Prédestination

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La prédestination est un concept théologique selon lequel Dieu, aurait choisi de toute éternité, et secrètement, ceux qui seront graciés et auront droit à la vie éternelle. L'idée de prédestination est étroitement associée aux débats philosophiques concernant le déterminisme et le nécessitarisme. La prédestination, et les rapports entre la grâce et le libre arbitre, ont été au cœur des débats entre le pélagianisme et l'augustinisme, controverse qui a repris lors de l'opposition entre les jansénistes et les jésuites (qui soutenaient le molinisme). Ce concept a aussi été repris, au moment de la controverse janséniste, par le protestantisme.

On parle de « double prédestination » dans les doctrines, calviniste notamment, qui ajoutent que Dieu aurait choisi de toute éternité également ceux qui seront damnés.

Christianisme[modifier | modifier le code]

Ce concept est axé sur une interprétation de certains passages des Écritures. Il a été mis en forme au Ve siècle, dans le christianisme occidental, par saint Augustin dans le conflit qui l'opposait au moine Pélage. Celui-ci soutenait que l’homme peut être sauvé par sa seule volonté. Dans la longue polémique menée avec les disciples de Pélage, "Augustin finit par élaborer un système antipélagien radical, où il réservait le salut à une communauté choisie par la grâce divine de toute éternité"[1].

La prédestination dans l'Église latine[modifier | modifier le code]

La prédestination absolue a toujours été rejetée par l’Église latine qui la condamna avec vigueur dès le concile d'Orange de 529 :

Nous croyons aussi, selon la foi catholique, qu'après avoir reçu la grâce par le baptême tous les baptisés peuvent et doivent accomplir, avec l'aide et la coopération du Christ, tout ce qui concerne le salut de leur âme, s'ils veulent fidèlement y travailler. Non seulement nous ne croyons pas que certains hommes soient prédestinés au mal par la puissance divine, mais s'il était des gens qui veuillent croire une telle horreur, nous leur disons avec toute notre réprobation : anathème !

Le pape Adrien Ier formula en 785 un avis très clair dans une lettre adressée aux évêques d'Espagne [2].

Au IXe siècle, Gottschalk d'Orbais, moine de Fulda, soulèva à nouveau le problème. Le concile de Quierzy (Carisiacum) de 853 le condamna[3], condamnation réitérée au concile de Valence en 855[4],[5].

La doctrine de la prédestination réapparut, au XVIIe siècle, dans le mouvement janséniste. Pour eux, la grâce n’est pas accordée à tous les hommes, et que Dieu, dans sa toute-puissance, l’accorde à certains, la refuse à d’autres. Il peut même la refuser à celui qui désirant échapper au péché, se soumet totalement à la loi divine. Les jansénistes appelaient « le juste pécheur » cet exclu a priori de l’amour divin. Le jansénisme fut condamné par la bulle Unigenitus.

Protestantisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : sola gratia.

Les protestants s'emparent, au XVIe siècle, du concept de prédestination afin de justifier la circulation d'une Bible écrite en langue populaire, ou encore dénoncer le commerce des indulgences et l'enrôlement de Dieu dans les guerres de religion dirigées contre eux.

La société de la fin du XVe siècle est encore dominée par la violence. Les bandes de mercenaires (guerres de Cent Ans et d'Italie) massacrent les plus faibles[réf. nécessaire] avant d'acheter leur entrée au purgatoire ou au paradis. C'est le mérite par les œuvres de l'Église, qu'ils financent. Les protestants y voient un cercle vicieux violence-pardon. La maladie frappe toutes les familles, à tout âge, avec souvent pour seule explication les maléfices. Les protestants, en voulant supprimer l'"idolâtrie" de la Vierge, suscitent eux aussi la peur, car ils privent le peuple d'une protection contre les maléfices et sa peur viscérale de l'enfer.

