de Pilate à Tibère, sans que l'on puisse déterminer s'il s'agit du même que celui auquel faisait référence Tertullien dans son Apologétique (écrit vers 197). Mais pour Eusèbe, Pilate « se fait le simple écho de ce qui s'est passé et se dit dans la province dont il a la charge[95] », alors que conformément aux Évangiles, Tertullien faisait de Pilate un « chrétien de cœur[90],[96] ». Au contraire pour Eusèbe, « Pilate ne prend pas en compte ce qu'il rapporte[95]. » Pour Jean-Pierre Lémonon, les écrits d'Eusèbe concernant « le rapport de Pilate » sont dépendants de l' Apologétique de Tertullien dont il donne d'ailleurs la référence explicite. Toutefois, Eusèbe « ne fait pas mention du texte de l' Apologétique qui présente Pilate comme un chrétien de cœur car il est également l'écho d'une tradition qui met en valeur le châtiment de Pilate[95]. » En effet dans son Histoire Ecclésiastique, Eusèbe de Césarée s'appuie sur « les écrivains grecs qui nous ont laissé la suite des olympiades avec les événements survenus à leur date » pour mentionner que Ponce Pilate n'aurait pas survécu longtemps à sa disgrâce et se serait donné la mort alors que Caligula était empereur (37 - 41)[97].

Eusèbe mentionne également l'existence d'Actes anti-chrétiens qu'il appelle « Actes de Pilate et de notre Sauveur »[98] ». Pour transformer les mentalités, l'empereur Maximin Daïa aurait fait rédiger des « Actes » de Pilate dirigés contre les chrétiens : « Dans les écoles, durant toute la journée, les enfants avaient à la bouche Jésus, Pilate et les Actes fabriqués par outrage[98],[95] ». « On y retrouvait des thèmes classiques empruntés parfois aux polémiques entre chrétiens et juifs. Plusieurs attaques sont liées à la naissance de jésus : Jésus serait né hors des liens du mariage, il serait un fruit de la débauche ; ses parents ont fui en Égypte en raison de leur honte ; si Jésus était fils de Dieu, celui-ci n'aurait pas laissé massacrer des innocents lors de la naissance de son fils[99] ». Les miracles de Jésus « étaient des actes de magie. Sa prétention à la royauté et son activité de malfaiteur l'ont conduit à la mort. La résurrection y était ramenée à une affirmation subjective, car comme déjà Celse l'affirmait, il n'était pas convenable que « le Ressuscité » ne se manifeste pas au plus grand nombre, en particulier à ses ennemis[99]. »

La lettre de Pilatus à Claude[modifier | modifier le code]

La tradition chrétienne mentionne aussi une lettre qu'un gouverneur de Judée surnommé Pilatus aurait envoyée à l'empereur Claude. Ce texte apocryphe, lié traditionnellement à la passion des apôtres Pierre et Paul, constitue le dernier chapitre des Actes de Pilate[100].

Présente en sa version grecque dans les Actes de Pierre et Paul — un écrit daté du Ve siècle[101] —, elle sert lors d'un interrogatoire de Simon le Magicien et des apôtres Pierre et Paul par l'empereur Néron à Rome[100]. Présentée comme un document officiel, elle sert à appuyer « la réalité historique des miracles de Jésus et à confondre les prétentions mensongères de Simon[102] »[100].

Dans ce texte le rapport de Pilatus est lié à un débat entre Pierre et Simon le Mage[100] et produit ainsi un anachronisme en liant ce débat au règne de Claude alors que Pilate a gouverné sous Tibère[100].

Légendes diverses[modifier | modifier le code]

De nombreux autres récits existent. Selon le Mors Pilati (« Mort de Pilate »), son corps fut d'abord jeté dans le Tibre. Les eaux réagirent si vivement aux esprits malins, que son cadavre fut conduit à Vienne et jeté dans le Rhône. Ici aussi les eaux réagirent et son corps dut être noyé dans le Léman à Lausanne. Selon cette tradition, le corps décomposé fut en dernier lieu enterré au pied du Pilatus qui domine Lucerne et le lac des Quatre Cantons.

