Alexandre Ledru-Rollin

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Ledru et Rollin.
Alexandre Ledru-Rollin

Alexandre-Auguste Ledru-Rollin, né le 2 février 1807 à Paris et mort le 31 décembre 1874 à Fontenay-aux-Roses (Seine, actuellement Hauts-de-Seine), est un avocat et homme politique français.

Républicain progressiste, il est l'un des chefs de file de la campagne des Banquets qui aboutit à la révolution de 1848 et à la Deuxième République. Comme Ministre de l'intérieur du gouvernement provisoire alors institué, il fait adopter par décret le suffrage universel. Mais il n'obtient que 5 % des suffrages lors de l'élection présidentielle française de 1848.

Biographie[modifier | modifier le code]

no 10, rue François-Miron (plaque au-dessus du no 10)

Alexandre Ledru-Rollin est issu de la bourgeoisie républicaine. Son grand-père Ledru dit Comus était physicien du Roi (vivant à Fontenay-aux-Roses) et son père Jacques-Philippe Ledru, médecin, était membre de l'Académie de médecine. Alexandre naît à Paris, au no 10 de la rue François-Miron, aujourd'hui dans le 4e arrondissement de Paris, à proximité de l'église Saint-Gervais-Saint-Protais.

L'opposant à la Monarchie de Juillet[modifier | modifier le code]

À 22 ans, il devient avocat au barreau de Paris, et se signale par ses plaidoyers en faveur des journalistes républicains. Élu député radical du Mans en 1841 en remplacement d'un des chefs républicains, Étienne Garnier-Pagès, il siège à l’extrême gauche. Sa campagne électorale de 1841 marque la naissance du radicalisme en France[1]. Il publie en 1846 un manifeste dans lequel il réclame le suffrage universel ce qui lui vaut un procès retentissant.

Ledru-Rollin veut des « réformes de structures économiques et sociales » pour faire face à la misère du peuple français, et ses principes républicains sont ceux de la république sociale. Il est un opposant à la Monarchie de Juillet et se joint à Alphonse de Lamartine pour dénoncer les « féodalités de l'argent ». Rapidement, il devient une figure radicale très importante de la Chambre, voulant changer les institutions à leurs racines même (en particulier l'adoption du suffrage universel).

À cet effet, en juin 1843, il fonde le journal La Réforme qui devient l'organe de ceux qui soutiennent un programme républicain et radical. De nombreuses personnalités y participent, qu'il s'agisse de Louis Blanc, Godefroi Cavaignac, Ferdinand Flocon ou encore François Arago. Pour eux, la réforme politique doit être sociale. Ce journal s'oppose au journal monarchiste Le National, fondé par Adolphe Thiers, qui soutient le régime en place.

À une période où la répression contre les républicains est sanglante, la campagne des Banquets (1847-1848) se révèle un outil de contestation et de revendication précieux. En effet, c'est un moyen de contourner la loi interdisant sous peine de mort les réunions politiques. Ledru-Rollin y prend part activement. La campagne des Banquets mène à la révolution de février 1848, qui renverse le roi Louis-Philippe Ier et met fin à cette Monarchie de Juillet.

Un des chefs de la Deuxième République[modifier | modifier le code]

Le Gouvernement provisoire de 1848 est présidé par Dupont de l'Eure, ancien député du Directoire, et composé de républicains modérés (Alphonse de Lamartine, Garnier-Pagès, Arago, Crémieux, Marie), de démocrates sociaux (Louis Blanc et Albert, un ouvrier) et de radicaux (Ledru-Rollin, Marrast et Flocon). Réuni à l'Hôtel de ville de Paris, le gouvernement mène un travail remarquable et efficace en très peu de temps.

