Grégoire Ier

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Saint Grégoire Ier
Image illustrative de l'article Grégoire Ier
Le pape Grégoire Ier
Saint de l'Église catholique.
Biographie
Naissance vers 540
Rome
Décès 12 mars 604
Pape de l’Église catholique
Élection au pontificat 3 septembre 590
Fin du pontificat 12 mars 604
Précédent Pélage II Sabinien Suivant

Blason

Grégoire Ier, dit le Grand, auteur des Dialogues (né vers 540, mort le 12 mars 604), devient le 64e pape en 590.

Docteur de l'Église, il est l'un des quatre Pères de l'Église d'Occident, avec saint Ambroise, saint Augustin et saint Jérôme. Son influence durant le Moyen Âge fut considérable.

C'est en son honneur que le « chant grégorien » est appelé ainsi deux siècles après sa mort, sans que l'on sache avec certitude son rôle dans l'évolution et la diffusion du chant liturgique.

Depuis le concile Vatican II, l'Église catholique le célèbre le 3 septembre (auparavant le 12 mars).

Biographie[modifier | modifier le code]

Débuts[modifier | modifier le code]

Grégoire est né à Rome vers 540, au moment de la reconquête de l'Italie par Justinien, d'une famille chrétienne et patricienne, de la branche Anicia. Son père, le sénateur Gordien, est administrateur d'un des sept arrondissements de Rome. Deux de ses sœurs sont honorées saintes (Tharsilla et Æmiliane), et il avait parmi ses ancêtres le pape Félix III. Sa mère, Sylvie, est elle aussi honorée sainte[1].

Il est éduqué dans le climat de renouveau culturel suscité en Italie par la Pragmatica sanctio, et excelle, « selon le témoignage de Grégoire de Tours, dans l'étude de la grammaire, de la dialectique et de la rhétorique[2] ». En 572, il est nommé préfet de la ville, ce qui lui permet de s'initier à l'administration publique, et devient ainsi le premier magistrat de Rome. Il utilise ses aptitudes pour réorganiser le patrimoine de Saint-Pierre. En 574, il souscrit à l'acte par lequel Laurent, évêque de Milan, reconnaît la condamnation des « Trois Chapitres » par le IIe Concile de Constantinople de 553.

Vers 574-575, il adopte la vie monastique et transforme en monastère dédié à saint André la demeure familiale située sur le mont Cælius. Il nomme pour abbé le moine Valentien. On ne sait pas si Grégoire assuma personnellement la direction de la communauté. Ayant hérité de grandes richesses à la mort de son père, il fonde aussi six monastères en Sicile. On ne sait pas si Grégoire et ses moines adoptèrent la règle de saint Benoît, mais « on ne saurait cependant douter de l'harmonie fondamentale existant entre l'idéal monastique de Benoît et celle du grand pontife[2]. »

À Constantinople[modifier | modifier le code]

Grégoire est ordonné diacre par le pape Pélage II (ou peut-être par Benoît Ier, mais c'est moins probable) avant d'être envoyé à Constantinople comme apocrisiaire (ambassadeur permanent, ou nonce). Il s'y rend accompagné de quelques frères, et y résidera jusqu'à la fin de 585 ou le début de 586, « sans songer, d'ailleurs, à apprendre le grec ni à s'initier à la théologie orientale[3] ». Il se plaint d'ailleurs de trouver difficilement des interprètes à Constantinople, capables de traduire en grec des documents latins[4]. Cela montre combien le fossé entre la culture orientale et latine de la chrétienté est déjà grand.

C'est là qu'il rédigea sa plus importante œuvre exégétique, l'Expositio in Job. Il se fit aussi remarquer par une controverse avec Eutychius, le patriarche de Constantinople, à propos de la résurrection des corps. En effet, Grégoire défendait la thèse traditionnelle de l'Église sur la résurrection des corps, tandis qu'Eutychius « appliquait au dogme catholique le principe de l'hylémorphisme aristotélicien[2] ».

À la demande du pape, Grégoire attira aussi l'attention de l'empereur Byzantin Maurice sur l'invasion lombarde en Italie.

De retour à Rome, il reprit la vie monastique. Il joua aussi le rôle de secrétaire et conseiller de Pélage II. À ce titre, il rédige l’Épître III de Pélage, où il soutient la légitimité de la condamnation des Trois Chapitres par le concile de Constantinople de 553.

Pélage II meurt de la peste le 7 février 590.