La légende veut que chaque Vendredi saint, le corps émerge des eaux du lac et se lave les mains.

D'autres récits racontent qu'il se serait suicidé dans le Rhône à Vienne. Un monument de la ville, la « tombe de Pilate », en fait un monument marquant le centre du cirque romain, évoquerait ce récit. D'autres attribuent aussi le nom du massif du Pilat, qui commence à Vienne, à cette origine[103].

Culte[modifier | modifier le code]

Pilate est un saint inscrit au martyrologe de certaines églises chrétiennes[104]. En Égypte, on peut parler d'une vénération de « saint Pilate » martyr à Rome[105]. Il est aussi mentionné comme saint ainsi que sa femme dans le Synaxaire éthiopien à la date du 25 du mois de Sanê[106]. Pour Jean-Pierre Lémonon, cette mention « témoigne d'un courant traditionnel de cette église[106]. »

Les églises éthiopienne orthodoxe et copte orthodoxe célèbrent donc Ponce Pilate comme saint et martyr[106]. Selon cette tradition, il se serait converti en secret au christianisme, sous l'influence de sa femme Claudia Procula (ou Claudia Procla ou Abroqla). Ils sont tous les deux fêtés le 25 juin[106].

Contrairement à Eusèbe de Césarée qui dit que Ponce Pilate n'a pas survécu longtemps à sa disgrâce et qu'il s'est suicidé après avoir été exilé à Vienne, la tradition éthiopienne connaît le martyre de Pilate[106], qui aurait été exécuté à Rome. Les textes appelés Anaphora Pilati et de Paradosi Pilati dans la tradition de la « Grande Église » sont en effet « connus sous plusieurs formes en arabe, notamment comme deux homélies de Cyriaque, évêque de Bahnasa (Oxyrrhynchos) ; ces homélies ont été traduites en éthiopien[106]. » Ces homélies de l'évêque égyptien sur le « Martyre de Pilate » ont également suscité un grand intérêt dans le monde syriaque[107]. Elles ont été traduites en « écriture carchunie » qui n'était pratiquée à partir du XIVe siècle que par des chrétiens arabes issus des milieux syriaques[107].

Les Églises orthodoxes de liturgie grecque honorent seulement Claudia Procula, le 27 octobre[106].

Postérité[modifier | modifier le code]

Photo de face d'Anatole France
Anatole France (1844–1924), lauréat du prix Nobel de littérature en 1921.

Le personnage de Ponce Pilate a inspiré beaucoup d'œuvres. On peut citer L'Évangile selon Pilate d'Éric-Emmanuel Schmitt, Le Procurateur de Judée d'Anatole France ou Ponce Pilate de Roger Caillois, uchronie dans laquelle l'auteur imagine que Pilate gracie Jésus et transforme ainsi l'histoire du monde.

De même, le personnage de Ponce Pilate est l'une des figures centrales du roman Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov, où c'est un personnage triste, profondément humain, accablé par sa charge et laissant crucifier Jésus à contre-cœur qui est décrit.

Le personnage de Ponce Pilate est également présent dans un chapitre du roman Le Vagabond des étoiles de Jack London. Le personnage principal du roman y fait la rencontre du procurateur de Judée peu avant que ce dernier n'ordonne l'exécution de Jésus de Nazareth. Ponce Pilate apparaît alors comme un personnage indécis, perdu dans ses idées, n'étant absolument pas certain du bien-fondé de l'exécution de Jésus, mais s'y résignant finalement à contre-cœur.

Paul Claudel écrit, le 18 janvier 1933, un texte humoristique et truculent (extrait de Figures et Paraboles, Gallimard, 1936) où Ponce Pilate est présenté comme un fonctionnaire de pays chaud réveillé de sa sieste à 3 heures de l’après-midi, un certain vendredi pas encore saint mais déjà prometteur et qui justifie la mise à mort de Jésus au nom de la raison d'état et du désordre ambiant, comme le dit José Arthur dans la préface de ce texte publié en 2009 chez l'éditeur André Versaille. Ce texte a été interprété par l'acteur Pierre Bertin avec la complicité de Jean-Louis Barrault.

