Sally Hemings

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Sally Hemings (vers 17731835) était une esclave qui vivait en Virginie en Amérique du Nord, fille de Betty Hemings. Sa mère travailla pour John Wayles, qui mourut en 1773, le père de Martha Wayles. Avec le remariage de celle-ci avec Thomas Jefferson, Sally passa au service du planteur Virginien. Martha et Sally étaient sans doute demi-sœurs.

Après la mort de Martha Jefferson en 1782, son époux Thomas Jefferson s'installa à Paris pour y être ambassadeur des États-Unis. Il fit venir sa fille aînée Mary ainsi que Sally Hemings. Une fois sa charge terminée, Jefferson rentra aux États-Unis avec Sally. Elle vécut le reste de sa vie à Monticello. Lorsque Jefferson meurt en 1826, elle s'installe à Charlottesville. Elle fut affranchie par sa fille[1]. Elle eut au total sept enfants, dont plusieurs n'atteindront pas l'âge adulte.

Controverse à propos des enfants de Sally Hemings[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Thomas Jefferson et l’esclavage.
Thomas Jefferson

On sait que Thomas Jefferson, le maître de Sally Hemings, était contre le métissage :

« The amalgamation of whites with blacks produces a degradation to which no lover of his country, no lover of excellence in the human character, can innocently consent[2] »

Il pensait même que les Noirs n'étaient pas assimilables dans la nation américaine.

Cependant, il circulait à l'époque de nombreuses rumeurs, souvent alimentées par les adversaires politiques de Jefferson, sur une éventuelle liaison avec Sally Hemings. Lorsque Jefferson était président, le journaliste James Callender avait alimenté les suspicions. On disait même que l'esclave avait donné naissance à plusieurs enfants, dont le père était Jefferson. Les fondements de ces rumeurs ont longtemps fait l'objet de débat parmi les historiens. Avec l'émergence des mouvements féministes et antiracistes aux États-Unis, plusieurs études ont été entreprises pour démontrer que Jefferson avait bien eu des enfants avec son esclave.

En 1873, Madison Hemings, l'un des fils de Sally, déclara que tous les enfants de Sally étaient de Jefferson. La ressemblance physique de ces enfants avec le troisième président américain était frappante. En outre, ils avaient été affranchis par lui. Certains expliquèrent la ressemblance en attribuant leur paternité aux neveux de Jefferson. D'autres pensaient que le père des enfants de Sally Hemings était plutôt Randolph Jefferson, le plus jeune frère de Thomas Jefferson.

Les analyses ADN, menées par le docteur Eugene Foster sur les descendants connus de Jefferson et de Sally Hemings, semblent prouver qu'Eston Hemings était bien le fils de l'ancien président et de son esclave noire[3].

Débats historiographiques[modifier | modifier le code]

Les spécialistes de Jefferson ont longtemps discuté de l'affaire Sally Hemings. Ils n'ont pas retenu les accusations de Callender, parce qu'elles étaient de toute évidence trop politiques. Dans son ouvrage sur les relations interraciales aux États-Unis (White Over Black (1968)), Winthrop Jordan concluait que la relation Jefferson-Hemings était plausible. La biographie de Jefferson écrite par Fawn M. Brodie en 1974 relançait le débat et prétendait prouver que les enfants de Sally Hemings étaient aussi ceux de Jefferson, mais elle fut critiquée pour son approche trop psychanalytique de la question ; les historiens Dumas Malone, Douglass Adair et Virginius Dabney soulignaient la fragilité des indices. Le roman de Barbara Chase-Riboud (Sally Hemings) ainsi que le film de Merchant-Ivory Jefferson à Paris présentaient au contraire la liaison du maître et de son esclave comme véridique. En 1997, le professeur de droit Annette Gordon-Reed publiait son Thomas Jefferson and Sally Hemings: An American Controversy.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Brief Biography of Sally Hemings
  2. Buckingham Hemmings
  3. Sur cette question, voir aussi le site de PBS ((en) 1998) qui fait le point sur la descendance de Jefferson ; plusieurs articles de la revue britannique Nature reviennent sur les analyses ADN des descendants de Sally Hemings : n°396 (5 novembre 1998) et n°397 (7 janvier 1999)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Thomas Jefferson and Sally Hemings: An American Controversy: Annette Gordon-Reed (University Press of Virginia, 1997)
  • Jefferson Vindicated: Fallacies, Omissions, and Contradictions In the Jefferson Genealogical Search: Cynthia H. Burton (self-published, 2005)
  • A President in the Family: Thomas Jefferson, Sally Hemings, and Thomas Woodson: Byron W. Woodson, Sr. (Praeger, 2001)
  • The Jefferson-Hemings Myth, An American Travesty: Eyler Robert Coates, Sr. (Thomas Jefferson Heritage Society, 2001)
  • "Anatomy of a Scandal, Thomas Jefferson and the Sally Story": Rebecca L. and James F. McMurry, Jr. (Thomas Jefferson Heritage Society, 2002) [1] and [2]
  • "Jefferson-Hemings Scholars Commission Report" (Thomas Jefferson Heritage Society, 2001) [3]
  • Thomas Jefferson: An Intimate History: Fawn M. Brodie (W. W. Norton, 1974)
  • Biographie de Thomas Jefferson en six volumes : Dumas Malone (Little, Brown, 1948-1981)
  • Jefferson's Children: The Story of One American Family: Jane Feldman, Shannon Lanier (Random House, 2001)
  • The Slave Children of Thomas Jefferson: Sam Sloan (Kiseido, 1992) (ISBN 4906574009)
  • Thomas Jefferson's Farm Book: Thomas Jefferson (Thomas Jefferson Foundation, 2002) (ISBN 1882886100)
  • Sally Hemings and Thomas Jefferson: History, Memory, and Civic Culture: Jan Lewis, Peter S. Onuf, editors (University Press of Virginia, 1999)