Baphomet

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Représentation de Baphomet, 1854.
Clé de voûte du XVIe siècle dans la forteresse de Tomar, Portugal, souvent interprétée comme une représentation possible de Baphomet

Baphomet est le nom donné par certains occultistes du XIXe siècle à l'idole mystérieuse que les chevaliers de l’ordre du Temple furent accusés, à tort ou à raison, de vénérer. Le plus souvent représentée par la tête d'un homme barbu, l'idole était vénérée mais également crainte pour sa laideur. On peut remarquer chez lui une poitrine ainsi qu'une tête de bouc.

Sommaire

Origine et légende [modifier]

Dans le Nouveau Testament, l'évangile de Saint Matthieu mentionne à plusieurs reprises une séparation du bien et du mal par un clivage Gauche / Droite. La Gauche symbolisé par des boucs représentant le Mal, et la Droite incarnée par des Brebis s'identifiant au Bien, symbole du Christ sous le nom de Fils de l'homme.


  • Nouveau Testament (Saint Matthieu, Chapitre 25, Verset 32 à 34) … Toutes les nations seront assemblées devant lui. Il séparera les uns d'avec les autres, comme le berger sépare les brebis d'avec les boucs ; et il mettra les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche.
  • Nouveau Testament (Saint Matthieu, Chapitre 25, Verset 41) … Ensuite il dira à ceux qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits ; allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. Car j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire …


Le Baphomet désigne une idole qui aurait été adorée par les Templiers.


Signification du terme [modifier]

Hugh Schonfield[1], spécialiste des manuscrits de la mer Morte, pensa qu'il s'agissait d'un mot codé. En effet, en appliquant le code Atbash (système de cryptage très ancien) au mot Baphomet, on obtient sophia, qui signifie « sagesse » en grec. Selon son interprétation, en vénérant Baphomet, les Templiers auraient voué en vérité un culte au principe de sagesse… ou aussi à la gnose.

Pierre Klossowski, dans ses notes et éclaircissements à son roman de 1965 préfère y voir le Basileus philosophorum métallicorum : le souverain des philosophes métallurgistes, c'est-à-dire des alchimistes.

Plusieurs autres étymologies fantaisistes ont été proposées : Baphe-métous, baptême de sagesse ; Bios-phos-métis, vie-lumière-sagesse ; Bapho ou Bafo, nom d'un port de Chypre dont le Temple fut très peu de temps le propriétaire ; Abufihamat, corruption de l'expression arabe « le Père de la compréhension », Maphomet « L'Incompris », ou encore de l'arabe Ouba el-Phoumet, « Père de la bouche », etc. La signification la plus probable est que Baphomet, qui apparaît pour la première fois en 1195 dans le poème Senhor, per los nostes peccatz du troubadour Gavaudan en pleine période des Croisades, est l'occitanisation de Mahomet [2].

Description [modifier]

Représentations [modifier]

La représentation de Baphomet pourrait être inspirée du visage imprimé sur le Saint-Suaire de Turin. De nombreuses suppositions sur son véritable visage ont été effectuées : ainsi, on lui attribue le visage barbu de l'église de Templecombe à Somerset[3]. À Paris dans le 4e arrondissement, on trouve un diable sur le tympan du porche de l’église Saint-Merri. Il fut sculpté entre 1841 et 1843. Certains y voient l'image d'un Baphomet[4]. Cette insolite présence est signalée par Umberto Eco dans son roman le pendule de Foucault.

Toutefois, l'idole possiblement vénérée par les Templiers est de formes très diverses selon les témoignages recueillis durant les procès : tantôt très grande, tantôt tenant dans une poche, parfois en bois, en os ou en métal, sous la forme d'une statue ou d'une toile de peinture, l'idole représente souvent une tête d'homme barbu mais peut également être un lion à tête de femme, ou un visage presque humain pâle avec des cheveux frisés. Les inquisiteurs recherchèrent activement des têtes en bois ou en métal représentant Baphomet, qui auraient été nombreuses. Même les membres haut placés de l'Ordre du Temple, tels que Hugues de Pairaud, furent incapables de décrire la tête, expliquant qu'elle était trop hideuse pour être décrite, ou bien qu'ils étaient trop loin pour la voir[3].

Dans le même ordre d'idée d'allusion à la symbolique du ternaire, une clé de voûte représentant trois faces humaines à la bouche ouverte fut découverte dans une salle de la forteresse de Tomar. Seuls, des experts ont pu avoir accès à la partie du château qui la contient. Cette salle est interdite au public[5].

Idée d'une influence orientale [modifier]

La créature fantasmagorique fait presque immanquablement l'objet d'un engouement chez les individus et groupes qui s'intéressent aux Templiers, en particulier lorsqu'on aborde les prétendues pratiques hétérodoxes qu'ils auraient acquises au Proche-Orient, au contact des cultures déjà en place parmi les Etats latins d'Orient.

Une autre théorie en fait la tête conservée d'Hugues de Payns, selon un témoignage d'un frère templier conservé dans les archives du Vatican[6]. Cependant, rien ne permet de donner foi à ce témoignage, non plus qu'il est possible de l'infirmer ou de vérifier l'existence réelle de ce témoignage (passé par l'historien Heinrich Finke, lui-même cité par l'abbé Pétel).