Au cinéma, Ponce Pilate a fait l'objet de nombreuses incarnations dans des films sur la passion de Jésus : Jean Gabin dans Golgotha, Rod Steiger dans Jésus de Nazareth de Franco Zefirelli, Barry Dennen dans la comédie musicale Jesus Christ Superstar, David Bowie dans La Dernière Tentation du Christ de Martin Scorsese, Hristo Chopov dans La Passion du Christ de Mel Gibson ou Michael Palin dans La Vie de Brian de Monty Python. En 1962, Gian Paolo Callegari réalisa Ponzio Pilato évoquant la vie de Pilate avec Jean Marais dans le rôle du préfet de Judée.

Dans le livre Le Frère de sang d'Éric Giacometti, et Jacques Ravenne, les auteurs se moquent des fantasmes de complot judéo-maçonnique en brodant sur le fait que Pilate est présenté comme un franc-maçon qui a comploté avec les Juifs pour crucifier le Christ.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. De « pilatus », « titulaire d'un javelot d'honneur », d'un pilum.
  2. Cet état d'ignorance à amené à de nombreuses spéculations à travers les époques : ainsi, Félix Benoit, dans son ouvrage Lyon secret, se fait l'écho d'historiens et autres érudits lyonnais du XIXe siècle pour évoquer le lieu de naissance de Ponce Pilate. Il serait né en -19 dans le quartier de Fourvière à Lugdunum, aujourd'hui Lyon, où son père aurait occupé un poste de haut fonctionnaire romain. Toutefois aucun historien ne reprend cette information.
  3. Pour l'écrivain chrétien Eusèbe de Césarée (Histoire ecclésiastique, Livre II, § VII), Ponce Pilate n'aurait pas survécu longtemps à sa disgrâce et se serait donné la mort alors que Caligula était empereur (37 - 41).
  4. C'est tout au moins ce que dit Flavius Josèphe et ce qui ressort des textes antiques à notre disposition.
  5. Flavius Josèphe donne une version différente et dit que c'est Pilate lui-même qui donna cet ordre.
  6. Pour voir les débats sur ces dates, cf. Lémonon 2007, p. 223-225, extrait en ligne ; quelques historiens dont Gilbert Picard, ont estimé que celui-ci serait intervenu alors que Caligula était déjà nommé à Rome, peu après le 16 mars 37, cf. Gilbert Picard, « La date de naissance de Jésus du point de vue romain, p. 805 ; en 1989, Nikkos Kokkinos date la fin de la préfecture de Pilate vers 36 et, utilisant la chronologie de Josèphe, hypothèse que la mort de Jésus de Nazareth serait postérieure à celle de Jean le Baptiste ; cf. Jack Finegan, Chronos, kairos, Christos: nativity and chronological studies, éd. Jerry Vardaman & Edwin M. Yamauchi, 1989, p. 134-136
  7. Il n'existe pas de traces documentaires sur ce successeur de Pilate ; cf. Hadas-Lebel 2009, p. 83. Il existe un débat entre chercheurs pour savoir si les deux personnages doivent être considérés comme identiques ou non ; Jean-Pierre Lémonon estime toutefois que cette identification n'est soutenue par aucun document, cf. Lémonon 2007, p. 22, note no 3
  8. Appelé aussi « quatrième philosophie » par Flavius Josèphe.
  9. Les dates de rédactions sont néanmoins débattues, certains chercheurs lui conférant une plus grande ancienneté, en faisant un écrit contemporain des évangiles voire, selon quelques auteurs, les précédant.
  10. Ces graves incidents se seraient donc produits de 29 à 34, excepté au moins, l'incident des images à Jérusalem que tout le monde considère comme s'étant produit dès l'arrivée de Pilate en Judée.
