Bathilde

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Bathilde

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Sainte Bathilde, Reine de France, statue en pied (1848), Jardin du Luxembourg, Paris.

Titre

Reine des Francs

Biographie
Dynastie Mérovingiens
Naissance Vers 630
Décès 30 janvier 680
Chelles
Sépulture Abbaye de Chelles
Conjoint Clovis II
Enfants Clotaire III, Childéric II et Thierry III.

Bathilde (dite aussi autrefois Bauthieult, Bauteuch ou Baudour), née vers 630 et morte le 30 janvier 680[1] à Chelles[2], est une reine des Francs, épouse de Clovis II.

Sources[modifier | modifier le code]

Les chroniques mérovingiennes (Chronique de Frédégaire et Liber Historiæ Francorum) disent très peu de choses sur Bathilde. La principale source biographique est une Vita sanctæ Bathildis anonyme, écrite dès la fin du VIIe siècle, peu après sa mort (dite Vita A). Une version remaniée de cette hagiographie a été produite au début du IXe siècle (la Vita B) : le remaniement porte sur le style, mais consiste aussi en l'ajout de détails dans le sens de l'exaltation du personnage. Ces Vies ont eu une postérité littéraire dès le Moyen Âge : on conserve une Vie de sainte Baltelt roine, en ancien français et en prose, datant du XIIIe siècle, et un Miracle de sainte Bauteuch du XIVe siècle. Bathilde apparaît aussi comme personnage dans des romans médiévaux comme Theseus de Cologne ou Ciperis de Vignevaux (XIVe siècle).

Débuts[modifier | modifier le code]

La Vita A, source primaire, est très succincte sur ses origines : elle vint en Gaule vendue comme esclave (« vili pretio venumdata »), et sa provenance est indiquée par les expressions « de partibus transmarinis » et « ex genere Saxonum » (§ 2). Cette dernière information est confirmée par le Liber Historiæ Francorum (« accepitque uxorem de genere Saxonorum nomine Bathilde »). On en déduit qu'elle était originaire de l'Angleterre anglo-saxonne. L'hagiographe développe le thème religieux des petits et des humbles élevés aux honneurs par la Providence divine (« qui de parvis efficit magnos, immo qui de stercore elevat pauperem », etc.), ce qui fait penser à une origine très modeste du personnage. L'idée d'une origine plus illustre est glissée au passage parmi les ajouts de la Vita B (« Claro namque sanguine, licet alterius gentis serviret obsequiis »), mais rien n'est précisé. Dans la Vie de sainte Baltelt roine du XIIIe siècle, on passe à l'idée d'un lignage royal, dans un scénario romanesque : « Cheste dame fut nee de Sessoigne et estraite de roiale lignie, et fut en sa jonece ravie des mescreans ». Ce qui n'empêche pas l'auteur, peu gêné par la contradiction, de reprendre le même thème religieux que l'hagiographie : « Car il fait des petiz grans [...], si comme nous veons qu'il est aempli en ceste glorieuse roine ». En plus de l'invention d'un lignage royal, on note dans ce texte tardif une confusion entre les Saxons d'Angleterre et la Saxe continentale (Sessoigne, en anglais Saxony), qui au surplus, au VIIe siècle, n'était pas encore évangélisée.

Elle fut acquise comme servante, encore adolescente, par Erchinoald (ou Archambaut), maire du palais[3],[2], qui l'employait pour lui servir à boire dans sa chambre (« eam instituit ut sibi in cubiculo pocula porrigeret »). Selon la Vie, après la mort de sa femme, il voulut l'épouser, mais elle se déroba en se cachant. Quelque temps plus tard, elle épousa Clovis II, roi de Neustrie et de Bourgogne (peut-être en 649[4],[5]). Quant à la logique de cette série d'événements, l'hagiographe est très vague et se contente d'un commentaire religieux : par sa pudeur et son humilité auprès d'Erchinoald, elle s'est rendue digne d'une élévation encore plus grande. Certains historiens pensent qu'Archambaut l'a présentée au jeune roi (ou à sa mère Nanchtilde) pour favoriser son propre rôle politique.

La Chronique de Frédégaire qualifie Bathilde de « reginam prudentem et elegantem ». Selon la tradition, elle aurait grandement influencé son époux pour qu'il mène le royaume d'une main ferme. D'après une légende apparue vers le XIIe siècle, dite des « énervés de Jumièges », elle le poussa à sanctionner durement ses deux plus jeunes fils qui s'étaient rebellés contre lui : les nerfs des jambes brûlés, ils furent abandonnés dans une barque sur la Seine, et recueillis à l'abbaye de Jumièges. Clovis et Bathilde auraient été présents lors de leur entrée à l'abbaye. Cette histoire est invraisemblable de bout en bout (leur fils aîné Clotaire III avait cinq ans à la mort de son père), mais elle fut insérée à la fin du Moyen Âge dans les Vies latines et françaises de Bathilde.

