Hégésippe Jean Légitimus
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Hégésippe Jean Légitimus (1868-1944), député, conseiller général et maire de Pointe-à-Pitre, fondateur du mouvement socialiste de la Guadeloupe, a marqué fortement la vie politique française au début du XXe siècle[réf. nécessaire]. Il fut le premier noir à siéger à l'assemblée parlementaire depuis Jean-Baptiste Belley (élu en 1793) aux côtés de Jules Guesde, Jean Jaurès et Léon Blum, dont il fut l'ami.
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Biographie [modifier]
Né le 8 avril 1868 à Pointe-à-Pitre, fils d'un marin-pêcheur disparu en mer et d'une ouvrière agricole de Marie-Galante, il fut l'un des rares noirs à accéder à l'enseignement secondaire au lycée de Pointe-à-Pitre grâce à une bourse. Il y créa en 1891 le Comité de la jeunesse républicaine[1].
Franc-maçon à la loge « Les trinitaires » à l'Ordre de Paris et fondateur de la loge « Les égalitaires » à l'Ordre de Pointe-à-Pitre[2], il put se lancer dans la politique dans un contexte où une loge dite des Disciples d’Hiram était créée en 1836 et alors que les droits politiques avaient été octroyés aux « hommes de couleur libres » en 1831[3].
En 1870 commença une crise sucrière qui eut pour effet de concentrer les propriétés au profit des usines qui appartenaient déjà à des industriels de la métropole. Cette crise allait se prolonger jusqu'en 1914. De nombreuses familles abandonnèrent la Guadeloupe pour la métropole. Cette crise coïncida avec un nouveau mouvement politique se réclamant du socialisme. Ce courant était incarné par Hégésippe Jean Légitimus en Guadeloupe et par Joseph Lagrosillière en Martinique.
Un mouvement socialiste prit donc forme à la fin du XIXe siècle. Il était représenté par le Parti socialiste guadeloupéen dont Hégésippe Légitimus fut l'un des fondateurs. Fondateur du Parti ouvrier de Guadeloupe, il créa le journal Le Peuple en 1891, où il signa des textes de première importance comme « Grands blancs, grands mulâtres, grands nègres », ou « Nègres en avant ». Ce parti, étant le premier à défendre les ouvriers et les noirs, devint très vite populaire.
Hégésippe Légitimus fut élu député de la Guadeloupe en 1898 (il perdit son siège en 1902 et le retrouva de 1906 à 1914), devint président du conseil général en 1899, et fut élu maire de Pointe-à-Pitre en 1904[4]. Il s'attaqua au quasi-monopole des mulâtres dans la vie politique locale, ceux-ci étant alors accusés d'agir au détriment des Noirs. Mais, pour des raisons économiques, Légitimus fut contraint à passer un accord avec les industriels, l'alliance capital-travail, ce qui lui valut de nombreuses critiques, par exemple dans « À mes frères noirs »[5] et par la presse populaire qui se déchaîna en caricatures racistes lorsqu'il arriva en métropole[6].
On le considéra pourtant pendant un quart de siècle comme le porte-parole du monde noir, le surnommant « le Jaurès noir ». En ouvrant les portes de l'instruction secondaire et supérieure aux noirs (références?) et en soutenant la carrière politique de Gaston Monnerville et Félix Éboué, il favorisa activement l'émancipation sociale et politique du monde noir. Il était favorable à la complète assimilation politique et administrative de la Guadeloupe [7].
Invité en 1938 afin d'être ordonné chevalier de la Légion d'honneur, il fut retenu en France à cause de la déclaration de guerre et il décéda le 29 novembre 1944 à Angles-sur-l'Anglin.
Postérité [modifier]
Sur proposition du général de Gaulle, Président du conseil, et sous la responsabilité de Jean Sainteny, délégué du gouvernement, membre du conseil constitutionnel, sa dépouille mortelle fut ramenée à la Guadeloupe où il eut des obsèques nationales.
Plusieurs rues et boulevards de Guadeloupe portent actuellement son nom au Lamentin, Petit-Canal, Saint-Louis de Marie-Galante, Les Abymes et Pointe-à-Pitre. Sur le boulevard principal de cette ville, un buste perpétue le souvenir de ce premier député noir.
Lors de la célébration du cent cinquantenaire de l'abolition de l'esclavage, en mai 1998, plusieurs plaques commémoratives ont été inaugurées en son souvenir, devant plus de cinquante de ses descendants, la commémoration étant présidée par Gésip Légitimus, petit-fils de cet homme d'exception, qui a su à sa manière reprendre le flambeau par son combat et son travail dans le monde de l'audiovisuel.
Son fils Étienne Légitimus, journaliste, époux de la comédienne Darling Légitimus, avait créé la « Solidarité antillaise » afin de défendre les intérêts de ses compatriotes et participa activement à la création du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) et de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA).
Notes et références [modifier]
- Culture et patrimoine, Les grands hommes de l'Histoire, 9 mai 2011
- Jules Caplain, France en Haïti : catholicisme, vaudoux, maçonnerie, 1904, p. 63
- Oruno D Lara, L’Archipel Guadeloupéen, Le Monde, 29 mars 2009
- Assemblee Nationale - Fiche Hégésippe Jean Legitimus
- H. Adolphe Lara, A mes frères noirs, Éditeur : Bureaux de la "Démocratie" (Pointe-à-Pitre, (Guadeloupe)), 1901
- Pascal Blanchard et Juan Gélas, documentaire « Noirs de France », 2012
- Catherine Mayaux, Modernité de Saint-John Perse ?, Presses Univ. Franche-Comté, 2001, p. 69
Bibliographie [modifier]
- Florent Girard, Hégésippe Jean Légitimus ou l’apôtre de l’émancipation des Nègres de Guadeloupe, Point-à-Pitre, Editions Jasor, 2005, 110 p.
Liens externes [modifier]
- Hégésippe Jean Légitimus, sur la Base de données des députés français depuis 1789, Assemblée nationale.
- « L'humiliant apprentissage du premier député "nègre", Hégésippe Legitimus » par Gérard Noiriel, 23 février 2012.
- Henri Adolphe Lara, Contribution de la Guadeloupe à la pensée française : 1635-1935, Paris, éditions Jean Crès, 1936 [lire en ligne (page consultée le 3 janvier 2013)], p. 272 à 276