  11. Constatant que ce qu'ils appellent les « provocations » de Pilate se déroulent au début de son gouvernorat pour cesser ensuite, plusieurs auteurs ont expliqué que Pilate aurait été nommé par Séjan pour faire ces « provocations » anti-juives. Ils placent donc ces « provocations » encore plus tôt que 34. Toutefois, « l'explication Séjan » n'est qu'une hypothèse qui souffre de n'être directement soutenue par aucun texte, car Philon d'Alexandrie ne dit pas des choses aussi précises. Ainsi Jean-Pierre Lémonon écrit : « Des auteurs aussi importants que E. Stauffer, E. Bammel, P.L. Maier ou M. Grant ont voulu distinguer dans la carrière de Pilate un « avant » et un « après » Séjan. Ils ont cru pouvoir expliquer les attitudes de Pilate en fonction de ce critère : Séjan aurait été l'inspirateur de la politique de Pilate [...] Depuis quelques années, une réaction salutaire se dessine, Séjan n'est plus présenté comme le protecteur de Pilate. » cf. Lémonon 2007, p. 257.
  12. « À l'empereur Titus Aélius Hadrien Antonin le Pieux, Auguste, César, et à Vérissimus (Marc Aurèle), César, fils d'Auguste, philosophe et à Lucius, philosophe, fils de César selon la nature et d'Antonin le pieux par l'adoption, ami de la culture, au sacré Sénat et à tout le peuple romain, en faveur des hommes de toute origine, injustement haïs et persécutés, moi l'un d'eux, Justin […] originaire de Flavia Neapolis, cité de Syrie-Palestine, j'adresse ce discours et cette pétition. »
  13. « Parce que vous avez entendu dire que nous attendons un royaume, vous supposez sans discernement que nous parlons d'un royaume humain, alors qu'il s'agit de celui qui est auprès de Dieu ; cela résulte aussi du fait qu'interrogés par vous nous avouons être chrétiens, alors que nous savons bien que pour celui qui fait cet aveu, la peine de mort est instituée. », cf. Ire Apologie, XI, 1, in Claude Munier, Apologie pour les chrétiens de Justin, Éd. Cerf, 2006, p. 153.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Pour l'arrivée de Pilate en Judée, Eusèbe de Césarée donne deux dates différentes. Dans l'Histoire ecclésiastique, il parle de la douzième année de Tibère (25 - 26), dans sa Chronique de la treizième année (26 - 27). » cf. Lémonon 2007, p. 122
  2. Lémonon 2007, p. 223-225, extrait en ligne
  3. a et b Lémonon 2007, p. 225
  4. Lémonon 2007, p. 15
  5. Cette légende, qui suit la tradition rapportée par Eusèbe de Césarée, est le calque de l'exil d'Hérode Archélaos, fils d'Hérode le Grand exilé à Vienne ; cf. Lémonon 2007, p. 253-254, note 140, lire en ligne
  6. Bertrand Westphal,Roman & évangile: transposition de l'évangile dans le roman européen, éd. Presses universitaires de Limoges, 2002, pp.  44-73, extraits en ligne
  7. Lémonon 2007, p. 244
  8. a et b Mimouni 2012, p. 418
  9. cf. Maurice Sartre, Le Haut-empire romain, éd. Seuil, 1997, p. 344 ; Maurice Sartre, D'Alexandre à Zénobie, éd. Fayard, 2001, p. 471-472, 552-554 ; cités par Mimouni 2012, p. 418
  10. Ferdinand Delaunay Écrits historiques de Philon d'Alexandrie (1867)
  11. Guerre des Juifs, livre II, IX, 2-4 et Antiquités Judaïques, livre XVIII, II, 2
  12. Guy Couturier (professeur émérite de la faculté de théologie de l'Université de Montréal), « L'inscription de Ponce Pilate », interbible.org, 16 mars 2007.
  13. a, b, c, d et e Hadas-Lebel 2009, p. 70
  14. Michel Dubuisson, Le « Procurateur » de Judée, p. 133.
  15. Mimouni 2012, p. 419-420
  16. Mimouni 2012, p. 422
  17. a et b Mimouni 2012, p. 419
  18. Mimouni 2012, p. 427
