Loi du 20 mai 1802

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Loi rétablissant l'esclavage en France


Présentation
Adoption et entrée en vigueur

La loi du 20 mai 1802 (30 floréal an X) est un retour sur les principes de la loi du 4 février 1794 (16 pluviôse) qui avait aboli l'esclavage sur tous les territoires de la République française. Il faut constater que cette abolition n'a pas été effective dans plusieurs colonies françaises. La Réunion a entravé son application, la Martinique l'a refusée au terme d'une insurrection royaliste similaire à celle de Vendée. Soulevée depuis le 16 septembre 1793, elle signe, représentée par le planteur Louis-François Dubuc, un accord de soumission à la royauté anglaise (traité de Whitehall). Le 6 février 1794, les Anglais entament la conquête militaire de l'île qu’ils terminent le 21 mars 1794. Les planteurs martiniquais évitent ainsi l'abolition de l'esclavage.

La loi du 20 mai 1802 concerne explicitement les territoires qui n'ont pas appliqué la loi abolitionniste du 4 février 1794, elle est liée au traité d’Amiens du 26 mars 1802 qui restitue la Martinique, Tobago et Sainte-Lucie à la France. En conséquence, elle ne s'applique ni à la Guadeloupe, ni à la Guyane, ni à Saint-Domingue. Il est donc erroné de considérer, comme il est très fréquent, qu’elle concerne un rétablissement général de l’esclavage. Il reste que les colons de Guadeloupe et de Guyane ont progressivement imposé cette interprétation erronée. C’est à eux, et à l’absence de sanctions, qu’est dû le rétablissement effectif de l’esclavage. La position de Napoléon se caractérise plus par le pragmatisme que par une inclination « idéologique » dans un sens ou un autre[1]. D’ailleurs la loi du 20 mai 1802 n’a pas eu d’effet à Saint-Domingue, sauf celui d’accélérer son évolution vers l’indépendance devenue effective le 1er janvier 1804[2].

L’intervention de Joséphine de Beauharnais, en faveur du rétablissement de l’esclavage est probablement un mythe[réf. nécessaire]. Il n’y en a pas de preuve, et il est peu vraisemblable qu’elle ait eu une influence politique sur Napoléon. Enfin son parti pris esclavagiste n’est pas démontré[citation nécessaire]. On peut par contre penser que l’influence des Britanniques et leurs alliés, rarement évoquée, a été importante pour le maintien de l’esclavage[citation nécessaire]. De fait, à Sainte-Lucie, Bonaparte a validé le rétablissement par l'Angleterre de l'esclavage en 1796, après que la France révolutionnaire l'eut aboli une année[citation nécessaire].

Préambule[modifier | modifier le code]

L’intérêt d’une présentation approfondie de cette loi du 20 mai 1802 est de rétablir une vérité historique qui concerne principalement l’interprétation de la volonté de Bonaparte. En effet il n’y a guère de doutes sur le fait qu’il existait des forces politiques puissantes voulant un rétablissement général de l’esclavage (Club de l'hôtel de Massiac). Il ne faut pas oublier que la représentation (perception - intériorisation) de l’égalité des races ne se décrète pas. La Révolution française a lancé avec le principe des Droits de l’homme une nouvelle vision dont la maturation au sein des populations ne peut qu’être lente et dont on peut se demander si elle est achevée.

Cet aspect n’a pas été ignoré des auteurs de la loi du 20 mai 1802 qui ont principalement argumenté[3] sur des aspects économiques et de relations internationales. Le colonialisme contre-révolutionnaire de Bonaparte est difficilement contestable: il a fait mettre en prison Toussaint Louverture et mis à retraite anticipée le général métis Thomas Alexandre Dumas. Ceux-ci avaient dû leur promotion en France aux travaux incessants de la Société des Amis des Noirs créée dès 1788 par Jacques Pierre Brissot avec l'appui, notamment, de l'abbé Grégoire et d'un philosophe comme Condorcet.

Rappelons que le général Dumas sera mis à la retraite anticipée de l'armée par Bonaparte en 1802 (il avait alors 40 ans). À partir de 1802, les chances de faire carrière dans l'armée française disparaissent pour les soldats et officiers noirs et métis. Quelques officiers « de couleur » n'ont pas été exclus de l'armée, par exemple le général de brigade Antoine Chanlatte, plus haut gradé parmi les officiers de couleurs après le général Dumas, l'adjudant-commandant Magloire Pélage qui sera jugé au retour de l'expédition de Saint-Domingue, aquitté et mourra durant la guerre d'Espagne, ou encore le chef de brigade (équivalent de colonel) Joseph Damingue qui sera rétrogadé au rang de capitaine et acceptera le poste peu glorieux de commandant des Pionniers noirs qu'il transformera peu à peu en unité d'élite[4].

