Nom de règne des papes

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Le nom de règne des papes est adopté par le pape nouvellement élu à l’issue du conclave lorsque le doyen du Collège des cardinaux[1] lui demande « Acceptez-vous votre élection canonique comme souverain pontife ? » (en latin Acceptasne electionem de te canonice factam in Summum Pontificem ?). Le conclave prend fin une fois que le souverain pontife a répondu favorablement à cette question du doyen puis a choisi son nom de règne suite à la question « De quel nom voulez-vous être appelé ? » (en latin Quo nomine vis vocari ?)

Le nom du nouveau pape est proclamé à la foule romaine par le cardinal protodiacre depuis le balcon central de la basilique Saint-Pierre au Vatican, selon la locution Habemus papam :

« Annuntio vobis gaudium magnum : habemus Papam, eminentissimum ac reverendissimum Dominum, Dominum Xxx, Sanctae Romanae Ecclesiae Cardinalem Xxx, qui sibi nomen imposuit Xxx. »
« Je vous annonce une grande joie : nous avons un Pape, le très éminent et très révérend Seigneur, Monseigneur (nom de baptême de l’élu), cardinal de la sainte Église romaine (nom de famille de l’élu), qui s’est donné le nom de (nom de règne de l’élu). »

Ce nom de règne est désormais le seul nom sous lequel sera désigné le nouveau pape pendant toute la durée de son pontificat, c’est-à-dire en principe, jusqu’à la fin de sa vie. La coutume de changer de nom en montant sur le trône pontifical ne date pas des origines de la fonction pontificale, mais, en accordant les noms des papes modernes avec les anciens, en respectant une unité de style dans la nomenclature de tous les papes depuis les origines, elle contribue à sa manière à la pérennité de cette institution.

En latin : la liste des papes enterrés sous la basilique Saint-Pierre à Rome (Saint-Siège).

Le sens chrétien des changements de nom[modifier | modifier le code]

Dans l'Ancien testament comme dans le Nouveau, les changements de nom sont des signes de conversion, d'élection par Dieu et d'attribution d'une mission nouvelle. Dans la Bible, Abram[2] devient Abraham, Jacob devient Israël, Simon devient Pierre et Saul devient Paul.

L'usage des changements de nom se développe à partir du IIIe siècle dans la tradition monastique. C'est à l'occasion de la profession des vœux monastiques que le postulant reçoit, de son supérieur, un nouveau nom.

En Orient, chaque évêque reçoit ainsi un nouveau nom, différent de son nom de baptême. Cette réception a lieu généralement lors de la prise d'habit monastique. Le changement de nom des papes est une survivance en Occident de cette pratique qui est générale en Orient. Mais pour les papes d'Occident, le nom ne peut pas être reçu d'un supérieur puisqu'il est choisi in extremis, au moment même où celui qui le reçoit n'a plus de supérieur parmi ses contemporains.

Formes et variantes des noms des papes[modifier | modifier le code]

Avant toute chose, il faut remarquer que les noms des papes varient d’une langue à l’autre, comme des noms communs. Il est d’usage de « traduire » ces noms par leur équivalent dans les langues vernaculaires, quand un équivalent au nom existe dans cette langue. Ainsi, un pape appelé Ioannes en latin ou Ιωάννης (Ioánnis) en grec est appelé Jean en français, John en anglais, Giovanni en italien, Johannes en allemand, János en hongrois, Juan en espagnol, etc. Bien entendu, les noms cités dans cet article, sauf mention contraire, sont les noms en langue française.

Des noms et des langues[modifier | modifier le code]

De telles « traductions », qui sont plutôt des déformations et des adaptations phonétiques et grammaticales à travers les siècles, ne sont pas toujours possibles. Certains noms rares gardent en français leur forme latine ou grecque, faute d’équivalent dans notre langue : Lucius, Hormisdas, Honorius, Donus, Sisinnius, etc.