  19. Tacite, Annales, XV, 44
  20. Lémonon 2007, p. 52-53
  21. L'usage était les tria nomina, les trois noms du citoyen romain. Les deux premiers étaient le praenomen et le nomen ; cf. Pierre Vidal-Naquet, Du bon usage de la trahison, préface de la Guerre des Juifs de Flavius Josèphe, traduit par Pierre Savinel, éd. de Minuit, Paris, 1977, pp. 24-25
  22. a et b Lc 3. 1
  23. Antiquités Judaïques, XVIII, 64 ; l'authenticité de ce passage est débattue ; cf. Lémonon 2007, p. 161
  24. L'authenticité de ce passage n'est plus guère discuté suite aux études stylistiques ; cf. Lémonon 2007, p. 161
  25. Annales, XV, 44
  26. Lémonon 2007, p. 23-24, extrait en ligne
  27. Lémonon 2007, p. 121, extrait en ligne
  28. a et b Simon Claude Mimouni et Pierre Maraval, Le Christianisme des origines à Constantin, puf, coll. « Nouvelle clio »,‎ 2007, 528 p. (ISBN 978-2130528777, présentation en ligne), p. 24
  29. Mimouni 2012, p. 436, 437
  30. Histoire, V, 9 ; cité par Raymond E. Brown, Que sait-on du Nouveau Testament ?, 2011, p. 99
  31. a et b Raymond E. Brown, Que sait-on du Nouveau Testament ?, éd. Bayard, 2011, p. 99
  32. Hadas-Lebel 2009, p. 71
  33. a, b, c et d passage écrit vers l'an 40 par Philon d'Alexandrie, Légation à Caïus, 38, texte en ligne sur remacle.org
  34. cf. Lémonon 2007, notamment préface de Maurice Sartre
  35. Bond 2004
  36. Martin Goodman, Rome et Jérusalem, éd. Perrin, 2009, p. 744
  37. Mimouni 2012, p. 436
  38. a, b et c Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, livre II, IX, 2
  39. Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, livre II, IX, 3.
  40. cf. Guerre des Juifs, livre II, IX, 4 (texte en ligne sur le site remacle.org) et Antiquités judaïques, XVIII, 60 (texte en ligne sur le site remacle.org)
  41. Guerre des Juifs, livre II, IX, 4
  42. a et b cf. Steve Mason, Flavius Josephus : Translation and Commentary. Judean war, Volume 1, éd. Brill, 2008, p. 148
  43. À Rome, il faut compter plus de deux millions de sesterce par kilomètre. Les aqueducs de province ont probablement moins de capacité mais restent des ouvrages dispendieux ; cf. Steve Mason, op. cit., 2008, p. 147
  44. Selon que l'on se réfère aux Antiquités ou à la Guerre
  45. Les rapports entre Pilate et le grand prêtre Caïphe semblent avoir été bons et en tout cas durables ; cf. Bond 2004, p. 93
  46. cf. Gerd Theissen, Jésus et la crise sociale de son temps, in Daniel Marguerat (dir.), Jésus de Nazareth : Nouvelles approches d'une énigme, éd. Labor et Fides, p. 141
  47. Bond 2004, p. 85
  48. a et b Lémonon 2007, p. 157
  49. Philon d'Alexandrie, Légation à Caïus, § 288 (du texte Grec), sur remacle.org
  50. a et b Lémonon 2007, p. 197, extraits en ligne.
  51. a et b Lémonon 2007, p. 257
  52. Tibère « charge Vitellius de diriger toutes les révolutions qui se préparaient en Orient. » c.f. Tacite, Annales, Livre VI, § XXXII
  53. a, b, c et d Hadas-Lebel 2009, p. 74
  54. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, 18,89, cité par Lémonon 2007, p. 223
  55. Lémonon 2007, p. 223, extrait en ligne
  56. Lémonon 2007, p. 224-225, extrait en ligne
  57. Pessa'h, la Chavouot et la Souccot
  58. « Il avait eu l'idée, pour abolir les lois des Juifs, d'introduire dans la ville [de Jérusalem] les effigies de l'empereur qui se trouvaient sur les enseignes… » cf. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre XVIII, III, 1, texte en ligne
