Christiane Taubira

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : Navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Taubira.
Christiane Taubira
Christiane Taubira, le 19 avril 2007.
Christiane Taubira, le 19 avril 2007.
Fonctions
Garde des Sceaux, ministre de la Justice
28e garde des Sceaux de la Ve République
En fonction depuis le 16 mai 2012
(&&&&&&&&&&&&03701 an, 0 mois et 5 jours)
Président François Hollande
Gouvernement Jean-Marc Ayrault I
Jean-Marc Ayrault II
Prédécesseur Michel Mercier
Députée européenne
19 juillet 199419 juillet 1999
(&&&&&&&&&&&018265 ans, 0 mois et 0 jour)
Élection 12 juin 1994
Législature 4e Parlement européen
Députée de la 1re circonscription de la Guyane
2 avril 199316 juin 2012
(&&&&&&&&&&&0701519 ans, 2 mois et 14 jours)
Prédécesseur Elie Castor
Successeur Gabriel Serville
Biographie
Date de naissance 2 février 1952 (1952-02-02) (61 ans)
Lieu de naissance Cayenne (France)
Nationalité Drapeau : France Française
Parti politique Walwari (App. PRG)
Diplômé de Université Panthéon-Assas
Université Pierre-et-Marie-Curie
Université Paris 4 Paris-Sorbonne
Profession Économiste

Christiane Taubira, née le 2 février 1952 à Cayenne (Guyane), est une femme politique française, actuelle Garde des sceaux, ministre de la Justice, nommée le 16 mai 2012 dans le gouvernement Jean-Marc Ayrault.

Candidate PRG à l'élection présidentielle de 2002, elle a été députée de la 1re circonscription de la Guyane de 1993 à 2012 et conseillère régionale de la Guyane dans le groupe de l'opposition « Démocratie et probité » depuis 2010. Elle fait partie du comité exécutif de Walwari.

Elle est à l'origine de la loi Taubira en 2001, qui reconnait comme loi mémorielle, le crime contre l'humanité des traites et des esclavages pratiqués à partir du XVe siècle sur certaines populations, ainsi que la loi en faveur du mariage homosexuel en France en 2013, alors qu'elle est Garde des sceaux.

Sommaire

Biographie [modifier]

Origines et formation [modifier]

Née à Cayenne, Christiane Taubira est issue d'une famille modeste — sa mère, aide-soignante, élevait seule ses cinq enfants. Divorcée, elle est elle-même mère de quatre enfants.

Diplômée d'un 3e cycle de sciences économiques (Paris II), de sociologie, ethnologie afro-américaine (Sorbonne et Jussieu) et d'agroalimentaire (CFCA de Paris et Bordeaux)[1], elle est professeur de sciences économiques en 1978[2]. Cofondatrice de l'association agricole Caricoop pour la Guyane (Confédération caraïbe de la coopération agricole)[3], elle en est la directrice générale de 1982 à 1985. Depuis 1990, elle est membre de l'OCCE-G (Office de coopération et de commerce extérieur de la Guyane), un organisme dépendant du conseil régional de la Guyane.

Parcours politique [modifier]

Elle commence sa carrière politique comme militante indépendantiste, jusqu'à l'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981[4].

Années 1990 [modifier]

Elle crée en 1993 le parti Walwari et en devient la présidente. La même année, elle est élue députée « non inscrite » de Guyane et vote, dans l'hémicycle, l'investiture du gouvernement Édouard Balladur. Elle intègre un petit groupe parlementaire, République et liberté. L'année suivante, elle est quatrième de la liste Énergie radicale menée par Bernard Tapie lors des élections européennes de 1994. En avril 1994, elle est observateur parlementaire aux premières élections multiraciales en Afrique du Sud[1].

À sa réélection en juin 1997[5], elle rallie le groupe socialiste, et se voit confier par Lionel Jospin un rapport sur la recherche de l'or en Guyane. Jusqu'en novembre 2001, elle est apparentée PS. Elle rejoint ensuite le groupe RCV (PRG-MDC-Verts-PCR).

Années 2000 [modifier]

En 2002, elle est la candidate du Parti radical de gauche à l'élection présidentielle avec une campagne axée sur l'« égalité des chances ». Elle obtient 2,32 % des voix au premier tour. Selon certains socialistes, cette candidature aurait contribué à l'éparpillement des voix « de gauche » et aurait été une des causes de l'échec de Lionel Jospin à accéder au second tour de l'élection présidentielle[6]. Mais d'après d'autres observateurs, comme Jacques Séguéla, Christiane Taubira avait proposé une alliance à Lionel Jospin, qui n'aurait pas donné suite à cette demande[7].

