Irénée de Lyon

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Irénée de Lyon
Image illustrative de l'article Irénée de Lyon
Saint Irénée de Lyon
évêque de Lyon, Père de l'Église
Naissance vers 130
Smyrne
Décès 202  (environ 72 ans)
Lyon
Nationalité grecque
Vénéré par Catholiques et orthodoxes
Fête 28 juin

Irénée de Lyon (en latin Irenaeus Lugdunensis, en grec ancien Εἰρηναῖος Σμυρναῖος : Eirênaĩos « pacifique » Smyrnaĩos « de Smyrne ») est le deuxième évêque de Lyon au IIe siècle entre 177 et 202. Il est un des Pères de l'Église. Il est le premier occidental à réaliser une œuvre de théologien systématique. Défenseur de la véritable gnose, il s'est illustré par sa dénonciation de l'idéologie dualiste et des sectes pseudo-gnostiques qui la professaient.

Vénéré comme saint, il est fêté le 28 juin dans l'Église catholique et le 23 août dans l'Église orthodoxe.

Biographie[modifier | modifier le code]

De culture et de langue grecque, Irénée est né à Smyrne en Asie Mineure vers 120 ou 130, de parents grecs et chrétiens. Il témoigne avoir connu saint Polycarpe[1], qui lui-même aurait reçu l'imposition des mains de l'apôtre Jean. Saint Jérôme dit qu'Irénée fut aussi le disciple de saint Papias.

Arrivé en Gaule vers 157, il exerça d'abord la fonction de simple prêtre, et s'associa aux travaux de Pothin, premier évêque de Lyon. Quand Pothin périt victime d’une persécution de Marc Aurèle, en 177, Irénée fut choisi pour le remplacer. Sa vie épiscopale fut alors consacrée à l'instruction des peuples et à la défense de la vérité par la lutte contre les hérésies des gnostiques et des valentiniens.

Irénée est chargé de porter la Lettre sur les martyrs de Lyon, rapportée par Eusèbe de Césarée dans son Histoire ecclésiastique[2]. Le billet de recommandation, qui accrédite le porteur de la lettre auprès du pape Éleuthère, présente Irénée comme « presbytre » (c'est-à-dire « ancien ») de l'Église[3].

Son épiscopat est marqué par une forte expansion missionnaire. Un grand nombre de diocèses sont fondés par des missionnaires envoyés par Irénée : c'est le cas de Besançon et Valence, qui doivent à l'évêque de Lyon leurs premiers pasteurs.

Soucieux de l'unité de l'Église, il met en valeur son nom d'homme de paix (Εἰρηναῖος signifie « Paix »). C'est ainsi qu'il intervient auprès du pape lors de la querelle autour de la date de Pâques. Dans une partie de l'Asie, on célèbre Pâques le 14 Nisan, comme les juifs. Ailleurs, Pâques est fêté le dimanche suivant. Après plusieurs tentatives de résolution au cours du IIe siècle, le pape Victor Ier veut mettre un terme à cette dispute. Vers 190, il se décide à excommunier les évêques d'Asie. Par son intervention, Irénée, qui fête lui-même Pâques le dimanche, lui enjoint de laisser chaque Église libre dans les matières qui ne portent pas sur la Foi. Le conflit ouvert est ainsi évité. Les Églises orientales prendront progressivement et pacifiquement l'usage majoritaire.

Il dresse la liste de succession des papes à Rome[4].

D'après les témoignages tardifs de saint Jérôme au Ve siècle et de Grégoire de Tours au VIe siècle, il serait mort martyr à Lyon en 202, victime d'un édit de persécution de Septime Sévère. Ses reliques sont conservées depuis le Ve siècle dans l'église Saint-Irénée, auprès d'autres martyrs de Lyon[5], malgré le sac de l'église par les protestants du baron des Adrets en 1562.

Écrits[modifier | modifier le code]

Irénée est un théologien chrétien, farouche opposant du gnosticisme (auteur des ouvrages auxquels réfère la Clavis Patrum Græcorum, n°1306-1321).

Il est l'auteur d'un important ouvrage, Réfutation de la prétendue gnose au nom menteur, connu généralement sous le nom de Contre les hérésies (Adversus Hæreses). Il s'agit d'un traité contre Valentin d'Égypte et les gnostiques. Dans son traité, il mentionne entre autres l'existence d'un évangile de Judas. Jusqu'à la découverte des manuscrits de Nag Hammadi, Irénée était notre principale source de connaissances sur ce courant de la gnose. Il reste aujourd'hui encore une source indispensable.