Pape[modifier | modifier le code]

Le pape Grégoire Ier.
Saint Grégoire le Grand, par Domenico Fetti, Palais des beaux-arts de Lille.

Grégoire « est élu pape par l'acclamation unanime du clergé et du peuple[3] ». Il essaie de se dérober, faisant même appel à l'empereur, mais c'est en vain. Il est consacré pape à Saint-Pierre, le 3 septembre 590. Cet épisode est raconté dans la Légende dorée.

Au même moment, meurt le roi des Lombards Authari. Agilulf, arien, lui succède et conformément à la coutume, il épouse la veuve de son prédécesseur Théodelinde de Bavière. Celle-ci se révélera une alliée influente du nouveau pape et amènera le roi au catholicisme.

Jusqu'à Grégoire Ier, la prééminence de la papauté est mal définie et ne ressort guère que de la double qualité du pape, successeur de Saint Pierre et évêque de Rome. Elle se manifeste plutôt par le respect qu'on lui porte que par l'autorité qu'il exerce. Dans les divers royaumes, les évêques nommés par les rois n'ont tout au plus avec lui que des relations de déférence. Lui-même n'est considéré par les patriarches d'Alexandrie, d'Antioche et de Constantinople que comme un égal. Enfin, comme il le fait pour eux, l'empereur de Byzance se réserve le droit de ratifier sa nomination ou, après Justinien, de la faire ratifier en son nom par l'exarque de Ravenne. La situation de l'Italie, et particulièrement la situation de Rome, depuis les troubles des invasions, absorbe l'activité des papes en des besognes qui n'ont rien de commun avec le gouvernement de l'Église. Depuis que l'empereur ne réside plus à Rome, c'est le pape qui en est devenu, en fait, le personnage principal. Depuis l'invasion des Lombards surtout, les papes ont à lutter avec des difficultés et des périls auxquels ils ne parviennent à parer qu'à force d'énergie. Car l'empereur, absorbé par la défense des frontières de Syrie et du Danube, leur laisse le soin de résister à ces nouveaux ennemis qui s'acharnent à la conquête de Rome. Tout au plus envoie-t-il de temps en temps quelques troupes et des subsides également insuffisants. L'exarque de Ravenne, menacé lui-même, n'est pas en état de fournir une collaboration effective. Au moment où Grégoire le Grand monte sur le trône de Saint Pierre, il désespère visiblement de l'avenir et compare Rome à un navire battu par la tempête et sur le point de sombrer[5].

Le pontificat de Grégoire Ier se déroule donc, comme on l'a vu, dans un contexte fort difficile. En outre, la ville est ravagée par la peste, le Tibre déborde. Il doit donc à la fois veiller à rassurer les fidèles (certains croient que la fin du monde est arrivée) et utiliser ses talents d'administrateur pour veiller au ravitaillement de la ville. Dans l'ensemble de son pontificat, on notera une importante réforme administrative à l'avantage des populations rurales, ainsi que la restructuration du patrimoine de toutes les églises d'Occident, afin d'en faire « des témoins de la pauvreté évangélique et des instruments de défense et de protection du monde agricole contre toute forme d'injustice publique ou privée[6]. ». Ses lettres nous le montrent appliqué à restaurer le patrimoine de Saint Pierre, c'est-à-dire l'immense domaine foncier de l'Eglise de Rome, éparpillé à travers l'Italie, les côtes d'Illyrie et la Sicile, et que les désordres des invasions avaient démembré, ruiné et désorganisé. On l'y voit revendiquer les terres aliénées ou envahies, nommer des intendants, leur tracer les règles à suivre, leur imposer les mesures nécessaires pour la perception et la centralisation des revenus. En quelques années, la papauté se trouve en possession d'un revenu régulier et de ressources abondantes. Elle était devenue une des premières puissances financières de l'Occident chrétien. Enfin, il associe les moines à l'action pontificale, non seulement en fondant de nouveaux monastères dans la ville éternelle, mais également en octroyant à quantité d'entre eux des privilèges d'exemption qui les placent directement sous l'autorité du Saint Siège[7].

