Camille Mortenol
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Sosthène Héliodore Camille Mortenol (1859-1930) est un officier supérieur guadeloupéen, défenseur de Paris et capitaine de vaisseau.
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Origines [modifier]
Sosthène Héliodore Camille Mortenol est né à Pointe-à-Pitre, le 29 novembre 1859. Issu d’un milieu modeste, il est le troisième et dernier enfant d’un dénommé « André » né en Afrique et a été affranchi le 23 juillet 1847, à l’âge de 38 ans par un arrêté du gouverneur. Il parvient à racheter sa liberté. Il aurait déclaré au commissaire royal qui recevait cette somme : « Vous m’avez pris sur la Terre d’Afrique pour faire de moi un esclave. Rendez-moi aujourd’hui ma liberté ! ». L’ancien esclave prit alors le nom patronymique de Mortenol. Au moment de la naissance de Camille, il exerce le métier de voilier et plus tard, selon certains documents de négociants, de maître voilier. Quant à sa mère Julienne Toussaint, elle était aussi une esclave. Elle était couturière de métier.
Formation [modifier]
Camille Mortenol étudia chez les frères de Ploërmel qui avaient alors en charge l’enseignement primaire. Puis au séminaire-collège diocésain de Basse-Terre. Ses bons résultats, notamment en mathématiques, le font remarquer par Victor Schœlcher qui lui apporte son soutien et son aide. Ainsi, il bénéficie d’une bourse et d’un passage sur un bateau pour poursuivre ses études secondaires au lycée Montaigne à Bordeaux. En 1877, Camille obtient son baccalauréat es Sciences et prépare le concours d’entrée à l'École polytechnique. Il le réussit en 1880, il est reçu 19e (sur 209 candidats) : il fait partie de la promotion X1880. Camille Mortenol fut le premier « nègre »[Note 1] à intégrer l'École polytechnique et fut accueilli en ces termes par ses camarades de promotion :
« Ah ! c'est toi le nègre. C'est bien, conscrard, continue ! Je t'ai reconnu à ta face luisante, aux reflets brillants, sur laquelle se détachent deux yeux blancs comme deux rostos de sapin dans tes ténèbres de la nuit. Si tu es nègre, nous sommes blancs ; à chacun sa couleur et qui pourrait dire quelle est la meilleure ? Si même la tienne valait moins, tu n'en aurais que plus de mérite à entrer dans la première École du monde, à ce qu'on dit. Tu peux être assuré d'avoir toutes les sympathies de tes ans. Nous t'avons coté parce que l'admission d'un noir à l'X ne s'était jamais vue ; mais nous ne songeons pas à te tourner en ridicule ; nous ne voyons en toi qu'un bon camarade auquel nous sommes heureux de serrer la main[1]. »
Une anecdote célèbre (non sourcée) veut que Mac-Mahon, visitant l’École, se soit adressé à Mortenol en lui disant : « C’est vous le nègre ?… Très bien mon ami… Continuez… ». C’est à sa sortie de Polytechnique en 1882, au rang de 18e, que Camille opte pour la carrière d’officier de la marine.
Carrière [modifier]
Sa carrière l’amène à naviguer sur toutes les mers. Embarqué dès son entrée dans la Marine nationale, il gravit régulièrement les échelons de la hiérarchie : aspirant à sa sortie de l’école (en 1882), puis lieutenant de vaisseau (en 1889). En 1894, il est affecté au corps expéditionnaire chargé de la conquête de Madagascar et à ce titre, participe à plusieurs combats terrestres, dont la prise du Fort Malgache le 2 mai 1895. Ses faits d’armes lui valent d’être fait chevalier de la Légion d’Honneur, le 19 août 1895. Il fait partie des officiers qui entourent le général Gallieni chargé de la « Pacification » de Madagascar. En 1890 et 1898, Camille se spécialise en suivant une formation sur le vaisseau-école des torpilles, l’Algésiras, et obtient un brevet de torpilleur, domaine dans lequel il se distingue particulièrement selon les rapports de sa hiérarchie. En 1904, il est capitaine de frégate. En juillet 1911, il est officier de Légion d’Honneur. Et en 1914, il devient capitaine de vaisseau.
Militaire, homme de la 3e République, il participe en qualité d’officier, à plusieurs reprises aux campagnes de guerre menés par la France dans le cadre de sa politique coloniale : Madagascar (de 1884 à 1886 & de 1896 à 1898) et Ogoue au Gabon (1901).
De 1904 à 1909 il sert en Extrême-Orient. Là, il reçoit le commandement de la 2e Flottille des Torpilleurs des mers de Chine (1907). De retour en métropole en 1909, il est affecté à Brest jusqu’au début de la première Guerre Mondiale, après plus de 20 ans passés en mer. Il occupe différentes fonctions à l’état-major et prend le commandement de la défense fixe de Brest en 1911.
Officier très apprécié pour ses compétences, il a parfois été confronté aux préjugés. Si certaines notations de ses supérieurs ne louaient que ses capacités et le proposent pour l’avancement, sa couleur a pu perturber l’accomplissement de sa carrière, notamment pour l’obtention d’un poste de commandant qu’il reçoit en 1881. Bien qu’il ne soit revenu qu’une fois en Guadeloupe (fin 1889 il y a passé plusieurs semaines de convalescence), il a toujours gardé des liens avec son île natale, rédigeant plusieurs articles pour des journaux locaux tels que Les Nouvellistes et fréquentant les Guadeloupéens installés à Paris. Il y épouse en 1902 Marie-Louise Vitalo, guyanaise d’origine.