Comme les juifs, leur foi repose sur un texte, la Bible, que peu de gens peuvent lire, même s'ils l'impriment en langue vulgaire depuis le synode de Chanforan (1536). S'opposer au prêche et à la circulation de la Bible en langue vulgaire, alors interdite, c'est aller contre la parole de Dieu, disent les protestants. La double « prédestination » explique que Dieu a secrètement choisi d'appeler certains peuples, en leur permettant de découvrir la Bible. Et parmi ces peuples, seuls certains individus reçoivent l'appel. À eux d'y répondre, en faisant circuler la Bible, même si cela ne suffit pas à garantir leur entrée au paradis (les protestants disent que la Bible ne fait nulle mention du Purgatoire).

Personne ne peut savoir qui ira au paradis : c'est le secret de Dieu.[réf. nécessaire]. Celui qui empêche la Bible de circuler prive le peuple de l'appel que Dieu lui a peut-être lancé, et prive chacun de cette voie vers la vie éternelle. Si elle figure bien dans la Bible, la prédestination est une voie, un appel secret, tout le contraire d'un résultat connu. L'homme qui prétend savoir qui Dieu appellera à la vie éternelle est un menteur et un corrompu, esclave des plaisirs terrestres. La sévérité contre la corruption et le mensonge restera un trait commun à toutes les sociétés marquées par le protestantisme.

Cette thèse a été affirmée par Jean Calvin, très timidement, en 1536 puis plus fermement en 1562, trente ans après le passage à la réforme de nombreuses villes suisses et alsaciennes (Strasbourg et Zurich le font dès 1524). Elle a pu être acceptée par une partie des calvinistes), qui ne sont pas arminiens, mais on n'en trouve plus guère trace ensuite dans la littérature de la grande majorité des protestants.

Calvin réagissait à une époque où le clergé catholique affichait un train de vie luxueux en monnayant une réduction de la peine liée à leurs péchés (poena ; la culpa ne pouvant être remise que par une bonne confession) [réf. nécessaire]. à ceux qui payaient pour le commerce des indulgences. Il a voulu montrer qu'aucun homme, fut-il prêtre, ne peut prétendre savoir qui Dieu choisira pour le paradis ou l'enfer. C'est un « secret » : l'homme ne peut le connaître et doit le craindre.

Calvin insiste sur la notion de vocation « aveugle » : l'homme ne sait pas s'il est élu et ne peut le savoir, son application à faire le bien sur terre n'en prenant que plus de valeur. C'est Dieu qui l'appelle, par ses écrits, sa parole. Cette habile présentation permet de transformer la fidélité aux principes les plus basiques du protestantisme (lecture de la Bible) comme la source de salut. Cette « simplicité biblique » est plus facile à assumer pour les pasteurs que la prétention des curés catholiques à juger la vie de ceux qu'ils confessaient. Calvin écrit ainsi : « le Seigneur marque ceux qu'il a élus en les appelant et justifiant ; aussi au contraire en privant les réprouvés de la connaissance de sa parole ou de la sanctification de son Esprit, il démontre par tels signes quelle sera leur fin et quel jugement leur est préparé ».

Calvin ne fait que prolonger d'autres écrits, bien antérieurs à lui. Selon le pasteur suisse Jean Rilliet : « Lorsqu'on voit l'ascendant que l'« admirable secret » exerça, soit sur Luther, soit sur Zwingli et Bucer, avant de fasciner Calvin, il ne faut pas oublier trois faits. Tout d'abord, que les Réformateurs rencontrèrent la prédestination chez Augustin, celui des auteurs anciens qui les aida le plus dans leur effort pour rénover l'Église. En second lieu, qu'elle leur expliquait les résistances auxquelles leur prédication de l'Évangile se heurtait. Enfin, qu'elle les aidait à combattre le mérite des œuvres et le purgatoire».

