Aniaba

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Aniaba (Anabia, Anniaba) est un prince d'Assinie, du peuple Ehotilé qui fut envoyé en France avec Banga, de sang noble, en mai 1688, à l'époque de l'arrivée des Français en Côte d'ivoire[1].

Départ vers la France[modifier | modifier le code]

En Novembre 1687, le chevalier d’Amon et Jean-Baptiste du Casse sont reçus à Aboisso par le roi Zéna de Krindjabo, capitale du Royaume du Sanwi. Ramené en France comme valet par un marchand, et sur les conseils d'un certain Hyon, marchand de perles de la rue du Petit-Lion, il entre dans Notre-Dame de Paris et est saisi d'une grande émotion religieuse[2] qui attira alors l'intérêt de la Cour auprès de laquelle, probablement encouragé par son entourage, il se représente comme héritier présomptif de la couronne d'Assinie - ce qui correspondait à certains objectifs stratégiques de la France[3]. Présenté à Jacques-Bénigne Bossuet, il lui fit valoir être d'une famille chrétienne d'Ispahan, fuyant une irruption, ce qui lui valut le sobriquet de chevalier tartare[4]. Il fut par la suite, le 1er août 1691, baptisé par Bossuet dans l'église des Missions Étrangères[5], parrainé par Louis XIV dont il reçoit le prénom (Prénom complet Jean-Louis)[6], il profite des meilleurs précepteurs, devient officier d'un régiment de cavalerie avec une rente annuelle de douze mille livres, « le premier officier noir de l'armée française »[7].

Un ordre religieux, l'Ordre de l'Etoile-Notre-Dame, est même créé en 1701 à son intention[8]. À cette occasion, il fait don à Notre-Dame de Paris d'un tableau exécuté par le peintre du roi, Oudar-Augustin Justina, où il est représenté en présence du roi de France et de Bossuet, et remet au peintre un diplôme qui sera recueilli par le baron de Joursanvault[9]. Le tableau disparut par la suite[10].

Retour en Afrique[modifier | modifier le code]

À la mort du roi Zéna, la Cour résolut de renvoyer Aniaba prendre possession de ses États, aidée par la Compagnie de Guinée qui espérait en tirer bénéfice[11]. Accompagné de missionnaires et de marchands de la Compagnie de Guinée, il partit le 19 avril 1701 pour arriver le 5 juillet. À leur arrivée, ils furent reçu par le nouveau roi Akasini, et Aniaba ne bénéficia d'aucune marque de respect. Après explications, les marchands purent toutefois obtenir du roi son accord à la construction d'une forteresse, le Fort Saint-Louis, et permission au père dominicain Godefroy Loyer, Préfet apostolique, d'évangéliser, qui en tira une relation de voyage publiée en 1714[12].

Plusieurs sources expliquent de façon différente qu'il n'ait eu absolument aucun pouvoir une fois revenu chez lui :

  • La version officielle était qu'il était héritier mâle d'un pouvoir dont la transmission était matrilinéaire, ce qui est le cas à Krindjabo, centre du Royaume du Sanwi[13]. Il ne pouvait donc en aucun cas hériter d'un quelconque pouvoir.
  • Particulièrement doué, il aurait été toutefois d'un statut social très inférieur, peut-être un esclave, poussé à se présenter en France sous le meilleur jour, afin de pousser la France à investir cette partie de l'Afrique. À l'appui de cette hypothèse, le Hollandais Willem (Guillaume) Bosman, dans son Voyage en Guinée de 1705[14] avance qu'il n'aurait jamais été que l'esclave d'un Kabaschir (Chef de canton, sur la Côte des Esclaves[15]), et aurait été reconnu à son retour à Assinie, perdant alors tout prestige.
  • Une possibilité intermédiaire suggère que, bien qu'apparenté à la famille royale, il était trop éloigné du trône pour avoir le moindre droit à régner[16].

Par la suite, une grande incertitude plane sur son sort :

  • N'ayant donc aucun droit à la succession, il aurait malgré tout été adopté par les nouveaux souverains Essouma de son village[17], mais sans aucun pouvoir[18].
  • D'après l'article, Histoire de la Côte d'Ivoire, après être revenu à l'animisme et avoir penché en faveur des Hollandais et des Anglais[19], il serait devenu en 1704, se faisant appeler Hannibal, conseiller du roi de Quita (actuel Togo), ou bien Keta, au Ghana[20].
  • La possibilité la plus documentée est qu'il serait revenu en France, à Libourne, en 1703[21].
  • Plus marginalement, selon l'article Éducation en Côte d'Ivoire, il aurait été frappé de cécité.