Elle eut cinq enfants, dont Clotaire III, roi de Neustrie et de Bourgogne, Childéric II, roi d'Austrasie, et Thierry III qui succède à Clotaire III[2].

Régence[modifier | modifier le code]

À la mort de son mari, en 657, elle exerça la régence au profit du seul Clotaire et soutenue par Erchinoald, pour éviter de démembrer le royaume[3]. Mais il semble qu'elle subit la fronde des grands d'Austrasie qui voulaient leur propre souverain. Afin de conserver la paix et l'unité du Regnum, elle accepta de laisser Childéric, son second fils, monter sur le trône d'Austrasie, sous la tutelle de Wulfoald[6].

La reine ne manquait pas de conseillers ecclésiastiques. Il s'agissait de l'évêque de Rouen saint Ouen, de l'évêque de Noyon saint Éloi, de l'évêque de Paris Chrodobert et de l'abbé Genès. Elle veillait donc au respect des règles dans le clergé, et favorisait l’Église en relevant des monastères et en en fondant de nouveaux. Elle évita les conflits, veilla à l’application de la justice, et envoya des missionnaires en Allemagne[7].

Bathilde fit interdire la vente d’esclaves chrétiens sur les marchés extérieurs[6]. La reine racheta beaucoup de captifs. De plus, elle libéra de nombreux chefs de famille emprisonnés à cause de dettes fiscales, en dénonçant le principe de l'impôt payé en fonction du nombre de personnes au foyer, ce qui avait parfois pour conséquence qu'on laissait mourir les nouveaux-nés[6]. Enfin, elle combattit la simonie dans le clergé[4],[6].

Elle fonda deux monastères royaux :

De nombreux établissements religieux étaient également soutenus par la reine[6] :

Curieusement, la Vie de saint Wilfrid d'York, du moine anglo-saxon Eddius Stephanus, donne de Bathilde une tout autre image : au § 6, le jeune Wilfrid est dit être resté pendant trois ans se former auprès de « Dalfinus », évêque de Lyon, qui voulait faire de lui son héritier, mais la reine Balthide, nouvelle Jézabel, fit à cette époque exécuter neuf évêques, dont Dalfinus, et Wilfrid dut s'enfuir (« Nam illo tempore malivola regina nomine Baldhild Ecclesiam Domini persecuta est : sicut impiissima regina Gezabel prophetas Dei occidit, ita ista [...] novem episcopos occidere jussit, ex quibus unus est iste Dalfinus »). Ce « Dalfinus » n'est sûrement autre que saint Ennemond, qui fut exécuté vers 658, donc sous la régence de Bathilde. Cette histoire est reprise par Bède le Vénérable (Histoire ecclésiastique du peuple anglais, V, 19), qui précise d'ailleurs que l'évêque Dalfinus fut décapité, et qui incrimine aussi nommément Bathilde (« Namque Baldhild regina missis militibus episcopum jussit interfici »). Cependant, il est peu probable qu'une reine qui aurait fait exécuter plusieurs évêques aurait été canonisée ; les historiens modernes incriminent plutôt le maire du palais Ébroïn, connu pour ses violences.

Moniale[modifier | modifier le code]

La dernière intervention politique de la reine est mentionnée dans une charte de l'évêque d'Amiens Berthefrid datée de 664, au sujet de l'abbaye de Corbie.

La Vita Bathildis ne précise pas la raison pour laquelle la reine quitta le pouvoir. La situation autour d'elle devenait de plus en plus violente. Vers 665, l'évêques de Paris Sigebrand (Sigobrandus), l'un de ses conseillers, fut assassiné[8].

Aussi se retira-t-elle dans le monastère de Chelles fondé par elle auparavant, en dépit de sa volonté[8].

La sœur Bathilde y passa ses dernières années, en tant qu'humble religieuse servant l'abbesse Bertille, d'autres sœurs, les hôtes et notamment les pauvres.

Ayant contracté une grave maladie, elle y mourut le 30 janvier 680 ou 681, vers l'âge de cinquante ans, et fut inhumée dans un mausolée placé au fond de l'abside orientale de l'église de la Sainte-Croix près de l'abbaye de Chelles.

