Bleu outremer

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Bleu outremer synthétique

Le bleu outremer ou outremer[1] est un bleu profond, obtenu par broyage de la pierre fine de lapis-lazuli puis fabriqué synthétiquement à partir du XIXe siècle. La base est un pigment thiosulfate d'aluminosilicate de sodium identifié dans le Colour Index sous le code PB29.

Couleur[modifier | modifier le code]

Outremer naturel et synthétique[modifier | modifier le code]

Ogden Rood, au cours de ses expériences sur les peintures, a examiné les rapports des couleurs des couleurs pour artistes (pâtes colorées) entre elles. Il produit un cercle chromatique pour indiquer les règles de contraste. Dans ce diagramme, il indique l'outremer naturel aux 2/5 du bleu au violet, et l'outremer artificiel aux 4/5[2]. Ces résultats n'ont pas, cependant, de valeur absolument générale. La composition exacte du lapis-lazuli (outremer naturel) varie d'un échantillon à l'autre. Cennino Cennini donne des recettes pour « améliorer » l'outremer naturel en lui ajoutant de la poudre de kermès (carmin) et du bois de campèche[3]. L'outremer artificiel varie en tonalité AFNOR  2,6  à  3,2 [4]. D'autre part la nuance exacte d'une peinture dépend des conditions de sa préparation, notamment du broyage du pigment et du liant. Le bleu outremer est ainsi le pigment du bleu Klein, qui se distingue uniquement par son liant.

Il n'en reste pas moins que le grain d'outremer naturel a une forme irrégulière et présente des arrêtes, alors que celui de synthèse a un grain rond et est aussi un peu plus opaque, et que cette différence explique celle de teinte (PRV1, p. 387). Dans le domaine de la restauration des œuvres d'art anciennes, on réserve le terme outremer au produit synthétique, tandis qu'on appelle lapis le pigment obtenu à partir de la pierre (PRV1, p. 383).

Le nom outremer a fini par désigner des nuances de bleu profond tirant vers le violet, autant qu'un colorant. Au début de sa commercialisation, le bleu de cobalt a été vendu comme outremer de cobalt[5]. Aujourd'hui, l'outremer naturel de lapis-lazuli reste très rare et cher. En peinture pour artistes, la dénomination outremer sans précisions indique le pigment bleu outremer synthétique. Il n'est pas sûr qu'il en soit de même dans les autres cas, quand les fabricants ne précisent pas PB29.

Usage[modifier | modifier le code]

Bleu outremer

Le bleu outremer ne peut servir, en peinture, que pour certains usages ; il doit coexister avec d'autres bleus.

Sa teinte est d'un bleu chaud qui tire sur le violet. On le trouve en ton clair, moyen et foncé, c'est-à-dire plus ou moins violacé. Il est transparent, avec un pouvoir couvrant moyen, peu siccatif, et s'assombrit dans l'huile.

Sa courbe de réflectance spectrale présente une bosse accentuée vers 450 nm, avec une faible absorption, ce qui en fait un pigment difficile à imiter. Si on recherche sa tonalité avec des mélanges d'autres pigments, on n'arrive pas à la même clarté ; si on désire la clarté, il faut sacrifier la saturation.

L'inconvénient de cette propriété est qu'à la lumière artificielle, il perd de la vivacité ; c'est pourquoi des bleus comme le céruléum et d'autres bleus lumière, moins purs, mais gardant leur couleur à la lumière des bougies, ont toujours trouvé des usages[6].

Son pouvoir colorant est faible. Mélangé à du blanc, il en faut une assez grande quantité pour obtenir un niveau de coloration déterminé. De ce point de vue, les pigments bleu phtalo donnent une meilleure performance ; et dans cette application, rien ne s'oppose à leur usage.

Dans tous les cas où l'on mélange du bleu et du jaune pour obtenir un vert, d'autres pigments donneront des couleurs plus lumineuses ou plus saturées.

Il est fixe et solide, bien que sa susceptibilité aux acides empêchent son usage en dispersion dans des plastiques comme le PVC (PRV1, p. 388).

Nuanciers[modifier | modifier le code]

Le nuancier RAL indique RAL 5002 Bleu outremer[7].

On trouve le bleu outremer dans les nuanciers des fabricants de peintures beaux-arts en plusieurs nuances : 140 outremer[8],  055 outremer foncé,  056 outremer clair,  903 outremer (nuance verte),  907 bleu Lefranc[9],  380 outremer foncé[10], 505 outremer foncé, 506 outremer clair[11], 312 outremer clair, 315 outremer foncé[12].