La tentative d'asservissement perpétrée entre 1802 et 1804 à Saint-Domingue et poursuivie jusqu'en 1848 dans les autres colonies françaises ont provoqué des massacres et des atrocités. En outre, on peut considérer qu'elle est une des sources du racisme moderne: sous l'Ancien régime, le « préjugé de couleur » visait à créer une hiérarchie sociale justifiant l'esclavage, tandis qu'à partir du XIXe siècle, ce qu'on appelle aujourd'hui « racisme » vise à exclure de la société, voire à exterminer[5].

Cette question de l’esclavage a donné lieu en France à la loi mémorielle du 21 mai 2001. La question raciale sous-jacente est aussi un problème, elle assimile couramment les esclaves aux noirs en se référant au seul Commerce Triangulaire qui a enrichi des personnes de toutes races. En effet, quantitativement ce sont les populations noires qui ont été le plus concernées, non parce qu’elles étaient noires, mais parce qu’elles ont constitué une main-d'œuvre disponible à un moment historique, main d’œuvre que certains féodaux africains n’ont pas hésité à vendre[citation nécessaire].

Contexte politique[modifier | modifier le code]

Lorsque le 27 avril 1802 Napoléon demande au consul Cambacérès de préparer une loi sur l’esclavage à la suite du traité d'Amiens, le contexte politique est le suivant :

La France et l’Europe[modifier | modifier le code]

  • La France connaît sa première période de paix depuis le déclenchement de la révolution. Elle est conduite à ménager ses voisins qui tous pratiquent encore l’esclavage. Marcel Dorigny rapporte une correspondance de Napoléon liée aux négociations préliminaires[6] du traité d’Amiens[7] : « …La continuation de la traite est envisagée jusqu’à ce que le gouvernement français aura pu trouver un accord avec le gouvernement britannique et d’autres gouvernements pour supprimer la traite d’un commun accord. Les esclaves amenés par la traite seront traités comme ils le sont dans les autres colonies européennes et comme il l’étaient avant 1789 ». Il semble bien que le maintien de l’esclavage dans la Martinique restituée, ait fait l’objet de négociations spécifiques avant la restitution de ce territoire. Les différents pays européens pratiquant l’esclavage avaient peur de l’effet de contagion d’une abolition dans les territoires restitués. Il faut aussi rappeler l’accord de Whitehall[8] signé le 4 février 1793 entre les Britanniques et le royaliste Martiniquais Louis François Dubuc pour le maintien de l’esclavage[9].

La revendication autonomiste dans les colonies[modifier | modifier le code]

  • La France est confrontée à une montée des revendications autonomistes dans toutes les colonies, notamment sous l’influence du modèle américain. À Saint-Domingue et en Guadeloupe, elles ont l’accord d’une partie des colons blancs, à la Réunion la situation est fluctuante. En fait c’est le chaos partout.
    • Avec la principale colonie Saint-Domingue, il a été nécessaire de monter une lourde expédition pour faire face à la déclaration d’une constitution autonome par Toussaint Louverture, gouverneur, né esclave. Cette expédition militaire est arrivée le 29 janvier 1802, les combats viennent de s’arrêter le 17 mars 1802.
    • Pour la Guadeloupe, l’amiral Lacrosse vient d’arriver (21 novembre 1801) à la Dominique après avoir été destitué et expulsé par le chef de brigade Magloire Pélage, son aide de camp, né esclave. Celui-ci vient de constituer (10 novembre 1801) un conseil provisoire pour gouverner la Guadeloupe. Une expédition de 3500 hommes conduite par le général Richepance est prévue pour rétablir l’ordre. Elle va arriver en Guadeloupe le 5 mai 1802. Magloire Pélage se soumet, mais pas celui qu'il a nommé chef de l'arrondissement de Basse-Terre, Louis Delgrès avec qui des combats se poursuivent. Vaincu il se suicidera avec le reste de ses hommes le 28 mai 1802.
    • À La Réunion, il s’est établi en 1798 une assemblée coloniale de tendance « monarchisante[10] », elle est renversée le 4 novembre 1798 par des républicains, puis réinstallée le 8 novembre. Finalement en 1801, La Réunion se soumet de nouveau au contrôle de la République, mais sans avoir aboli l’esclavage.

