Baphomet

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Représentation de Baphomet, 1854.
Clé de voûte du XVIe siècle dans la forteresse de Tomar, Portugal, souvent interprétée comme une représentation possible de Baphomet
Vitrail de la chapelle de la commanderie de la Villedieu, avec ajout d'un Baphomet lors de sa rénovation de 2012

Baphomet est le nom donné par certains occultistes du XIXe siècle à l'idole mystérieuse que les chevaliers de l’ordre du Temple furent accusés, à tort ou à raison, de vénérer. Le plus souvent représentée par la tête d'un homme barbu, l'idole était vénérée mais également crainte pour sa laideur. On peut remarquer chez lui une poitrine ainsi qu'une tête de bouc.

Origine et légende[modifier | modifier le code]

Dans le Nouveau Testament, l'évangile de Saint Matthieu mentionne à plusieurs reprises une séparation du bien et du mal par un clivage Gauche / Droite. La Gauche symbolisé par des boucs représentant le Mal, et la Droite incarnée par des Brebis s'identifiant au Bien, symbole du Christ sous le nom de Fils de l'homme.

  • Nouveau Testament (Saint Matthieu, Chapitre 25, Verset 32 à 34) … Toutes les nations seront assemblées devant lui. Il séparera les uns d'avec les autres, comme le berger sépare les brebis d'avec les boucs ; et il mettra les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche.
  • Nouveau Testament (Saint Matthieu, Chapitre 25, Verset 41) … Ensuite il dira à ceux qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits ; allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. Car j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire …

Le Baphomet désigne une idole qui aurait été adorée par les Templiers.

Signification du terme[modifier | modifier le code]

Hugh Schonfield[1], spécialiste des manuscrits de la mer Morte, pensa qu'il s'agissait d'un mot codé. En effet, en appliquant le code Atbash (système de cryptage très ancien) au mot Baphomet écrit en caractères hébreux, on obtient sophia, qui signifie « sagesse » en grec. Selon son interprétation, en vénérant Baphomet, les Templiers auraient voué en vérité un culte au principe de sagesse… ou aussi à la gnose.

Pierre Klossowski, dans ses notes et éclaircissements à son roman de 1965 préfère y voir le Basileus philosophorum métallicorum : le souverain des philosophes métallurgistes, c'est-à-dire des alchimistes.

Plusieurs autres étymologies fantaisistes ont été proposées : Baphe-métous, baptême de sagesse ; Bios-phos-métis, vie-lumière-sagesse ; Bapho ou Bafo, nom d'un port de Chypre dont le Temple fut très peu de temps le propriétaire ; Abufihamat, corruption de l'expression arabe « le Père de la compréhension », Maphomet « L'Incompris », ou encore de l'arabe Ouba el-Phoumet, « Père de la bouche », etc. La signification la plus probable est que Baphomet, qui apparaît pour la première fois en 1195 dans le poème Senhor, per los nostes peccatz du troubadour Gavaudan en pleine période des Croisades, est l'occitanisation de Mahomet [2]. Selon Heinrich Finke, on trouve d'ailleurs également la forme Magometus dans les interrogatoires du procès[3].

Description[modifier | modifier le code]

Représentations[modifier | modifier le code]

La représentation de Baphomet pourrait être inspirée du visage imprimé sur le Saint-Suaire de Turin. De nombreuses suppositions sur son véritable visage ont été effectuées : ainsi, on lui attribue le visage barbu de l'église de Templecombe à Somerset[4]. À Paris dans le 4e arrondissement, on trouve un diable sur le tympan du porche de l’église Saint-Merri. Il fut sculpté entre 1841 et 1843. Certains y voient l'image d'un Baphomet[5]. Cette insolite présence est signalée par Umberto Eco dans son roman le pendule de Foucault.

