Théologie catholique

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Le Sauveur par Nikolaï Kocheliov (vers 1870)

La théologie catholique est l'écoute, l'analyse, l'interprétation, l'explicitation et l'étude méthodique de la Révélation par un sujet croyant catholique qui, d’une manière rationnelle, veut approfondir l’intelligence de la foi.

La formule de saint Anselme pour définir la théologie est fides quaerens intellectum (la foi qui cherche l'intelligence). Ainsi, dans le catholicisme, le théologien explore rationnellement le mystère chrétien sur la base des données de la révélation chrétienne.

"Dieu est Amour" : cette affirmation johannique (1Jn4,8) marque le centre et l'achèvement de tout discours théologique et de toute connaissance que nous puissions avoir de Dieu. « Dieu n’est pas solitude infinie, mais évènement d’amour… »[1]. Dieu est par essence Amour, Relation, et cela est possible car il est un Dieu en trois Personnes (Père, Fils et Esprit Saint), qui sont cette éternelle communication d'Amour. C'est le Mystère de la Trinité (Un Dieu en trois Personnes),"Mystère central de la Foi", "source" et "lumière" de tous les autres mystères[2].

Par essence donc, Dieu est Don de Soi, Autocommunication, Relation, éternel évènement d’Amour. Ce Mystère ne nous est pas extérieur : il est également directement celui de notre insertion même dans le mystère du Christ (insertion qu'il rend possible), et par Lui en Dieu. Le Mystère de la Trinité ouvre donc intrinsèquement sur le mystère de notre Salut. En découlent donc tous les mystères de la Foi : la Création, la Révélation, l'Incarnation et la Rédemption, l'Église et les sacrements du salut, les fins dernières et la récapitulation de toute chose en Dieu, par le Christ, dans l'Esprit Saint.

La Théologie catholique trouve donc dans le Mystère Trinitaire son fondement, son principe, sa fin, et son unité.

Histoire de la théologie catholique[modifier | modifier le code]

Dans les premiers siècles de l'Église, la doctrine chrétienne a été élaborée par les Pères de l'Église. Aujourd'hui, l'étude des textes des Pères de l'Église s'appelle la patristique.

Jusqu'au XVe siècle inclus, la théologie et la philosophie étaient très intimement liées. Dans l'école scolastique, l'une des branches de la philosophie était la métaphysique générale, la théologie étant aussi appelée la métaphysique spéciale. La réconciliation du christianisme et de la philosophie d'Aristote par saint Thomas d'Aquin (philosophie première) au XIIIe siècle se forgea autour de cette ligne de force.

Sur l'histoire de la théologie catholique jusqu'à la Réforme, on peut consulter :

Au Moyen Âge, on peut remarquer l'importance que prit la théologie de la Lumière dans le mouvement de Renaissance du XIIe siècle, que décrit bien l'historien Georges Duby.

La scolastique entra dans une phase de décadence à partir de la Renaissance, qui s'accéléra aux XVIIe et XVIIIe siècles. Même si les méthodes de raisonnement logique de la scolastique, héritées d'Aristote, étaient élaborées, la lourdeur des organisations et leur incapacité, dans le contexte de ces époques, à prendre en compte les observations scientifiques et les résultats des expériences, entraînèrent la disparition de cette école à la Révolution française.

À la même époque, de nombreux philosophes firent des travaux en logique (voir logique de Port-Royal), en métaphysique, en morale, et introduisirent des modifications profondes dans les mentalités et les structures sociales, qui eurent même un impact sur la langue. Le théologien marquant de l'époque est Blaise Pascal.

Renouvellement de la théologie à l'époque moderne[modifier | modifier le code]

L'image de la théologie reste souvent attachée, dans les représentations collectives, aux dogmes. Si cette fonction existe effectivement lorsqu'il s'agit d'enseigner ou de défendre les principes fondamentaux de la foi catholique (incarnation, rédemption, trinité…), la théologie s'est ouverte au XXe siècle à des domaines extrêmement diversifiés.

