Benoît XV

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Benoît XV
Image illustrative de l'article Benoît XV
Biographie
Nom de naissance Giacomo Giambattista della Chiesa
Naissance 21 novembre 1854
Pegli, Flag of Italy (1861-1946).svg Royaume de Sardaigne
Ordination sacerdotale 21 décembre 1878 par le card. Raffaele Monaco La Valletta
Décès 22 janvier 1922 (à 67 ans)
Rome, Flag of Italy (1861-1946).svg Royaume d’Italie
Pape de l’Église catholique
Élection au pontificat 3 septembre 1914 (59 ans)
Intronisation 6 septembre 1914
Fin du pontificat 22 janvier 1922
(7 ans, 4 mois et 19 jours)
Précédent Pie X Pie XI Suivant
Cardinal de l’Église catholique
Créé
cardinal
28 mai 1914 par le pape Pie X
Titre cardinalice Cardinal-prêtre de Ss. Quatre-Saints-Couronnés
Évêque de l’Église catholique
Consécration épiscopale 22 décembre 1907
par le pape Pie X
Archevêque de Bologne
16 décembre 19073 septembre 1914
Précédent Domenico Svampa Giorgio Gusmini Suivant

Signature

Blason
« In te, Domine, speravi; non confundar in aeternum »
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org

Giacomo della Chiesa, né à Pegli, près de Gênes au Royaume de Sardaigne, le 21 novembre 1854, fut pape sous le nom de Benoît XV (en latin Benedictus XV, en italien Benedetto XV) du 3 septembre 1914 à sa mort le 22 janvier 1922 à Rome.

Son règne est marqué par la promulgation du nouveau Code de droit canonique en 1917, étape importante dans la centralisation du pouvoir pontifical, ainsi que par une intense activité diplomatique au cours de la Première Guerre mondiale.

La jeunesse[modifier | modifier le code]

Giacomo en 1866 à douze ans

Né en 1854Pegli) le fils du marquis Giuseppe della Chiesa (1821-1892) grandit dans une famille d'ancienne noblesse de la ville de Gênes qui se rattache au pape Calixte II et au roi de Lombardie Bérenger II[1]. Sa mère, Giovanna Migliorati (1827-1904) appartenait aussi à une famille d'ancienne noblesse mais Napolitaine, dont était issu un autre pape, Innocent VII au début du XVe siècle .

Après des études classiques, à cause les réticences de son père à sa vocation de prêtre, il entre en 1871 à la Faculté de droit de Gênes et obtient son doctorat de droit civil en 1875. Lors de ses études, le climat anticlérical l'a poussé à s'engager dans l'Action catholique, dont il préside la section locale[1]. Son père accepte alors sa vocation, à la condition qu'il poursuive son cursus au collège Capranica de Rome, spécialisé dans la formation des jeunes ecclésiastiques. Il est ordonné prêtre le 21 décembre 1878 en la basilique Saint-Jean du Latran, quelques jours après avoir été reçu avec les autres étudiants par le nouveau pape, Léon XIII[1].

La carrière dans la Curie[modifier | modifier le code]

Mgr Della Chiesa consacré évêque par saint Pie X, le 18 décembre 1907

Il entre en 1879 à l'Académie des nobles ecclésiastiques, qui prépare les jeunes aristocrates italiens aux carrières diplomatiques du Saint-Siège[1]. L'année suivante, il obtient son doctorat de droit canonique. Chaque jeudi, les cardinaux venaient écouter les étudiants sur leurs recherche: alors qu'il enseigne le style diplomatique à l'Académie, il est repéré par le cardinal Rampolla, dont il devint le protégé[1]. Il suit celui-ci dans sa nonciature en Espagne en 1882. Quand en 1887, Rampolla devient cardinal secrétaire d'État, Della Chiesa devient minutante aux affaires ordinaires[1]. Il participe ainsi à la négociation entre l'Allemagne et l'Espagne au sujet des Îles Carolines et organise les secours durant une épidémie de choléra. Cette expérience lui procure de plus, une grande connaissances des rouages de la Curie romaine. Comme sa mère se plaint à Rampolla de cette carrière, trop lente à son goût, Rampolla lui répond, Signora, votre fils ne montera que quelques marches, mais elles seront gigantesques.[2] En 1901, il est nommé substitut de la Secrétairerie d'État. Lors du conclave de 1904, le cardinal Rampolla, favori des papables, veut le faire désigner pour remplacer le Cardinal Volpini qui vient de mourir, en tant que secrétaire du conclave. Mais Della Chiesa échoue face à la candidature de Rafael Merry del Val. C'est le premier signe que Rampolla ne sera pas le successeur de Léon XIII. Avec l'élection de Pie X qui choisit Rafael Merry del Val comme secrétaire d'état, Della Chiesa perd son poste, suivant Rampolla dans sa défaite.