Martin Luther, dès son cours sur l'épître aux Romains de 1516, soulignait lui-même l'utilité spirituelle de cette doctrine, qui conduit le chrétien à s'humilier devant Dieu, à renoncer à la prétention de ses propres mérites et à s'en remettre exclusivement à la grâce divine. C'est donc le troisième motif avancé par Jean Rilliet qui apparaît donc déterminant dans la démarche luthérienne.

Calvin développe cette théorie, qui place le divin à un niveau très supérieur au moment précis où le clergé catholique enrôle Dieu dans les guerres de religion, qui débutent en Flandres et en France. Calvin n'a cependant jamais occupé dans les Églises réformées une position comparable à celle de Luther et encore moins celle d'une sorte de pape protestant. Il a souvent vu son autorité doctrinale remise en question, comme lors de la réécriture du projet de La confession de foi envoyé au premier synode clandestin des Églises réformées à Paris, en 1559, et qui fut adopté officiellement dans sa seconde version, lors du synode de La Rochelle de 1571, si bien que l'on parle depuis lors de confession de La Rochelle.

Calvin[modifier | modifier le code]

Jean Calvin (15091564) ne fait ses premières allusions à la prédestination qu'en 1536, l'année où la Réforme a gagné Genève, après s'être installée dans une dizaine de villes suisses et alsaciennes.

Il n'y consacre qu'un chapitre de la nouvelle version de l’Institution de la religion chrétienne : À un paroissien qui lui demandait s'il serait damné, Calvin répond : « Sur ton salut, je ne me fais pas de souci, c'est le mien qui me tourmente » (Correspondance). Il semblerait aussi que plus le fidèle doute de son salut, plus il peut en déduire qu'il n'est pas élu. Le protestantisme s'oppose alors à l'hypocrisie du commerce des indulgences particulièrement prospère auprès de ceux qui tuent, volent et pillent, violant l'esprit des Dix commandements, avant de prendre peur d'aller en enfer, et de dépenser de grosses sommes dans ce commerce.

Si Calvin développe le thème de la prédestination avec tant de soin, c'est parce que face aux oppositions, il est obligé de préciser sa doctrine. Dans la première édition de l'Institution de la religion chrétienne, paru en 1536, on chercherait en vain un exposé systématique sur la prédestination ; ce n'est que dans l'édition de 1539 que Calvin consacre un chapitre à ce problème, qui grossira au fil des éditions ultérieures, jusqu'en 1559. Ce chapitre est complété par deux traités spécifiques, De la prédestination éternelle de Dieu (1552) et La congrégation sur l'élection éternelle (1562).

Calvin insiste sur la prédestination au moment où ses efforts pour coordonner les protestants français déclenchent des menaces de guerre civile en France. En 1559 se tient à Paris un premier synode, qui évoque ce thème, parmi d'autres, dans l'un des deux textes adoptés, « La confession de foi ».

Le texte présente la prédestination comme un concept radicalement opposé à celui des « œuvres » (achat de la miséricorde auprès de l'église catholique). Le salut revient à ceux que Dieu a élu « par sa seule bonté et miséricorde en JCNS, sans considération de leurs œuvres, laissant les autres en icelle, corruption et damnation pour démontrer en eux sa Justice comme ès premiers il fait luire les richesses de sa miséricorde », dit le texte.

Le second texte La discipline ecclésiastique organise l'Église protestante, dans son article 1, comme une simple fédération de communautés locales, sans évêques ni cardinaux ni pape ni monastères. Le croyant ne peut compter que sur lui et sur Dieu. Le texte bannit tout ce qui pourrait favoriser le commerce des indulgences dans le cadre d'une institution vivant pour elle-même. Le pouvoir « appartient à la base, à l'église locale, sans primauté aucune », prévoyant juste un colloque bisannuel réunissant les délégués de 10 à 15 paroisses, un synode provincial annuel et un synode national, annuel aussi, mais en fait peu réuni: « entre l'assemblée tenue à Vitré en 1583 et celle de Montauban en 1594 aucune session ne se tient ». Il est rédigé « selon le modèle strasbourgeois et genévois », affirme l'historienne française Janine Garrisson.