Les profondes transformations de la société depuis la révolution industrielle au XIXe siècle ont nécessité un renouvellement de la théologie [réf. nécessaire] (voir aussi Révolution copernicienne, qui présente maintenant les caractéristiques suivantes :

  • le retour aux sources des textes anciens, qui s'est fait en parallèle avec les autres familles chrétiennes depuis le concile Vatican II,
  • l'œcuménisme et le dialogue interreligieux,
  • une ouverture sur le monde, que l'on ressent davantage depuis Vatican II.

La théologie est aussi une discipline plus autonome par rapport à la philosophie, même si toutes deux se nourrissent mutuellement.

On peut éventuellement rencontrer des conflits entre certains rares théologiens et le magistère. Au XXe siècle, plusieurs théologiens ont agi en libre-penseurs théologiques et ont été condamnés par les congrégations vaticanes. Ces dissidents incluent notamment Hans Kung, Charles Curran et Leonardo Boff.

Domaines de la théologie[modifier | modifier le code]

Exégèse[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Exégèse.

Il y a eu de nombreuses traductions de la Bible dans l'Histoire. Voir, pour la langue française, l'article Traductions de la Bible en français.

Des traductions peuvent s'appuyer sur des éléments externes aux textes originels (qui sont pour l'essentiel en hébreu et en grec ancien). Ainsi, la Logique de Port-Royal (traduction de la Bible en français au XVIIe siècle, travaux auxquels a participé Pascal), ont introduit des modifications syntaxiques et grammaticales dans le texte biblique en français, qui ont eu probablement certains effets sur la langue française.

Quelques précurseurs catholiques ont relancé les études bibliques au XIXe siècle.

Le chanoine Augustin Crampon a effectué un travail considérable de réinterprétation et de traduction en français de l'ensemble des textes canoniques de la Bible, à partir des sources les plus authentiques à cette époque.

En 1890, le dominicain Marie-Joseph Lagrange fonda l'École Pratique d'Études Bibliques, devenue en 1920 école biblique et archéologique française de Jérusalem.

Le pape Léon XIII reconnut la nécessité de relancer les études bibliques. Il publia l'encyclique Providentissimus deus (1893). C'est un aspect méconnu de l'action de ce pape, surtout connu pour avoir élaboré la doctrine sociale de l'Église. Son image en France est celle d'un pape "social". On oublie trop souvent que, durant son long pontificat, Léon XIII a mis à profit sa grande culture pour renouveler plusieurs domaines de la théologie catholique, et en particulier l'exégèse. En 1920, à l'occasion du quinzième centenaire de la mort de saint Jérôme, le pape Benoît XV publia l'encyclique Spiritus paraclitus sur les principes régissant l'étude des Saintes Écritures.

En 1943, le pape Pie XII fit également progresser l'exégèse, en clarifiant les conditions d'exercice de cette discipline dans l'encyclique Divino Afflante Spiritu. En 1993, la Commission biblique pontificale a publié un texte intitulé L'Interprétation de la Bible dans l'Église et qui constitue une synthèse des principes exégétiques pour le catholicisme.

Les travaux exégétiques stimulés par les écrits pontificaux ont conduit à des rééditions de la Bible dans la deuxième moitié du XXe siècle :

Les passages à caractère cosmologique de la Bible sont maintenant rédigés d'une façon plus claire, et permettent d'éviter les confusions sur les questions de représentation du monde.

Article détaillé : cosmologie religieuse.

Pendant le concile Vatican II, la Commission Biblique Pontificale a fait paraître une instruction sur la vérité historique des évangiles (21 avril 1964) qui a été saluée comme un magnifique guide de travail pour les exégètes.

Herméneutique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Herméneutique.

L'herméneutique est l'art de comprendre et d'interpréter la Parole de Dieu.

Elle se fixe trois orientations :

  • la recherche du sens des textes (voir théorie des quatre sens),
  • la compréhension de la Parole de Dieu en rapport avec l'existence humaine,
  • l'efficacité de la Parole dans l'Histoire et le contexte sociopolitique.