Il doit attendre octobre 1907, pour obtenir la charge d'archevêque de Bologne[1].

Après la mort de Rampolla, en 1913, faisant figure de modéré, il est nommé cardinal, lors d'un consistoire secret, le 25 mai 1914[1]. Il reçoit le chapeau de cardinal-prêtre de la basilique des Quatre Saints Couronnés (Santi Quattro Coronati) le 28 mai.

Lors du conclave qui suit la mort de Pie X le 20 août 1914, peu après le début de la Première Guerre mondiale, s'affrontent deux partis. Le « parti des Pie » est mené par des dignitaires de l'entourage du feu pape, Merry del Val, De Laï ou encore Lafontaine. L'autre défend la politique de Léon XIII, guidé par Domenico Ferrata et Pietro Gasparri. Della Chiesa, qui fait figure de modéré, devient un candidat possible de compromis. Il est élu au dixième tour de scrutin, le 3 septembre 1914[1], avec exactement les deux tiers des voix ; le parti adverse aura fait recompter les voix afin de vérifier que Della Chiesa n'avait pas voté pour lui-même, en contravention avec les règles du scrutin. Il choisit le nom de Benoît XV, en hommage à Benoît XIV (pape de 1740 à 1758), législateur de l'Église moderne[3]. Il a 59 ans.

Pape[modifier | modifier le code]

Sur le plan doctrinal[modifier | modifier le code]

Armoiries de Benoît XV

Le nouveau pape Benoît XV s'emploie aussitôt à calmer les remous de la « crise moderniste ». C'est l'objet de sa première encyclique, Ad beatissimi, en date du 1er novembre 1914. Le Sodalitium Pianum de Mgr Umberto Benigni, plus connu sous le nom de « La Sapinière », est dissous en 1921. Le cardinal Merry del Val est remplacé par le cardinal Ferrata (dont la mort inattendue est presque immédiate), puis Gasparri. Néanmoins, De Laï reste à la tête de la Congrégation des Évêques, et Merry del Val est nommé à la tête de la Sacrée Congrégation du Saint-Office.

L'encyclique Spiritus Paraclitus (15 septembre 1920) encourage les fidèles à lire la Bible, elle soutient « l'immunité parfaite des Écritures à l'égard de toute erreur ». Le Manuel biblique de Vigouroux est mis à l'Index en 1923, et Lagrange se voit empêché de publier ses travaux sur la Genèse. Le sulpicien Jules Touzard subit également les foudres du Saint-Office pour avoir mis en doute l'attribution à Moïse en personne des livres du Pentateuque[4]. Le serment anti-moderniste est maintenu. En 1915, une Congrégation des études, des séminaires et des universités est créée pour mieux contrôler la formation doctrinale des séminaristes[5].

Benoît XV promeut une piété populaire : il étend à l'Église universelle la fête de la Sainte Famille et appuie la dévotion au Sacré Cœur, à la Vierge des Douleurs, à Notre Dame de Lorette, patronne de la ville italienne de Loreto, ou encore au Très Précieux Sang[4]. Il canonise Jeanne d'Arc et proclame bienheureuse Louise de Marillac en 1920 ou encore les 22 martyrs de l'Ouganda.

Le pontificat de Benoît XV voit également s'achever le chantier de codification du droit canonique lancé par Pie X. En 1917, le Code de droit canonique est promulgué par la constitution Providentissima Mater Ecclesia[6].

En 1919, la révocation du non expedit créé en 1874 par Pie IX permet aux catholiques italiens de participer à la vie politique italienne et au prêtre Luigi Sturzo de fonder le Parti Populaire Italien.

La Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Photographie autographe de Benoît XV
Statue de Benoît XV dans la cour de la Cathédrale du Saint Esprit à Istanbul

Benoît XV proclame la neutralité[7] du Saint-Siège dans l’Osservatore Romano du 3 septembre 1914.