Chez lui, l’autorité des Écritures est absolue : la Bible suffit pour connaître Dieu et son œuvre, toute spéculation supplémentaire est vaine. Il affirme l’unité de la foi de celle de l'Église, et soutient que l’Écriture révèle un plan de Dieu pour le salut des hommes.

Irénée est le premier à parler de la « Tradition » : contre les hérétiques, il défend la tradition de l'Église, qui revendique sa transmission par les apôtres (traditio ab apostolis : « tradition des Apôtres ») et se veut fondée sur la « règle de vérité » qui est la foi en Dieu et en son Fils Jésus-Christ.

Face aux hérétiques, qui s'appuyaient sur une Tradition "secrète" qui leur étaient propre et sélectionnait les Écritures, saint Irénée insiste sur l'Écriture dans sa globalité et la Tradition de l'Église telle que transmise au grand jour : l'Église est une Tradition (traditio : « transmission »). Il réfute les gnostiques en décrivant avec précision leurs doctrines, en s'appuyant sur les Écritures, en dégageant des critères d'interprétation pour une lecture ecclésiale de la Bible. L'Église fut pour lui la gardienne de la vérité et de la foi des apôtres reçue dans l'Écriture. Les sources d'Irénée de Lyon sont avant tout la « tradition catéchétique » et les Écritures.

Les gnostiques prétendent aussi se rattacher aux Apôtres, mais leur tradition est sans autorité, parce qu'elle ne repose pas sur l'institution et la transmission légitime de l'autorité, au contraire des évêques qui sont héritiers de l'autorité des Apôtres. Ils ont la même autorité pour transmettre que les Apôtres pour enseigner. Ce qui apparaît ici chez Irénée, c’est une théologie de l'institution ecclésiale : la transmission de l'enseignement des Apôtres n'est pas laissée à l'initiative des docteurs privés (laïcs). Les Apôtres eux-mêmes ont constitué les organes par lesquels ils ont voulu que leur enseignement soit transmis. Seuls ces organes institués par les Apôtres ont l'autorité des Apôtres. Ce sont eux seuls qui sont les critères des doctrines et qui garantissent leur conformité avec la révélation. De ceci, Irénée voit une confirmation dans l'unité de l'enseignement des évêques. Autant les écoles gnostiques sont divisées et se contredisent, autant l'enseignement des évêques est un sur toute la surface de la terre[6].

La Nouvelle Alliance reprendrait le contenu de l’Ancienne. Irénée cherche par là à éviter le rejet de l’Ancien Testament.

Irénée est un millénariste, comme le montre le livre V de Contre les hérésies.

Outre son traité contre les hérésies, Irénée est aussi l'auteur d'un Exposé de la prédication des Apôtres, dont la visée est à la fois apologétique – au sens où Irénée veut défendre la foi chrétienne menacée par les sectes gnostiques – et catéchétique.

Enfin, il est possible qu'il soit l'auteur de la Lettre aux Églises d'Asie et de Phrygie, par les survivants de la persécution de Lyon (177). Nous connaissons ce document par Eusèbe de Césarée qui le transmet in extenso dans son Histoire ecclésiastique.

« Au IIe siècle, à Lyon, saint Irénée dit encore la messe en grec, longtemps resté la langue liturgique[7]. »

« Loi abrogée ou Loi abrégée »

Irénée commente ici une célèbre expression, la « Parole abrégée », tirée d'une citation du Livre d'Isaïe, (Is 10, 22-23) dans la Bible grecque, reprise par Paul (Rm 9, 27-28).