Il devient ministre de l'Intérieur le 25 février. Pour installer la République, il épure l'administration de ses éléments orléanistes en remplaçant les préfets par des « commissaires du gouvernement » et les « sous-préfets » par des « sous-commissaires » de tendance républicaine. Dans un deuxième temps, le nouveau ministre de l'Intérieur cherche à affirmer la force de sa tendance au sein du gouvernement par le durcissement de ton de ses deux circulaires, les 8 et 12 mars 1848 ; ainsi, on observe un renforcement des pouvoirs des commissaires pour les mesures d'ordre et de salut public. Le ministre désigne aussi des commissaires généraux qui sont chargés de surveiller les commissaires « ordinaux ».

Alexandre Ledru-Rollin prend la direction des Beaux-arts et des Musées. En effet, pour lui, la République avait besoin de culture. Ainsi dès le 15 mars, grâce à son initiative, l'exposition annuelle de peinture, de sculpture et d'architecture commence.

Il tente maladroitement d'organiser la campagne électorale des « républicains de la veille » pour les élections d'avril 1848 à l'Assemblée nationale. Mais, le 16 avril, il combat la manifestation de l'extrême gauche républicaine qui tente de repousser les élections jugées trop rapides. Il est élu à Paris, mais les républicains et surtout les socialistes sont très nettement mis en minorité par le Parti de l'Ordre. Grâce à l'appui de Lamartine, il est néanmoins, mais difficilement, élu membre de la Commission exécutive qui dirige la France. Pendant la manifestation du 15 mai 1848, en faveur de la Pologne, et en fait contre la politique de la Commission exécutive, il organise la lutte contre les manifestants parisiens. Après les massacres des Journées de juin auxquelles il ne prend pas part, il est exclu du pouvoir dans le nouveau gouvernement du général Cavaignac. Il est poursuivi par l'Assemblée pour sa gestion du ministère de l'Intérieur (en particulier la gestion des fonds secrets), mais se disculpe.

Ledru-Rollin défend le « double » droit à l'assistance et au travail en septembre 1848[2]. Il est le candidat des républicains radicaux à l'élection de la présidence de la République ; il devient alors le porte-parole du troisième pôle politique de l'époque, qui formait une tendance bien connue mais assez obscure pour l'opinion publique[3]. Dans ces élections, il obtient 381 026 voix (soit environ 5 % des suffrages) en se classant en troisième position derrière Louis-Napoléon Bonaparte (environ 5 500 000 voix), triomphalement élu, et le général Cavaignac (environ 1 400 000 voix), candidat des républicains modérés. Son électorat était composé principalement d'urbains, et de la moyenne et petite bourgeoisie. Malgré la victoire triomphante du Parti de l'Ordre (1848), ces résultats ne correspondent pas à la force numérique réelle de la gauche dans le pays. Le rôle de Ledru-Rollin sera très sous-estimé à cause de ce désastre électoral. Il reste pourtant celui qui a formé le premier noyau du parti républicain et qui a donné une cohérence politique ainsi qu'une dimension populaire à une gauche radical-socialiste.

L’opposant à la république conservatrice[modifier | modifier le code]

À l'approche des élections législatives de mai 1849, Ledru-Rollin organise la promotion des idées républicaines en province. Quelques mois plus tôt, en novembre 1848, les républicains démocrates-socialistes ont fondé la Solidarité républicaine, qui a soutenu sa candidature à la présidentielle. Sa campagne est un succès, il est élu député à l'Assemblée législative. Ledru-Rollin devient alors le chef d'un groupe de plus de 200 députés, la Montagne.

Il s'oppose violemment à la politique réactionnaire de l'Assemblée, en particulier à l'envoi d'une expédition militaire à Rome qui vise à étrangler la jeune république romaine pour rétablir le pouvoir absolu du pape Pie IX.

Il tente d’organiser le renversement du gouvernement d'Odilon Barrot et de la majorité conservatrice de l'Assemblée, le 13 juin 1849. Mais la répression menée par le général Nicolas Changarnier et ses troupes le déchoit de son mandat de représentant de la nation. Il parvient à s’enfuir en Angleterre et à échapper ainsi aux déportations d'opposants. La Haute Cour de justice de Versailles le condamne par contumace.