Le 1er novembre, il publie l'encyclique Ad beatissimi qui se présente comme un appel à la paix, indiquant en conclusion : « Nous appelons de tous nos vœux, en faveur de la société humaine et en faveur de l'Église, la fin de cette guerre si désastreuse. » Il associe cependant l'enjeu du conflit à celui de la question romaine : « Tout en souhaitant instamment que les nations fassent la paix au plus tôt, nous désirons vivement aussi, que le Chef de l'Église cesse de se trouver dans cette condition anormale [sous-entendu, la privation d'un territoire propre à l'Église] qui pour bien des raisons est funeste aussi à la tranquillité des peuples. » Dans la lignée du mouvement anti-moderniste, Benoît XV dénonce également le « mal funeste » qu'il considère comme « la véritable cause de la terrible guerre présente » : la société laïque et libérale issue, en France, de la Révolution française, et en Italie, du Risorgimento.

Par la suite, Benoît XV se refuse à toute condamnation, malgré les crimes de guerre dont s'accusent les deux camps, se contentant d'appeler de manière générale au respect des règles du droit de la guerre[8] – ce qui lui vaudra l'incompréhension ou l'hostilité des deux parties.

Du côté des puissances alliées, l'opinion est particulièrement choquée par la non-condamnation de l’invasion de la Belgique suite au plan Schlieffen, et des « atrocités allemandes » qui s’ensuivirent. En France, la déception est d'autant plus grande que le cardinal Pietro Gasparri, ancien professeur à l'Institut catholique de Paris, est réputé pro-français[9] Le catholique et anticlérical Léon Bloy le rebaptise « Pilate XV[10] » et Clemenceau « le pape boche »[11]. La proposition de Millerand de rétablir l'ambassade près le Saint-Siège, à la fin de 1914, ne rencontre ainsi aucune adhésion du Conseil des ministres[12]. En 1917, André Tardieu rappelle au pape que son premier devoir est de « prendre parti entre le bien et le mal »[10]. Les plus anticléricaux accusent le Saint-Siège d'être manipulé par les Jésuites, auxquels on attribue la responsabilité réelle de la guerre : ils auraient incité l'Empire austro-hongrois à attaquer la Serbie[13]. Inversement, Benoît XV est soutenu par l'Action française et Charles Maurras consacre plus d'une centaine d'articles à le défendre[14].

De son côté, Ludendorff voit en Benoît XV le « pape français »[11] mais il est vrai que Ludendorff accusera de la même façon Pie XI et le futur Pie XII . En effet, les puissances centrales ne comprennent pas pourquoi le pape refuse de soutenir officiellement l'Autriche-Hongrie, seul pays officiellement catholique, et l'Allemagne, qui compte en son sein les très catholiques Bavière et Rhénanie, contre des États visiblement anti-catholiques : la protestante Angleterre, « oppresseur » de l'Irlande, la Russie, schismatique, « oppresseur » quant à elle de la Pologne[12], mais aussi la France, « foyer de l'athéisme »[15]. Un courrier de la Secrétairerie d'État adressé à Mgr Scapinelli, nonce apostolique en Autriche, est ainsi refusé à la frontière autrichienne au motif qu'il provient d'un pays ennemi[11]. Les Empires centraux font donc attendre leur réponse, tout aussi négative, à l'exhortation de Benoît XV.

Dans son discours au consistoire du 22 janvier 1915, Benoît XV explique :

« Nous réprouvons grandement toute injustice de quelque côté qu'elle puisse avoir été commise, mais impliquer l'autorité pontificale dans les différends propres aux belligérants, ne serait certainement ni convenable ni utile[16]. »

Benoît XV s'efforce à tout prix, en 1914 et 1915, d'éviter l'entrée en guerre de l'Italie restée neutre[17] (voir aussi Histoire de l'Italie pendant la Première Guerre mondiale) : il seconde les tentatives allemandes pour acheter la neutralité italienne aux dépens de l'Autriche-Hongrie, priée d'abandonner Trieste, le Sud-Tyrol et les terres irrédentes[18]. Cette politique a été interprétée par les opinions publiques alliées comme une manœuvre du Vatican visant à protéger l'Autriche-Hongrie d'une attaque italienne, et donc permettre aux Empires centraux de s'épargner un front additionnel. Autre intervention, Benoît XV demande au printemps 1916 à Guillaume II d'empêcher la progression des troupes russes vers Constantinople, redoutant de voir les deux patriarcats orthodoxes s'unir contre le Saint-Siège[19]. La requête est retirée quelques jours plus tard, Benoît XV préférant finalement ne pas s'ingérer dans le conflit.

