Julien Raimond

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Julien Raimond, né à Bainet, dans le sud de Saint-Domingue (aujourd'hui département du Sud-Est d'Haïti) en 1744 et mort en 1801, était un homme politique et publiciste antillais octavon engagé dans la lutte pour les droits des hommes de couleur.

Sommaire

[modifier] Julien Raimond propriétaire terrien

Né à Bainet le 16 octobre 1744, huitième d'une famille qui comptait douze enfants, il est le fils de Pierre Raimond, un pauvre engagé natif de Buanes, dans le Tursan (Landes), mort riche agé de 80 ans le 19 juin 1772 à Aquin (sud de Saint-Domingue), et de Marie Bégasse, riche quarteronne, unis en légitime mariage en 1726. Embarqué à Bordeaux le 29 août 1763 à 19 ans avec son frère François et son cousin Barthélémy Vincent, après des études à Toulouse, "de haute taille, cheveux noirs", il achète en 1773, après un premier mariage avec sa cousine Marie-Marthe Vincent en 1771, une grande propriété à Aquin, dans le sud de l’île. Mulâtre libre, il est alors un « maître », mais conscient des réalités coloniales et victime de la politique raciale en vigueur dans l'île. Depuis 1771, la loi coloniale reconnaît en effet la « différence de nature entre les Blancs et les Noirs », et institue que les libres de couleur sont des étrangers sans droits politiques. C'est le « préjugé de couleur », contre lequel Raimond entend combattre.

En 1782, il épouse en seconde noces Françoise Dasmard-Challe, mulâtresse libre, fille naturelle de Pierre Dasmart, riche planteur d'Aquin et de sa négresse esclave Julie et veuve de l'émigrant rochelais Jacques Challe, avec qui elle avait eu trois enfants et qui s'était retiré dans l'opulence à La Rochelle. Elle lui apporte une plantation de 172 500 livres et des biens dans la région de Mauzé (Deux-Sèvres), dont la seigneurie de La Poussarderie, estimée 115 000 livres.

[modifier] Au service des « gens de couleurs »

SA situation de fortune et sa modération en firent dès 1783 le porte-parole et le chef de file de ses frères de couleur, notamment pour la collecte de leur contribution à un vaisseau offert au Roi. Encouragé par les défenseurs des droits des noirs et des mulâtres libres, au premier rang desquels Charles de Rohan-Chabot, comte de Jarnac, et plus tard Brissot et ses amis, Raimond remet en 1784 au gouverneur général de Bellecombe, qui le soutient, un rapport contre le préjugé de couleur et en faveur de l'égalité des droits avec les Blancs.

Il s'embarque la même année pour la France, accompagné de sa femme, pour rencontrer le ministre de la marine et des colonies de Louis XVI, Charles de la Croix, marquis de Castries. Il lui remet son rapport et étudie avec lui les moyens d'oeuvrer à l'égalité civique des Libres de couleur et des Blancs. Castries promulgue, avec le soutien de Louis XVI, des réformes adoucissant le sort des esclaves et passe même des instructions pour leur libération en Guyane, mais cette politique ne peut aboutir avant son départ du ministère en août 1787. Sur l'île, le gouverneur de Saint-Domingue, La Luzerne, qui avait accueilli ses vues avec quelque faveur, maintient cependant une ligne politique en faveur des colons, ce qui renforce leur position. Julien Raimond décide alors de rester en France quand éclate la Révolution française.

Son rapport lui sert alors à rédiger le mémoire qu'il présentera à la Constituante en 1791 et intitulé Observations sur l'origine et le progrès du préjugé des colons blancs contre les hommes de couleur. Il estime que la colonie de Saint-Domingue est passée par trois grandes époques : lors des deux premiers âges, les gens de couleur libres n'étaient victimes d'aucun préjugé, lequel ne s'établit véritablement qu'à partir des années 1740, quand le nombre de colons s'est multiplié pour tirer profit des richesses de l'île.

[modifier] Julien Raimond porte-parole des anti-esclavagistes

En octobre 1789, il rejoint la Société des Colons Américains résidant à Paris créée par Vincent Ogé, qui avait déposé à la Constituante un cahier de doléances réclamant l'égalité des droits entre les propriétaires blancs et de couleur. Raimond infléchit la position du mouvement, estimant que les revendications sociales doivent l'emporter et que l'esclavage devait être aboli. Ardent défenseur de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, il se lie avec l'abbé Grégoire. C'est lui qui informe le club des Jacobins des brutalités coloniales et des opérations menées par les partisans de l'esclavage, en particulier par le député du Dauphiné, Antoine Barnave, qui prétend soutenir les idéaux de la Révolution mais manœuvre en faveur des colons. Il réussit alors à rallier à sa cause Brissot et les Amis des Noirs. En mai 1791, l'Assemblée n'abolit pas l'esclavage mais le constitutionnalise tout en reconnaissant l'égalité en droit aux Libres de couleur nés de père et de mère libres. Cette mesure est annulée quatre mois plus tard après des débats houleux pendant lesquels Raimond apparaît comme le porte-parole des Libres de couleur.