En peinture pour la décoration, les fabricants proposent outremer 1, outremer 2, outremer 3, outremer 4, outremer 5, outremer 7[13].

En fil à broder, la nuance est 158 bleu outremer[14] ou 526 bleu outremer[15].

Histoire[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Outremer véritable et Bleu Guimet.

Le bleu outremer a été, de tous temps, très prisé en peinture mais jusqu'au XIXe siècle, il était extrêmement cher. Le lapis-lazuli, à l'origine de sa fabrication était importé d'Afghanistan d'où son nom, du latin ultramarinus, « au-delà des mer ».

Dans le premier tiers du XIXe siècle les chimistes mirent au point un bleu outremer de synthèse (Colour Index PB29). Connu en France comme Bleu Guimet, il domina le marché des bleus profonds jusqu'à l'invention au début du XXe siècle, du bleu phtalo

L'outremer naturel[modifier | modifier le code]

Composé de lazurite bleue (à ne pas confondre avec l'azurite) et de pyrites de fer, le lapis-lazuli résulte de la fusion volcanique. Celui que l'on utilisait en Europe pour la peinture était importé d'Afghanistan, extrait de mines de la vallée de Kokcha, dans le Pamir afghan. On en trouve aussi en Chine, Tibet et Asie Centrale.

Durant l'Antiquité, le lapis-lazuli était utilisé en Égypte. Il forme par exemple le bleu des paupières du sarcophage de Toutânkhamon ; mais on n'a aucune preuve de son emploi comme pigment [16]. Chez les Grecs et les Romains, le pigment existe, mais celui qui domine est le bleu égyptien ou bleu d'Alexandrie et secondairement l'azurite (PRV1).

Son utilisation se développe au Moyen Âge, pendant lequel il est utilisé par les moines dans les enluminures. Celles du Livre d'heures du maréchal de Boucicaut, vraisemblablement réalisées dans un atelier parisien vers 1407, contiennent pas moins de trois bleus de lapis, chacun d'une granulométrie différente.

L'outremer fut sans doute d'abord importé tout préparé de l'Orient, selon les recettes que l'on trouve dans la littérature alchimique arabes (Ball 2010, p. 344). L'« azzurrum ultramarinum » se trouve dans un recueil de recettes de peintures des premières années du XIVe siècle, qui indique le moyen de séparer la lazurite des autres composants de la pierre de lapis-lazuli (PRV1, p. 384). Ces recettes, reprises et précisées jusqu'au XIXe siècle (Dumas 1830, Lefort 1855) se résument ainsi : « on préparait un mélange de plâtre, de résine, d'huile et de cire qui retenait par ses propriétés de surface les impuretés ». Le bleu obtenu variait de teinte et surtout d'intensité. Le bleu pâli qui s'extrayait des derniers lavages était appelé bleu de cendres d'outremer[17]. Il ne faut pas confondre ces cendres avec le pigment Cendres bleues, qui est un pigment d'azurite, un carbonate de cuivre naturel, ou son équivalent synthétique (PRV1, p. 308).

À la Renaissance, le coût de l'outremer est si élevé qu'il se trouve fréquemment spécifié dans les contrats de commande de tableaux[18]. Il n'était pas rare que le commanditaire doive lui-même acheter le pigment et le fournir au peintre. Raphaël, Léonard de Vinci et Michel-Ange ont utilisé ce pigment.

L'outremer de synthèse[modifier | modifier le code]

En 1824, la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale décida d'offrir une récompense de 6000 francs à celui qui découvrirait un moyen permettant de fabriquer le bleu outremer artificiellement.

Nicholas Clément et Charles Desormes avaient, par analyse chimique, montré dès 1806 que les silicates d'alumine entraient dans la composition du lapis-lazuli naturel.

Les industriels cherchèrent à synthétiser ce composé chimique à partir de l'argile, qui contient également des silicates d'alumine. Des résultats concluants furent obtenus indépendamment et presque simultanément par l'industriel lyonnais Jean-Baptiste Guimet (1826), qui reçut la récompense sur présentation officielle de sa découverte, en 1828, année où le chimiste allemand Christian Gottlob Gmelin publiait ses travaux. La technique consiste à chauffer à plusieurs centaines de degrés un mélange d'argile, de soude caustique (pour l'apport de sodium) et de charbon. Nicholas Clément industrialisa lui-même le procédé Guimet dans son usine de Verberie, et la réputation du Bleu Guimet devint mondiale par son utilisation dans les peintures, l’azurage du papier et du linge[19], la fabrication de papiers peints, encres d’imprimerie, cuirs, revêtements de sols, ciments, caoutchoucs, matières plastiques, savons, apprêts, cachets et onguents contre les affections respiratoires et toutes couleurs pour artistes[20].