  59. Évangile attribué à Jean, 18:38
  60. Rien ne permet d'affirmer, comme l'on fait certains auteurs, que Barabas était membre du parti zélote auquel les auteurs des évangiles, écrits après la révolte juive de 66-70 dont ce parti fut le moteur, ont pu le rapprocher ; cf. Raymond E. Brown, La Mort du Messie, éd. Bayard, 2005, pp.  766-768, cité par Jean Zumstein, L'Évangile selon saint Jean (13-21), vol. 2, éd. Labor et Fides, 2007, p.  229, extrait en ligne
  61. Évangile attribué à Luc, Bible de Jérusalem, Lc 13. 1
  62. Voir par exemple1Ti 6. 13, Ac 3. 13, Ac 4. 27, Ac 13. 28
  63. Mt 27. 1-2 puis Mt 27. 11-26, Mc 15. 1-15, Lc 23. 1-24, Jn 18. 28 puis Jn 19. 4-31
  64. Évangile attribué à Matthieu, Mt 26. 47.
  65. Jn 19. 5
  66. La Bible de Jérusalem, Jean, chapitre 18"Je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. Mais c'est pour vous une coutume que je vous relâche quelqu'un à la Pâque. Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? "
  67. Mt 27. 24
  68. a, b et c Marie-Françoise Baslez, Bible et Histoire, Folio histoire, Gallimard, 2003, p. 210.
  69. Jn 19. 19-22
  70. Mt 27. 62-65
  71. Lc 23. 11-12
  72. Pour une traduction en français, cf; Éric Junod, « L'Évangile de Pierre », in François Bovon et Pierre Geoltrain (éds.) Écrits apocryphes chrétiens, vol. I, éd. Gallimard, 1997, p. 247-254.
  73. Par exemple, des épisodes répondant à des prophéties d'Esaïe (Es, 59, 7) et de Zacharie (Za 12, 10) pour, respectivement Ev Pierre 6 et 9 ; cité par François Bovon, op. cit. infra, 2004 p. 29
  74. François Bovon, Les derniers jours de Jésus, éd. Labor et Fides, 2004, p. 26–28.
  75. Bond 1998, p. préface, cité par Hadas-Lebel 2009
  76. Christus und die Caessaren, éd. F. Wittig, 1948, cité par Hadas-Lebel 2009
  77. Martin Goodman, Rome et Jérusalem, éd. Perrin, 2009, p. 509
  78. a, b et c Hadas-Lebel 2009, p. 75
  79. Voir à ce sujet : E. Stauffer, Jesus, Gestalt und Geschichte, Berne, 1957, pp. 99-101 ; E. Bammel, RCGR 5, 1961, col. 383 ; E. Bammel, Syrian Coinage and Pilate, pp.  108-110 ; E. Bammel, Philos tou Kaisaros, dans ThLZ 77, 1952, pp. 205-210 ; P. L. Maïer, The episode of the Golden Roman Shields at Jerusalem, pp. 114-115 ; M. Grant, The Jews in the Roman World, p. 94 et 99.
  80. « Selon [Philon d'Alexandrie] (Légation à Caïus 159-161), c'est peu avant sa mort, survenue en 31, que Séjan projeta ses attaques radicales contre les Juifs, toutefois la mort l'empêcha de réaliser l'ensemble de ses projets. » cf. Lémonon 2007, p. 201-202.
  81. Helen.K. Bond, Pontius Pilatus in history and interpretations, éd. Cambridge University Press, 1998, p. 22
  82. Comme l'attestent plusieurs auteurs antiques, Tibère fait effectivement expulser les Juifs de Rome — de qui affecte gravement la communauté locale — dans des circonstances peu claires. Mais ceux-ci semblent de retour dans l'Urbs à la fin des années 30, au profit de la retraite de l'empereur à Capri ; cf. Hadas-Lebel 2009, p. 75
  83. a, b et c Lémonon 2007, p. 225, extrait en ligne
  84. Tacite, Annales, 15, 44
  85. Paul Mattéi, Le christianisme antique de Jésus à Constantin, éd. Armand Colin, 2008, p. 51
  86. cf. Robert Beylot, Martyre de Pilate, éd. Brepols, coll. Patrologia Orientalis n°204 (45.4), 1994, présentation en ligne
  87. J. D. Dubois, La figure de Pilate: Introduction aux textes relatifs à Pilate dans Pierre Geoltrain et Jean-Daniel Kaestli (éds.), Écrits apocryphes chrétiens Tome II, Paris, Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 2005, p. 245.