Certains herméneutes mettent davantage l'accent aujourd'hui sur la pratique (« praxis »), que sur la doctrine : il s'agit de libérer la Parole de Dieu pour lui rendre son efficacité dans l'Histoire.

Théologie dogmatique[modifier | modifier le code]

La théologie dogmatique regroupe les différents traités du dogme catholique, élaborés par l'Église inspirée par l'Esprit Saint, à partir de la Révélation (Écriture et Tradition). Ces traités sont : la théologie trinitaire, la christologie, la pneumatologie (étude de l'Esprit Saint), mais aussi l'hérméneutique théologique (le rapport entre Écriture et Tradition, Foi et Raison, le dogme, le Magistère), la théologie sacramentelle (les sacrements), l'anthropologie théologique, le traité sur la Grace (De Gratia), l'eschatologie (les fins dernières). La théologie dogmatique présente donc le cœur de la Foi de l'Église. Le Catéchisme de l'Église catholique en présente en quelque sorte le résumé essentiel.

Théologie morale[modifier | modifier le code]

Représentants :

Le catholicisme s'est profondément renouvelé au XIXe siècle. Dans la tradition de saint Vincent de Paul, plusieurs catholiques, tels Frédéric Ozanam, Félicité de Lamennais, Mgr Ketteler, Albert de Mun ont impulsé de nouveaux mouvements, de nouvelles lois sociales. Des mouvements d'action catholique ont vu le jour.

Le théologien jésuite Henri de Lubac s'est penché sur les aspects sociaux du dogme catholique.

Aujourd'hui, les cours de théologie morale à l'Institut catholique de Paris se répartissent entre :

  • la théologie morale fondamentale,
  • la théologie morale sectorielle, qui se subdivise elle-même entre la morale individuelle et la morale sociale.

Le travail théologique touche les domaines suivants :

En morale sociale :

En morale individuelle :

  • La famille (relations préconjugales, adultère, mariage homosexuel),
  • La reproduction (avortement, clonage reproductif, contraception).

Théologie de la nature[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Théologie de la nature.

On a vu que l'exégèse a permis de revisiter des textes bibliques, et que l'herméneutique a permis d'en faire une interprétation nouvelle selon les critères de notre époque.

Il n'existe pas d'incompatibilité entre la vision de l'univers que proposent les cosmologies scientifiques, et la cosmologie religieuse actuelle. Celle-ci en effet n'a pas la prétention de décrire la structure physique de l'univers.

Les évolutions de notre époque, concernant l'environnement (problèmes d'empreinte écologique globale), appellent un nouveau regard de la théologie sur notre rapport au monde naturel. Ces questions, qui font l'objet de groupes de travail, n'ont pas encore été totalement formalisées. Un document a été rédigé par la Conférence des évêques de France sur le respect de la création en 2000.

Rapports avec la philosophie[modifier | modifier le code]

Théologie et philosophie[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui, la théologie se distingue assez nettement de la philosophie, bien que les deux disciplines restent complémentaires.

Dans ses relations avec la philosophie, la théologie a deux objectifs principaux :

Fides et ratio (1998)[modifier | modifier le code]

L'encyclique Fides et ratio de Jean-Paul II rappelle que les philosophies qui ne présentent pas d'ouverture métaphysique ne permettent pas d'accéder à l'intelligence de la révélation. D'autre part, elle exhorte à une spéculation philosophique qui atteigne la substance spirituelle. (§ 83)

Cette même encyclique rappelle l'intérêt de la philosophie d'Aristote, et la réconciliation effectuée par saint Thomas d'Aquin au XIIIe siècle entre le christianisme et cette philosophie.

La philosophie d'Aristote conserve un intérêt sur les concepts fondamentaux :

La question de la substance[modifier | modifier le code]

La question centrale des relations entre la théologie et la philosophie est sans doute la substance. Aujourd'hui, le mot substance est presque toujours employé dans un sens matérialiste (comme dans substance toxique par exemple).