Elle est de nouveau élue députée avec 67,22 % des voix[8] le 16 juin 2002, pour la XIIe législature, dans la 1re circonscription de la Guyane. Elle est apparentée au groupe socialiste. Tout en demeurant membre du parti guyanais Walwari, elle devient, après le Congrès de Toulouse (septembre 2002), première vice-présidente du Parti radical de gauche, poste spécialement créé pour elle et supprimé au congrès de 2004. Elle est en tête de la liste « Europe fraternelle » du PRG aux élections européennes de 2004, dans la circonscription Île-de-France : cette dernière n'obtient que 1,54 %, et aucun élu[9].

En 2004, elle est condamnée par le conseil des prud'hommes de Paris pour licenciement injustifié et rupture de CDD « abusive » concernant son ancienne assistante parlementaire et doit lui verser 5 300 euros[10].

Le 12 juillet 2006, elle se déclare candidate à l'investiture du PRG pour l'élection présidentielle de 2007. Le 22 octobre, le PRG réuni en Congrès renonce à présenter une candidature, préférant un accord avec le Parti socialiste sur les élections présidentielle et législatives[11]. Le 20 janvier 2007, Christiane Taubira rallie l'équipe de Ségolène Royal où elle est nommée « déléguée à l'expression républicaine[12] ». Par la suite, lors de la campagne des législatives de juin 2007, elle déclare avoir été « approchée » par l'entourage de Nicolas Sarkozy « avant la fin de la présidentielle » pour faire partie du gouvernement, mais « avoir alors décliné l'offre »[13].

Elle est réélue députée avec 63,41 % des suffrages le 17 juin 2007 pour la XIIIe législature, dans la 1re circonscription de la Guyane[14]. Elle est apparentée au groupe Socialiste, radical, citoyen et divers gauche.

En avril 2008, elle est chargée par le président de la République Nicolas Sarkozy d'une mission sur les accords de partenariats économiques entre l'Union européenne et les pays ACP[15]. Son rapport remis deux mois plus tard[16] émet de lourdes critiques envers ces dispositifs et formule des préconisations jugées audacieuses[17] mal reçues par l'Élysée, le chef de l'État n'ayant fait aucun commentaire.

Années 2010 [modifier]

Christiane Taubira est candidate, à la tête d'une liste divers gauche à l'élection régionale de 2010 en Guyane. Arrivée en tête des quatre listes de gauche en présence mais largement derrière le candidat de la majorité présidentielle, Rodolphe Alexandre, elle conduit une liste d'union de la gauche au second tour. Le 21 mars 2010, elle est battue par la liste du maire de Cayenne, Rodolphe Alexandre, soutenue par l'UMP, qui réalise 56,11 % de suffrages contre 43,89 pour la liste de Christiane Taubira[18].

Le 14 décembre 2010, elle annonce son soutien à Arnaud Montebourg dans le cadre des primaires du Parti socialiste de 2011 pour l'élection présidentielle de 2012[19].

Ministre de la Justice, garde des Sceaux [modifier]

Christiane Taubira avec Jean-Jacques Urvoas, à l'Assemblée nationale, après l'adoption du projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe.

À la suite de la victoire de François Hollande à l'élection présidentielle, elle est nommée pour la première fois au gouvernement le 16 mai 2012 en devenant ministre de la Justice, garde des Sceaux[20] au sein du gouvernement Ayrault (dont 30 membres sur 35 sont issus du Parti socialiste). Dès sa nomination, elle est la cible des critiques de l'UMP et du FN[21].

Après l'annonce du nouveau Premier ministre stipulant que tout ministre de son gouvernement qui se présente aux législatives et qui serait battu devrait démissionner[22], les médias annoncent que Christiane Taubira renonce à briguer un nouveau mandat parlementaire[23],[24].

Les premières mesures qu'elle désire appliquer sont une nouvelle loi contre le harcèlement sexuel[25] et supprimer les tribunaux correctionnels pour mineurs pour garantir la spécificité de la justice des mineurs[26]. L'annonce de cette suppression, prévue dans le programme du candidat Hollande, est qualifiée de laxisme par l'UMP[27], mais est favorablement accueillie par les représentants de l'USM, le syndicat majoritaire de la magistrature[28].

