Noirs en France

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Noirs en France

Populations significatives par région
Autres
Régions d’origine

BlankMap-Africa.svg Afrique
Middle America relief location map.png Caraïbes

Langues

français, créoles, langues africaines

Religions

Principalement le christianisme et l'islam

Ethnies liées

Divers peuples d'Afrique subsaharienne (principalement d'Afrique de l'Ouest)

Les Noirs en France sont, selon certaines organisations comme le Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN), une catégorie de citoyens ou de résidents français d'ascendance africaine subsaharienne, afro-caribéenne ou afro-américaine.

Période coloniale[modifier | modifier le code]

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L'histoire coloniale française a eu pour conséquence qu'à la fin des années 1950 il y avait plusieurs dizaines de millions de citoyens français noirs en Afrique et dans les Caraïbes, et un nombre indéterminé en métropole, où la présence de Noirs était déjà attestée depuis le XVIe siècle, comme dans d'autres pays européens[1]

« On peut s'appuyer sur les recensements qui font passer la population d'Afrique subsaharienne résidant en métropole de 13 517 personnes en 1946 à 17 797 personnes en 1962. »[2]

Un grand nombre d'intellectuels (Sartre, Aron, Camus, Gide, Monod, Leiris, etc.) soutiennent le lancement de la revue Présence africaine, fondée en 1947 par le sénégalais Alioune Diop. « En septembre 1956, la presse se fait largement l'écho du premier Congrès international des écrivains et des artistes noirs, organisé par Alioune Diop dans l'amphithéâtre Descartes de la Sorbonne. »[2]

Dès l'après-guerre, on assiste à une richesse des débats parmi les « afro-parisiens » : Abdoulaye Sadji, Nini, 1956 (l'impasse de l'assimilation) ; Ferdinand Oyono, Une vie de boy, 1956 (les méfaits de la colonisation) ; Birago Diop, Les contes d'Amadou Koumba, 1947 (la découverte de la tradition orale) ; Camara Laye, L'Enfant noir, 1953 (la célébration des valeurs villageoises) ; Sembène Ousmane Ô pays, mon beau peuple, 1957 (l'exaltation des cultures africaines) ; Bernard Dadié, Un nègre à Paris, 1959 (l'expérience européenne des étudiants africains). Selon les estimations du ministère de l'Éducation nationale, le nombre d'étudiants africains ne cesse d'augmenter : 250 en 1946, 800 en 1950, 2000 en 1955, 5 500 en 1960[3].

Tout ceci[Quoi ?] concourt, écrit Philippe Dewitte, au fait que « le paternalisme existe lui aussi toujours, mais il est incontestablement moins affirmé qu'il ne l'était dans les années 1920 et 1930, quand « le Noir » était symbolisé par les tirailleurs et le parler « p'tit nèg’ », par les pseudos « cannibales » du jardin d'Acclimatation, par les exhibitions de l'exposition coloniale, par les spectacles de Joséphine Baker et les bals nègres où la bonne société parisienne n'hésitait pas à s'encanailler. »[4]

Cependant, le racisme existe malgré tout. Alexandre Biyidi, écrit en 1953 dans Présence africaine : « A-t-on jamais évalué la proportion de chances, pour un Africain, de se trouver un emploi dans ce pays ? La France n'est pas un pays raciste ! C'est si vite dit. On ne lynche pas les gens ici ! »[5].

Dans L'enquête sur les étudiants noirs en France (Réalités africaines, 1962), Jean-Pierre Ndiaye demande l'avis des africains sur différentes questions ; il en ressort que 34,4 % des enquêtes portent un jugement favorable sur les Français, parmi lesquels 14,6 % en comparaisons avec les Français d'Afrique[6].

Afrocentrisme et suprémacisme noir en France[modifier | modifier le code]

Contestation du terme[modifier | modifier le code]

L'écrivain Gaston Kelman écrit dans Au-delà du noir et du blanc « Je ne me réveille pas tous les matins au son du djembé. Je ne me réveille pas avec sur le visage le crachat qu'a pris mon père colonisé. Je ne me réveille pas le corps meurtri par les coups qu'ont reçus les ancêtres des Noirs américains ou des Noirs antillais. Je voudrais cesser d'être un Noir. Je voudrais être tout simplement un homme. »[7]

Statistiques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Statistiques ethniques.