Toutefois, l'idole possiblement vénérée par les Templiers est de formes très diverses selon les témoignages recueillis durant les procès : tantôt très grande, tantôt tenant dans une poche, parfois en bois, en os ou en métal, sous la forme d'une statue ou d'une toile de peinture, l'idole représente souvent une tête d'homme barbu mais peut également être un lion à tête de femme, ou un visage presque humain pâle avec des cheveux frisés. Les inquisiteurs recherchèrent activement des têtes en bois ou en métal représentant Baphomet, qui auraient été nombreuses. Même les membres haut placés de l'Ordre du Temple, tels que Hugues de Pairaud, furent incapables de décrire la tête, expliquant qu'elle était trop hideuse pour être décrite, ou bien qu'ils fussent trop loin pour la voir[4].

Dans le même ordre d'idée d'allusion à la symbolique du ternaire, une clé de voûte représentant trois faces humaines à la bouche ouverte fut découverte dans une salle de la forteresse de Tomar. Seuls, des experts ont pu avoir accès à la partie du château qui la contient. Cette salle est interdite au public[6].

Idée d'une influence orientale[modifier | modifier le code]

La créature fantasmagorique fait presque immanquablement l'objet d'un engouement chez les individus et groupes qui s'intéressent aux Templiers, en particulier lorsqu'on aborde les prétendues pratiques hétérodoxes qu'ils auraient acquises au Proche-Orient, au contact des cultures déjà en place parmi les Etats latins d'Orient.

Une autre théorie en fait la tête conservée d'Hugues de Payns, selon un témoignage d'un frère templier conservé dans les archives du Vatican[7]. Cependant, rien ne permet de donner foi à ce témoignage, non plus qu'il est possible de l'infirmer ou de vérifier l'existence réelle de ce témoignage (passé par l'historien Heinrich Finke, lui-même cité par l'abbé Pétel).

Culte autour de Baphomet[modifier | modifier le code]

Selon certaines sources invérifiables car légendaires, le culte de Baphomet aurait eu lieu durant les rites secrets des Templiers. L'effigie de Baphomet était sortie et montrée à tout le monde, sous la lumière de bougies noires. Très laide, elle provoquerait l'effroi en la voyant. Durant certains rites, les Templiers embrassaient la tête puis l'entourait de cordelettes ; celles-ci étaient par la suite portées autour d'eux-mêmes. Cette pratique serait issue d'une coutume palestinienne qui voulait que ces cordelettes aient des propriétés magiques telles que la guérison des malades[4].

Un baphomet est représenté sur la partie inférieure d'un vitrail de la chapelle de la Commanderie de la Villedieu à Élancourt, mais celui-ci a été ajouté librement par les personnes ayant effectué la restauration de la chapelle en 2012, car aucun des vitraux d'origine n'a été retrouvé. Rien ne permet donc d'attester qu'une telle représentation était présente sur les vitraux templiers d'origine.

Le culte de Baphomet serait à rapprocher du johannisme qui consiste à renier le Christ pour ensuite mieux le servir[8].

Baphomet dans les arts[modifier | modifier le code]

Le Baphomet, Paris, Mercure de France, 1965. Roman de Pierre Klossowski.

La figure de Baphomet a été reprise au XIXe siècle par certaines personnalités du mouvement de l'occultisme et de l'hermétisme. Par la suite le personnage de Baphomet fait de nombreuses apparitions dans les films, les jeux vidéo et les jeux de rôle, en tant que méchant démoniaque à vaincre.

Le plasticien, graphiste, illustrateur, sculpteur et designer suisse Hans Ruedi Giger a utilisé l'image de Baphomet dans de nombreuses œuvres (la série des "Necronom").

L'Empire du Baphomet est un roman de science-fiction de Pierre Barbet paru en 1972.

Le Baphomet apparaît aussi dans le manga de Kentaro Miura Berserk, de la dark fantasy et où des sectes lui vouent un culte bestialement sexuel.

Baphomet apparaît en tant que dieu du peuple de la nuit dans le film Cabal (Nightbreed) de Clive Barker, tiré du roman Cabal de ce dernier. Dans le film d'épouvante américain Return to House on Haunted Hill, suite non distribuée sur le sol français de La Maison de l'horreur, la statuette de Baphomet est le cœur du sinistre hôpital psychiatrique à l'abandon.