Violet d'outremer[modifier | modifier le code]

Poudre violet d'outremer

Le violet d'outremer (PV15), peu courant, est un silico-aluminate de sodium, sulfuré ou non selon les fabricants.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philip Ball (trad. Jacques Bonnet), Histoire vivante des couleurs : 5000 ans de peinture racontée par les pigments [« Bright Earth: The Invention of Colour »], Paris, Hazan,‎ .
  • Jean Petit, Jacques Roire et Henri Valot, Encyclopédie de la peinture : formuler, fabriquer, appliquer, t. 1, Puteaux, EREC,‎ , p. 383-388
  • Jean Petit, Jacques Roire et Henri Valot, Encyclopédie de la peinture : formuler, fabriquer, appliquer, t. 2, Puteaux, EREC,‎
  • Jean-Baptiste Dumas, Traité de chimie appliquée aux arts, t. 2, Paris, Béchet jeune,‎ (lire en ligne), p. 412-422 « Lapis-lazuli.—Outremer »
  • Jules Lefort, Chimie des couleurs pour la peinture à l'eau et à l'huile : comprenant l'historique, la synonymie, les propriétés physiques et chimiques, la préparation, les variétés, les falsifications, l'action toxique et l'emploi des couleurs anciennes et nouvelles, Paris, Masson,‎ (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dénomination « outremer » : Outremer, Le Nouveau Littré [logiciel], éditions Garnier, Paris, 2007.
  2. (en) Ogden Nicholas Rood, Modern chromatics with applications to art and industry, London, C. K. Paul,‎ (lire en ligne), p. 293.
  3. Hematoxylon campechianum, arbre à bois rouge autrefois utilisé en teinturerie (PRV2, p. 120) ; Cennini cité d'après PRV1, p. 384.
  4. PRV1, p. 387. Selon la conversion effectuée par Robert Sève, ces limites correspondent approximativement à un angle de teinte huv CIE LUV entre 253 et 248° ou à une longueur d'onde dominante entre 473 et 477 nm (Robert Sève, Science de la couleur : Aspects physiques et perceptifs, Marseille, Chalagam,‎ , p. 247). Les couleurs calculées ramènent la couleur dans le gamut de l'écran (des pigments réels pourraient avoir une couleur hors du gamut), posent une clarté de 30% possible avec des pigments, et supposent un écran conforme et réglé selon la recommandation sRGB.
  5. Lefort 1855, p. 229.
  6. Charles-Ernest Guignet, Encyclopédie chimique, t. 10, Paris, Dunod,‎ (lire en ligne), p. 91.
  7. « RAL classic Farben ».
  8. « Toutes les couleurs de Caran d'Ache », sur carandache.com (consulté le 25 décembre 2014).
  9. Tous PB29, « Guide de la peinture à l'huile », sur lefranc-bourgeois.com (consulté le 25 décembre 2014).
  10. « Nuancier Liquitex », sur http://www.liquitex.com (consulté le 25 décembre 2014).
  11. PB29, « Nuancier huile Rembrandt », sur rembrandt.royaltalens.com (consulté le 25 décembre 2014).
  12. Pigments, PB29, « Nuancier pigments Sennelier », sur www.sennelier.fr (consulté le 25 décembre 2014).
  13. « Nos couleurs », sur duluxvalentine.com (consulté le 25 décembre 2014).
  14. « Nuancier fil à broder DMC », sur club-point-de-croix.com (consulté le 25 décembre 2014).
  15. « Fil à broder Sulky », sur annika.fr (consulté le 25 décembre 2014).
  16. Ball 2010, p. 343 ; (PRV1, p. 384).
  17. Delamare et Guineau, Les matériaux de la couleur, Paris, Gallimard, coll. « Découverte » (no 383),‎ .
  18. Ball 2010, p. 347 ; (PRV1, p. 386).
  19. Au sujet de l'azurage du linge
  20. Sur les pas d'Émile Guimet. Le Bleu Guimet : à l'origine de Pechiney et des musées