Damase Ier

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Damase et Saint-Damase.
Damase Ier
Image illustrative de l'article Damase Ier
Le pape Damase Ier
Biographie
Pape de l’Église catholique
Élection au pontificat 366
Fin du pontificat 384
Précédent Libère Sirice Suivant
Autre(s) antipape(s) Ursin

Damase (en latin : Damasus) ou, par rétronymie[1], Damase Ier (Damasus primus) ou saint Damase (sanctus Damasus), né vers 305 et mort « presque octogénaire »[2] à Rome le , est citoyen romain, né de parents espagnols. C'est le 37e évêque de Rome. Il succède à Libère, mort en 366. Pontife, homme de lettres, et poète, il est une des grandes figures pontificales des premiers siècles.

Décédé à Rome le 11 décembre 384, ce saint chrétien est liturgiquement commémoré le 11 décembre[3].

Élection mouvementée[modifier | modifier le code]

Diacre, Damase accompagne l'évêque de Rome, Libère, dans l'exil dont l'a frappé l'empereur Constance II. Damase est ainsi disposé à succéder à Libère comme évêque. Mais un autre diacre, Ursin (Ursinus) se montre plus prompt à se faire élire, puis consacrer, en la basilique Julia de Rome, dès la mort de Libère, le . Un parti plus nombreux pourvoit, en Saint-Laurent-de-Lucine, à l'élection de Damase, qui est consacré, en la basilique-cathédrale, le , non sans avoir fait évacuer auparavant la basilique Julia. C'est le début d'un schisme, bien documenté, surtout par des sources hostiles à Damase : la Gesta Liberii, la Collectio avellana et le Libellus precum. Ursin aussitôt exilé par le préfet de la Ville, ses partisans se retranchent dans une église, à laquelle les partisans de Damase donnent l'assaut. L'échauffourée fait une centaine de morts[4]. Après une amnistie promulguée en 367, les partisans d'Ursin essaient d'occuper l'église mais sont contraints de quitter la Rome. Ils se manifestent à nouveau en 374, à l'occasion d'un procès intenté à Damase par un juif converti, Isaac, puis à nouveau en 380, ce qui vaut à l'affaire d'être évoquée, en 381, au premier concile d'Aquilée, initié par Ambroise de Milan et présidé par Valérien d'Aquilée.

Lors de son élection - une des plus mouvementées (et ensanglantées) de l’histoire de l’Église - sept prêtres et trois diacres, à la tête d'un groupe de fidèles lui reprochent de s'être rallié un certain temps, sous le pontificat précédent, à l'antipape Félix II. Les rebelles désignèrent l'un d'entre eux, Ursin, comme successeur de Libère.

En fait, ces rebelles sont des fonctionnaires ecclésiastiques qui montrent un luxe alimenté par les richesses de l'Église, déjà importantes, qui sont administrées par des diacres, en général irréprochables, comme Damase lui-même. Les rebelles massacrent un certain nombre de fidèles. Damase a des partisans qui font de même. Plus de 130 personnes meurent dans les bagarres entre les deux groupes. Le gouverneur de Rome Prétextat, sous l'autorité impériale, triomphe de la rébellion. L'antipape Ursin doit prendre le chemin de l'exil et meurt après 16 ans de schisme, sans avoir renoncé à ses prétentions.

Action pastorale et politique[modifier | modifier le code]

Damase est un fidèle gardien de la tradition. Il doit affronter de graves questions doctrinales et disciplinaires. Ce qui est neuf c’est la conscience de plus en plus grande de l’autorité de l’évêque de Rome sur l’ensemble de l’Église.

Pour Damase, la primauté de Rome est liée à son double siège apostolique (Pierre et Paul sont morts martyrs à Rome), et non pas à la position dominante de la ville comme capitale de l’empire. Pour cela, il s'appuie sur la déclaration qu'a faite Jésus à Pierre dans l'évangile selon Matthieu (Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle Mt 16:18). Le titre de Siège apostolique qu’acquiert la ville de Rome date du pontificat de Damase.