« Post præclara omnium virtutum opera, usque ad evangelicam perfectionem voluntarie se sancto proposito subdidit, ut vera Dei famula sub sancta religione beatam vitam feliciter consummavit. (au terme de ses actes glorieux dans le siècle, elle a recherché la perfection évangélique, et telle une servante de Dieu a achevé sa vie en moniale). »

— antienne du Benedictus de l'office auprès de l'ancienne abbaye de Chelles

Postérité[modifier | modifier le code]

Cette sainte reine mérovingienne fut entourée d'un culte par les premiers membres de la maison carolingienne. D'abord, certaines princesses devinrent abbesses de l'abbaye de Chelles fondée par elle. Surtout, le monastère accueillit Gisèle, la sœur de Charlemagne. Ensuite, la translation de ses ossements vers une nouvelle chapelle, en tant que reliques, fut effectuée le 17 mars 833 en présence de l'évêque de Paris. Enfin, la célébration définitive du 30 janvier, déjà mentionnée en 822 par l'abbé de Corbie, ainsi que celle du 17 mars, la fête de la translation, furent établies sous le règne de Louis le Pieux. Une particularité de l'office à Chelles était ses répons avec lesquels était célébrée la vie de cette sainte selon la Vita Bathildis, par exemple « elle qui avait fui le mariage avec un prince, épousa, par la volonté de Dieu, un roi pour le salut du peuple ».

Bathilde fut canonisée définitivement au XIe siècle par le pape Nicolas II.

Au regard des antiennes de la fête de sainte Bathilde, le 30 janvier, l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes adopta deux antiennes dans le tome V de l'Antiphonale monasticum sorti en 2008, la première édition critique du chant grégorien[9]. D'une part, il s'agit d'un autre texte pour le Benedictus. D'autre part, une antienne pour l'hymne Magnificat des vêpres[10] :

« S. BATHILDIS, MONIALIS (In Gallia)

Ad Laudes matutinas - Ad Benedictus (chantée avec notation) : Quam pulchra es Bathildis, et quam decora in deliciis ! in qua incundam sibi Deus habitationem præparavit. E u o u a e.

Ad Vesperas (chantéé avec notation) : Ancila fidelis et sponsa electa intravit in cor et gaudium Domini sui, cuius amore languebat. E u o u a e. »

— die 30 ianuarii

Éditions[modifier | modifier le code]

  • Vita sanctæ Bathildis ab auctore anonymo ejus æquali scripta, Patrologia Latina, vol. 87, col. 665-676.
  • Bruno Krusch (éd.), Vita A et Vita B en parallèle, Monumenta Germaniae Historica, Scriptores rerum Merovingicarum, t. II, p. 474-508 (Hanovre, 1888).
  • Anders Bengtsson (éd.), La Vie de sainte Bathilde. Quatre versions en prose des XIIIe et XVe siècle, Études romanes de Lund 54, Lund University Press, 1996.
  • Gaston Paris et Ulysse Robert (éd.), Miracles de Nostre Dame par personnages, t. VI, p. 81-167 ( = Miracle 34) (Paris, Firmin Didot, 1881).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Jacques E. Merceron, « De l'hagiographie à la chanson d'aventures : l'image de sainte Bathilde reine de France », dans Miren Lacassagne (dir.), Ce nous dist li escris... che est la verite. Études de littérature médiévale offertes à André Moisan, Presses universitaires de Provence, 2000.
  • Paule Lejeune, Les reines de France. Paris : éd. Vernal et P. Lebaud, 1989, ISBN 2-86594-042-X, p. 44
  • Régine Pernoud Les Saints au Moyen Âge, Paris, Librairie Plon, 1984. ISBN 2-259-01186-1

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Selon Robert Folz, le 30 janvier 680 ou 681, car au Moyen Âge, le changement d'année se faisait souvent à Pâques.
  2. a, b et c Christian Bouyer, Dictionnaire des Reines de France, Librairie Académique Perrin, 1992 ISBN 2-262-00789-6, p. 80-81
  3. a et b Didier Feuer et Jean d'Hendecourt, Dictionnaire des Souverains de France et de leurs épouses, p. 35 - 36, Pygmalion, Paris 2006
  4. a et b Philippe Valode, Rois, reines et favorites de l'Histoire de France, p. 14, Édition d'Archipel, Paris 2006
  5. Selon Didier Feuer et Jean d'Hendecourt (Dictionnaire des Souverains de France et de leurs épouses (2006), « à une date indéterminée ».
  6. a, b, c, d et e http://books.google.fr/books?id=PeI-zIpH4yUC&pg=PA159 Jean Heuclin, Hommes de Dieu et fonctionnaires du roi du Ve au IXe siècles (348-817), p. 159, Presses universitaires du Septentorion, 1998
  7. Vie des Saints pour tous les jours de l'année (éd. D.F.T., Argentré-du-Plessis 2003
  8. a et b http://books.google.fr/books?id=PeI-zIpH4yUC&pg=PA160
  9. http://www.abbayedesolesmes.fr/FR/editions/livres.php?cmY9MTMw
  10. Antiphonale monasticum pro diurnis horis, tome V, Abbaye Saint-Pierre de Solesmes, p. 18 - 19