Dans les langues des cultures non catholiques, les noms utilisés pour désigner les papes sont souvent empruntés à d’autres langues. En turc, il est d’usage de désigner les papes par leur nom français précédé du numéro et Jean-Paul II et Benoît XVI sont appelés généralement ikinci Jean Paul et onaltıncı Benoit ; cependant l’anglais gagne du terrain, et l’on trouve de plus en plus souvent les formes ikinci John Paul et onaltıncı Benedict. On peut même trouver des formes en latin ou en italien. De plus, ces formes sont parfois écrites en respectant l’orthographe d’origine, parfois écrites phonétiquement Jan Pol, Benedikt...

La domination d’un État, de sa culture, de sa langue, sur un autre État influe forcément sur les noms employés dans le pays dominé, entre autres, sur le nom des papes. En azéri, langue très proche du turc, on utilise les noms russes et Jean-Paul II s'appelle ikinci İoann Pavel, à comparer avec la forme russe Иоанн Павел второй (Ioann Pavel vtoroï). En tagalog ou filipino, langue officielle des Philippines, les noms des papes sont identiques aux noms espagnols. Dans les pays du nord de l’Europe de tradition protestante, les noms latins des papes sont le plus souvent repris tels quels, même si des équivalents existent dans la langue locale populaire. Cet usage a été introduit dans la traduction biblique de Martin Luther.

Des exceptions peuvent cependant être faites pour les prénoms les plus usuels (Pierre, Alexandre, etc.) et l’orthographe de certains autres peut être altérée pour respecter l’orthographe de la langue (changement de c en k par exemple ; voyez les listes en néerlandais, en danois et en estonien). En revanche, les langues des pays orthodoxes ont des façons propres de désigner les saints de l’Église chrétienne antique et peuvent traduire la plupart des noms des papes.

De même, le christianisme est implanté de longue date dans certains pays arabes, les noms des saints orthodoxes et catholiques, et donc ceux des papes, existent en langue arabe. Ces noms sont parfois différents de leur équivalent dans la tradition musulmane : « Jean » se traduit en arabe par يوحنّا (yūḥannā) si c’est le nom d’un chrétien, donc d'un pape, mais les musulmans, seuls, appelleront يحيی (yaḥyā) le prophète saint Jean-Baptiste.

L'usage de « traduire » les noms propres, d'abord en grec et en latin, puis dans toutes les langues, est un usage ancien introduit par les clercs de toute l'Europe. Cette habitude qui s'est maintenue jusqu'au XXe siècle tend à disparaître aujourd'hui quand il faut faire vite. Elle se maintient cependant au Vatican où les services de communication prennent le temps de faire au mieux. Elle répond aussi à une nécessité pratique : savoir nommer le pape correctement et sans dissonance en latin, en grec et dans toutes les autres langues où messe est célébrée.

Ambiguïté de certains noms[modifier | modifier le code]

Même dans les listes « officielles » en latin il peut arriver que certains noms différents mais de consonance ou de sens voisins aient été confondus a posteriori, occasionnant des simplifications ou des erreurs. Ainsi, les trois premiers papes Sixte de l’Antiquité semblent avoir porté le nom grec de Xystos qui signifie étymologiquement lisse, ou peut-être le prænomen (prénom latin) Sextus signifiant « sixième (né) ». Les deux ont été confondus en un nom unique, Sixtus, et ce nom a ensuite été repris par deux autres papes durant la Renaissance.

Le même « mélange » s’est produit pour des raisons de consonance pour les « Martin » et les « Marin » (voir plus bas). Cette confusion est cependant perçue aujourd’hui comme une erreur et les deux noms, maintenant considérés comme distincts, suivent chacun leur numérotation propre.

De 615 à 618 a régné un pape nommé en latin Deusdedit, ce qui signifie exactement « Dieu a donné ». De 672 à 675 a régné un autre pape dont le nom latin Adeodatus signifie sensiblement la même chose. On a pris l’habitude depuis de considérer ces deux noms comme des variantes du même, et d’appeler ces deux papes dans les listes en latin Adeodatus primus et Adeodatus secundus. Ces noms sont le plus souvent francisés en Adéodat Ier et Adéodat II, mais dans certaines listes, le premier est parfois appelé « Dieudonné » et le second « Adéodat ». On trouve aussi parfois les formes « Dieudonné Ier » et « Dieudonné II ».

Le cas du troisième pape, appelé « Clet » ou « Anaclet » selon les sources, est détaillé à l’article Anaclet.