Le pasteur doit « être élu, c'est-à-dire accepté par l'ensemble des fidèles, qui peut le récuser en certains cas ». Les calvinistes, « éprouvent cette urgence de l'écriture au point que l'église est dressée autant par l'ouverture de registres que par la présence d'un pasteur », écrit Janine Garrisson en précisant « un protestant n'accepte comme vérité que celle de la seule Bible, dans laquelle il puise la connaissance des volontés divines ». Lors du synode de Chanforan (1536), Guillaume Farel et les Vaudois, ralliés, avaient obtenu un budget pour imprimer cette bible en langue vulgaire.

Karl Barth[modifier | modifier le code]

Karl Barth, dans son commentaire de l'épître aux Romains, explique la prédestination.

Pour lui, le premier mouvement vient de Dieu, c'est la grâce qui vient sur l'homme, forcément pécheur. La réponse de l'homme est la Foi, elle vient forcément ensuite.

Point de vue évangélique[modifier | modifier le code]

Le point de vue évangélique énonce une totale compatibilité entre la possibilité restreinte pour l’homme de choisir son destin et la prédestination opérée par Dieu.

Il se fonde essentiellement sur les textes de la Bible. Selon elle, la notion de prédestination repose sur la prescience de Dieu. Le Créateur de toutes choses n’est pas soumis à la contrainte de l’espace-temps. Son regard embrasse l’histoire humaine dans sa globalité et son entièreté, ce qui lui permet d’intervenir au moment de son choix ou encore d’annoncer à l’homme l’approche de tel évènement. La Bible est remplie de ce genre de prophéties.

Toutefois, la notion de prédestination est inséparablement liée à celle du salut réalisé par Dieu. De ce fait, un bref rappel s’impose sur cet aspect essentiel qui affecte profondément le concept de la « libre » prédestination.

Selon la Bible, toute la misère humaine n’a pas réussi à éteindre l’amour de Dieu pour chacun de nous. Et c’est précisément pour arracher l’homme à une destinée infernale que Dieu s’est porté à notre secours. Il l’a fait par Jésus-Christ – Fils de Dieu – qui s’est fait homme et qui, à la fin de sa vie terrestre a pris à sa charge nos péchés et a bravé les flammes d’un enfer qu’il n’a pas voulu pour nous. Par anticipation, la Bible déclarait au sujet du Christ :

« ce sont nos souffrances qu’il a portées, C’est de nos douleurs qu’il s’est chargé ; Et nous l’avons considéré comme puni, Frappé de Dieu, et humilié. […] Nous étions tous errants comme des brebis, Chacun suivait sa propre voie ; Et l’Eternel a fait retomber sur lui l’iniquité de nous tous » (Esaïe 53.4,6)[6].

Par sa résurrection au 3ème jour, Dieu proclame la réussite de la mission de son Fils : désormais, le salut est rendu accessible à tout être humain. Il ne lui en coûtera rien, car Dieu Lui-même a payé un prix infini pour nous l’offrir. La pleine provision du salut est à notre portée :

« c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris » (Esaïe 53.5)[7].

« Il est lui-même [Jésus-Christ] le moyen d’apaisement pour nos péchés, et non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier » (1 Jean 2.2)[8].

Du côté de l’homme, la réconciliation avec Dieu passe par un acte d’allégeance à Dieu, plus précisément par une déclaration de confiance qu’il place en son Sauveur. Car si autrefois un acte de défiance a suffi pour séparer les êtres humains de Dieu, désormais un acte de confiance suffira pour les réintégrer dans une relation personnelle et vivante avec Lui. De par sa propre déclaration de confiance formulée devant Dieu, le néophyte marque son appropriation personnelle du salut. Par le baptême par immersion, il va résolument réitérer sa déclaration devant les hommes pour en assurer la publicité.