Culte autour de Baphomet [modifier]

Selon certaines sources parfaitement invérifiables mais vraisemblablement fausses , le culte de Baphomet aurait eu lieu durant les rites secrets des Templiers. L'effigie de Baphomet était sortie et montrée à tout le monde, sous la lumière de bougies noires. Très laide, elle provoquerait l'effroi en la voyant. Durant certains rites, les Templiers embrassaient la tête puis l'entourait de cordelettes ; celles-ci étaient par la suite portées autour d'eux-mêmes. Cette pratique serait issue d'une coutume palestinienne qui voulait que ces cordelettes aient des propriétés magiques telles que la guérison des malades[3]. Ce type de légendes n'a aucun fondement historique valable.

Le culte de Baphomet serait à rapprocher du johannisme qui consiste à renier le Christ pour ensuite mieux le servir[7].

Baphomet dans les arts [modifier]

La figure de Baphomet a été reprise au XIXe siècle par certaines personnalités du mouvement de l'occultisme et de l'hermétisme. Par la suite le personnage de Baphomet fait de nombreuses apparitions dans les films, les jeux vidéo et les jeux de rôle, en tant que méchant démoniaque à vaincre.

Le plasticien, graphiste, illustrateur, sculpteur et designer suisse Hans Ruedi Giger a utilisé l'image de Baphomet dans de nombreuses oeuvres (la série des "Necronom").

L'Empire du Baphomet est un roman de science-fiction de Pierre Barbet paru en 1972.

Le mythe de Baphomet a été repris dans un jeu vidéo sur les Templiers : Les chevaliers de Baphomet. Le personnage de Baphomet a été repris dans un jeu vidéo en ligne, où il est désigné comme le mal absolu : Ragnarok Online. Le personnage de Baphomet apparaît dans le jeu-vidéo "Shin Megami Tensei: Lucifer's Call" dans lequel il fait partie des nombreux démons recrutables et jouables dans l'équipe du héros. Son design semble directement inspiré de l'illustration d'Éliphas Lévi. Le Baphomet apparaît également dans le jeu Darklands de Microprose. Le Baphomet apparaît aussi dans le jeu-vidéo online nommé Lineage : il y est considéré comme un démon. On peut y retrouver aussi Beleth qui serait un frère ou une sœur de Baphomet. Le Baphomet se retrouve également dans le jeu d'aventures Post Mortem édité par la société Microïds. Baphomet joue le rôle de boss de fin du jeu Silent Hill et se nomme Incubus.

Le Baphomet apparaît aussi dans le manga de Kentaro Miura Berserk, de la dark fantasy et où des sectes lui vouent un culte bestialement sexuel.

Baphomet apparaît en tant que dieu du peuple de la nuit dans le film Cabal (Nightbreed) de Clive Barker, tiré du roman Cabal de ce dernier. Dans le film d'épouvante américain Return to House on Haunted Hill, suite non distribuée sur le sol français de La Maison de l'horreur, la statuette de Baphomet est le cœur du sinistre hôpital psychiatrique à l'abandon.

La formation de New Wave of British Heavy Metal (NWOBHM) Angel Witch utilise l'image de Baphomet comme symbole pour le groupe. "Baphomet" est également le titre d'un morceau exclusif à la compilation "Metal for Muthas" publiée en décembre 1979.

Baphomet apparaît en artwork de l'album In Sorte Diaboli de Dimmu Borgir.

Le groupe de black metal Dark Fortress a une pièce intitulée Baphomet sur l'album Eidolon.

Le groupe de black metal italien Malfeitor a une pièce intitulée Baphomet sur l'album Unio Mystica Maxima.

« Streaks of blood (Baphomet) » est une chanson de Dying Fetus sur l'album Grotesque Impalement.

Baphomet est un prince démon dans l'univers de Donjons et Dragons, et règne sur la 600e strate des Abysses.

Notes / Références [modifier]

  1. Hugh Schonfield, The Essene Odyssey: The Mystery of the True Teacher and the Essene Impact on the Shaping of Human Destiny, Tisbury, Element Books, 1984, p. 164.
  2. (en) Michael Routledge, The Troubadours : An Introduction, Simon Gaunt and Sarah Kay, Cambridge University Press, 1999, p. 112 
  3. a, b et c (fr) Elmar Gruber, Peter Fiebag, Les grands mystères de ce monde, France Loisirs (ISBN 2-7441-6316-3) 
  4. Georges Poisson, Histoire de l'Architecture à Paris, Paris, 1997, p. 443. L'auteur précise que cette sculpture date de la restauration menée dans les années 1841-1843.
  5. Documentaire Arte
  6. Le témoignage d'Etienne de Troyes, qui serait contenu dans les archives du Vatican, explique que "cette tête m'a paru être de chair depuis le sommet jusqu'au nœud du cou, avec des cheveux blancs, sans placage d'or ni d'argent. La face était également de chair ; elle m'a paru très livide et très pâle, avec une barbe de poils noirs et blancs, semblable à celle des Templiers. J'ai ouï dire que cette tête était celle du premier grand maître du Temple, Hugues de Paynes (sic). Du nœud du cou jusqu'aux épaules inclusivement, elle était incrustée d'or, d'argent et de pierres précieuses".
  7. (fr) Pierre Ripert, Dictionnaire du diable des démons et sorciers, Maxi-Poches Références, 2003 (ISBN 2743432829) 

Voir aussi [modifier]

Articles connexes [modifier]

Liens externes [modifier]