Histoire[modifier | modifier le code]

Noms des premiers papes[modifier | modifier le code]

Simon Pierre, apôtre et premier pape, peint par Rubens.

On ne sait pas grand-chose des premiers papes, et le peu qu’on en sait se réduit bien souvent à leur nom.

On pense généralement que les premiers papes nous sont connus sous leur vrai nom. Rien ne permet de l’affirmer, vu la pauvreté des sources. D’après l’Évangile selon Matthieu, l’apôtre Pierre était nommé « Simon fils de Jonas » avant que le Christ ne le renomme par une phrase qui, pour les catholiques, fonde également l’institution de la papauté qui lui est confiée :

« σὺ εἶ Πέτρος, καὶ ἐπὶ ταύτῃ τῇ πέτρᾳ οἰκοδομήσω μου τὴν ἐκκλησίαν »
« Tu es Petrus, et super hanc petram aedificabo Ecclesiam meam » (Vulgate)
« Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Église »

De ses successeurs immédiats, on ne sait pas grand-chose. Il y a un certain flou dans la liste des premiers papes, selon les sources, en particulier sur les dates de leur règne et sur le nom et la place chronologique du pape Anaclet que d’autres appellent « Clet ».

Les premiers papes pouvaient être d’origine juive, latine, grecque, ou originaires du Moyen-Orient, d’Afrique du Nord ou de toute autre partie de l’Empire romain ; pourtant, les noms qui nous sont parvenus d’eux sont pratiquement toujours latins ou grecs, langues officielles de l’Empire. On peut penser que ces noms sont des traductions de leur nom originel, ou bien que ces personnes étant des citoyens romains sans être forcément ethniquement des latins avaient un nom usuel dans leur langue et un nom officiel en grec ou latin. Certains d’entre eux avaient peut-être même déjà eu l’occasion de changer de nom en entrant en religion bien avant de devenir pape. Les noms latins qui nous sont restés sont indifféremment des prænomina, des nomina ou des cognomina, c’est-à-dire des prénoms, des noms de famille ou des surnoms, sans qu’on en sache la raison.

Seuls deux noms de papes sont d’origine hébraïque, mais ils sont tirés du Nouveau Testament et ils apparaissent très tardivement, à une époque où le christianisme est déjà tout à fait séparé du judaïsme. Ces noms sont « Jean » (en 523, du prophète saint Jean-Baptiste) et « Zacharie » (en 741, de saint Zacharie, père du précédent). Enfin, un seul pape semble avoir porté un nom germanique : Landon, au Xe siècle. Il s’agit du dernier pape avant François en 2013 (si on excepte Jean-Paul Ier dont le nom de règne rend hommage à ses deux prédécesseurs immédiats) à porter un nom inédit ; après lui, les papes porteront toujours un nom porté par au moins un de leurs prédécesseurs et bien vite apparaîtra l’habitude du changement systématique de nom.

Les premiers papes furent presque tous considérés comme saints jusqu’au VIe siècle. De ce fait, les noms sous lesquels ils sont connus devinrent par la suite des prénoms de baptême pour les générations suivantes, et beaucoup sont encore donnés de nos jours.

Origine du changement de nom des papes[modifier | modifier le code]

Le premier cas attesté de changement de nom d’une personne élue pape est un dénommé Mercurius qui, en 533, pour ne pas porter le nom d’un dieu païen, a pris le nom de Jean II[3]. Cela s’est reproduit lorsqu’un homme portant le nom d’un dieu ou d’un empereur païen était élu : en 955, un dénommé Octavien est devenu pape sous le nom de Jean XII[4].

En 983, Pierre Campanora devint pape sous le nom de Jean XIV. La raison cette fois-ci était qu’il ne voulait pas qu’il y eût un autre pape Pierre que saint Pierre l’apôtre et premier pape. Les quelques autres Pierre qui accéderont à la papauté changeront toujours de nom pour cette raison.