Bien que le recueil de données sur l'ethnicité et la race soit un tabou en France (mais non illégal, contrairement à ce que l'on croit souvent), des estimations démographiques diverses existent[8].

Une source indique qu'il y avait 1,5 million de personnes noires en France en 2005[9], tandis qu'une étude du CRAN évoquait en 2007 1,865 millions (de plus de 18 ans), soit l'équivalent d'un peu moins de 4 pour cent de la population des plus de 18 ans[10]. Un article de 2008 paru dans le New York Times indiquait des estimations variant entre 3 et 5 millions[11]. On estime que quatre personnes sur cinq noirs en France sont d'origine africaine, le reste étant d'origine des Caraïbes ou les Afro-Américains en France (en)[12],[13].

Selon une étude de l'Insee publiée en 2012, les immigrés d'Afrique subsaharienne et leurs enfants (2e génération uniquement) sont 1 239 000 en 2008. Ce chiffre n'inclut pas la 3e génération. D'autre part, 364 800 personnes nées dans un département d’outre-mer vivent en France métropolitaine en 2008 (ce chiffre n'inclut pas leurs enfants nés en métropole et qui représentent environ le même nombre que celui de leurs parents)[14],[15],[16].

Selon Jean-Paul Gourévitch, il y a en France métropolitaine, en 2008, environ 2,4 millions de personnes noires originaires d'Afrique subsaharienne et de l'Océan indien et de 700 à 900 000 Domiens soit au total entre 3 et 3,5 millions de personnes noires en France métropolitaine soit 5% de la population totale[17].

Certaines organisations, telles que le Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN), ont plaidé en faveur de l'introduction de la collecte de données sur les groupes minoritaires, mais cela a été combattu par d'autres organisations et les politiciens au pouvoir, souvent sur les motifs que la collecte de ces statistiques va à l'encontre des principes laïques de la France et renvoie à des documents d'identité de l'époque du régime de Vichy[18],[19],[20]. Lors de l'élection présidentielle de 2007, cependant, Nicolas Sarkozy a été interrogé sur la question et a déclaré qu'il était favorable à la collecte de données sur l'appartenance ethnique[21]. Une partie d'un projet de loi parlementaire qui aurait permis la collecte de données dans le but de mesurer la discrimination a été rejetée par le Conseil Constitutionnel en novembre 2007[8].

Il faut toutefois être très prudent concernant l'utilisation de ces chiffres, certainement faussés par la qualification de "noir". Comme pour les États-Unis, la question qui se pose est : à partir de quand est-on considéré comme noir ? De plus, il n'a jamais existé de loi équivalente à la one drop rule en France, qui signifierait qu'un individu ayant une goutte de sang est noir est automatiquement noir. Autrement dit, il y a les chiffres d'un côté, de l'autre côté il y a aussi le schéma mental de ceux et celles qui produisent ces chiffres. S'il n'a jamais été contesté dans l'histoire de France que Gaston Monnerville ou Alexandre Dumas étaient de couleur, ils n'ont jamais (ou si peu) étés assimilés au "monde noir". Ce n'est que depuis quelques années qu'on commence à utiliser ce terme pour les qualifier, ce qui n'est pas sans poser quelques problèmes en France. La liste des personnalités noires de France est donc à lire avec prudence, dans la mesure où l'élément métis est un élément constitutif de l'identité française, bien plus établi sur la durée et dans les mentalités qu'aux États-Unis.

Personnalités[modifier | modifier le code]

Politique[modifier | modifier le code]

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Severiano de Heredia, né à La Havane, Cuba, le 8 novembre 1836 et mort à Paris le 9 février 1901, devint membre du conseil municipal de Paris pour le quartier des Ternes ( arrondissement de Paris) à partir d'avril 1873, président du conseil municipal de Paris en 1879, puis fut élu en août 1881 à la Chambre des députés (premier mandat sous l'étiquette de l'Union républicaine, second mandat sous celle de la Gauche radicale). Il devint ministre des Travaux publics du 30 mai 1887 au 11 décembre 1887 dans le premier gouvernement de Maurice Rouvier. Il lutta entre autres pour réduire la journée de travail en usine à dix heures pour les enfants de moins de douze ans, se prononça contre le général Boulanger et intervint dans le vote des lois sur le réseau métropolitain de Paris.