Les hommes devaient être sauvés, non selon la prolixité de la Loi, mais selon la concision de la foi et de l'amour. Isaïe le dit en ces termes : Il achèvera et abrégera sa parole dans la justice, car Dieu produira une parole concise dans le monde entier (Is 10, 22-23). Et c'est pourquoi l'Apôtre Paul dit : La plénitude de la Loi, c'est l'amour (Rm 13, 10), car celui qui aime Dieu a accompli la Loi. Mais le Seigneur aussi, quand on lui demanda quel était le premier commandement, déclara : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ta force; et le second commandement est semblable à celui-là : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. En ces deux commandements, ajouta-t-il, tiennent toute la Loi et les prophètes (Mt 22, 37-40). Ainsi, par la foi en lui, il a augmenté notre amour pour Dieu et pour le prochain, en nous rendant pieux, justes et bons.
Et ceux qu'il a rachetés, il ne veut pas qu'ils reviennent à la loi de Moïse - car la Loi a reçu du Christ son accomplissement -, mais qu'ils soient sauvés par le moyen de la foi et de l'amour envers le Fils de Dieu dans la nouveauté de la parole. Dieu a ouvert le chemin nouveau de la piété et de la justice, et il a fait jaillir avec abondance les fleuves en répandant l'Esprit saint sur la terre (Jn 7, 37-39), selon qu'il avait promis par les prophètes de répandre cet Esprit, dans les derniers jours, sur la face de la terre (Jl 3, 1-2). C'est dans la nouveauté de l'Esprit qu'est notre vocation, et non dans la vétusté de la lettre[8].
« Évacuer la chair ? »

Dieu sera glorifié dans l'ouvrage par lui modelé, lorsqu'il l'aura rendu conforme et semblable à son Fils.

Car, par les mains du Père, c'est-à-dire par le Fils et l'Esprit, c'est l'homme, et non une partie de l'homme, qui devient à l'image et à la ressemblance de Dieu (Gn 1, 26). Or l'âme et l'esprit peuvent être une partie de l'homme, mais nullement l'homme; l'homme parfait, c'est le mélange et l'union de l'âme qui a reçu l'Esprit du Père et qui a été mélangée à la chair modelée selon l'image de Dieu. Et c'est pourquoi les hommes que l'Apôtre Paul nomme spirituels (1 Co 2, 15) sont spirituels par une participation de l'Esprit, mais non par une évacuation de la chair, c'est-à-dire de l'ouvrage modelé, pour ne considérer que ce qui est proprement esprit, une telle chose n'est plus l'homme spirituel, mais l'esprit de l'homme ou l'Esprit de Dieu.
La chair modelée, à elle seule, n'est pas l'homme parfait, elle n'est que le corps de l'homme, donc une partie de l'homme. L'âme, à elle seule, n'est pas davantage l'homme, elle n'est que l'âme de l'homme, donc une partie de l'homme. L'esprit non plus n'est pas l'homme, on lui donne le nom d'esprit, non celui d'homme. C'est le mélange et l'union de toutes ces choses qui constitue l'homme parfait[9].

Irénée et les quatre évangiles[modifier | modifier le code]

Irénée est, en 170, une figure importante de la défense de seulement quatre évangiles. Et seuls quatre évangiles, en effet, seront ultérieurement inscrits dans le canon du Nouveau Testament : les évangiles selon Matthieu, selon Marc et selon Luc, et l'évangile selon Jean. Irénée écrit, dans Contre les hérésies :

« Par ailleurs, il ne peut y avoir ni un plus grand ni un plus petit nombre d'Évangiles (que quatre). En effet, puisqu'il existe quatre régions du monde dans lequel nous sommes et quatre vents principaux, et puisque, d'autre part, l'Église est répandue sur toute la terre et qu'elle a pour colonne et pour soutien l'Évangile et l'Esprit de vie, il est naturel qu'elle ait quatre colonnes qui soufflent de toutes parts l'incorruptibilité et rendent la vie aux hommes. D'où il appert que le Verbe, Artisan de l'univers, qui siège sur les Chérubins et maintient toutes choses, lorsqu'il s'est manifesté aux hommes, nous a donné un Évangile à quadruple forme, encore que maintenu par un unique Esprit. »