Durant son pontificat, Grégoire adopte une « attitude d'attente et de négociation avec les Lombards[8] ». Non satisfait des mesures prises par l'empereur Maurice (« J'attends plus de la miséricorde de Jésus de qui vient la justice que de votre piété », écrit-il à l'empereur[9]), il prend lui-même les choses en main, en signant en 595 une trêve avec Agilulf. En 598, il favorise une nouvelle trêve, entre l'exarque Callinicus et le roi lombard. Maurice trouve ce comportement « prétentieux »[10]. Grégoire se défend en argumentant : « Si j'avais voulu me prêter à la destruction des Lombards lorsque j'étais apocrisiaire à Constantinople, ce peuple n'aurait plus aujourd'hui ni roi, ni comtes ; il serait en proie à une irrémédiable confusion ; mais, comme je crains Dieu, je n'ai voulu me prêter à la perte de qui que ce soit[11] ». Grâce à ses contacts avec Théodelinde, la reine franque des Lombards, un mouvement progressif de conversions s'amorça parmi ceux-ci[12].

Le geste le plus important de Grégoire Ier par rapport à l'évangélisation est l'envoi en mission, en 596, de saint Augustin de Cantorbéry, accompagné de quarante moines du monastère du mont Cælius, afin de restaurer le christianisme en Grande-Bretagne. En effet, sous l’empire, la Bretagne avait été quelque peu christianisée, mais les Saxons avaient envahi l’île et repoussé vers l’ouest les chrétiens bretons[13]. Grégoire fait aussi acheter de jeunes esclaves anglais pour les faire élever dans des monastères. Le grand historien Edward Gibbon dira : « César avait eu besoin de six légions pour conquérir la Grande-Bretagne. Grégoire y réussit avec quarante moines[14] ». Dans une lettre adressée à un missionnaire en partance pour la Grande-Bretagne païenne, en 601, Grégoire Ier donnait cet ordre : « Les temples abritant les idoles dudit pays ne seront pas détruits ; seules les idoles se trouvant à l’intérieur le seront [...]. Si lesdits temples sont en bon état, il conviendra de remplacer le culte des démons par le service du vrai Dieu[15] ». Augustin devint le premier archevêque de Cantorbéry. (voir aussi Christianisme irlandais). Considérée par le grand historien médiéval Henri Pirenne comme « un chef-d'oeuvre de tact, de raison et de méthode[16] », la conversion de l'Angleterre repose sur des consignes prudentes et réfléchies. Les missionnaires n'arrivent dans le pays qu'après en avoir étudié la langue, les mœurs et la religion. Ils se gardent de heurter les préjugés, de rechercher des succès trop rapides ou d'ambitionner le martyre. Ils gagnent la confiance avant de gagner les âmes. Au bout de 60 ans, les Anglo-Saxons étaient non seulement devenus chrétiens, mais ils l'étaient au point de fournir à l'Église des missionnaires dignes de ceux qui les avaient convertis, tel Saint-Boniface qui entreprendra au début du VIIIe siècle l'évangélisation de la Germanie païenne d'au delà du Rhin.

La conversion de l'Angleterre marque une étape décisive dans l'histoire de la papauté. Fondation directe du pape, l'Église anglo-saxonne se trouve placée dès le début sous l'obédience immédiate et la direction de Rome. Elle n'a rien d'une Église nationale ; elle est apostolique dans toute la force du terme. Et l'Église d'outre-Rhin, qu'elle va organiser, recevra d'elle le même caractère. Tandis qu'à Rome même les papes continuent à être considérés par l'empereur de Byzance et par l'exarque de Ravenne comme des patriarches de l'Empire, et restent soumis à l'obligation de leur demander la ratification de leur élection, les nouveaux chrétiens du nord révèrent en eux les vicaires de Jésus-Christ, les représentants de Dieu sur terre[17].

Mort[modifier | modifier le code]

Vitrail représentant Grégoire Ier.

Grégoire Ier meurt le 12 mars 604 et est inhumé au niveau du portique de l'Église Saint-Pierre de Rome. Cinquante ans plus tard, ses restes furent transférés sous un autel, qui lui fut dédié, à l'intérieur de la basilique, ce qui officialisa sa sainteté.

Écrits[modifier | modifier le code]

Grégoire a laissé de nombreux écrits, dans divers domaines : un grand nombre de lettres, des commentaires et homélies sur la Parole, et quelques autres écrits. Il est spécialement connu pour être l'auteur des Dialogues (plusieurs volumes de la collection « Sources Chrétiennes », éd. Cerf). Il nous y rapporte en son livre II les seules informations biographiques que nous ayons sur saint Benoît, fondateur de la vie bénédictine et figure majeure du monachisme occidental.