L’économie des colonies se porte mal[modifier | modifier le code]

  • Saint-Domingue était la colonie la plus importante sur le plan économique, les troubles constants depuis la révolution ont réduit sa production et ses exportations dans de fortes proportions. Il en va de même dans les autres colonies. Au XVIIIe siècle, le sucre qui arrive dans les ports de métropole, principalement de Saint-Domingue, est réexporté aux 7/8° vers les pays d’Europe du Nord. Saint-Domingue et les autres Antilles sont l'usine à sucre de l'Europe, ses exportations dépassent à cette date celles des États-Unis. Toute une économie européenne aboutissait aux ports de l’Atlantique et était directement liée au commerce du sucre. L’Europe négrière fabrique des textiles, des toiles, des bateaux, sans lesquels la traite serait impossible[11]. En janvier 1792, on apprend à Paris la révolte de Saint-Domingue, la spéculation sur le sucre commence, les prix flambent, et des émeutes populaires éclatent contre la cherté du sucre[citation nécessaire].

Élaboration de la loi[modifier | modifier le code]

Napoléon Bonaparte soumet son projet au consul Cambacérès le 27 avril 1802. Dans sa lettre d’instructions, il demande la mise en place d’un statut mixte : le maintien de l’esclavage là où il n’a pas été aboli, le maintien de l’abolition là où elle a été appliquée. Cambacérès va s’entourer de l’avis du Conseil d'État, et soumettre un projet de loi au corps législatif, au tribunat et au sénat.

La loi au Tribunat[modifier | modifier le code]

  • Le 16 mai 1802 (27 floréal an X), le porte-parole du gouvernement Adet rapporte le projet devant le Tribunat. Il est l’ancien responsable du bureau des colonies sous le ministère d’Albarade. «…en rompant l’équilibre des forces…ne deviendrait-il pas comptable (le peuple), envers les autres nations, des maux que sa renonciation à l’usage commun (l’esclavage) pourrait attirer sur lui, et ne s’exposerait-il pas lui-même à tous les fléaux…? La France entend coordonner autant qu’il sera en son pouvoir, ses institutions avec celles des autres peuples pour … perpétuer la paix si nécessaire au bonheur de toutes les nations... » Le maintien de l’esclavage dans les colonies récupérées apparaît comme un gage des bons rapports renoués avec l’Angleterre[13] ; tout en reconnaissant son caractère amoral, il met aussi en avant les intérêts économiques « …Quelque horreur qu’il inspire, (l’esclavage) est utile dans l’organisation actuelle des sociétés européennes, aucun peuple ne peut y renoncer sans compromettre les intérêts des autres nations… Laissons au temps seul le soin de préparer et d’opérer dans l’organisation coloniale les changements que l’humanité réclame… En vous laissant entraîner par un sentiment qui vous honore... vous sacrifieriez aux noirs les intérêts de votre pays, en détruisant une institution nécessaire aux colonies, devenues elles-mêmes nécessaires à notre existence ». Le projet est adopté par le tribunat à la majorité de 54 voix contre 27[14][citation nécessaire].

La loi au corps législatif[modifier | modifier le code]

  • Le 18 mai 1802 (29 floréal an X) le projet est présenté au corps législatif par le conseiller d’État Dupuis « On sait comment les illusions de la liberté et de l’égalité ont été propagées vers ces contrées lointaines, où la différence remarquable entre l’homme civilisé et celui qui ne l’est pas, la différence des climats, des couleurs, des habitudes et principalement la sûreté des familles européennes, exigeaient impérieusement de grandes différences dans l’état civil et politique des personnes … Les accents d’une philanthropie mal appliquée ont produit dans nos colonies l’effet du chant des sirènes, avec eux sont venus des maux de toute espèce, le désespoir et la mort[15] ». Le projet est adopté par 211 voix contre 63[16].