Il obtient également que l’on distingue entre autorité civile et religieuse. Dès le début du pontificat de Damase, l'empereur Valentinien ordonne que toutes les querelles religieuses soient soumises au pape, sans droit pour les juges séculiers d'y intervenir. Son successeur, Gratien est aussi un empereur chrétien. Les synodes de Rome (369) et d'Antioche (378) édictent qu'un évêque doit être considéré comme légitime lorsqu'il est reconnu par le pape ; ce qui a comme conséquence que le pape dépose les évêques qui demeurent attachés à l'arianisme et que cette hérésie commence à refluer dans l'Empire.

La Gaule est évangélisée avec ardeur. Des monastères y sont fondés par Martin de Tours, celui de Ligugé et celui de Noirmoutier. Sous Gratien et Théodose Ier, l'hérésie n'est plus que tolérée et seule l'orthodoxie chrétienne a une existence officielle.

Priscillien est condamné par le concile de Saragosse en 380 pour avoir propagé une hérésie fondée sur l'interprétation personnelle des Écritures. Damase Ier refuse la peine capitale mais accepte que l’empereur exile ces hérétiques, et donc que le bras séculier du pouvoir temporel soit utilisé dans des affaires religieuses. Il refuse ensuite la grâce à Priscillien[5].

Organisation de l’Église[modifier | modifier le code]

Synodes et conciles[modifier | modifier le code]

Sous le pontificat de Damase se réunirent plusieurs conciles :

Restauration des catacombes[modifier | modifier le code]

Pour éviter la construction d'églises dédiées aux martyrs, Damase fait restaurer les catacombes et y encourage les dévotions et pèlerinages. Il fait rechercher les tombes des martyrs et fait placer sur chacune une pierre avec une inscription relatant les circonstances de leur martyre. Il est l'auteur de poèmes en vers (épigrammes), qu'il fait magnifiquement graver par le lapicide Furius Dyonisius Filocalus; ces inscriptions, qui sont parmi les plus belles de l'Antiquité, sont placées sur des tombes de martyrs ou dans d'autres sites aménagés par Damase. Ce faisant, le Pape manifeste la mainmise de l'Église sur des sanctuaires construits par les empereurs (Constantin, en particulier).

Œuvre littéraire et progrès du latin[modifier | modifier le code]

On attribue à Damase l’utilisation du latin dans la liturgie romaine, jusque là semble-t-il plus souvent célébrée en grec.

C'est Damase qui charge saint Jérôme de préparer une nouvelle traduction latine des Saintes Écritures: une traduction « scientifique » et critique faite à partir des langues orientales, en comparant des manuscrits et parchemins anciens auxquels il a accès. C'est la Bible dite Vulgate qui fera autorité dans l’Église latine jusqu’à Vatican II, avec un statut de référence quasi officiel pour tout ce qui concerne le texte des Saintes Écritures.

On a conservé de Damase deux lettres traitant de problèmes textuels de la Bible. Il a laissé quelques poésies chrétiennes et des écrits théologiques, réunis à Paris, avec sa Vie, 1672, in-8. On le fête le 11 décembre.

Damase meurt le et a pour successeur le Romain Sirice.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Pierre de Luz - Histoire des Papes - Albin Michel - 1960
  • Michel Lhospice - La Succession des 261 papes de l'Église romaine - Les Cahiers de l'Histoire nº21 - octobre 1962

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pour le distinguer de Poppon de Brixen, pape sous le nom de Damase II.
  2. Jérôme, De Viris illustribus, 103 : « Damasus, Romanae urbis episcopus, elegans in versibus componendis ingenium habuit, multaque et brevia metro edidit, et prope octogenarius sub Theodosio principe mortuus est ».
  3. Nominis : Saint Damase
  4. Ammien Marcellin, Hist., 28, 11-13.
  5. Régine Pernoud, Les Saints au Moyen Âge - La sainteté d’hier est-elle pour aujourd’hui ?, Paris, Plon,‎ 1984, 367 p. (ISBN 2-258-01186-1) p. 193


Précédé par Damase Ier Suivi par
Libère
Emblem of the Papacy SE.svg
Pape de l’Église catholique
Sirice