Correspondance[modifier | modifier le code]

Le Registrum epistolarum est composé de 814 lettres réparties en 14 livres, qui correspondent aux années du pontificat grégorien (590-604)[18]. C'est une composition assez hétéroclite : lettres spirituelles, lettres officielles à lire en public, ordonnances portant sur des questions de gouvernement, formulaires de nomination et de confirmation de charges, formulaires d'autorisation et de privilège, etc. Cependant, certaines lettres permettent de tracer un portrait assez riche et précis du monde rural de la fin du VIe siècle.

Commentaires et homélies[modifier | modifier le code]

L’Expositio in Job ou Moralia in Job (morales sur Job) est son œuvre exégétique la plus importante. Commencée à Constantinople, d'abord sous forme d'entretiens destinés aux frères de sa communauté, puis poursuivie sous forme de dictée, elle fut réorganisée et achevée à Rome, vers 595. Elle comporte 35 livres. « Par une œuvre qui est plus une catéchèse biblique qu'une construction scientifique, il a tracé les lignes essentielles de la théologie morale classique[19] ».

Homiliæ in Evangelium est un recueil de 40 homélies reproduit sa prédication durant les deux premières années de son pontificat. « Elles constituent un modèle de prédication populaire, remplie d'enseignement moral et mystique exposé sous une forme simple et naturelle, renforcé souvent par des exemples s'adressant à la grande masse des fidèles[20]. » P. Batiffol les considère comme « des modèles de l'éloquence pastorale et la prédication liturgique[21] ».

Homeliæ in Hiezechihelem sont 22 homélies sur le livre d'Ézéchiel, rédigées vers 593594, alors qu'Agilulf menace d'assiéger Rome. Elles sont d'un niveau plus élevé que les homélies sur l'évangile. Le premier livre, dédié à Marinien de Syracuse, traite du charisme prophétique. Il s'adresse principalement aux prédicateurs et aux évêques. Le second livre, qui s'adresse aux moines de Coelius, commente la structure du Temple de Jérusalem. Par la symbolique des nombres, il explique la voie d'accès au silence contemplatif.

Plusieurs autres écrits n'ont pas été rédigés directement de la main de Grégoire. Ainsi, Expositiones in Canticum Canticorum, concernant les huit premiers versets du texte du Cantique des cantiques, et in librum primum Regum, qui commente 1S 1-16, sont deux textes qui ont été dictés de mémoire par le moine Claude, d'après ce qu'il avait entendu de Grégoire. L'attribution de ces œuvres à Grégoire est d'ailleurs contestée par de Vogüé dans l'édition des Sources Chrétiennes. Elles seraient l'œuvre de Pierre de Cava[22].

D'autres commentaires, sur les proverbes, les prophètes, l'Heptateuque, ont été rédigés de la même manière. Ces écrits sont malheureusement perdus aujourd'hui.

Autres écrits[modifier | modifier le code]

Représentation du XVIIe siècle.

La réforme liturgique de Grégoire est décrite dans le Livre des sacrements. « Il rassembla en un seul livre le Codex de Gélase concernant la liturgie de la messe. Il y retrancha beaucoup de choses, en modifia quelques-unes et en ajouta certaines. Il institua ce livre : Livre des sacrements[23] ». Nous ne possédons cependant pas la version originale. Celle que l'on a actuellement est le texte envoyé par Adrien Ier à Charlemagne, vers 785-786, et contient plusieurs enrichissements reflétant des ajouts faits entre temps à la pratique liturgique usuelle. La tradition attribue aussi à Grégoire un Antiphonarium.

Le Pastoral (Regulae pastoralis liber), adressé à Jean IV, archevêque de Ravenne, traite en quatre livres de la vie pastorale, du gouvernement des âmes, de la prédication, de la vie spirituelle du pasteur. Grégoire exhorte l'évêque à un renouvellement personnel continu, afin que sa parole soit toujours incisive et efficace. L'ouvrage est traduit en grec dès 602 et sert de livre de base pour la formation du clergé au Moyen Âge. Il demeure un classique de la vie spirituelle.

Les Dialogues témoignent de la sainteté d'évêques, moines, prêtres et gens du peuple, contemporains de Grégoire. Ils relatent des miracles opérés par de saints personnages en Italie. Le second livre constitue la principale source biographique que l'on a sur Benoît de Nursie. Le quatrième livre évoque des manifestations extraordinaires démontrant l'immortalité de l'âme humaine.