  88. Certains chercheurs ont émis l'hypothèse qu'il s'agirait d'un apocryphe disparu voulant faire de Pilate le témoin romain de prophéties de l'Ancien Testament, document qui serait à l'origine de la littérature chrétienne sur Pilate mais la théorie esquive notamment la nature apologétique de l’œuvre de Justin ; cf. Lémonon 2007, p. 232-233
  89. a et b Lémonon 2007, p. 232-233, extrait en ligne
  90. a, b, c, d, e et f Lémonon 2007, p. 233, extrait en ligne.
  91. a et b Tertullien, Apologétique, 5, 2, cité par Lémonon 2007, p. 233.
  92. Reinach estimait que « Ponce Pilate n'aurait jamais fait mettre à mort un homme libre accusé de s'être dit le roi des Juifs, sans en aviser Tibère, ne fut-ce que pour se créer un titre en sa faveur ». Pour lui, cette opinion était d'ailleurs celle « des anciens, mieux qualifiés que nous pour connaître les obligations » d'un gouverneur de province, « puisque ne le trouvant pas, ils en ont fabriqué plusieurs » ; cf. S. Reinach, Cultes, mythes et religions, III, Paris, cité par Lémonon 2007, p. 233
  93. E. Volterra, Di una decisione del Senato Romano ricorda da Tertulliano, dans Scritti in onore di Contardo Ferrini pubblicati in occasione della sua beatificazione, I, Milan, p. 471-488, cité par Lémonon 2007, p. 234
  94. a et b Lémonon 2007, p. 234, extrait en ligne.
  95. a, b, c et d Lémonon 2007, p. 235, extrait en ligne
  96. Tertullien, Apologétique, V, 1-2.
  97. Eusèbe de Césarée, Histoire Ecclésiastique, Livre II, § VII
  98. a et b Eusèbe de Césarée, Histoire Ecclésiastique, Livre IX, § V, 1s
  99. a et b Lémonon 2007, p. 236, extrait en ligne
  100. a, b, c, d et e Jean-Pierre Lémonon, Ponce Pilate, éd. Atelier, 2007, p. 242, extrait en ligne.
  101. Jean-Pierre Lémonon, Ponce Pilate, éd. Atelier, 2007, p. 243.
  102. Jean-Dominique Dubois et R. Gounelle, Écrits apocryphes, II, p. 359, cité par Jean-Pierre Lémonon, op. cit., p. 242.
  103. Clémentine Portier-Kaltenbach, Histoires d'os et autres illustres abattis, Lattès,‎ 2007, 250 p. (ISBN 978-2709628303)
  104. François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, p. 439.
  105. P Luisier, De Pilate chez les coptes, Orientalia christiana periodica, 1996, vol. 62, n° 2, p. 411-425.
  106. a, b, c, d, e, f et g Jean-Pierre Lémonon, Pilate, éd. de l'Atelier, 2007, p. 244.
  107. a et b Jean-Pierre Lémonon, Pilate, éd. de l'Atelier, 2007, p. 253, note no 121.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Histoire[modifier | modifier le code]

  • Jean-Pierre Lémonon, Pilate et le gouvernement de la Judée : Textes et monuments, éd. J. Gabalda, 1981
  • Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère : des prêtres aux rabbins, puf, coll. « Nouvelle clio »,‎ 2012, 968 p. (ISBN 978-2130563969, présentation en ligne)

Essais et littérature[modifier | modifier le code]

film : Ponce Pilate - film 1962 Un film de Gian Paolo Callegari avec Jean Marais, Leticia Roman.

Documentaire[modifier | modifier le code]

  • Pilate, l'homme qui condamna Jésus (Pilate, the man who killed Christ) d'Adam Chater : documentaire retraçant la carrière de Ponce Pilate comme gouverneur de Judée. Se basant sur des sources grecques et romaines, il le décrit comme un gouverneur aussi brutal que fin politicien, à l'opposé du portrait qu'en fait la Bible.

Articles connexes[modifier | modifier le code]