La loi au Sénat[modifier | modifier le code]

  • Le 19 mai 1802 (30 floréal an X) le projet est présenté au Sénat par Jaubert sénateur de la Gironde « L’expérience nous apprend quels sont les bras qui seuls peuvent être employés à la culture aux colonies. Elle nous dit quels sont les êtres pour lesquels la liberté n’est qu’un fruit empoisonné[17] ». L’amiral Bruix continue « La liberté dans Rome, s’entourait d’esclaves… La politique, le soin de notre grandeur, nous prescrivent de ne pas briser les chaînes. ». Saint-Jean d’Angély continue « L’humanité ne veut pas qu’on s’apitoie avec exaltation sur le sort de quelques hommes et qu’on leur procure des biens douteux en exposant une partie de l’espèce humaine à des maux certains et terribles ». Le sénat jugera que la disparité de statut (maintien de l’esclavage et de l’abolition) prévue par la loi est inconstitutionnelle et invite Bonaparte à adopter un régime unique. De ce fait le texte est simplifié pour ne plus mentionner que les conséquences de l’application du traité d’Amiens, à savoir le maintien de l’esclavage dans les territoires rendus par les Britanniques (Martinique…). S’y ajoute le maintien de l’esclavage à la Réunion où il n’a jamais été aboli dans la pratique, il y a dans ce cas particulier une avancée des esclavagistes.

Commentaire sur l’élaboration de la loi[modifier | modifier le code]

On observera que les membres des corps législatifs vont, dans leurs déclarations de défense de l’esclavage, bien plus loin que Bonaparte qui lui ne se prononce pas sur les principes, et demande tout de même le maintien de l’abolition dans les colonies où l’esclavage a été aboli.[réf. nécessaire] Rappelons que les membres des corps législatifs ne sont plus à l’époque (constitution du 13 décembre 1799 – 22 frimaire an VIII) élus au suffrage universel mais sont désignés par le Sénat. On observe également qu'un conseiller d'état chargé du dossier, l’amiral Bruix, est issu d'une famille de planteurs de Saint-Domingue.

Texte de la loi[modifier | modifier le code]

Loi du 30 Floréal an X rétablissant l'esclavage en territoire français.

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS, BONAPARTE, premier Consul, PROCLAME loi de la République le décret suivant, rendu par le Corps législatif le 30 floréal an X, conformément à la proposition faite par le gouvernement le 27 dudit mois, communiquée au Tribunat le même jour.

DÉCRET.

ART. Ier Dans les colonies restituées à la France en exécution du traité d'Amiens, du 6 germinal an X, l'esclavage sera maintenu conformément aux lois et règlements antérieurs à 1789.

II. Il en sera de même dans les autres colonies françaises au-delà du cap de Bonne-Espérance (note d'édition : Les Mascareignes, c'est-à-dire principalement La Réunion et l’île Maurice).

III. La traite des noirs et leur importation dans les dites colonies, auront lieu, conformément aux lois et règlements existants avant ladite époque de 1789.

IV. Nonobstant toutes lois antérieures, le régime des colonies est soumis, pendant dix ans, aux règlements qui seront faits par le gouvernement.

Conséquences dans les colonies non concernées[modifier | modifier le code]

N'ayant pas été capturées par les Anglais, donc pas à être "restituées" à la France lors du Traité de paix, la Guadeloupe, la Guyane et Saint-Domingue (qui est à cette époque la plus importante des colonies) ne sont officiellement pas concernées par la loi du 20 mai 1802. Mais l’intrication des événements de la Guadeloupe et de Saint-Domingue a eu un effet explosif sur l’acceptation de compromis et a stimulé les conflits interraciaux.

Conséquences de la loi en Guadeloupe[modifier | modifier le code]

Ce n'est pas par la loi du 20 mai que l'esclavage y fut rétabli, mais par une véritable guerre d'extermination entre mai et juillet 1802 contre une population d'hommes et de femmes qui sous l'autorité de Delgrès refusait de se laisser asservir, au nom même des principes de liberté et d'égalité des Lumières[18]et de la Révolution française; ce que Bonaparte ne cachait d'ailleurs pas dans ses textes de mai 1802 ("comme avant 1789"). À la Guadeloupe entre juillet et août 1802 le contre-amiral Jean-Baptiste Lacrosse et le général Antoine Richepance, rétablissent progressivement l'esclavage en exacerbant le travail forcé des noirs sur les habitations et en publiant des décrets de plus en plus autoritaires. De plus la citoyenneté française est retirée à presque tous les libres de couleur et réservée aux seuls blancs (arrêté du 17 juillet 1802)[19] Le parti abolitionniste a été affaibli par les nombreux troubles qui ont agité les colonies, et plus particulièrement par l’affaire de Saint-Domingue où les pouvoirs donnés à Toussaint Louverture se sont traduits par une politique d’autonomie (constitution autonome du 12 juillet 1801, Toussaint Louverture se nommant gouverneur à vie).