Mortenol en action [modifier]
Au début de la Première Guerre mondiale, Camille Mortenol est toujours en poste à Brest. Mais, lorsque la menace allemande pèse sur la capitale, les autorités militaires, à l’initiative du général Gallieni, gouverneur militaire de Paris, font appel à lui (1915). En 1915, ils confient à Mortenol la direction du service d’aviation maritime du camp retranché de Paris, en fait la responsabilité de la défense antiaérienne de Paris. C’est donc à un officier de marine, ayant une qualification de torpilleur, que la direction de la Défense Contre-Aéronefs (DCA) du Camp retranché de Paris a été confiée. Mortenol aurait notamment utilisé les projecteurs de grande puissance pour déceler les avions allemands qui attaquaient la nuit. Oriol n’hésite pas à écrire que « c’est à lui et à Gallieni que Paris doit son salut ». En 1917, alors qu’il a atteint l’âge de la retraite, Camille est maintenu dans ses fonctions et nommé Colonel d’artillerie de réserve. Il est démobilisé le 15 mai 1919 et définitivement rayé des cadres de l’armée le 10 janvier 1925. En reconnaissance des services rendus à la patrie, il est promu au grade de commandeur de la Légion d’Honneur, le 16 juin 1920, avec la citation suivante :
« Officier supérieur du plus grand mérite, à son poste jour et nuit pour veiller sur Paris, assure ses fonctions avec un rare dévouement et une compétence éclairée ». Mortenol est décrit par un journal, L’Effort colonial, comme un officier supérieur aussi distingué que cultivé. Mais le même journal reconnaît que la récompense a été tardive. Mortenol vécut sa retraite à Paris où il mourut le 22 décembre 1930.
Mémoire [modifier]
- En 1959, une plaque commémorative a été apposée par les soins de la municipalité de Pointe-à-Pitre sur sa maison natale.
- Une cité, située dans la partie Est de Pointe-à-Pitre, porte le nom de cité Mortenol.
- Une rue de Pointe-à-Pitre porte le nom du commandant Mortenol; elle va de la Place de la Victoire au rond-point Mortenol.
- Une rue du 10e arrondissement de Paris est appelée rue du Commandant-Mortenol
- Il est enterré au cimetière de Vaugirard (division 5)
News [modifier]
Le 17 janvier 1931, quelque temps après la mort de Mortenol, tous les journaux annoncent la nouvelle ! :
Une douloureuse et triste nouvelle arrivée par le courrier, nous a consternés, et nous en sommes surs, peinera tous nos compatriotes : notre compatriote, le Commandant Mortenol, est décédé à Paris, dans sa 72e année, le 22 décembre dernier. Né à Pointe-à-Pitre, il avait fait ses études chez les frères Ploërmel, et, après un cours passage dans un lycée métropolitain, Camille Mortenol avait été admis au concours d’entrée de l’École Polytechnique. À sa sortie, à une époque où la marine de guerre était le corps aristocratique par excellence, il choisit la carrière d’officier de marine où il affirme des connaissances et des qualités qui forcèrent l’admiration et le respect de ses pairs. Politiquement, il n’était pas des nôtres, mais il appréciait les efforts réalisés en vue de l’affranchissement du prolétariat guadeloupéen d’où il était sorti. Presque mensuellement, il nous adressait quelques mots d’encouragement, et il lui est arrivé parfois de donner quelques articles à ce journal.
Il sera regretté, même par ceux qui ne le connaissaient pas, car pour tous les fils d’affranchis de 1848, le Commandant Mortenol était un drapeau vivant, un symbole : il avait péremptoirement prouvé l’inanité de la théorie des races inférieures et avait porté un rude coup au préjugé de couleur, à une époque ou le Noir, pour certains, n’avait aucun mérite et n’était pas digne, par conséquent d’aucune considération.
Annexes [modifier]
Notes et références [modifier]
Notes [modifier]
- Il y eut néanmoins avant lui Auguste-François Perrinon (X 1832, métis martiniquais fils d'une esclave affranchie) et Charles Wilkinson (X 1849, créole martiniquais)
Références [modifier]
- Albert Lévy et G. Pinet (préf. Armand Silvestre), L'argot de l'X illustré par les X, Paris, Emile Testard, 1894, 327 p. [lire en ligne (page consultée le 6 janvier 2013)], p. 126
Bibliographie [modifier]
- Jean-Claude Degras, Camille Mortenol, Éditions Le Manuscrit, 2008, 328 p. (ISBN 230421147X et 9782304211474) [lire en ligne]
- Oruno D. Lara, Mortenol: Un colonisé exemplaire, 1856-1930, Éditions L'Harmattan, 2010, 129 p. (ISBN 2296110738 et 9782296110731) [lire en ligne]
Article connexe [modifier]
Lien externe [modifier]
- (fr) Fichedes officiers - Espace Tradition de l'Ecole Navale]