Au premier trimestre 2013, confrontée à une vague de départs, la ministre est contrainte de remanier son cabinet ; elle embauche ainsi l'épouse d'un proche de François Hollande, Bernard Rullier, conseiller chargé des affaires parlementaires à l'Élysée. Son prétendu compagnon serait également membre de son cabinet[29], mais cette information est vigoureusement démentie par les intéressés[30].

En tant que garde des Sceaux, elle porte le projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe. Lors des débats au Parlement, où elle est toujours présente, sa détermination, sa maîtrise des dossiers, ainsi que son humour, font de ce débat un « moment » particulier de sa carrière politique et suscitent le respect au sein même de l'opposition, qui en avait pourtant fait une cible privilégiée lors de ses débuts au gouvernement[31],[32],[33].

La ministre a rappelé, en mai 2013, ses positions sur l'histoire de l'esclavage en dénonçant qu'« outre-mer, il y a eu une confiscation des terres ce qui fait que, d'une façon générale, les descendants d'esclaves n'ont guère accès au foncier. Il faudrait donc envisager, sans ouvrir de guerre civile, des remembrements fonciers, des politiques foncières »[34].

Travaux et prises de position [modifier]

Christiane Taubira est fréquemment considérée par les politiques comme un « électron libre », en raison de ses prises de position personnelles entrant peu dans une logique de parti[35]. Contrairement au PS et au PRG elle s'oppose ainsi en 2004 au vote de la loi française sur les signes religieux dans les écoles publiques considérant que « Faire œuvre législative plutôt que mission pédagogique, c’est perdre foi en République, alors que sont soigneusement évités les terrains où se nouent les tensions les plus lourdes de sens dans l’affrontement éthique[36]. » En 2005, elle prend position pour le « Non » lors du référendum français sur le traité établissant une Constitution pour l'Europe[37], contrairement au PRG, dont elle est à l'époque encore vice-présidente.

Autonomie de la Guyane [modifier]

Les premiers engagements politiques de Christiane Taubira furent son militantisme pour l'autonomie de la Guyane. Dans les années 1970, elle était indépendantiste ; après l'arrivée de François Mitterrand à la présidence en 1981, elle cessa ce type de militantisme, constatant qu'il n'était plus soutenu par les Guyanais[4].

Lors du référendum de 2010 sur le passage de la Guyane à un statut de collectivité d'outre-mer, bien que critique envers le caractère flou du projet, elle appelle à voter « Oui » au sein du mouvement Guyane 74[38].

Commémoration de l'abolition de l'esclavage [modifier]

Christiane Taubira aux côtés de Nicéphore Soglo et de Jean-Marc Ayrault lors de l'inauguration du mémorial de l'abolition de l'esclavage en mars 2012.

Christiane Taubira a donné son nom à la loi française no 2001-434, votée le 10 mai 2001, qui reconnaît comme crimes contre l'humanité la traite négrière transatlantique et l'esclavage qui en a résulté. Plusieurs historiens critiquent le fait que le texte limite l'esclavage à la traite européenne des Africains alors que « la quasi-totalité des esclaves africains avaient été razziés non par des Blancs, mais par des négriers africains et que le commerce des esclaves était une routine sur le continent noir bien avant l'arrivée des négriers européens ». Elle soutient sa position en déclarant qu'il faut éviter d'évoquer la traite négrière arabo-musulmane pour que les « jeunes Arabes ne portent pas sur leur dos tout le poids de l'héritage des méfaits des Arabes »[39].

Détail des fonctions et des mandats [modifier]

Mandat local [modifier]

Mandats parlementaires [modifier]

Mandat ministériel [modifier]

Œuvres [modifier]

  • L'Esclavage raconté à ma fille, 2001
  • Codes noirs de l'esclavage aux abolitions (Introduction), Dalloz, 2006
  • Rendez-vous avec la République, 2007
  • Égalité pour les exclus : le politique face à l'histoire et à la mémoire coloniales, Temps Présent Éditions, 2009
  • Mes météores : Combats politiques au long cours, Flammarion, 18/03/2012 (ISBN 978-2081278950)

Notes et références [modifier]

