Ours des cavernes

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Ursus spelaeus

Ursus spelaeus

Description de cette image, également commentée ci-après

Reconstitution d'ours des cavernes

Classification
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Mammalia
Ordre Carnivora
Famille Ursidae
Sous-famille Ursinae
Genre Ursus

Nom binominal

Ursus spelaeus
Rosenmüller et Heinroth, 1794

L'ours des cavernes (Ursus spelaeus) est une espèce d'ours de grande taille qui a vécu au Pléistocène supérieur dans une grande partie de l'Europe, depuis le sud de l'Angleterre jusqu'au Caucase. Les mâles atteignaient 1,30 m au garrot et 3,50 m de haut en position dressée. Ils pesaient autour de 450 kg, le triple du poids d'un ours brun de taille moyenne. Outre la taille, les ours des cavernes sont faciles à différencier des ours bruns (avec lesquels ils ont coexisté pendant presque toute leur existence) par leur museau moins développé et leur front fuyant et bas. Leurs canines, même si elles sont bien développées, le sont beaucoup moins que leurs molaires puissantes, preuves d'un régime fondamentalement végétarien et avec un apport carné plus restreint que pour la majorité des ours.

Les pattes avant sont plus longues et plus robustes que les pattes arrière, ce qui donne à l'animal un profil surbaissé à l'arrière-train.

En mai 2005, des chercheurs de Californie sont parvenus (par séquençage) à analyser de l'ADN d'ours de cavernes extrait d'ossements découverts dans les Alpes et datant de plus de 40 000 ans.[réf. souhaitée]

L’ADN mitochondrial d’un ours Ursus deningeri, très proche parent de l’ancêtre de Ursus spelaeus, voire l’ancêtre direct, découvert sur le site préhistorique d’Atapuerca, en Espagne datant de 300.000 ans a aussi été séquencé en 2013[1].

Anatomie[modifier | modifier le code]

L'ours des cavernes avait un crâne très large, en dôme, avec un front prononcé. Son corps trapu avait de longues cuisses, des tibias massifs et des pieds tournés vers l’intérieur, ce qui le faisait ressembler par la structure de son squelette à l'ours brun[2]. Les Ours des cavernes étaient comparables en taille aux plus grands ours actuels. Le poids moyen pour les mâles était de 400 à 500 kg, tandis que les femelles pesaient de 225 à 250 kg[3]. 90 % des squelettes d'ours des cavernes dans les musées sont considérés comme mâles en raison d'une idée fausse selon laquelle les squelettes femelles étaient simplement des « nains ». Les ours des cavernes croissaient en taille pendant les glaciations et devenaient plus petits pendant les interglaciaires, probablement pour réguler leur taux de déperdition de chaleur[4]. Au cours de la dernière période glaciaire les ours des cavernes ont perdu les deux ou trois prémolaires que possèdent généralement les autres ours ; en compensation, la dernière molaire s’est considérablement allongée, avec des cuspides supplémentaires[5]. L'humérus de l'ours des cavernes était semblable en dimension à celui de l'ours polaire, comme l’étaient les fémurs de femelles. Les fémurs des ours des cavernes mâles, en revanche, présentaient plus de similitudes par la taille avec ceux des ours kodiak[3].

Habitat[modifier | modifier le code]

Squelette d'ours des cavernes
Crâne et atlas

Les ours des cavernes ont évolué à partir de l'espèce Ursus deningeri, découverte en Europe dans un grand nombre de gisements du Pléistocène moyen, et dont dérivent aussi les ours bruns actuels. L'espèce est apparue il y a 250 000 ans et elle s'est éteinte voici un peu plus de 10 000 ans. Pendant cette période, son habitat se restreignait strictement aux forêts mixtes du continent européen, en évitant les plaines herbacées et les zones de végétation méditerranéenne. Avec des goûts si exclusifs, il ne faut pas s'étonner que l'espèce n'ait jamais abondé dans l'Europe glaciaire, froide, sèche et dépourvue de forêts. Les principales populations se trouvaient dans le Nord de l'Espagne, la France, le Sud de l'Angleterre et de l'Allemagne, le Nord de l'Italie, les Balkans, la Crimée et le Caucase, dans les zones montagneuses et protégées des vents froids du nord qui servaient de refuge aux dernières forêts du continent. Une telle diminution des secteurs boisés pendant les maxima glaciaires contraignait les populations d'ours des cavernes à vivre souvent isolées et les exposait à la consanguinité.

Comme les ours bruns, les ours des cavernes étaient des animaux solitaires. Après s'être réveillés au printemps de leur longue hibernation, ils passaient la bonne saison à se nourrir, essentiellement d'herbes, de fruits et de feuilles, qu'ils écrasaient avec leurs molaires puissantes. Le rut devait se produire en été, puisque les fossiles découverts indiquent que les oursons naissaient pendant l'hiver, comme c'est le cas pour les autres espèces d'ours actuelles. À la fin de l'automne, les ours cherchaient des grottes où passer l'hiver. Si l'année avait été mauvaise, il n'était pas rare que l'ours mourût de faim pendant l'hibernation par manque de réserves. C'est précisément au fond des grottes qu'on a trouvé la plupart des restes d'ours des cavernes, et c'est la raison pour laquelle ils ont reçu leur nom.