Penseur spirituel et théologien[modifier | modifier le code]

Réforme liturgique[modifier | modifier le code]

Légende de l'origine du chant grégorien, d'après le frontispice de l'édition vaticane :« Le très Saint Grégoire se répandait en prières, pour que le Seigneur lui accorde la musique à donner sur les textes liturgiques. L'Esprit Saint descendit alors sur lui sous la forme d'une colombe, et son cœur fut éclairé. Il commença aussitôt à chanter, et voici comment :... » (Suit l'Introït du premier dimanche de l'Avent.)
Grégoire Ier dictant un chant
Illustration d'un antiphonaire du XIe siècle.

Grégoire est la figure éponyme de réformes liturgiques qu'il ne réalisa probablement jamais avec l'ampleur qu'on lui attribua par la suite (voir Histoire du rite romain). Le chant grégorien qui porte son nom ne lui doit rien directement. Cette attribution est la conséquence d'une légende hagiographique racontant comment il composa les propres de la Messe. En réalité, le chant grégorien résulte des réformes de Chrodegang de Metz et de Charlemagne, qui aligna le chant gallican sur la pratique romaine un siècle plus tard.

Influence sur la théologie[modifier | modifier le code]

Grégoire propose la mise en place d'une pédagogie chrétienne « où la formation grammaticale, dialectique et rhétorique se baserait, non plus sur des textes profanes, comme cela se faisait encore de son temps, mais sur des textes sacrés[24] ». Cette voie sera par la suite suivie par d'autres, notamment Isidore de Séville, Julien II de Tolède et Bède.

Ses ouvrages théologiques resteront, jusqu'à la fin du Moyen Âge, l'une des autorités les plus souvent citées dans la prédication et l'enseignement, où il prend place après saint Augustin d'Hippone, dont il simplifie parfois la pensée, non sans l'enrichir d'autre part en l'adaptant à la mentalité des temps nouveaux. Il n'est cependant pas un théologien original, en ce sens qu'il reprend surtout la doctrine commune. C'est que l'époque des grandes controverses dogmatique est passée. « Il reprend l'enseignement d'Augustin sur la grâce, la prédestination, le sort des enfants morts sans baptême ; il reprend et précise la catéchèse traditionnelle sur les sacrements, la discipline pénitentielle, les bonnes œuvres, le culte des saints[25] ».

D'un point de vue exégétique, il utilise les procédés de la rhétorique classique. Bien qu'il ne néglige pas le sens littéral de l'Écriture, il le dépasse pour s'élever à l'allégorie. Ainsi, dans son homélie sur Ézéchiel, il s'attarde principalement sur la cause ou l'hypothèse dont l'objet sont les personnes ou les faits historiques. Il ne parle pas de la prophétie, mais du prophète. En général, dans son discours, « les antinomies se résolvent grâce à l'unité qui permet de dire que l'Église est à la fois visible et invisible, humaine et divine, active et contemplative, présente dans le monde et plongée dans la réalité future[26] ». Mais Grégoire est avant tout un moraliste. « Par une œuvre qui est plus une catéchèse biblique qu'une construction scientifique, il a tracé les lignes essentielles de la théologie morale classique[25] ». D'ailleurs, le fait que lExpositio in Job ait reçu, de son vivant, le titre de Moralia in Job en témoigne. On lui doit, dans un tableau large et divers de la morale chrétienne et des finalités de la vie mystique, une approche assez humaniste de l'équilibre personnel que le chrétien doit trouver entre les exigences ascétiques de la contemplation et les besoins sociaux d'une vie active. Sa pensée a également contribué à une classification des vices et vertus, ainsi que des dons du Saint-Esprit, classification dont les prédicateurs et les artistes du Moyen Âge feront grand cas.

Il reprend la classification des rêves de Macrobe et la transforme en distinguant les rêves dus à la nourriture et à la faim, ceux envoyés par les démons, et ceux d'origine divine[27].

Considéré comme un des Pères de l'Église, il a également toujours été compté parmi les Docteurs de l'Église.

Attributs[modifier | modifier le code]

Saint Grégoire écrivant sous l'inspiration de la colombe du Saint-Esprit (Registrum Gregorii, Xe siècle).