Outre les politiciens noirs élus en métropole, il y a évidemment eu des dizaines de parlementaires noirs élus à l'Assemblée nationale ou au Sénat pour représenter des circonscriptions d'outremer, ainsi que des ministres, secrétaires d'État ou sous-secrétaires d'État, des gouverneurs, des préfets.

Jean-Baptiste Belley (1746-1805) fut le premier député français noir, représentant alors le département du Nord de la colonie française de Saint-Domingue à la Convention nationale puis au Conseil des Cinq-Cents.

Le Sénégalais Blaise Diagne (1872-1934) est devenu en 1914 le premier député noir d'Afrique élu à la Chambre des députés française. Il a également été le premier noir sous-secrétaire d'État aux Colonies en 1931.

Christiane Taubira, députée de Guyane, a été la première candidate noire aux élections présidentielles française, en 2002.

Politiciens noirs de métropole

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  • Élie Bloncourt (1896-1978), premier député noir de métropole (1936-1940, 1945-1947), premier conseiller général noir de métropole (1934-1940, 1945-1951), d'origine guadeloupéenne
  • Ernest Chénière (1945-), député de l'Oise (1993-1997), d'origine martiniquaise
  • Harlem Désir (1959-), député européen (1999-), de père martiniquais
  • Raphaël Élizé (1891-1945), premier maire noir de métropole (1929-1940), d'origine martiniquaise
  • Gaston Monnerville (1897-1991), premier sénateur noir de métropole (1946-1974), président du Sénat (1947-1968), maire, président du conseil général du Lot, d'origine guyanaise
  • George Pau-Langevin, députée de Paris, d'origine guadeloupéenne
  • Arthur Richards (1890-1972), conseiller général à Bordeaux (1951-1964), député de Gironde (1958-1967), d'origine guyanaise
  • Fodé Sylla (1963-), député européen (1999-2004), d'origine sénégalaise
  • Rama Yade (1976-), secrétaire d'État (2007-2010), d'origine sénégalaise
  • Kofi Yamgnane (1945-), secrétaire d'État (1991-1993), député du Finistère (1997-2002), maire de Saint-Coulitz (1989-2001), conseiller régional de Bretagne (1992-1997), conseiller général du Finistère (1994-2008) d'origine togolaise

Préfets[modifier | modifier le code]

Lors de la nomination en 2008 de Pierre N'Gahane, « premier préfet noir » selon plusieurs médias, plusieurs observateurs ont noté qu'il y en avait déjà d'autres, nommés en métropole sous la Cinquième République[22],[23], notamment

Ambassadeurs[modifier | modifier le code]

Militaires[modifier | modifier le code]

Culture[modifier | modifier le code]

