Hégésippe Jean Légitimus

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Hégésippe Légitimus en 1911.

Hégésippe Jean Légitimus (1868-1944), député français, conseiller général et maire de Pointe-à-Pitre, fondateur principal du mouvement socialiste de la Guadeloupe a marqué fortement la vie politique française au début du XXe siècle où on l'affuble du surnom de Jaurès Noir[1]. Il fut le premier Noir à siéger à l'assemblée parlementaire depuis Jean-Baptiste Belley (élu en 1793) aux côtés de Jules Guesde, Jean Jaurès et Léon Blum, dont il fut l'ami. Il fut l'un des plus jeunes députés français, âgé de 30 ans au moment de son mandat.

Biographie[modifier | modifier le code]

Hégésippe Légitimus porte le patronyme qui a été attribué à son grand-père Jean, après l'abolition de l'esclavage[2], par un officier d'état civil mandaté, au début de la nomination des nouveaux libres qui dura 14 années.

Né le 8 avril 1868 à Pointe-à-Pitre, fils d'un marin-pêcheur journalier disparu en mer dans la baie de Pointe-à-Pitre et d'une ouvrière agricole de Marie-Galante, il fut l'un des rares Noirs à accéder à l'enseignement secondaire au lycée Carnot de Pointe-à-Pitre grâce à une bourse[3]. Il y créa en 1891 le Comité de la jeunesse républicaine[4].

Franc-maçon à la loge « Les trinitaires » à l'Ordre de Paris et fondateur de la loge « Les égalitaires » à l'Ordre de Pointe-à-Pitre[5], il put se lancer dans la politique dans un contexte où une loge dite des Disciples d’Hiram était créée en 1836 et alors que les droits politiques avaient été octroyés aux « hommes de couleur libres » en 1831[6].

En 1870 commença une crise sucrière qui eut pour effet de concentrer les propriétés au profit des usines qui appartenaient déjà à des industriels de la métropole. Cette crise allait se prolonger jusqu'en 1914. De nombreuses familles abandonnèrent la Guadeloupe pour la métropole. Cette crise coïncida avec un nouveau mouvement politique se réclamant du socialisme. Ce courant était incarné par Hégésippe Jean Légitimus en Guadeloupe et par Joseph Lagrosillière en Martinique.

Un mouvement socialiste prit donc forme à la fin du XIXe siècle. Il était représenté par le Parti socialiste guadeloupéen dont Hégésippe Légitimus fut l'un des fondateurs. Fondateur du Parti ouvrier de Guadeloupe, il créa le journal Le Peuple en 1891, où il signa des textes de première importance comme « Grands blancs, grands mulâtres, grands nègres », ou « Nègres en avant ». Ce parti, étant le premier à défendre les ouvriers et les Noirs, devint très vite populaire.

Hégésippe Légitimus fut élu député de la Guadeloupe en 1898 (il perdit son siège en 1902 et le retrouva de 1906 à 1914), devint président du conseil général en 1899, et fut élu maire de Pointe-à-Pitre en 1904[7]. Il s'attaqua au quasi-monopole des mulâtres dans la vie politique locale, ceux-ci étant alors accusés d'agir au détriment des Noirs. Mais, pour des raisons économiques, Légitimus fut contraint à passer un accord avec les industriels, l'alliance capital-travail, ce qui lui valut de nombreuses critiques, par exemple dans « À mes frères noirs »[8] et par la presse populaire qui se déchaîna en caricatures racistes lorsqu'il arriva en métropole[9].

Hégésippe Légitimus devant le palais Bourbon vers 1930.

On le considéra pourtant pendant un quart de siècle comme le porte-parole du monde noir, le surnommant « le Jaurès noir ». En ouvrant les portes de l'instruction secondaire et supérieure aux Noirs (références?) et en soutenant la carrière politique de Gaston Monnerville et Félix Éboué, il favorisa activement l'émancipation sociale et politique du monde noir. Il était favorable à la complète assimilation politique et administrative de la Guadeloupe [10].