Saint Grégoire est très présent dans l'iconographie des manuscrits et des monuments figurés, où il est, avec saint Pierre, le pape par excellence. Il est représenté en habits pontificaux ; parmi ses attributs, la tiare, la colombe de l'Esprit Saint qui inspire ses écrits, et le livre en tant que docteur de l'Église[28].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Encyclopædia Universalis, vol. 8, Paris, 1968, p. 10.
  2. a, b et c Dictionnaire encyclopédique du christianisme, V. 1, Paris, Cerf, 1990, p. 1102.
  3. a et b Encyclopædia Universalis, vol. 8, Paris, 1968, p. 11.
  4. Louis Bréhier, La Civilisation byzantine, Albin Michel, 1970, p. 329 et 388.
  5. H. Pirenne, Histoire de l'Europe. Des invasions au XVIe siècle, Paris-Bruxelles, 1939, p. 31
  6. Dictionnaire encyclopédique du christianisme, V. 1, Paris, Cerf, 1990, p. 1106.
  7. H. Pirenne, Histoire de l'Europe. Des invasions au XVIe siècle, Paris-Bruxelles, 1939, pp. 32-33
  8. Dictionnaire encyclopédique du christianisme, V. 1, Paris, Cerf, 1990, p. 1103.
  9. Des « Homélies sur l’Évangile » de saint Grégoire le Grand (Hom. 14, 3-6; PL 76, 1129-1130)
  10. Ep. V, 36
  11. Ep. V, 6
  12. Jean Mathieu-Rosay, Chronologie des papes, Marabout, 1988, p. 101.
  13. Thomas Cahill. Dernier chapitre de How the Irish Saved Civilization, Éd. Doubleday Books, NY, 1994
  14. Gallica Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, page 275
  15. Lettre de Grégoire Ier à Mellitus, in Jacques-Paul Migne, Patrologie Latine, Epistola 76, vol. 77, pp. 1215-1216 (Traduction anglaise : http://www.fordham.edu/halsall/source/greg1-mellitus.txt)
  16. H. Pirenne, Histoire de l'Europe. Des invasions au XVIe siècle, Paris-Bruxelles, 1939, p. 33
  17. H. Pirenne, Histoire de l'Europe. Des invasions au XVIe siècle, Paris-Bruxelles, 1939, pp. 33-34
  18. Ce sont les données du dictionnaire encyclopédique du christianisme ancien. L’Encyclopædia Universalis mentionne plutôt 13 livres et 854 lettres
  19. Encyclopædia Universalis, vol. 8, Paris, 1968, p. 11.
  20. Dictionnaire encyclopédique du christianisme, V. 1, Paris, Cerf, 1990, p. 1104.
  21. Batiffol (P.), Saint Grégoire le Grand, éditions Le Coffre, p. 69-76.
  22. Commentaire sur le premier livre des Rois, Tome III, III, 38-IV, 78, [attribué à] Grégoire le Grand, [restitué à] Pierre de Cava ; introduction, texte, traduction et notes par Adalbert de Vogüé, Paris, 1998 (Sources Chrétiennes, n°432).
  23. Jean Diacre, Vita Greg. 2, 17.
  24. Dictionnaire encyclopédique du christianisme, vol. 1, Paris, Cerf, 1990, p. 1106.
  25. a et b Encyclopædia Universalis, vol. 8, Paris, 1968, p. 11.
  26. Dictionnaire encyclopédique du christianisme, vol. 1, Paris, Cerf, 1990, p. 1107.
  27. Dialogues, livre IV
  28. Rosa Giorgi, Les Saints, éditions Guide des Arts, Hazan, 2003 (ISBN 2-85025-856-3)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres de Grégoire le Grand[modifier | modifier le code]

  • Commentaire sur le Cantique des Cantiques, Cerf, 1984
  • Commentaires moraux aux livres de Job (595), livres 33-35 (Cerf, 2010), livres 30-32 (Cerf, 2009)
  • Dialogues (Dialogorum libri quattuor de vita et miraculis patrum italicorum et de aeternitate animorum, 593-594), livres I, II et III (Cerf, 1979), IV (Cerf, 1980). Trad. abbé Henry (1851) [1] [2]
  • Homélies sur l'Évangile, homélies 1-20 (Cerf, 2005), 21-40 (Cerf, 2008). Trad. des moines bénédictins de l'abbaye de Sainte-Madeleine du Barroux [3]
  • Registre des lettres (600), livres I et II (Cerf, 1991), III-IV (Cerf, 1990). Collection de 848 lettres de correspondance officielle.
  • La Règle pastorale (Regulae pastoralis liber, 591), livres I et II (Cerf, 1992), livres III et IV (Cerf, 1992)

Études sur Grégoire le Grand[modifier | modifier le code]

  • Jacques de Voragine, la Légende dorée (vers 1250), Bibliothèque de La Pléiade, Gallimard, 2004, publication sous la direction d'Alain Boureau.
  • Sofia Boesch Gajano, Grégoire le Grand, Le Cerf, coll. "Cerf histoire", 2007, 230 pages.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]