Pour finir, dès 1740, son histoire romancée a été contée dans un ouvrage anonyme, Histoire de Louis Anniaba : Roi d'Essenie en Afrique sur la Cote de Guinée [22], faisant de lui le premier héros noir d'un roman français[23].

L'ouvrage Prince ébène de Frédéric Couderc est inspiré de cette histoire.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Aniaba, un Assinien à la cour de Louis XIV, Henriette Diabaté, coll. Grandes Figures africaines, 1975, Paris.
  2. Un ivoirien d'Assinie à la cour de Louis XIV " Ce qu'il y vit le pénétra si fort que, sur-le-champ, il alla trouver le sieur Hyon, qui le présenta au roi, à qui il raconta les motifs de son voyage,… " Le récit du père Labat diverge : Aniaba n'est pas un prince. "Aniaba a été conduit par le capitaine Compère, dans le dessein d'en faire son valet ; il lui fut enlevé par des gens qui avaient intérêt à le faire passer pour prince et qui le firent passer pour tel à Paris et à la cour.
  3. Le voyageur françois ou la connoissance de l'Ancien et du Nouveau Monde, Volume 15, Abbé Joseph de La Porte, 1753 : Il fut baptisé à Paris par M. Bossuet ; le roi voulut être son parrain ; il communia de la main du cardinal de Noailles
  4. Histoire de Bossuet, Volume 2 Cardinal Louis-François de Bausset, 1824 : Ce fut vers 1692, que cet étranger se présenta chez Bossuet, sous les auspices d'un missionnaire ou bénédictin anglais… Il racontoit que la crainte d'une irruption avoit engagé sa famille à l'éloigner de son pays, sous la conduite d'un gouverneur, qui embrassa le christianisme à Ispahan…il parloit des pierreries avec lesquelles sa mère l'avoit fait sortir de son pays, et on en avoit vu quelque reste. Il soupiroit profondément comme un homme qui déplorait, sans dire un mot, l'état d'où il étoit déchu.
  5. Table alphabétique et analytique suivie de la chronologie de la vie de Bossuet
  6. 1er août 1691 Il reçoit le prénom de Louis, son parrain de baptême n'étant autre que Louis XIV, le Roi-Soleil en personne.
  7. Prince ébène, Frédéric Couderc, Presses de la Renaissance, 2003
  8. Dictionnaire historique des ordres de chevalerie créés chez les différents peuples depuis les premiers siècles jusqu'à nos jours, Henri Gourdon de Genouillac, 1860 Un aventurier du nom d'Amaha et prenant le titre de roi d'Eiszinie, qui avait été donné en otage au roi de France Louis XIV, créa cet ordre, qui n'eut aucune suite et fut considéré comme une mystification
  9. Catalogue analytique des archives de Monsieur le baron de Joursanvault, 1838 Louis Aniaba, par la grâce de Dieu, roi d'Eissinies, à la Côte d'Or, ... institue, sous la protection de la très sainte Vierge, un ordre de chevalerie sous le nom de l'Ordre de l'Étoile de Notre-Dame, et voulant laisser en France, après son départ, des monumens de sa dévotion et reconnaître les services qui lui ont été rendus par Oudar-Augustin Justina, auteur du grand tableau qu'il a donné à l'église Notre-Dame de Paris, où il est représenté à genoux devant la sainte Vierge et son enfant Jésus qui lui remet le collier de son dit ordre, en présence du roi de France, son bienfaiteur et parrain, et de M. l'évêque de Meaux, il institue ledit Justina, chevalier de son ordre (Paris, 12 février 1701)
  10. L'histoire du prince Aniaba Mais, hélas! La Compagnie de Guinée se désintéressa bientôt de cette lointaine installation; les deux dominicains s'éloignèrent de ces parages dès le mois de mars 1703, avec le chagrin d'avoir vu Aniaba retourner à ses fétiches; n'osait-il pas, même, dire au Père Loyer qu'il estimait plus les trompettes de chez lui que les hautbois du Roi à Versailles? De Notre-Dame le tableau disparut; la conversion du royaume d'Assinie était ajournée.
  11. Voyage du chevalier Des Marchais en Guinée, isles voisines, et à Cayenne, Volume 1, Jean-Baptiste Labat, Jean-Baptiste Bourguignon d'Anville,Milhau (Chevalier de), Jean Grillet, François Béchamel, Pierre Aimé Lombard, Renoud Desmarchais, 1730 : La Compagnie ne doutoit pas qu'il n'appuyât de toutes ses forces le dessein d'un établissement considérable qu'elle vouloit faire à Issini, & que sous sa protection, quand même il ne seroit pas Roi, elle ne poussât bien loin & avantageusement son commerce.