La formation de New Wave of British Heavy Metal (NWOBHM) Angel Witch utilise l'image de Baphomet comme symbole pour le groupe. "Baphomet" est également le titre d'un morceau exclusif à la compilation "Metal for Muthas" publiée en décembre 1979.

Baphomet apparaît en artwork de l'album In Sorte Diaboli de Dimmu Borgir.

Le groupe de black metal Dark Fortress a une pièce intitulée Baphomet sur l'album Eidolon.

Le groupe de black metal italien Malfeitor a une pièce intitulée Baphomet sur l'album Unio Mystica Maxima.

« Streaks of blood (Baphomet) » est une chanson de Dying Fetus sur l'album Grotesque Impalement.

Baphomet est un prince démon dans l'univers de Donjons et Dragons, et règne sur la 600e strate des Abysses.

Baphomet dans les jeux vidéo[modifier | modifier le code]

Ci-dessous une liste non-exhaustive de jeux vidéo dans lesquels le mythe de Baphomet est évoqué:

  • Il a été repris dans un jeu vidéo sur les Templiers : Les Chevaliers de Baphomet. Il n'apparaît pas dans les jeux suivants même si le titre est resté pour la série qui se nomme en anglais Broken Sword.
  • Il a été repris dans le jeu vidéo en ligne Ragnarok Online, où il est désigné comme le mal absolu.
  • Il apparaît dans le jeu vidéo Shin Megami Tensei: Lucifer's Call dans lequel il fait partie des nombreux démons recrutables et jouables dans l'équipe du héros. Son design semble directement inspiré de l'illustration d'Éliphas Lévi.
  • Il apparaît dans le jeu Darklands de Microprose
  • Il apparaît dans le jeu vidéo online nommé Lineage : il y est considéré comme un démon. On peut y retrouver aussi Beleth qui serait un frère ou une sœur de Baphomet.
  • Il se retrouve dans le jeu d'aventure Post Mortem édité par la société Microïds.
  • Il joue le rôle de boss de fin du jeu Silent Hill et se nomme Incubus.

Notes / Références[modifier | modifier le code]

  1. Hugh Schonfield, The Essene Odyssey: The Mystery of the True Teacher and the Essene Impact on the Shaping of Human Destiny, Tisbury, Element Books, 1984, p. 164.
  2. (en) Michael Routledge, The Troubadours : An Introduction, Simon Gaunt and Sarah Kay, Cambridge University Press,‎ 1999, p. 112
  3. Mentionné par Salomon Reinach, Cultes, mythes et religions (édition établie par Hervé Duchêne), Robert Laffont, 1996 (ISBN 2-221-07348-7) p.1015.
  4. a, b et c (fr) Elmar Gruber, Peter Fiebag, Les grands mystères de ce monde, France Loisirs (ISBN 2-7441-6316-3)
  5. Georges Poisson, Histoire de l'Architecture à Paris, Paris, 1997, p. 443. L'auteur précise que cette sculpture date de la restauration menée dans les années 1841-1843.
  6. Documentaire Arte
  7. Le témoignage d'Etienne de Troyes, qui serait contenu dans les archives du Vatican, explique que "cette tête m'a paru être de chair depuis le sommet jusqu'au nœud du cou, avec des cheveux blancs, sans placage d'or ni d'argent. La face était également de chair ; elle m'a paru très livide et très pâle, avec une barbe de poils noirs et blancs, semblable à celle des Templiers. J'ai ouï dire que cette tête était celle du premier grand maître du Temple, Hugues de Paynes (sic). Du nœud du cou jusqu'aux épaules inclusivement, elle était incrustée d'or, d'argent et de pierres précieuses".
  8. (fr) Pierre Ripert, Dictionnaire du diable des démons et sorciers, Maxi-Poches Références,‎ 2003 (ISBN 2743432829)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]