En 1792, Julien Raimond est consulté par les commissaires Polverel et Sonthonax qui doivent s'embarquer pour Saint-Domingue, où la guerre civile a éclaté en août 1791, pour réprimer l'insurrection des esclaves et rétablir les droits des libres de couleur. Il leur fournit une quantité de détails sur les forces en présence et leur recommande ses amis qui luttent pour le rapprochement de tous les noirs et les mulâtres, libres et esclaves.

En juin 1793, il mène la délégation de la Société des citoyens de couleur à la Convention nationale qui demande un décret abolissant l'esclavage. Après une première abolition obtenue sur le terrain au Cap-Français le 29 août 1793 ssouss la pression des esclaves insurgés, il faudra encore attendre février 1794, et l'intervention de représentants de Saint-Domingue à la Convention, pour que soit « aboli l'esclavage des nègres dans toutes les colonies ».

Le 24 floréal an III (13 mai 1795) la Convention nationale prend un décret qui stipule "qu'il n'y a pas lieu à inculpation contre Julien Raimond[1]".

[modifier] Retour en Haïti

Raimond retournera deux fois à Saint-Domingue, d'abord avec Sonthonax, en mai 1796, en qualité de commissaire du gouvernement révolutionnaire chargé de réorganiser les plantations après l'abolition de l'esclavage. Puis en juin 1800, époque à laquelle il rejoint Toussaint Louverture avec lequel il collabore à la rédaction de la constitution de Saint-Domingue en 1801. Il mourra peu après sa promulgation, la même année.

[modifier] Sources

[modifier] Œuvres de Julien Raimond

  • 1790 : Julien Raimond.- Réclamations adressées à L’Assemblée Nationale par des personnes de couleur Propriétaires & Cultivateurs de la Colonie Française de Saint Domingue, Paris, 1790.- Réclamations adressées à l'Assemblée nationale par les personnes de couleur... de Saint-Domingue, signé Raimond.- Notice Bnf n° : FRBNF31172695.
  • 1791 Julien Raimond.- Réponse aux considérations de M. Moreau, dit Saint-Méry sur les colonies[2], par M. Raymond.- Paris : Impr. du Patriote françois, 1791.- Notice n° : FRBNF31172697.
  • 1791 Julien Raimond.- Observations sur l’origine et les progrès du préjugé des colons blancs contre les hommes de couleur, Paris, Belin, Desenne, Bailly, 26 janvier 1791.
  • 1791 : Julien Raimond.- Observations sur l'échange du Comté de Sancerre.- 1791.- Notice Bnf n° : FRBNF31172689. Par Raimond, qui signe une autre édition. - Supplément au n° 72 des "Révolutions de France et de Brabant".- Notice n° : FRBNF31172690.
  • 1791 : Julien Raimond, Perrier (aîné).- Première lettre écrite dans la partie de l'Ouest. Sur leurs démarches pour faire maintenir le décret du 15 mai 1791 en faveur des hommes de couleur.- Octobre 1791. Signé : Raimond, Perrier aîné, Lamotte-Aigron. Publication : (S. l. n. d.).- Notice Bnf n° : FRBNF31085906.
  • An II : Julien Raimond.- Lettres de J. Raimond à ses frères les hommes de couleur.- Paris : Impr. du Cercle social, an II (22 septembre 1793 - 21 septembre 1794). Notice Bnf n° : FRBNF36400316.
  • An II : Julien Raimond.- Correspondance de Julien Raimond avec ses frères, de Saint-Domingue, et les pièces qui lui ont été adressés par eux, Paris, Imprimerie du Cercle Social, an II (22 septembre 1793 - 21 septembre 1794).- Notice Bnf n° : FRBNF31172683.
  • An II : Julien Raimond.- Lettres de J. Raimond, à ses frères les hommes de couleur... et comparaison des originaux de sa correspondance avec les extraits perfides qu'en ont fait MM. Page et Brulley, dans un libelle intitulé : "Développement des causes, des troubles, et des désastres des colonies françaises".- Paris, Impr. du Cercle social, an II (22 septembre 1793 - 21 septembre 1794).- Notice Bnf n° : FRBNF31172686.
  • 1793 : Julien Raimond•- Lettre au citoyen D***, député à la Convention nationale, par Julien Raymond, colon de Saint-Domingue, sur l'état des divers partis de cette colonie, et sur le caractère des déportés.- Paris, 1793.- Notice Bnf n° : FRBNF31172684.
  • 1793 : Julien Raimond & Citoyens de couleur.- Mémoire sur les causes des troubles et des désastres de la colonie de Saint-Domingue, présenté aux Comités de marine et des colonies par les citoyens de couleur. Rédigé par l'un d'eux J. Raimond.- Publication : Paris : Impr. du Cercle royal, (1793).- Notice Bnf n° : FRBNF31172687.
  • 1793 : Julien Raimond.- Mémoire sur les causes des troubles et des désastres de la colonie de Saint-Domingue, présenté aux comités de marine et des colonies dans les premiers jours de juin dernier, par les citoyens de couleur, d'après l'invitation qui leur en avait été faite par les comités [Texte imprimé]; rédité par l'un d'eux, J. Raimond. Paris, Impr. du Cercle social, 1793.- Notice Bnf n° : FRBNF36401336.
  • 1793 : Julien Raimond•- Réflexions sur les véritables causes des troubles et des désastres de nos colonies,: notamment sur ceux de Saint-Domingue; avec les moyens à employer pour préserver cette colonie d'une ruine totale, adressées a la Convention nationale.- Par Julien Raimond, Convention nationale, France.- Publié par de l'imprimerie des patriotes, rue Favart, no. 3., 1793.- Copie de l'exemplaire Université de Harvard, Affichage du livre entier, Numérisé le 17 jan 2008,36 pages. Proclamation a faire aux esclaves révoltés dans les colonies franc̜aises., p. [19]-31. Consulté le 6 mars 2009.
  • 1794 : Julien Raimond.- Preuves complètes et matérielles du projet des colons pour mener les colonies à l'indépendance, tirées de leurs propres écrits ; ouvrage présenté à la commission des colonies, par J. Raimond, et dans lequel on reconnaîtra la cause et l'origine des malheurs de Saint-Domingue. Paris : Impr. de L'Union, an III. Notice Bnf n° : FRBNF36401406.
  • 1795 : Julien Raimond.- Lettres d'un citoyen détenu pendant quatorze mois, et traduit au Tribunal révolutionnaire, au citoyen C. B***, représentant du peuple, en réponse sur une question importante. A l'occasion des événements de St. Domingue. Signé : J. Raimond 17 thermidor an 3 III (4 août 1795, Paris : Impr. de l'Union, an III. Notice Bnf n° : FRBNF34139144.
  • An III : Julien Raimond.- Lettre d'un citoyen détenu pendant quatorze mois et traduit au Tribunal révolutionnaire, au citoyen C. B***, représentant du peuple, en réponse sur une question importante. Si tous les colons blancs sont responsables des malheurs de St Domingue. Signé : J. Raimond. an III (22 septembre 1794 - 21 septembre 1795).- Notice Bnf n° : FRBNF31172685.
  • An III : Julien Raimond•- Preuves complettes et matérielles du projet des colons pour mener les colonies à l'indépendance, tirées de leurs propres écrits ; ouvrage présenté à la Commission des colonies, par J. Raimond, et dans lequel on reconnaîtra la cause et l'origine des malheurs de Saint-Domingue.- Paris : Impr. de l'Union, an III (22 septembre 1794 - 21 septembre 1795).- Notice Bnf n° : FRBNF31172693.
  • 1797 : Julien Raimond.- Rapport de Julien Raimond, commissaire délégué par le Gouvernement français aux Isles-sous-le-vent, au Ministre de la Marine.- Au Cap Français, P. Roux, 1797. Notice Bnf n° : FRBNF31172694.