Tout se passe comme dans un mariage : par un « oui, je le veux », l’homme entre dans la communion de Dieu. Mais si l’offre de salut est ouverte à tous, Dieu ne l’impose pas pour autant. Ne sont sauvés que ceux qui s’engagent dans cette alliance.

« Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; mais l’incrédule qui ne croit pas au Fils ne verra pas la vie » (Jean 3:36)[9].

Le dogme de la prédestination repose, tout d’abord et à la fois, sur l’offre de salut de Dieu, chose désormais acquise, et sur la réponse de l’homme qui se l’approprie pour son compte :

« Dieu notre Sauveur veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Timothée 2.3-4)[10].

« Repentez-vous donc et convertissez-vous, pour que vos péchés soient effacés » L(Actes 3.19)[11].

En second lieu, la Bible affirme que Dieu est omniprésent et omniscient. Il est hors du temps et il n’y a pas de limite à son savoir. Il embrasse toute l’histoire humaine d’un seul regard. Absolument rien dans l’espace et le temps n’échappe à sa connaissance. La Bible affirme ainsi que bien avant la création de l’homme, Dieu a vu par anticipation quelles seront les personnes qui, dans la suite des temps, saisiront son offre de salut et feront alliance avec Lui. C’est pour avoir vu par avance la réponse de chacun, que l’on peut parler de prédestination :

« Nous savons, du reste, que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein. Car ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l’image de son Fils » (Romains 8.28-29)[12].

« […] qui sont élus selon la prescience de Dieu le Père » (1 Pierre 1.2)[13].

Ainsi, le choix des élus et leur destin ne repose pas sur des décisions arbitraires de Dieu (doctrine de la prédétermination), mais bel et bien sur le choix que tout un chacun peut faire durant sa vie en réponse à l’offre de réconciliation de Dieu.

Le christianisme ésotérique[modifier | modifier le code]

Ce débat est sans objet dans le christianisme ésotérique (anthroposophie, rose-croix, fraternité blanche,...) pour qui le salut ne peut venir que d'un progrès spirituel acquis par une suite de réincarnations. Même si le récit de l'Apocalypse de Jean enseigne que toute l'humanité ne sera pas sauvée, l'ésotérisme considèrent que nous ne pouvons pas juger par nous-même que nous faisons partie des élus[14].

Analyses sociologiques[modifier | modifier le code]

À l'époque où ce concept apparaît, il n'a aucune portée sociologique. Les notions de mobilité sociale n'ont pas la valeur d'aujourd'hui. Ce n'est qu'en 1905 que Max Weber, dans L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme s'interrogera sur son rôle dans l'essor de la révolution industrielle à la fin du XVIIIe et au XIXe siècle.

Max Weber montrera que les entrepreneurs protestants, pour la plupart "parvenus" de l'artisanat, ont inventé un "capitalisme moderne" et inventif, prenant de vitesse des banquiers plus riches qu'eux, par l'intériorisation des bénéfices, en baissant les prix pour gagner de nouveaux clients, en dépensant pour adapter les produits et en sélectionnant les meilleurs travailleurs, quitte à payer plus cher et sacrifier la rentabilité à court terme. Ce capitalisme de l'ascèse, vise la croissance, au détriment de la rente et des plaisirs matériels. Il dérive du Monachisme occidental, qui a pu rentrer dans le monde laïque grâce à la Réforme. Le protestant, ayant conquis le pouvoir politique notamment en Europe du Nord et dans les pays anglo-saxons, réinvestit ou intériorise ses bénéfices, pour donner à son peuple une place dans l'avenir et répondre à l'appel de Dieu à une vie éternelle, en espérant qu'il fait partie des élus secrets.

