Proto-Bulgares

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Les Proto-Bulgares, nom arbitraire désignant les anciens Bulgares pour les distinguer des Bulgares actuels, sont un ancien peuple d'Asie centrale.

Ils entrent dans l’Histoire dans l’Antiquité tardive, avec d'autres peuples migrateurs, en s'établissant dans les années 530 entre le Dniepr et le Don, sur le territoire de l'actuelle Ukraine, alors sous domination des Khazars. Affranchis de ceux-ci, ils y créent ensuite la Vieille Grande Bulgarie (Η παλαιά μεγάλη Βουλγαρία des les chroniques byzantines) sous le khan Koubrat, avant de se séparer au VIe siècle en deux groupes, les Bulgares orientaux et les Bulgares occidentaux[1].

Les Bulgares occidentaux sont à l'origine de l'État de Bulgarie. Ils ont laissé leur nom au peuple actuel des Bulgares, qui tire son origine du mélange de populations proto-bulgares, slaves, thraces et byzantines.

Les Bulgares orientaux, fondèrent au Moyen Âge la Bulgarie de la Volga, sur le territoire de l'actuelle Russie.

Les Proto-Bulgares[modifier | modifier le code]

La patrie antique des Bulgares dans les montagnes d'Imeon (Pamir et Hindou Kouch), selon la carte de l'Asie centrale de l'atlas géographique arménien ‘Asxarhacoyc’ (Ve-VIIe s.), reconstruite par l'académicien S.T. Eremian.

Les Proto-Bulgares migrent des steppes du nord du Caucase et de la mer d'Azov. Plusieurs théories difficiles à départager ont été proposées sur leurs origines.

Les plus anciennes font état d'un groupe de Huns qui, après la mort en 453 d'Attila, auraient reflué vers l'Est et l'actuelle Ukraine où trois groupes principaux de peuples, fédérés (ou du moins fortement mélangés), ont joué un rôle de premier plan. Il s'agirait des Bulgares, des Khazars et des Magyars. Le premier était d'origine iranienne, dominé par un clan dont les représentants portent tous des noms iraniens ; le deuxième d'origine turque ; le troisième d'origine finno-ougrienne, mais leurs identités sont incertaines et il semble que tous aient en fait été des confédérations de peuples des steppes aux origines différentes (turco-mongoles, finno-ougriennes, iraniennes, etc.).

Les Proto-Bulgares eux-mêmes, ou leur clan dominant, les Doulo (Djula), se réclamaient d'un fils d'Attila nommé Irnik, dont ils conservaient la mémoire au VIIIe siècle, tandis que celle d'Attila lui-même fut conservée dans nombre de légendes jusqu'à nos jours. Cependant, leurs particularités linguistiques, font encore l'objet d'études sérieuses et approfondies, bien que souvent on les associe de façon hâtive aux Tchouvaches de la Volga en Russie, qui déclarent être leurs descendants, ce qui reste à prouver.

On [qui ?] mentionne les Bulgares pour la première fois en 480 dans la zone comprise entre la Mer Caspienne et le Danube en tant qu'alliés du Byzantin Zénon contre les Goths, auxiliaires des Avars qui avançaient vers la Mer Noire en soumettant les peuples vivant au nord de cette mer. Les Bulgares sont alors conduits par des chefs (« gouverneurs ») dont le plus connu est Gostun, qui occupait le pouvoir pendant un laps de temps assez longtemps sans qu'on sache exactement de quand à quand. C'est son neveu Koubrat, cité plus haut, qui fonda la Palaia Megalê Boulgaria des chroniques byzantines, ou Onogurie, vers 585. Entre 630 et 635, Koubrat menait des luttes contre les Avars pour se débarrasser de leur tutelle et, en 635, finit par unir les Avars et les Bulgares ; après les luttes, cette union fut peut-être facilitée par le fait que Koubrat était bulgare par sa mère et avar par son père. Dès lors, Koubrat prit le titre de khan, créant ainsi un puissant khaganat s'étendant sur les territoires qui sont maintenant, pour l'essentiel, ceux de l'Ukraine. Ce vaste khaganat est généralement appelé « la Grande Bulgarie », et non plus l'Onogurie. Dans sa jeunesse, Koubrat avait été retenu comme "otage"(le terme désigne une pratique ancienne d'échange de dignitaires pour assurer les conditions d'un contrat de paix) à la cour de Byzance et ainsi il avait pu assimiler une bonne part de la culture byzantine ; il fut baptisé en 619 et il est mort en 642 (et non en 665, comme on le prétend parfois).