Peu après, dès 996, fut élu le premier pape d’origine germanique, Bruno de Carinthie. Lui succéda en 999 le premier pape français, Gerbert d’Aurillac. Tous deux portaient des prénoms germaniques tout à fait étrangers à la tradition papale (malgré un précédent, Landon qui portait aussi un prénom germanique bien qu’étant originaire d’Italie). Ils en changèrent donc et devinrent respectivement Grégoire V et Sylvestre II. À cette époque, les prénoms germaniques étaient déjà très répandus, et pas seulement en pays germaniques. Désormais, tous ceux qui en portaient changèrent de nom en devenant pape. Les seules exceptions ne concernent que des antipapes du XIe siècle qui ne nous sont connus que sous leur nom germanique d’origine : Thierry et Albert.

Pour toutes ces raisons, la nécessité de changer de nom concernait déjà la plupart des papes à la fin du Xe siècle, mais cette coutume s’établit dès lors pour tous les papes, quel que soit leur nom d’origine. On y trouva une signification symbolique : le nouveau pape n’est plus le même homme qu’avant son avènement et son nom ne saurait être le même. C’était donner une importance nouvelle à cet avènement, bien qu’il n’ait jamais été reconnu comme un sacrement au même titre que l’ordination d’un prêtre ou la consécration d’un évêque.

Jusqu’à la fin du XIIe siècle approximativement, on était considéré comme pape non pas dès l’instant de l’élection comme c’est le cas aujourd’hui, mais à partir de l’intronisation (appelée plus tard « couronnement »). Celle-ci était indispensable pour plusieurs raisons, en particulier parce qu’il fallait attendre l’assentiment de l’empereur, mais aussi parce que de nombreux élus n’étaient pas évêques, ni même prêtres et devaient donc être ordonnés avant toute prise de fonction. Le pape Grégoire VII élu en 1073 insistait encore sur le fait que c’est l’intronisation qui fait le pape. En raison de situations politiques souvent chaotiques, certains papes élus mirent beaucoup de temps avant d’être intronisés, parfois plus d’un an. L’évêque Guibert de Ravenne, désigné pape (mais aujourd’hui considéré comme antipape) par l’empereur en 1080, ne put être intronisé à Rome qu’en 1084 : pendant ces quatre années, il ne se considéra lui-même que comme un « pape élu » et non un pape en exercice. Il ne choisit son nom de règne, Clément III, qu’au moment de son intronisation. On peut donc supposer que si ses deux successeurs immédiats, les antipapes Thierry et Albert, n’ont pas changé de nom, c’est tout simplement parce qu’ils n’ont pas été intronisés, ou bien que leur intronisation clandestine n’a pas laissé de trace historique du nom qu’ils choisirent.

Depuis 996, seuls deux papes ont conservé leur prénom d’origine : Adrian Florensz Dedal est devenu Adrien VI en 1522 et Marcello Cervini est devenu Marcel II en 1555. Giuliano della Rovere aurait peut-être souhaité en faire autant en 1503, mais le nom de Julien n’avait jamais été porté par un pape avant lui. Il se contenta donc de Jules, nom déjà porté une fois, et devint le pape Jules II. À l’époque de Landon, la papauté était confisquée par quelques familles romaines, dont celle des Théophylactes, et les noms qui en sortaient étaient bien peu variés. Quand peu après le changement de nom devint un usage, tous les papes respectèrent le principe de reprendre un nom déjà porté avant eux par au moins un pape, jusqu’à François en 2013 (le cas de Jean-Paul Ier en 1978 est particulier, car il choisit ce prénom pour se placer dans la continuité de ses deux prédécesseurs, les papes Jean XXIII et Paul VI. Il fut de ce fait le premier pape à porter un nom double)[4].

Signification du nom de règne[modifier | modifier le code]

Le nom de règne choisi par un nouveau pape peut avoir mille significations, et la raison du choix de beaucoup d’entre eux nous est inconnue. Le nouveau pape peut choisir de rendre hommage à un saint en particulier, à un parent ou à un prédécesseur, voire à une Église où il a officié. Et, pourquoi pas, à plusieurs personnes à la fois portant le même prénom.