De Londres, il soutient la nouvelle Montagne. Cependant, il est très affecté par son échec et son exil. En 1851, il publie une brochure (« Plus de président, plus de représentants ») où il rejette l'idée même de gouvernement. Il ne rentre en France qu’en 1871, après la proclamation de la Troisième République, et, bien que réélu député en 1871 et 1874, n’exerça plus aucune notable influence.

Franc-maçon et grand républicain, il a appartenu à la Grande Loge de France[4].

Alexandre-Auguste Ledru-Rollin meurt en 1874, à l'âge de 67 ans, à Fontenay-aux-Roses, où la famille Ledru possédait depuis plusieurs générations une propriété au numéro 2 de la rue de Bagneux (actuel numéro 44 rue Lombard). Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (division 4). Le buste en bronze (1877) qui surmonte sa tombe est du au sculpteur Pierre-Jean David, dit David d'Angers.

Sa veuve, née Harriet Sharpe, morte en 1884, légua par testament leur propriété de Fontenay-aux-Roses à la Ville de Paris qui l'affectera, selon sa volonté, à la création de l'asile pour femmes en couches dit Asile Ledru-Rollin[5].

Hommages[modifier | modifier le code]

Une statue en honneur d'Alexandre Ledru-Rollin, réalisée par le sculpteur Clément-Léopold Steiner est solennellement inaugurée le 24 février 1885, place Voltaire (actuellement place Léon-Blum) devant la mairie du 11e arrondissement de Paris. Le bronze, élevé sur un socle de granit montre l'homme politique en pied, main droite appuyée sur une urne électorale portant l'inscription Vox populi[6]. Cette statue sera enlevée de son socle pendant l'Occupation pour être refondue.

Une avenue et une station de métro à Paris portent le nom de Ledru-Rollin, ainsi qu'un boulevard à Montpellier et une rue à Dijon, Avignon, Châteauroux, Bellac, Argenton-sur-Creuse, Pertuis, Hellemmes, Reims, Suresnes, Mauguio, Rochefort s/mer, à Sotteville-lès-Rouen et à Fontenay-aux-Roses où il est mort. Il existe aussi au Mans un quai Ledru-Rollin. À Pézenas, c'est une place qui est nommée Ledru-Rollin ; à La Ferté-Bernard (72), une école élémentaire porte son nom.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Inès Murat, La Deuxième République, Paris, Fayard, 1987
  • L. Louvet, « Ledru-Rollin (Alexandre-Auguste) », in Jean-Chrétien Ferdinand Hoefer, Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, Paris, Firmin Didot frères, tome 29, 1862, p. 271-280
  • Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889, Paris, Bourloton, 1889, tome 4, de Lecointre-Puyraveau à Ledru-Rollin, p. 39-40, et de Ledru-Rollin à Lefebvre du Prey, p. 41-46

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Serge Berstein, Histoire du Parti radical, 2 vol., Presses de la FNSP, Paris, 1982
  2. Alexandre Ledru-Rollin, Débat sur le droit au travail. Discours à l'Assemblée nationale constituante : 11 septembre 1848, site de l'Assemblée nationale.
  3. ANDRIANOPOULOS Christos, « La couleur rouge du drapeau tricolore », Paris, Éditions Universitaires Européennes, 2012. p. 26
  4. Emission du mois de Février 1998 : "Le sens de l’Initiation : Donner un sens à sa vie (II)" sur le site de la Grande Loge de France, 17 juillet 2007.
  5. L'Asile Ledru-Rollin: bilan en 1900, rapport conservé dans les fonds des Archives municipales de la ville de Fontenay-aux-Roses disponible sur le site www.fontenay-aux-roses
  6. ’’La Chronique des Arts et de la Curiosité, supplément à la Gazette des Beaux-Arts’’, no 9, 28 février 1885, p. 65

Sur les autres projets Wikimedia :