Le 28 juillet 1915, Benoît XV lance sa première tentative de paix négociée, appelant à « résoudre l'épouvantable conflit (…) autrement que par la violence des armes » et à « reconnaître, l'esprit serein, les droits et les justes aspirations des peuples[19]. » Une seconde tentative, appelant au retour au statu quo, avorte suite aux avis négatifs des prélats belge le cardinal Mercier et français Mgr Baudrillart.

L'appel de 1917[modifier | modifier le code]

Benoît XV à son bureau

Le 1er août 1917, Benoît XV envoie une lettre aux belligérants, baptisée « exhortation à la paix ». Elle réaffirme la volonté du Saint-Siège de « garder une parfaite impartialité à l'égard de tous les belligérants » et prétend faire tout son possible pour « contribuer à hâter la fin de cette calamité, en essayant d'amener les peuples et leurs chefs à des résolutions plus modérées, aux délibérations sereines de la paix, d'une paix « juste et durable ». Concrètement, il propose :

  • le désarmement des deux parties, reprenant ainsi un thème déjà abordé aux conférences de La Haye ;
  • l'arbitrage comme moyen de résolution des conflits ;
  • l'abandon de toutes les demandes de réparation ;
  • l'évacuation totale de la Belgique et du territoire français ;
  • le maintien de l'Alsace-Lorraine au sein de l'Allemagne ;
  • la liberté des mers ;
  • la restitution par l'Entente des colonies allemandes.

Le texte souhaite également la fin des questions territoriales opposant l'Italie à l'Autriche ou l'Allemagne et la France en demandant le respect des « aspirations des peuples », de même que celui-ci doit régir, pour Benoît XV, les questions relatives à l'Arménie, aux États des Balkans et à la Pologne.

L'exhortation de Benoît XV est très mal reçue, d'autant que, prévue pour rester secrète, elle a rapidement été diffusée par la presse[20]. Du côté de l'Entente, la Grande-Bretagne et la Belgique font porter par leurs ambassadeurs des refus polis. L'Italie se contente de s'associer à cette démarche ; la France, qui n'entretient plus de liens diplomatiques avec le Saint-Siège, ne répond pas[21]. Les opinions publiques de ces deux pays accusent le pape de vouloir saper le moral de leurs troupes. On lui reproche aussi de ne réclamer la paix qu'après l'entrée en guerre des États-Unis, c'est-à-dire au moment où l'Entente reprend le dessus. Clemenceau résume bien l'opinion majoritaire des Français en dénonçant dans son journal, L'Homme enchaîné (18 août 1917) une « paix allemande »[3]. Les journaux catholiques dirigés par des laïcs se montrent eux-mêmes très critiques. Ainsi, le journaliste André Géraud, qui signe sous le pseudonyme de « Pertinax », écrit dans L'Écho de Paris que le pape « a gravement manqué à la justice[21] ». Du côté de la Triplice, l'Allemagne refuse toute concession sur la Belgique, ce qui fait capoter le projet pontifical[22].

Si la diplomatie pontificale a connu beaucoup d'insuccès pendant cette période, il n'en demeure pas moins que la guerre a donné lieu à un regain des relations diplomatiques : ainsi, Sir Henry Howard a été accrédité le 30 décembre 1914 comme ministre plénipotentiaire « en mission spéciale » de la Grande-Bretagne, renouant ainsi des relations brisées depuis le temps d'Élisabeth Ire d'Angleterre[23]. En juillet 1915, la Serbie fait de même, suivie en août par les Pays-Bas ; en mai 1917 c'est le tour du Luxembourg. Pendant l'année 1916, les relations avec les pays d'Amérique latine se normalisent également.