Max Weber cherchera dans la doctrine de la prédestination une des causes du dynamisme économique des États protestants et de la naissance du système capitaliste. En effet, cette doctrine pousse selon lui le croyant à tenter de deviner s'il est un élu. Le succès dans les affaires peuvent être considérés comme un signe de cette grâce, le croyant exprimant ainsi une vocation utile à sa communauté, le fruit du capital devant être réinvesti (du mot allemand de beruf, qui veut dire « vocation » plus que « prédestination »).

Weber remarque aussi que le protestantisme, celui de Luther, Calvin et des autres fondateurs de la Réforme est austère et s'oppose à toute recherche pour elles-mêmes des richesses, qui doivent être réinvesties, afin que l'argent circule et fructifie. Pour Weber, c'est dans cet esprit austère, ascétique qu'il faut chercher la source du capitalisme.

Emmanuel Todd, quant à lui, renverse la perspective wébérienne. Selon lui, certaines régions d'Europe ont été tentées par la doctrine de la prédestination parce que les structures familiales y valorisaient la valeur d'inégalité entre frères (dans sa typologie, il s'agit des familles nucléaire absolue et souche). Ces structures familiales ont ensuite influé sur le développement de ces régions (la famille nucléaire absolue est un terrain favorable à des innovations économiques réclamant le déplacement de nombreuses personnes des campagnes vers les villes, d'où l'industrialisation précoce des régions où cette famille est présente ; la famille souche possède le plus grand potentiel de développement culturel, d'où un succès économique à long terme grâce à une main-d'œuvre plus qualifiée).

Islam[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Qadar.

Dans le Coran, Dieu a créé l'être humain libre de croire ou de ne pas croire:

- ( وَقُلِ ٱلْحَقُّ مِن رَّبِّكُمْ ۖ فَمَن شَآءَ فَلْيُؤْمِن وَمَن شَآءَ فَلْيَكْفُرْ )

- « Et dis : “La vérité émane de votre Seigneur”. Quiconque le veut, qu’il croit, et quiconque le veut qu’il mécroie »

Coran Sourate 18 : La caverne (Al-Kahf), Verset 29 - Traduction de Muhammad Hamidullah (Wikisource & Wikilivres): http://wikilivres.ca/wiki/Le_Coran/Sourate_18_:_La_caverne_(Al-Kahf)

Mais Dieu a aussi fait comprendre dans le Coran que le libre choix de l'être humain ne peut être total ou absolu comme les choix de Dieu Lui-même, car l'Homme en ses facultés et mérites ne peut pas être égal à Dieu. Ainsi, la volonté humaine (la faculté de vouloir, de se déterminer à quelque chose) n'est pas préalable, mais est toujours postérieure à la volonté divine d'Allah:

- ( وَمَا تَشَآءُونَ إِلَّآ أَن يَشَآءَ ٱللَّهُ رَبُّ ٱلْعَٰلَمِينَ )

- « Mais vous ne pouvez vouloir, que si Allah veut, [Lui], le Seigneur de l’Univers »

Coran Sourate 81 : L’obscurcissement (At-Takwir), Verset 29 - Traduction de Muhammad Hamidullah (Wikisource & Wikilivres): http://wikilivres.ca/wiki/Le_Coran/Sourate_81_:_L’obscurcissement_(At-Takwir)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Claude Lepelley, Saint Augustin et le rayonnement de sa pensée, in Histoire du Christianisme, Alain Corbin dir., 2013.
  2. « Dieu a préparé de toute éternité dans son immutabilité les œuvres de justice et de miséricorde. Il a donc préparé les mérites de ceux qui doivent être justifiés. Mais pour les méchants, il n'a pas préparé les œuvres mauvaises ni les volontés mauvaises, mais il leur a préparé de justes châtiments. Voilà en quoi consiste la prédestination éternelle des œuvres futures de Dieu. »