[modifier] Bibliographie

  • 1991 : Jacques de Cauna, article Raimond dans Mémoire des Landes, dictionnaire biographique, CEHAG, Mont-de-Marsan, p. 269.
  • 1992 : Jacques de Cauna, Julien Raimond, un quarteron d'origine landaise à la tête de la révolution des gens de couleur à Saint-Domingue, dans Actes du colloque Les Landes et la Révolution, 29-30 Sept. 1989, Mont-de-Marsan, CEHAG et Conseil Général des Landes, p. 125-135.
  • 1997 : Jacques de Cauna, Haïti, l'éternelle Révolution, Port-au-Prince, Ed. Deschamps (réédition Monein, PRNG, 2009).
  • 1998 : Jacques de Cauna, Origines et ascension des gens de couleur : la famille Raimond, et Une élite aquitaine de sang-mêlés, Julien Raimond, un mulâtre landais chef de file des hommes de couleur, dans L'Eldorado des Aquitains. Gascons, Basques et Béarnais aux Îles d'Amérique (17e-18e s.), Biarritz, Atlantica, p. 188-198 et 384-387.
  • 1999 : Marcel Dorigny (dir.), Esclavage, résistances et abolitions. Paris, CTHS, 1999.
  • 2004 : Florence Gauthier, De la Révolution de Saint-Domingue à l’Indépendance d’Haïti, in Pour Haïti, n° 46 à 49, 2004.
  • 2005 : Laurent Dubois, Les Vengeurs du Nouveau Monde. Histoire de la Révolution haïtienne, Rennes, Les Perséides, 2005
  • 2007 : Florence Gauthier.- L’aristocratie de l’épiderme. Le combat de la Société des citoyens de couleur, 1789-1791. CNRS Editions, Paris, 2007, 446 pages.

[modifier] Liens internes Wikipédia

[modifier] Notes et références

  1. "24 Floréal an 3 (13 mai 1795). — Décret portant qu'il n'y a pas lieu à inculpation contre Julien Raimond. (B. 54, 135.)." Collection complète des lois, décrets d'intérêt général, traités internationaux, arrêtés, circulaires, instructions, etc. Par France. Publié par Recueil Sirey, 1835. Consulté le 6 mars 2009.
  2. Moreau de St. Méry, Considérations présentées aux vrais amis du Repos et du Bonheur de la France (Paris, 1791).


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