Lorsque Gerbert d’Aurillac devint le pape de l’an 1000, il choisit le nom de Sylvestre II en référence à Sylvestre Ier, pape sous l’empereur Constantin Ier qui reconnut le christianisme comme religion de l’Empire romain. De nombreux papes choisirent en référence un lointain et glorieux prédécesseur, par exemple Grégoire Ier ou Léon Ier, au détriment des noms de prédécesseurs plus immédiats, parfois avec la volonté de redorer la fonction papale victime des règnes précédents. En particulier, après la période de grande décadence de la papauté du Xe siècle à la première moitié du XIe siècle, où les noms les plus portés étaient Jean, Benoît, Léon et Étienne, vint une période de réforme appelée généralement réforme grégorienne en référence à Grégoire VII, bien qu’elle s’amorçât avant le règne de celui-ci. En réaction avec les papes de la période précédente, de nombreux prénoms d’anciens papes furent exhumés, et la liste des papes de 1046 à 1145 montre un nombre impressionnant de noms suivis du numéral II ! Ces prénoms (ainsi que celui de Grégoire) furent réemployés au siècle suivant, puis encore ensuite, d’où une nouvelle série des mêmes noms suivis du numéral III, puis IV, avant que ce système se délite de lui-même à la « génération V ». Les turpitudes de la période des Théophylactes étant oubliées, les prénoms Jean et Benoît revinrent à la mode. En revanche, Léon dut attendre encore quelques siècles avant de réapparaître, et Étienne ne fut jamais réutilisé, peut-être en raison du problème de numérotation lié à ce nom.

Durant la période du Grand Schisme d’Occident, les papes de Rome, d’Avignon et de Pise choisirent des prénoms bien distincts. Après la réunification de la papauté, les papes choisirent dans un premier temps d’exclure les noms des papes des trois anciennes obédiences et exhumèrent des noms tombés en désuétude, le premier d’entre eux choisissant son nom en seule référence au saint du calendrier au 11 novembre 1417, jour de son élection : saint Martin de Tours. Il devint le pape Martin V.

À la période de la Renaissance, de nombreux prénoms différents furent employés, certains habituels, d’autres anciens et tombés en désuétude, sans autre limite que de choisir toujours un prénom déjà porté au moins une fois. Certains allèrent jusqu’à conserver leur prénom de baptême : Adrien VI, Marcel II et, avec une altération minime, Jules II. Un autre abrégea son nom de famille : le cardinal Piccolomini devint le pape Pie II. Rodrigo Borgia choisit de s’appeler Alexandre VI en référence avouée à Alexandre le Grand de Macédoine ; la Renaissance permettant les références à l’Antiquité païenne.

Certains élus reprirent tout simplement le nom d’un précédent pape membre de leur famille. Si Pie III était le neveu de Pie II, Honorius IV était le petit-neveu d’Honorius III et Léon XI le petit-neveu de Léon X.

Les cinq plus grands écarts entre deux noms de règne consécutifs[modifier | modifier le code]

Noms des papes Écart Fin du précédent pontificat Début du pontificat suivant
Pie Ier et Pie II env. 1303 ans env. 155 1458
Marcel Ier et Marcel II 1246 ans 309 1555
Jules Ier et Jules II 1151 ans 352 1503
Sixte III et Sixte IV 1031 ans 440 1471
Clément Ier et Clément II env. 949 ans env. 97 1046

La pietas[modifier | modifier le code]

Mais depuis que les papes changent de nom au moment de leur accession au pontificat, la raison la plus souvent invoquée pour un changement de nom est une référence à un prédécesseur pas trop lointain envers lequel le nouvel élu entend exprimer sa gratitude pour des raisons personnelles. On a appelé cette coutume pietas, ce qui signifie la piété en latin[4].

De plus en plus souvent, des papes nouvellement élus choisirent le nom du pape qui les avait fait cardinaux, ou grâce auquel ils étaient montés en grade dans la hiérarchie. Ainsi Clément XIV avait été nommé cardinal par Clément XIII, lui-même fait cardinal par Clément XII, lui-même fait cardinal par Clément XI. Clément X avait déjà été créé cardinal par son prédécesseur immédiat Clément IX.