  3. « Le Dieu tout puissant créa l'homme sain, sans péché, avec le libre arbitre, et le posa dans le paradis. Il voulait qu'il demeurât toujours dans la sainteté de la justice. Mais l'homme pécha et déchut en se servant de sa liberté mal à propos, et tout le genre humain devint une masse de perdition. Dieu, dans sa bonté et sa justice, de cette masse de perdition, élut gratuitement dans sa prescience ceux qu'il a prédestinés à la vie éternelle. Les autres que par le décret de sa justice il a laissés dans la masse de perdition, il a prévu qu'ils périraient, mais ne les a pas prédestinés à périr. Dans sa justice, il leur a prédestiné une peine éternelle. Voilà pourquoi nous ne parlons que d'une seule prédestination qui a trait soit au don de la grâce, soit à la rétribution de sa justice. »

  4. « Nous croyons fermement en la prédestination des élus à la vie, et à la prédestination des impies à la mort. Dans l'élection de ceux qui doivent être sauvés, la miséricorde de Dieu précède le mérite des bonnes œuvres. Dans la condamnation de ceux qui périront, la culpabilité des mauvaises actions précède le juste jugement de Dieu. Par la prédestination, Dieu a déterminé uniquement ce qu'il ferait par sa miséricorde gratuite ou selon son juste jugement. Dans les méchants, Dieu n'a fait que prévoir leur malice en tant que procédant d'eux seuls. Il n'a pas prédestiné leur malice, parce qu'elle ne vient pas de lui. Mais la peine qui suit la faute, en tant que Dieu qui connaît tout à l'avance, il l'a prévue et prédestinée. Mais que quelques-uns aient été prédestinés au mal par la volonté divine de façon telle qu'il n'était pas en leur pouvoir de ne pas être mauvais, non seulement nous ne le croyons pas, mais s'il s'en trouve qui croient une telle énormité nous les rejetons et les anathématisons. »

  5. « Nous tenons fermement que Dieu prévoit et a prévu de toute éternité et les bonnes actions que les bons allaient faire dans le futur et les mauvaises actions que les mauvais allaient accomplir. Car, nous avons la parole de l'écriture qui en témoigne : "Dieu éternel, toi qui connais les choses cachées et qui connais toutes choses avant qu'elles n'arrivent". Et il nous plaît de tenir que Dieu a prévu d'avance que les bons deviendraient bons par sa grâce et que, par la même grâce, ils recevraient des récompenses éternelles. Il a prévu que les mauvais seraient mauvais par leur propre malice et qu'ils devraient être condamnés par sa justice aux châtiments éternels. Mais la prescience de Dieu n'a rendu aucun mal nécessaire de façon telle que le mauvais ne pouvait qu'être mauvais. Dieu qui connaît tout avant qu'il n'arrive sut d'avance, par sa majesté toute puissante et immuable, ce que le méchant ferait par sa propre volonté. Nous croyons que personne n'est condamné sans motif, mais à cause de sa propre iniquité. Nous ne croyons pas non plus que les mauvais périssent parce qu'ils n'ont pas pu être bons, mais parce qu'ils ne voulurent pas devenir bons. Ils sont demeurés dans la masse de perdition par leur propre vice, par le péché originel et leurs péchés actuels. »

  6. La Bible Louis Second, Esaïe 53.4,6
  7. La Bible Louis Second, Esaïe 53.5
  8. La Bible _trad. libre DA, 1 Jean 2.2
  9. La Bible trad. libre DA, Jean 3:36
  10. La Bible Louis Second, 1 Timothée 2.3-4
  11. a Bible trad. Louis Second, Actes 3.19
  12. La Bible trad. Louis Second, Romains 8.28-29
  13. a Bible trad. Louis Second, 1 Pierre 1.2
  14. Rudolf Steiner, La Science de l'Occulte, 1910.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • André Dumas, Prédestination in Encyclopaedia universalis, 1985.
  • (en) Predestination dans Catholic encyclopedia.
  • (en) Predestinarianism dans Catholic encyclopedia.

Voir aussi[modifier | modifier le code]