Pourtant, les clergés nationaux ne suivent pas la politique pontificale. Par exemple, pour le clergé français, le père Sertillanges déclare lors d'une cérémonie patriotico-religieuse à Notre-Dame de Paris, le 10 décembre 1917 : « Très Saint Père, nous ne pouvons pas pour l'instant retenir vos appels à la paix. » Les catholiques mettent en avant le « martyre » subi par la cathédrale de Reims (transformée en poste d'observation par l'armée française puis bombardée défensivement en septembre 1914 par l'armée allemande), qui sera suivi en 1918, le jour du Vendredi saint, par celui de l'église parisienne Saint-Gervais. Au contraire, les clergés nationaux se chargent de mettre en place leurs propres cellules de propagande : à Der Krieg und der Katholicismus (« la guerre et le catholicisme ») publié en Allemagne répondent La Guerre allemande et le catholicisme et L’Allemagne et les Alliés devant la conscience chrétienne du Comité catholique de propagande française à l'étranger. Benoît XV ne condamne aucune de ces activités, qui vont pourtant à l'encontre de son vœu proclamé d'union de tous les catholiques[24].

Parallèlement à son action diplomatique, Benoît XV mène une politique humanitaire volontariste. En décembre 1914, il confie à Eugenio Pacelli, futur pape Pie XII, la direction d'un service d'assistance aux blessés et prisonniers de guerre. Dans le même temps, il demande aux belligérants d'autoriser l'échange de prisonniers blessés. Ceux-ci acceptent et les échanges commencent dès 1915. Dans ce cadre, 30 000 soldats sont hospitalisés en Suisse. Le Vatican sert également de bureau d'information aux familles : l'Œuvre des prisonniers reçoit 170 000 demandes et envoie 50 000 communications. À ce sujet, le pacifiste Romain Rolland[25] qualifiera ensuite le Vatican de « seconde Croix-Rouge »[11]. Enfin, des rations alimentaires sont distribuées aux enfants des pays en guerre. Toutefois, l'action pontificale connaît là aussi des échecs : en 1914, les belligérants refusent unanimement d'observer une trêve de Noël[11]. En 1915, même refus à la proposition d'un droit de sépulture pour les morts sur le champ de bataille[11].

C'est durant cette période qu'Albert Besnard, directeur de la Villa Medicis (1912-1920), fait de lui plusieurs portraits : deux eaux-fortes [26] et un portrait en pied (huile sur toile).

Après la guerre[modifier | modifier le code]

Jeanne d'Arc, canonisée par Benoît XV (statue à Reims)

Le résultat de cette politique est une mise à l'écart du Saint-Siège, amorcée par les accords de Londres de 1915 : à la demande de l'Italie, il est spécifiquement exclu des négociations sur le règlement de la paix (article 15 de l'accord)[27]. Néanmoins, Benoît XV obtient d'envoyer un représentant lors du congrès de Versailles de 1918[6], ainsi qu'une reconnaissance du statut supranational du Saint-Siège (art.238). Le Saint-Siège ne fera toutefois pas partie de la Société des Nations, Benoît XV suspectant initialement l'organisation d'influence socialiste et maçonnique[27]. Il revient sur son opinion par la suite, estimant que la SDN permet « la défense des libertés particulières de chaque État et le maintien de l'ordre social »[28].

Le pape se montre très pessimiste sur le règlement du conflit. Dans son encyclique Pacem, Dei munus pulcherrimum du 23 mai 1920, il désapprouve le traitement jugé trop humiliant réservé à l'Allemagne et condamne le découpage opéré par le traité de Versailles dont il estime qu'il n'a pas « extirpé les germes des anciennes discordes »[27].

Le cardinal Gasparri, au sortir de la guerre, s'efforce de renouer les liens entre le Saint-Siège et les nations. Le nombre d'États représentés au Vatican augmente, ainsi que les nonciatures à l'étranger. La France finit également par se réconcilier avec le Saint-Siège : Benoît XV canonise Jeanne d'Arc le 16 mai 1920 et à cette occasion, Gabriel Hanotaux, ministre des Affaires étrangères et représentant extraordinaire de la France lors des cérémonies, rencontre le cardinal Gasparri puis Benoît XV, première étape au rétablissement des relations diplomatiques entre les deux États, qui aura lieu en mai 1921[29].