Conséquences de la loi à Saint-Domingue[modifier | modifier le code]

Saint-Domingue n'est a priori pas concerné par la loi le 20 mai 1802. Mais le débarquement qui lui est contemporain n'en avait pas moins le même but si l'on en juge par la politique menée jusqu'au 1er janvier 1804 date de l’indépendance (création d’Haïti). Mais l’expédition de Saint-Domingue entre dans sa deuxième phase de combats qui seront dominés par des affrontements interraciaux et l’abandon de la France par les généraux d’origine noire et mulâtre (Alexandre Pétion, Chanlatte, Boyer, Dessalines…). Le rétablissement progressif de l’esclavage à la Guadeloupe avec l’expédition Antoine Richepanse du 5 mai 1802 a été un des facteurs de reprise des combats. Il faut rappeler que le 18 novembre 1801 Napoléon envoya une proclamation à Saint-Domingue où il s’engageait à maintenir l’abolition de l’esclavage et la liberté des hommes de couleur, ce qu'on retrouve aussi dans ses instructions secrètes au général Leclerc. Il hésitait peut-être à rétablir l'esclavage dans une colonie où la population noire était importante et bien armée et, contrairement à la Guadeloupe et à la Guyane, n'envoya jamais d'ordre pour le rétablissement de l'esclavage, même après la loi du 20 mai. Finalement, ni Leclerc ni son successeur Rochambeau ne furent en mesure de rétablir l'esclavage à Saint-Domingue et la population noire resta soumise au régime semi-libre des "cultivateurs" et du travail forcé déjà en vigueur sous Louverture, puis maintenu après l'indépendance par Dessalines[20].

Conséquences de la loi en Guyane[modifier | modifier le code]

Comme à la Martinique, les planteurs de Guyane ont cherché à se soustraire à l’abolition de l’esclavage en recherchant l’alliance de l’Angleterre, mais la Guyane resta française. En 1799 Victor Hugues est nommé gouverneur de Guyane, il établit le travail forcé (comme le fait le commandant en chef noir Toussaint Louverture à Saint-Domingue avec son règlement de travail du 12 octobre 1800, confirmé dans sa constitution autonome du 12 juillet 1801)[21]. L’arrêté du 7 décembre 1802 (16 frimaire an XI), présumé du consul Cambacérès, rétablit de fait l’esclavage en Guyane sous le nom de « conscription de quartier » pour les personnes non encore affranchies[22]. Victor Hugues est chargé de l’application. Le 18 janvier 1804 il monte une expédition pour rétablir la liaison de la Guyane avec le comptoir de traite des esclaves de Gorée[23]

Postambule[modifier | modifier le code]

La loi du 20 mai 1802 est à restituer dans son contexte historique qui concerne principalement le traité d’Amiens, l’expédition de Saint-Domingue et l'expédition de Guadeloupe.

Le contexte politique est celui d’une permanence de la défense des intérêts esclavagistes, principalement pour des raisons économiques (les planteurs colons et les bénéficiaires de la traite des esclaves). La permanence de la défense des acquis de la révolution (l’abolition de l’esclavage) est non moins présente et a été souvent occultée.

Le processus législatif associé à la promulgation de la loi du 20 mai 1802 montre qu’il ne s’agit pas d’une décision prise sans débats, même si le corps législatif ne bénéficiait pas de la légitimité du suffrage universel.