— Irénée de Lyon, Contre les hérésies 3, 11, 8

Ainsi Irénée est-il le premier écrivain chrétien connu à avoir listé les quatre évangiles canoniques comme inspirés divinement. Par là, il s'opposait à Marcion qui affirmait que l'évangile selon Luc était le seul et véritable évangile[10],[11]. Irénée fut aussi le premier à affirmer que l'évangile selon Jean était écrit par Jean l'apôtre[12], et que l'évangile selon Luc était écrit par Luc, le compagnon de Paul[13].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Non seulement Polycarpe fut disciple des apôtres et vécut avec beaucoup de gens qui avaient vu le Seigneur, mais c’est encore par des apôtres qu’il fut établi, pour l’Asie, comme évêque de Smyrne. Nous-même l’avons vu dans notre prime jeunesse – car il vécut longtemps et c’est dans une vieillesse avancée que, après avoir rendu un glorieux et très éclatant témoignage, il sortit de cette vie –. Or il enseigne toujours la doctrine qu’il avait apprise des apôtres, doctrine qui est aussi celle que l’Église transmet et qui est la seule vraie. » Contre les hérésies, III, 3, 4.
  2. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, V, 2.
  3. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, V, 4, 1-2.
  4. Cfr. Contre les hérésies, III, 3, 3 : « Donc, après avoir fondé et édifié l'Église, les bienheureux apôtres remirent à Lin la charge de l'épiscopat ; c'est de ce Lin que Paul fait mention dans les épîtres à Timothée [2Tm 4. 21]. Anaclet lui succède. Après lui, en troisième lieu à partir des apôtres, l'épiscopat échoit à Clément. […] À ce Clément succède Évariste ; à Évariste, Alexandre ; puis, le sixième à partir des apôtres, Xyste est établi ; après lui, Télesphore, qui rendit glorieusement témoignage ; ensuite Hygin ; ensuite Pie ; après lui, Anicet ; Soter ayant succédé à Anicet, c'est maintenant Éleuthère qui, en douzième lieu à partir des apôtres, détient la fonction de l'épiscopat. »
  5. Site « Lyon des gones » : article sur l'église Saint-Irénée.
  6. Jean Daniélou, L'Église des premiers temps, des origines à la fin du IIIe siècle, Paris, Seuil, coll. « Points Histoire », 1985 (ISBN 2-02-008746-4), p. 121.
  7. Pierre Chaunu et Éric Mension-Rigau, Baptême de Clovis, baptême de la France, De la religion d'État à la laïcité d'État, Paris, Balland, 1996, p. 73.
  8. Démonstration de la prédication apostolique, 87-90, trad. A. Rousseau (Sources Chrétiennes 406), Cerf, Paris, 1995, p. 201-205
  9. Contre les hérésies, V, 6, 1, trad. A. Rousseau, Cerf, Paris, 1984, p. 582-583
  10. Glenn Davis, The Development of the Canon of the New Testament : Irenaeus of Lyons
  11. Raymond Edward Brown An Introduction to the New Testament, Anchor Bible, 1re édition, 1997 (ISBN 978-0-385-24767-2), p. 14.
  12. Ibid, p. 368.
  13. Ibid, p. 267.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages d'Irénée de Lyon[modifier | modifier le code]

  • Contre les hérésies (188), trad., Cerf, coll. "Sources chrétiennes". Livre I : trad. Adelin Rousseau et Louis Doutreleau, 1979, 416 p. Livre II 1982, 376 p. Livre III : 1974, 448 p. Livre IV : 1965, 2 vol., 1008 p. Livre V : 1969, 480 p. - Contre les hérésies. Dénonciation et réfutation de la gnose au nom menteur, trad. Adelin Rousseau, 3° éd. 1991, 752 p.
  • Démonstrations de la prédication apostolique, trad. Adelin Rousseau, Cerf, coll. "Sources chrétiennes".

Études sur Irénée de Lyon[modifier | modifier le code]

  • Ysabel de Andia, Homo vivens, incorruptibilité et divinisation de l'homme selon Irénée de Lyon, Études augustiniennes, 1986 (ISBN 978-2-851-21068-5).
  • Yves-Marie Blanchard, Aux sources du Canon, le témoignage d'Irénée, avec le concours de l'Institut catholique de Paris, 1993
  • (fr) Tremblay, Réal, La manifestation et la vision de Dieu selon saint Irénée de Lyon, Éditeur Aschendorff (Münster), Collection Münsterische Beiträge zur Theologie 1978.
  • Jacques Fantino, La théologie d'Irénée, Paris, Éditions du Cerf, Collection Cogitatio fidei, 1994, 450 pages.
  • Jean Comby et Donna Singles, La gloire de Dieu, c'est l'homme vivant, traduction des textes d'Irénée par Adelin Rousseau, Cerf, Paris, 2007 (ISBN 978-2-204-08478-9)
  • Marie-Laure Chaïeb, Irénée de Lyon : « Contre les hérésies », lu par Marie-Laure Chaïeb, Éditions du Cerf, 2011.
  • Dom Cyril Pasquier, Aux portes de la gloire, Analyse théologique du millénarisme de saint Irénée de Lyon, 2008. 176 p. (ISBN 978-2-8271-1044-5).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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