Les théories plus récentes les rattachent aux peuples habitant l'Asie Centrale et de langue iranienne, dont tous les souverains portaient des noms iraniens (les descendants actuels de ces peuples sont les Tadjiks). Toutefois, certains éléments turcophones étaient venus se joindre à eux à diverses époques.

Les Proto-Bulgares sont supposés avoir établi un Empire sur les rives de la mer Caspienne au second siècle. Celui-ci a été déplacé vers l'ouest en raison de la poussée des Khazars au VIIe siècle. Les Bulgares se dispersent vers le nord-est et vers l'Europe centrale. Ainsi, à partir de cette « Grande Bulgarie » des origines, par vagues de migration, se constituèrent des États bulgares plus ou moins durables :

  • les Bulgares orientaux s'établissent sur la haute Volga (plaine de l'Oka) où ils fondent un état qui a duré cinq siècles, la Bulgarie de la Volga ;
  • une partie des Bulgares occidentaux migre d'abord vers l'actuelle Macédoine, après avoir suivi le khan des Avars établi dans l'actuelle plaine hongroise (il s'agit des Avars du VIe siècle proches des Bulgares, à ne pas confondre avec les Avars actuels du Caucase, parlant l'avar moderne) ;
  • et enfin, la majeure partie des Bulgares occidentaux s'établit dans le bassin du bas-Danube où ils ont prolongé l'existence de l'État bulgare qui, après maintes transformations, a abouti à l'actuelle Bulgarie.

Les Bulgares de la Volga[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bulgarie de la Volga.

Paradoxalement, l'histoire des Bulgares orientaux, établis sur la haute Volga, est peu connue, bien qu'ils aient probablement continué durant plusieurs siècles à constituer un peuplement localement dominant.

Réunis sous l'autorité d'un khan, ils constituent un second empire bulgare : le Khanat bulgare de la Volga, dans l'actuelle république autonome du Tatarstan. Ils se dotent d'une capitale, nommée Bolgar ou Bulgar et ont un « État » indépendant jusqu'en 12361238, date à laquelle leur capitale est détruite par la Horde d'or.

Jusqu'à cette date, les Bulgares de la Volga demeurent unis, sans doute mêlés à des populations slaves et finno-ougriennes. Ils ont des contacts avec quelques tribus turques et avec le califat omeyyade. Certains d'entre eux pouvaient alors être chrétiens, musulmans ou païens.

Néanmoins, en 922, leur khan Almuch (ou Almos) se convertit à l'islam et prend le nom de Jaffar. À cette occasion, une ambassade arabe a lieu : l'un de ses membres, Ahmad Ibn Fadlan, a laissé dans son récit Voyage chez les Bulgares de la Volga un des rares témoignages écrits sur les Bulgares de la Volga. Lors du voyage de l'ambassade arabe, un certain nombre de peuples turcs sont rencontrés et décrits, mais à aucun moment Ibn Fadlan ne les rattache aux Bulgares et ne fait même pas allusion à des liens de parenté, ni ne fait remarquer une similitude de langage. Il n'appelle jamais les Bulgares des Turcs et pourtant il semble bien les connaître, ce qui n'a rien d'étonnant vu son rôle d'agent secret au sein de l'ambassade.

Contrôlant cet axe de commerce nord-sud et entre l'orient et l'occident, les Bulgares paraissent alors être devenus de riches commerçants.