Le catholicisme considère que, dans l'Eucharistie, la substance du pain se transforme en la substance du corps du Christ (et de même pour le vin en sang) (cf. encyclique Ecclesia de Eucharistia, Jean-Paul II, 2003, ainsi que Fides et ratio, 1998). Dans la philosophie thomiste, la substance correspond à une catégorie d'Aristote.

Il est possible que cette question ait joué dans les débats philosophiques du XVIIe siècle (voir Urbain VIII et Galilée), et ait conduit à l'émergence du système cartésien.


Catholicisme et Protestantisme[modifier | modifier le code]

Mystères

Le catholicisme partage les mystères suivants avec la plupart des autres familles chrétiennes :

Salut

Le catholicisme considère que le salut provient de la foi et des œuvres, et non pas de la foi seule, comme l'affirment certaines Églises réformées. Cependant, tant l'Église catholique que les Églises issues de la Réforme affirment que le salut de l'âme est une grâce provenant de la mort et de la résurrection du Christ. En 1999, l'Église catholique romaine et la Fédération luthérienne mondiale publiaient une déclaration commune sur la justification par la foi.

Sacrements

Le catholicisme considère qu'il y a sept sacrements : baptême, confirmation, Eucharistie, pénitence, onction des malades, ordre et mariage.

Les Églises réformées ne retiennent généralement que deux rites : le baptême et la cène.

Article détaillé : Sacrement.

Saintes Écritures et Tradition

Le catholicisme appuie la foi sur la Révélation contenue dans les Saintes Écritures - la Bible - (Ancien Testament et Nouveau Testament) ainsi que sur la Sainte Tradition (ensemble des règlements édictés par l'Église Catholique concernant la foi et les mœurs, depuis les temps apostoliques, et étant réputés remonter jusqu'aux apôtres). Ceci a notamment été exprimé dans la constitution dogmatique Dei Verbum lors du Concile Vatican II.

Les Églises protestantes, au contraire, s'opposent à l'égalité entre la Tradition et la Bible, subordonnant la première à la seconde.

Le culte des saints (ou culte de dulie) et le culte de sainte Marie (ou culte d'hyperdulie) - qui sont des cultes distincts de celui rendu à Dieu seul (ou culte de latrie) - ne sont pas non plus partagés.

Dogmes

Quelques dogmes ne sont pas partagés avec certaines familles chrétiennes :

  • Transsubstantiation, c'est-à-dire la présence réelle du Christ (la substance spirituelle) dans l'Eucharistie, en relation avec le Saint-Sacrement. Ce dogme a été proclamé à la treizième session du concile de Trente.
  • Infaillibilité pontificale, qui signifie que le pape, lorsqu'il parle ex cathedra - c'est-à-dire lorsqu'il engage son autorité pour définir la foi ou les mœurs - jouit du charisme de l'infaillibilité. Ce dogme a été défini par le concile Vatican I dans la constitution dogmatique Pastor Aeternus.
  • Immaculée conception, qui signifie que la vierge Marie a été conçue sans le péché originel. Ce dogme a été proclamé, en 1854, par le pape Pie IX avec la bulle Ineffabilis Deus.
  • Assomption de Marie, qui signifie qu'à la fin de sa vie, Marie est montée au ciel avec son corps et son âme. Ce dogme a été promulgué, en 1950, par le pape Pie XII avec la constitution apostolique Munificentissimus Deus.

Voir dans les articles correspondants les points de différence.

Article détaillé : Dogmes catholiques.

Conciles

Les questions doctrinales touchant la foi ou les mœurs, de même que les questions pastorales et disciplinaires, sont discutées pendant un concile œcuménique, comme Vatican II par exemple.

Note[modifier | modifier le code]

  1. Benoit XVI, vêpres Pentecôte 2006
  2. Catéchisme de l'Eglise Catholique #234

Annexes[modifier | modifier le code]

Listes de théologiens[modifier | modifier le code]

Théologie chrétienne[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Encycliques en rapport avec la théologie catholique[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]