  12. Relation du voyage du royaume d'Issyny : Côte d'Or, païs de Guinée, en Afrique, édité par Raoul Seneuze, 1714
  13. Aboisso, Us et coutumes Il est choisi dans la famille royale suivant les règles du système matrilinéaire Akan.
  14. A new and accurate description of the coast of Guinea, divided into the Gold, the Slave and the Ivory Coasts, Willem Bosman, 1705 Some Years past the French were accustomed to seize all the Negroes that came on board them, and sell them into the West-Indies for Slaves ; amongst which happened to be the beforesaid Lewis Hannibal, Christened by the French ; but finding him endowed with a more sprightly Genius than his Country-Men, instead of selling, they brought him to the French Court, where this Impostor pretended to be Son and Heir apparent to the King of Assinee, by which means he so insinuated himself into the good Opinion of the Court, that the King made him several very rich Presents, and sent him back to his own Country in the manner above related ; but upon his Arrival upon the Coast, he was discovered to be only the Slave of a Caboceer of Assinee.
  15. Dictionnaire complet des langues française et allemande, Volume 2, Dominique Joseph Mozin,Adolphe Peschier
  16. [Dictionnaire des ordres religieux, ou Histoire des ordres monastiques, religieux et militaires et congrégations séculaires de l'un et de l'autre sexe, Abbé Migne, 1847] J'ai appris d'un Français qui est un de ceux qui restèrent en otage parmi ces peuples, que cet Aniaba n'était point prince ni de la famille royale; que sa mère avait seulement épousé en secondes noces un parent du roi.
  17. Aniaba, un Assinien à la Cour du roi soleil C’est ainsi que notre héros, fils de la princesse déchue Ba, héritier présomptif du trône d’Assinie se trouva privé de ses droits légitimes... Adopté par le roi et son épouse, l’enfant fut en effet aussitôt associé à la famille régnante. Ses droits à la succession perdus, il devint néanmoins un fils Essouma, un Aniaba, puisque tel était le vrai nom des nouveaux souverains.
  18. Assinie À son retour, trois mois plus tard, le fort Louis est construit à Assinie et Aniaba est relégué au fond du village
  19. Histoire Générale des Voyages, John Green (Géographe),Antoine-François Prévost (dit Prévost d'Exiles),Alexandre Deleyre,... 1747 On le soupçonnoit même d'entretenir des intelligences secrètes avec les Hollandois, & de soutenir leurs intérêts à sa Cour. Comme cette conduite ne pouvoit venir que d'une ingratitude monstrueuse, le Chevalier Damon qui etoit chargé de lui faire quelques présens lorsqu'il seroit monté sur le trône, aima mieux les distribuer au Roi Akasini, au Capitaine Yamoké son frère, & au Capitaine Emon son neveu, qui marquoient plus d'attachement pour les François que cet apostat.... Le Mercure de l'Europe de l'année 1701, imprimé à Paris, représente cet imposteur, sous le nom de Louis Annibal ...
  20. Prince noir et Roi-Soleil Il disparaît d'Assinie et mourra peu après, âgé de 28 ans, à Keta (Ghana), où il était devenu conseiller d'un chef local
  21. Œuvres complètes de Bossuet, évêque de Meaux, Volume 1, Jacques Bénigne Bossuet Mais lorsqu'on fut informé que le jeune Aniaba était né sur la Côte-d'Or, en Afrique, Louis XIV, qui désirait y former un établissement, le fit embarquer au mois d'avril 1701, sur un bâtiment commandé par le chevalier D'Amon, qui aborda sur la Côte-d'Or, au royaume d'Issim, le 25 mai 1701 ; il y débarqua le jeune Aniaba. Il paraît que ce jeune homme s'y conduisit fort mal sous tous les rapports, et qu'il renonça même à la religion chrétienne. Le capitaine Damon l'abandonna, eu 1704, à sa mauvaise destinée; apparemment Aniaba s'ennuya de son sort, et regretta l'existence qu'il avait en France, puisque la lettre de Bossuet nous apprend qu'il était revenu à Libourne en 1703.
  22. Histoire de Louis Anniaba: Roi d'Essenie en Afrique sur la Cote de Guinée
  23. [1]