Relation avec l'homme paléolithique[modifier | modifier le code]

Les ours des cavernes devaient se battre avec de nombreux autres animaux pour se réserver un refuge où passer l'hiver : parmi eux de grands carnivores comme les ours bruns, les hyènes géantes et les lions des cavernes. Les grottes leur étaient aussi disputées par les hommes du Paléolithique, aussi bien les Néandertaliens que les Homo sapiens. En outre, les découvertes archéologiques montrent que les ours des cavernes, malgré leur taille et leur force, servaient assez souvent de gibier quand les hommes partaient en chasse ; le gisement anglais de Boxgrove semble indiquer la grande ancienneté de cette pratique, puisque voici déjà 480 000 ans, les ancêtres des ours des cavernes (Ursus deningeri) pouvaient être victimes des ancêtres des Néandertaliens (Homo heidelbergensis). Les chasseurs évitaient d'affronter les mâles adultes trop puissants et réservaient leurs attaques aux jeunes et aux femelles[réf. nécessaire]. Certains indices tendent à prouver qu'un possible tabou porta peut-être sur le nom de l'ours dès le Paléolithique supérieur[6].

Analyse génétique[modifier | modifier le code]

D'un sternum vieux de 32 000 ans, découvert dans la grotte Chauvet, des chercheurs français ont réussi à extraire l'ADN mitochondrial et l’ont comparé avec celui d'un ours brun des Pyrénées. D'après les résultats de cette étude publiée en 2008, les ours des cavernes sont étroitement apparentés aux ours polaires et aux ours bruns ; les trois genres proviennent donc d’un ancêtre commun[7]. Tous les autres genres actuels d'ours proviennent d'une autre branche de l'arbre généalogique des ours.

À l’intérieur de cette lignée d'ours des cavernes il existe trois formes nettement distinctes sur le plan génétique qui sont parfois considérées comme des espèces indépendantes du pléistocène tardif. Les formes d’Europe occidentale sont généralement identifiées, comme « Ursus spelaeus » pendant que les ours des cavernes de l'Europe orientale sont qualifiés d'« Ursus ingressus ». L'espace alpin constitue la frontière entre ces deux premières formes. La troisième connue vivait dans le Caucase. Ceux-là, qui se distinguent sur le plan génétique d’une façon particulièrement nette du reste des ours des cavernes ont reçu le qualificatif d'« Ursus deningeri kudarensis ». Ce n’est que dans un passé récent que des restes d'ours de caverne d'Asie septentrionale et centrale ont à leur tour été connus. Une espèce découverte au Nord de la Sibérie a été identifiée par des analyses d'ADN comme proche parente des ours des cavernes caucasiens. De façon étrange les ours des cavernes des monts Altaï se sont révélés en étroite parenté avec les ours des cavernes de l’Europe de l’Ouest[8].

L'ours des cavernes dans la fiction[modifier | modifier le code]

L'ours des cavernes est un symbole important dans la série romanesque Les Enfants de la Terre de Jean M. Auel. Il y représente, entre autres, l'avatar d'Ursus, une divinité néandertale.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) A. Arguant et E. Crégut-Bonnoure, « Famille des Ursidae », dans Les grands mammifères plio-pléistocènes d'Europe, Masson, coll. « Préhistoire », Paris, 1996. (ISBN 2-225-84951-X);
  • (fr) Lequatre Paul, Le repaire d'ours des cavernes et son industrie moustérienne, I. Le repaire d'ours des cavernes et son industrie moustérienne. In : Gallia préhistoire. Tome 9 fascicule 1, 1966. Pp. 1-83. DOI : 10.3406/galip.1966.2188 ;
  • (en) Hänni C, Laudet V, Stehelin D, Taberlet P (1994) Tracking the origins of the cave bear (Ursus spelaeus) by mitochondrial DNA sequencing. Proceedings of the National Academy of Sciences, USA, 91, 12336–12340 ;
  • (en) Orlando L, Bonjean D, Bocherens H et al. (2002) Ancient DNA and the population genetics of cave bears (Ursus spelaeus) through space and time. Molecular Biology and Evolution, 19, 1920–1933.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Quentin Mauguit, Futura-Sciences le 11/09/2013
  2. (en) Brown, Gary, Great Bear Almanac,‎ 1996 (ISBN 1558214747, lire en ligne), p. 340
  3. a et b (en) Per Christiansen, « What size were Arctodus simus and Ursus spelaeus (Carnivora: Ursidae)? », Annales Zoologici Fennici, vol. 36,‎ 1999, p. 93–102 (lire en ligne)
  4. (en) Macdonald, David, The Velvet Claw, New York, Parkwest,‎ 1992 (ISBN 0563208449, lire en ligne), p. 256
  5. Gli orsi spelèi delle Conturines/ Ursus Spelaeus. Altabadia.it. Consulté le 26 septembre 2011.
  6. Julien d'Huy (2013). "L'Oreille de l'Ours." Mythologie française 250: 10-14.
  7. Céline Bon et. al. : Deciphering the complete mitochondrial genome and phylogeny of the extinct cave bear in the Paleolithic painted cave of Chauvet. Proceedings of the National Academy of Sciences of the USA (PNAS), 2008, DOI:10.1073/pnas.0806143105
  8. M. Knapp, N. Rohland, J. Weinstock, G. Baryshnikov, A. Sher, D. Nagel, G. Rabeder, R. Pinhasi, H. a Schmidt, and M. Hofreiter, « First DNA sequences from Asian cave bear fossils reveal deep divergences and complex phylogeographic patterns » in Molecular ecology, vol. 18, Mar. 2009, pp. 1225-38.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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