  1. a et b Notice biographique, sur le site officiel de Christiane Taubira - consultée le 5 juin 2012
  2. Biographie, sur les-elections-presidentielles-2012.com
  3. Biographie de Christiane Taubira, sur le Portail du Gouvernement
  4. a et b Interview de Christiane Taubira, dans StreetPress.com - 6 janvier 2011
  5. Résultats des élections législatives de 1997 Cayenne-Macouria (1re circonscription), sur le site assemblee-nationale.fr
  6. Pascal Virot, « 2007 : Taubira rejoint les postulants de gauche », Libération, 13 juillet 2006.
  7. Jacques Séguéla : Autobiographie non autorisée, Plon, 2009.
  8. Résultats des élections législatives de 2002 Cayenne-Macouria (1re circonscription)
  9. Résultats, sur le site du ministère français de l'intérieur.
  10. L'Express, Thomas Bronnec, « Députés et… patrons », L'Express, 4 octobre 2004.
  11. « Le Parti radical de gauche ne présentera pas de candidat à la présidentielle », dépêche AFP citée par le Monde, 22 octobre 20006.
  12. Jean-Baptiste de Montvalon, « La campagne de la candidate PS "bat de l'aile" ? Mme Taubira veut "l'amplifier" », Le Monde, 21 janvier 2007.
  13. « Christiane Taubira affirme "avoir été approchée" par l'entourage de Nicolas Sarkozy », dépêche AFP citée par le Monde, 14 juin 2007.
  14. RESULTATS DES ELECTIONS LEGISLATIVES 2007
  15. « Christiane Taubira chargée d'une mission sur les accords de partenariats économiques », Le Monde, 22 avril 2008.
  16. Les accords de partenariat économique entre l'Union européenne et les pays ACP. Et si la politique se mêlait enfin des affaires du monde ?, rapport à monsieur le président de la République remis par Mme Christiane Taubira, députée de Guyane, 16 juin 2008
  17. Lauranne Provenzano, « Accords économiques UE-ACP : Christiane Taubira jette un pavé dans la mare », afrik.com, 2 juillet 2008
  18. Élections régionales de 2010 - résultats en Guyane sur le site du ministère de l'Intérieur
  19. « Primaires du PS : Taubira "conjugue" sa candidature avec celle de Montebourg », Mediapart.
  20. Christiane Taubira, une indépendante à la justice, Le Monde, 18 mai 2012.
  21. Christiane Taubira sous le feu des attaques de l'UMP Le Monde, 22 mai 2012
  22. Gouvernement Ayrault : tout ministre battu aux législatives devra partir, Le Figaro, 16 mai 2012.
  23. Législatives : Taubira n'est pas candidate, Le Figaro, 18 mai 2012.
  24. (fr) AFP, « Christiane Taubira ne sera pas candidate aux législatives », Le Monde, 18 mai. Consulté le 19 mai 2012
  25. Taubira confirme une loi «très vite» sur le harcèlement, Le Figaro, 17 mai 2012.
  26. Mineurs : Taubira réaffirme la fin des tribunaux correctionnels, Le Figaro, 20 mai 2012.
  27. Accusé de "laxisme" sur la sécurité, le PS reste serein, L'Express, 21 mai 2012.
  28. Article de lejdd.fr, 21 mai 2012
  29. http://www.lexpress.fr/actualite/politique/taubira-pourquoi-ses-collaborateurs-la-quittent_1235302.html
  30. http://www.leparisien.fr/politique/le-conseiller-de-taubira-dement-toute-relation-avec-la-ministre-28-03-2013-2678809.php
  31. Sophie Huet, « Mariage gay : les douze forcenés de l'Hémicycle », Le Figaro, 8 février 2013.
  32. Le Monde du 31 janvier 2013 : « Un « moment » Taubira » ; Libération du 5 février 2013, « Veil, Badinter et… Taubira » ; « Dix jours de Taubiramania à l'Assemblée », Sylvain Courage, Le Nouvel Obs, 8 février 2013
  33. « Taubira se révèle dans l'hémicycle », Le Journal du dimanche, 6 février 2013.
  34. http://www.lejdd.fr/Societe/Justice/Actualite/Taubira-Des-terres-pour-les-descendants-d-esclaves-606801
  35. Portrait sur RFI en 2002
  36. Position de Ch. Taubira sur la loi sur le foulard islamique
  37. Entretien avec Rosa Moussaoui, L'Humanité, 2 mai 2005.
  38. Dans l'ombre des régionales L'Express 6/1/2010
  39. Encore aujourd'hui, Eric Conan, L'Express.fr, 4 mai 2006.

Voir aussi [modifier]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes [modifier]

Liens externes [modifier]