En 969 ils se heurtent aux Russes : le prince Svyatoslav, met à sac leur capitale. Enfin, au XIIIe siècle, ils sont probablement intégrés au Khanat de la Horde d'or : aucune trace postérieure de leur empire ne subsiste.

Les Bulgares du Danube[modifier | modifier le code]

Les Bulgares occidentaux entrent en scène en s'établissant dans le bassin du bas-Danube, là où des Proto-Slaves avaient pu entrer à la faveur d'invasions des Avars au VIe siècle. Au nord des monts Haemus, ils fondent un premier royaume au VIIe siècle, sous le règne du khan Asparoukh ou Asparouch. En échange de son concours contre l'Empereur byzantin Constantin IV qui les écrasait d'impôts, Asparoukh fait reconnaître son autorité aux populations d'un Empire romain d’Orient déjà affaibli par d'autres invasions : Thraces et surtout Slaves (de langue slavonne et majoritaires). Après sa victoire, en 681, Asparoukh se trouve donc à la tête d'un puissant état, dont la population lui est fidèle. Cette fidélité ne se démentira pas dans les siècles suivants.

À l'origine, l'aristocratie guerrière bulgare règne en s'appuyant sur les chefs (cnèzes) des populations locales, et met en place les structures d'un pouvoir central dont on ignore à peu près tout. Cependant, les Bulgares du Danube finissent par fusionner avec les Slaves, adoptent leur langue, leurs prénoms, et se convertissent au Christianisme, au IXe siècle, à l'époque de Boris Ier (852888), qui est proclamé Tzar (« César »).

À son apogée, l'État des Bulgares du Danube couvrait les territoires des actuelles Bulgarie, Serbie orientale, Macédoine, Grèce septentrionale, Roumanie, Moldavie et Ukraine du sud-ouest. C'était le principal rival de la puissance byzantine en Europe.

Aujourd'hui, si la Bulgarie et les Bulgares actuels doivent leur nom à un peuple d'Asie centrale, la langue bulgare actuelle est une langue slave, et seul un nombre relativement faible de mots provient de la langue des premiers khans bulgares. D'autres termes proviennent des lexiques thrace, latin, grec ou turc, témoignant d'influences multiples et d'une histoire liée à celle des autres peuples balkaniques et des empires voisins, byzantin, puis ottoman.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hans-Erich Stier & al., Westermann Grosser Atlas zur Weltgeschichte, 1985, ISBN 3-14-100919-8

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie (sources)[modifier | modifier le code]

  • Ahmad Ibn Fadlân (1988). Voyage chez les Bulgares de la Volga. Trad. par Marius Canard. Paris. (ISBN 2-7274-0158-2)
  • Shirakatsi, Anania (1992). The Geography of Ananias of Sirak (Asxarhacoyc): The Long and the Short Recensions. Introduction, trad. et commentaire par Robert H. Hewsen. Wiesbaden: Reichert Verlag. (ISBN 978-3-88226-485-2)
  • Johanson, Lars & Éva Agnes Csató (ed.). 1998. The Turkic languages. London: Routledge.
  • Johanson, Lars. 1998. "The history of Turkic." In: Johanson & Csató, pp. 81-125.[1]
  • Johanson, Lars. 1998. "Turkic languages." In: Encyclopaedia Britannica. CD 98. Encyclopaedia Britannica Online, 5 sept. 2007. [2]
  • Johanson, Lars. 2000. "Linguistic convergence in the Volga area." In: Gilbers, Dicky & Nerbonne, John & Jos Schaeken (ed.). Languages in contact. Amsterdam & Atlanta: Rodopi. (Studies in Slavic and General linguistics 28.), pp. 165-178.[3]
  • Rashev, Rasho. 1992. "On the origin of the Proto-Bulgarians." In: Studia protobulgarica et mediaevalia europensia. In honour of Prof. V. Beshevliev. Veliko Tarnovo, pp. 23-33.[4]

Liens externes[modifier | modifier le code]