Invité en 1938 afin d'être fait chevalier de la Légion d'honneur[11], il fut retenu en France contre son gré à cause de la déclaration de guerre, et décéda le 29 novembre 1944 à Angles-sur-l'Anglin, où il fut enterré le 3 décembre. Ses obsèques nationales officielles eurent lieu, après le rapatriement de sa dépouille en Guadeloupe, à Pointe-à-Pitre, le 2 avril 1947. Il est actuellement enterré au cimetière de cette ville, au début de l'allée centrale, près de l'entrée de la gare routière.

Postérité[modifier | modifier le code]

Sur proposition du général de Gaulle, Président du conseil, et sous la responsabilité de Jean Sainteny, délégué du gouvernement, membre du conseil constitutionnel, sa dépouille mortelle fut ramenée à la Guadeloupe où il eut des obsèques nationales.

Plusieurs rues et boulevards de Guadeloupe portent actuellement son nom à Lamentin, Petit-Canal, Saint-Louis de Marie-Galante, Les Abymes et Pointe-à-Pitre. Sur une place de la rue Félix Éboué de Pointe-à-Pitre, un buste perpétue le souvenir de ce premier député noir. Son portrait est exposé dans plusieurs mairies du département. Une plaque commémorative est accrochée sur la façade de l'immeuble qui remplace la propriété "de Féret" dans laquelle il vécut de 1907 à 1937, rue Frébault, rappelant qu'il "fit prendre conscience à ses compatriotes des possibilités de la race noire et contribua à forger son émancipation". Un tronçon prolongeant cette grande rue a été rebaptisé "Boulevard Légitimus".

Lors de la célébration du cent cinquantenaire de l'abolition de l'esclavage, en mai 1998, plusieurs plaques commémoratives ont été inaugurées en son souvenir, devant plus de cinquante de ses descendants, la commémoration étant présidée par Gésip Légitimus, petit-fils de cet homme d'exception, qui a su à sa manière reprendre le flambeau par son combat et son travail dans le monde de l'audiovisuel afin qu'y soient présents et représentés les artistes noirs d'expression française.

Son fils Étienne Légitimus, journaliste, époux de la comédienne Darling Légitimus, avait créé la « Solidarité Antillaise » afin de défendre les intérêts de ses compatriotes et participa activement à la création du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) et de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Documentaire Noirs de France de Pascal Blanchard et Juan Gelas (2012)
  2. Émile Ropolphe Enoff, Les Parlementaires de la Guadeloupe : 1889-1958, PLB Éditions,‎ 2013, 216 p. (ISBN 978-2-35365-095-8), p. 22
  3. Historique du lycée sur le site de l'Académie de la Guadeloupe.
  4. Culture et patrimoine, Les grands hommes de l'Histoire, 9 mai 2011
  5. Jules Caplain, France en Haïti : catholicisme, vaudoux, maçonnerie, 1904, p. 63
  6. Oruno D Lara, L’Archipel Guadeloupéen, Le Monde, 29 mars 2009
  7. Assemblee Nationale - Fiche Hégésippe Jean Legitimus
  8. H. Adolphe Lara, A mes frères noirs, Éditeur : Bureaux de la "Démocratie" (Pointe-à-Pitre, (Guadeloupe)), 1901
  9. Pascal Blanchard et Juan Gélas, documentaire « Noirs de France », 2012
  10. Catherine Mayaux, Modernité de Saint-John Perse ?, Presses Univ. Franche-Comté, 2001, p. 69
  11. « Notice no 19800035/1464/69369 », base Léonore, ministère français de la Culture

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Florent Girard, Hégésippe Jean Légitimus ou l’apôtre de l’émancipation des Nègres de Guadeloupe, Point-à-Pitre, Editions Jasor,‎ 2005, 110 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Georges Boissenot, L'Affaire LÉGITIMUS et la Race Noire : Un crime politico-judiciaire (lire en ligne)