De nombreux documents attribuent, sans autres considérations, à la loi du 20 mai 1802 de Bonaparte le rétablissement de l’esclavage, notamment aux Antilles et en Guyane, ce qui est erroné, et minimisent notamment le rôle joué localement par les partisans de l’esclavage, comme la faiblesse locale des abolitionnistes. En Guadeloupe c’est l’arrêté du 17 juillet 1802, pris localement par le général Richepance qui rétablit l’esclavage sous une forme déguisée ; en Guyane c’est l’arrêté du 7 décembre 1802 du consul Cambacérès qui rétablit l’esclavage également sous une forme déguisée.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jacques Adélaïde, La Caraïbe et la Guyane au temps de la Révolution et de l'Empire (1992), Ed. Karthala, ISBN 2-86537-342-8
  2. Le 24 juillet 1802, le général Leclerc écrit à l’amiral Decrès l’invitant à renoncer à toute tentative de retour à l’esclavage à Saint-Domingue
  3. À la séance du Tribunat du 18 mai 1802, concernant la loi du 20, le porte parole du gouvernement Adet déclare « ...l’esclavage aussi déplorable que la guerre, est en effet aussi inévitable qu’elle... »
  4. Bernard Gainot, Les officiers de couleur dans les armées de la République et de l'Empire (1792-1815), édition Karthala, Paris, 2007, 232 pages. Cf. pp. 77-81 pour Antoine Chanlatte; cf. pp. 137-9, 186-90 et 193-200 pour Jospeh Damingue. Matthieu Brevet, Les expéditions coloniales vers Saint-Domingue et les Antilles (1802-1810), thèse de doctorat d'Histoire, Université Lumière Lyon II, 2007. Cf. fiche Magloire Pélage dans l'Annexe II: « Biographies des principaux personnages cités » (voir texte en ligne).
  5. Jean-Luc Bonniol, La couleur des hommes, principe d'organisation sociale: Le cas antillais, Ethnologie française, nouvelle série, T. 20, No 4, Paradoxes de la couleur (Octobre-Décembre 1990), pp. 410-418.
  6. Préliminaires de Londres du 1er octobre 1801. Compilation par Albert Du Casse, Histoire des négociations diplomatiques relatives aux traites de Morfontaine, Lunéville et d’Amiens (1855), Ed. E. Dentu, p.343
  7. Marcel Dorigny, The abolition of slavery (2004), Ed. Berghahn Books, ISBN 1-57181-432-9, p.235
  8. Armand Nicolas, Histoire de la Martinique (1996), Ed. L’Harmattan, ISBN 2-7384-4859-3, p.273
  9. Chantal Maignan-Claverie, Le métissage dans la littérature des Antilles françaises: le complexe d’ariel (2005), Ed. Karthala, ISBN 2-84586-711-5, p.173
  10. Claude Wanquet, La France et la première abolition de l'esclavage, 1794-1802: le cas des Mascareignes (1998), Ed. Karthala, ISBN 2-86537-799-7, p.510
  11. Marcel Dorigny, The abolition of slavery (2004), Ed. Berghahn Books, ISBN 1-57181-432-9
  12. Jacques Adélaïde-Merlande, La Caraïbe et la Guyane au temps de la Révolution et de l'Empire (1986), Ed. Karthala, ISBN 2-86537-147-6
  13. Claude Wanquet, La France et la première abolition de l'esclavage, 1794-1802 : le cas des Mascareignes (1998), Ed. Karthala, ISBN 2-86537-799-7, p.642
  14. Antoine Claire Thibaudeau, Memoires Sur Le Consulat 1799-1804 (Par un Conseiller d'État), Libraire Chez Compieu et Cie, Paris, 1827, 464 pages. Cf. p. 210.
  15. Augustin Cochin, L'Abolition de l'esclavage (1861), Ed. J. Lecoffre, p.23
  16. Antoine Claire Thibaudeau, idem.
  17. Journal Le Moniteur, 1er Prairial an X, p.1015
  18. Henri Bangou, La révolution et l'esclavage à la Guadeloupe, 1789-1802, Paris Messidor, 1989 p.128-129 et 141.
  19. Auguste Lacour, Histoire de la Guadeloupe, tome II : 1798-1803, Basse-Terre, 1858, rééd. EDCA, pp. 354-355, pour le génocide des anciens esclaves devenus libres en 1794 à la Guadeloupe, voir Henri Bangou, La Révolution et l'esclavage à la Guadeloupe 1789-1802; épopée noire et génocide, Paris, Messidor, 1989p. 111-170).
  20. Philippe Girard, “Napoléon Bonaparte and the Emancipation Issue in Saint-Domingue, 1799-1803,” French Historical Studies 32:4 (Fall 2009), 587-618.
  21. Victor Schœlcher, Vie de Toussaint Louverture (1982), Ed. Karthala, ISBN 2-86537-043-7, p.308
  22. Henri Ternaux-Compans, Notice historique sur la Guyane française (2001), Ed. Elibron Classics, : ISBN 1-4212-4358-X, p.125-126
  23. Benjamin Donzac, Le Proconsulat de Victor Hugues 1800-1809, collège Auguste-Dédé, Rémire-Montjoly d’après Jean-Pierre Ho Choung Ten (document non daté postérieur à 1982)