Sport[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Olivier Rogez, « Interview: Pascal Blanchard, auteur de la «France noire» », Radio France internationale, 7 novembre 2011
  2. a et b Philippe Dewitte, L'immigration : l'émergence en métropole d'une élite africaine, in Pascal Blanchard et Sandrine Lemaire, Culture impériale 1931-1961, Éditions Autrement 2004, p. 202
  3. Recueil de statistiques scolaires et professionnelles, 1949-1950-1951, CNDP, Informations statistiques du ministère de l'Éducation nationale, no 29-30, mai-juin 1961. Cité dans Philippe Dewitte, L'Immigration : l'émergence en métropole d'une élite africaine, in Pascal Blanchard et Sandrine Lemaire, Culture impériale 1931-1961, Éditions Autrement 2004, p. 204. À propos de ces chiffres, Philippe Dewitte les qualifie d'« aléatoires »
  4. Philippe Dewitte, L'immigration : l'émergence en métropole d'une élite africaine, in Pascal Blanchard et Sandrine Lemaire, Culture impériale 1931-1961, Éditions Autrement 2004, p. 204-205.
  5. Alexandre Biyidi, « Problèmes de l'étudiant noir », in « Les étudiants noirs parlent... », Présence africaine, no 14, 1953, p. 22-23.
  6. Jean-Pierre Ndiaye, enquête sur les étudiants noirs en France, Réalités africaines, 1962, p. 273.
  7. Au-delà du noir et du blanc, 2005, éditions Mad Max Milo
  8. a et b (en) David B. Oppenheimer, « Why France needs to collect data on racial identity...in a French way », Hastings International and Comparative Law Review, vol. 31, no 2,‎ 2008, p. 735–752 (lire en ligne)
  9. (en) John Tagliabue, « French blacks skeptical of race neutrality », New York Times,‎ 2005-09-21 (lire en ligne)
  10. (en) « First French racism poll released », BBC News,‎ 31 janv. 2007 (consulté le 27 oct. 2009)
  11. (en) Michael Kimmelman, « For blacks in France, Obama's rise is reason to rejoice, and to hope », New York Times,‎ 2008-06-17 (lire en ligne)
  12. (en) Katrin Bennhold, « Black anchor fills top spot on French TV », International Herald Tribune,‎ 2006-08-03, p. 2 (lire en ligne)
  13. (en) « Franceblack » (consulté le 2010-04-06)
  14. Les descendants d'immigrés se sentent au moins autant discriminés que les immigrés, Insee 2012
  15. Fiches thématiques - Population immigrée - Immigrés - Insee Références - Édition 2012, Insee, octobre 2012
  16. 365 000 Domiens vivent en métropole, Insee 2012
  17. Jean-Paul Gourévitch, Les Africains de France, Acropole, 2009, p. 58
  18. (en) Tin Louis-Georges, « Who is afraid of Blacks in France? The Black question: The name taboo, the number taboo », French Politics, Culture & Society, vol. 26, no 1,‎ 2008, p. 32–44 (DOI 10.3167/fpcs.2008.260103)
  19. (en) « Black residents of France say they are discriminated against », International Herald Tribune,‎ 2007-01-31 (lire en ligne)
  20. (en) « France's ethnic minorities: To count or not to count », The Economist, vol. 390, no 8624,‎ 2009-03-28, p. 62 (lire en ligne)
  21. (en) Angelique Chrisafis, « French presidential candidates divided over race census », The Guardian,‎ 2007-02-24, p. 25 (lire en ligne)
  22. Patrick Karam, « Nicolas Sarkozy favorise l’émergence d’une élite aux couleurs de la France », Délégation interministérielle pour l'égalité des chances des Français d'outre-mer, 13 novembre 2008
  23. Pierre-Yves Lambert, « Préfets et gouverneurs français "noirs", "maghrébins", "musulmans" ou "issus de l'immigration" », Suffrage Universel, 15 novembre 2008
  24. Pierre Sabathie, "Le préfet des Landes nommé directeur de cabinet adjoint de François Hollande", Sud Ouest, 15 mai 2012
  25. Robby Judes, ambassadeur Guadeloupéen aux Comores

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pascal Blanchard, La France Noire, trois siècles de présences, Éditions La Découverte, 2011, 360 p. (ISBN 9782707169211).
  • Pierre H. Boulle, Race et esclavage dans la France de l'Ancien Régime, Perrin, 2007, 286 p. (ISBN 978-2-262-02672-1).
  • Jean-Philippe Dedieu, La parole immigrée. Les migrants africains dans l'espace public en France (1960 - 1995), Paris, Klincksieck, 2012, 336 p. (ISBN 2-252-03828-4).
  • Philippe Dewitte, Les mouvements nègres en France, 1919-1939, Paris, L’Harmattan, 1985, 415 p.
  • Trica Danielle Keaton, T. Denean Sharpley-Whiting, Tyler Stovall (dir.), Black France/France noire, The History and Politics of Blackness, Duke University Press, 2012, 344 p. (ISBN 978-0-8223-5262-4).
  • Pap Ndiaye, La condition noire. Essai sur une minorité française, Paris, Calmann-Lévy, 2008, 435 p. (ISBN 2-702-13807-1).
  • Erick Noël, Être noir en France au XVIIIe siècle, Tallandier, 2006 - 320 p. (ISBN 978-2-84734-299-4).
  • Sue Peabody, "There Are No Slaves in France": The Political Culture of Race and Slavery in the Ancien Regime, New York and Oxford: Oxford University Press, 1996. (ISBN 978-0195158663)
  • Sue Peabody, Tyler Stovall (dir.), The Color of Liberty: Histories of Race in France, Durham, NC: Duke University Press, 2003, 400 p. (ISBN 978-0822331179).
  • Michel Samuel, Le Prolétariat africain noir en France, Paris, Maspero, 1978, 262 p. (ISBN 2-7071-0980-0).


Articles connexes[modifier | modifier le code]