Benoît XV jette également les bases d'une « nouvelle ère des concordats[30] » dans son allocution consistoriale du 21 novembre 1921, en refusant le transfert des prérogatives accordées à l'Empereur aux États nés de la dislocation de l'Autriche-Hongrie[6]. Cette décision lui permet de partir sur des bases neuves avec ces nouveaux États : le premier concordat de la série est signé avec la Lettonie le 30 mai 1922. Pie XI poursuivra cette politique.

Activité pastorale[modifier | modifier le code]

La Première Guerre mondiale a pour conséquence, en matière missionnaire, une irruption des nationalismes : les missionnaires avaient pris parti au cours du conflit, et les ressortissants des pays vaincus se voient expulsés par ceux des pays vainqueurs, en particulier les congrégations allemandes (par exemple les bénédictins de Beuron et les bénédictins missionnaires d'Afrique). Benoît XV réagit vigoureusement en condamnant, dans sa lettre apostolique Maximum illud du 30 novembre 1919, cette « peste affreuse ».

Il encourage la constitution d'un clergé et d'un encadrement indigènes. Il s'appuie pour ce faire sur le père Vincent Lebbe, missionnaire belge en Chine (où il est connu sous le nom de « Lei Ming Yuan »), partisan des droits des populations autochtones, et sur le cardinal Van Rossum, préfet de la Propaganda Fide.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h et i Jankowiak, p. 219.
  2. Pollard 15
  3. a et b Jankowiak, p. 220.
  4. a et b Jankowiak, p. 223.
  5. Jankowiak, p. 225.
  6. a, b et c Jankowiak, p. 222.
  7. Le droit de la neutralité est alors régi par les conventions III et XIII de la deuxième conférence de la paix de La Haye (1907) ; les deux principaux devoirs d'un pays neutre sont l'impartialité et l'abstention. Pierre-Marie Dupuy, Droit international public, Dalloz, 1998, §578.
  8. Morozzo della Rocca, p. 775.
  9. Jean-Baptiste Duroselle, La Grande Guerre des Français, 1914-1918, Perrin, 1994, p. 66.
  10. a et b Morozzo della Rocca, p. 776.
  11. a, b, c, d, e et f Jankowiak, p. 221.
  12. a et b Jean de Fabrègues, Journal of Contemporary History, vol. 2, no 4 (octobre 1967), p. 166.
  13. René Rémond, L'Anticléricalisme en France de 1815 à nos jours, Complexe, 1985, p. 228.
  14. Rassemblés dans le recueil Le Pape, la guerre et la paix, paru en 1917. Eugen Weber, L'Action française, Paris, 1985 (1re édition 1962), p. 117-118.
  15. Duroselle, p. 64-65.
  16. Cité par Morozzo della Rocca, p. 776.
  17. L'Italie est membre de la Triplice aux côtés de l'Allemagne et de l'Autriche-Hongrie, mais l'alliance est défensive. Elle a donc proclamé sa neutralité le 3 août 1914.
  18. Friedrich Engel-Janosi, Österreich und der Vatikan, tome II, Graz, 1960.
  19. a et b Morozzo della Rocca, p. 777.
  20. Morozzo della Rocca, p. 778.
  21. a et b Duroselle, p. 301.
  22. Jacques Droz, Histoire diplomatique de 1648 à 1919, Paris, 3e édition, 1972, p. 528-529.
  23. « The British Mission to the Vatican », The American Journal of International Law, vol. 9, no 1 (janvier 1915), p. 206.
  24. Duroselle, p. 65-66.
  25. Resté en Suisse tout au long du conflit, l'écrivain se refuse à soutenir un camp ou l'autre et est soumis aux mêmes critiques que Benoît XV. Duroselle, p. 291.
  26. N° 182 et 183 du catalogue par Louis Godefroy de l'œuvre gravé du Peintre, Paris, 1926
  27. a, b et c Joël-Benoît d'Onorio, « Le Saint-Siège dans les relations internationales », dans l'ouvrage du même nom, Le Cerf/Cujas, 1989, p. 56.
  28. Encyclique Pacem Dei, cité par Marie-Françoise Furet, « Le désarmement, la paix et le nucléaire », dans Le Saint-Siège dans les relations internationales, p. 268.
  29. Fabrègues, p. 169.
  30. Cité par Joël-Benoît d'Onorio, « Les concordats et conventions post-conciliaires », dans Le Saint-Siège dans les relations internationales, p. 244.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Tombe de Benoît XV dans la crypte de Saint-Pierre de Rome

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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