D’autres hommages sont plus subtils, certains élus honorant la mémoire d’un pape ayant aidé leur famille ou, dans l’autre sens, dont la famille avait permis leur élection. Alexandre VIII fut élu grâce à l’influence déterminante du cardinal Flavio Chigi, neveu du pape Alexandre VII (les deux Alexandre avaient par ailleurs été nommés cardinaux le même jour). La systématisation de ce système à partir du XVIe siècle a conduit à un grand appauvrissement des noms de papes et, de fait, les quatorze papes qui se sont succédé de 1644 à 1774 n’ont porté que quatre prénoms différents.

Histoire de Pie...[modifier | modifier le code]

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À Clément XIV succéda en 1775 le pape Pie VI. L’histoire de ce nom (dont l'étymologie vient du latin Pius signifiant « pieux »[5]) au départ insignifiant mais promis à un grand avenir mérite d’être détaillée d’un bout à l’autre car c'est un bon exemple pour montrer comment et pourquoi un nom se transmet à travers les siècles.

  • Pie Ier : Du premier pape appelé Pie, on ne sait pratiquement rien, sinon qu’il régna pendant quinze ans vers 140155 à l’époque de la Rome païenne. Comme tous les papes de cette époque, il est considéré comme un saint et un martyr. Le succès de ce nom chez les papes modernes ne s’explique donc pas par l’exemplarité de ce pape, contrairement à Grégoire le Grand ou Léon le Grand, premiers de leur nom. Le nom de Pie resta dans un oubli profond et échappa même aux papes de la réforme grégorienne qui en releva tant d’autres.
  • Pie II : Jusqu’au jour de 1405 où fut élu Enea Silvio Piccolomini, à la fois homme d’Église, poète et érudit.
  • Pie III : Le fils de la sœur de Pie II devint pape en 1503. Il devait tout à son oncle, de son nom de famille, Piccolimini, qui n’était pas le sien à sa naissance, à son blason et son chapeau de cardinal. Il choisit tout naturellement de s'appeler Pie III, mais il mourut vingt-six jours plus tard sans marquer grandement les esprits des générations suivantes.
  • Pie IV : Le choix du nom de Pie IV, un Médicis sans lien de parenté avec l’illustre famille du même nom, élu en 1559, est plus problématique. Peut-être a-t-il voulu porter un nom qui s’opposerait à celui de son prédécesseur Paul IV dont il fera condamner et exécuter les neveux et emprisonner leurs proches... On observe d’ailleurs à cette période un parallélisme entre la progression des Pie et des Paul. Il est possible que le nom de Pie, Pio en italien, était alors vu comme une alternative au nom tabou Pierre, Pietro en italien ; saints Pierre et Paul étant considérés comme les fondateurs du christianisme à Rome et de la papauté.
  • Pie V : Son successeur immédiat, Michele Ghisleri, élu en 1566 reprit le même nom et devint Pie V, ce qui peut paraître surprenant quand on sait qu’il était un protégé de la famille de Paul IV et a vécu le pontificat de Pie IV dans la disgrâce. C’est cependant le neveu de ce dernier, saint Charles Borromée qui le fera élire ; ce choix entre donc tout à fait dans la catégorie des pietas. Il continua énergiquement l’œuvre de réforme et de reconquête catholique décidée par le concile de Trente, tant sur les protestants que sur les musulmans : il finança la flotte catholique coalisée qui écrasa les Turcs à la bataille de Lépante, première victoire importante des chrétiens sur les Ottomans. Pour cela et pour sa piété et son rigorisme, il sera canonisé, devenant un exemple moral pour les papes futurs... mais aucun pape ne lui rendra l’hommage personnel d’une pietas et le nom de Pie sera délaissé pendant deux cents ans.
  • Pie VI : Et c’est donc en 1775 que fut élu Giovanni Angelo Braschi qui, après une série étalée sur cent trente ans de quatorze papes appelés tous Innocent, Alexandre, Clément ou Benoît, choisit de s’appeler Pie VI. Prenant les réalisations de Pie V en modèle, il entendait rendre à la papauté son conservatisme combatif et la sortir de sa modération envers les idées des Lumières et ce qu’on allait bientôt appeler le modernisme. Mais son règne fort long se termina paradoxalement par la Révolution française, l’invasion de ses États et la proclamation de la République romaine. Il fut déporté en France et mourut en exil à Valence en 1799. Les révolutionnaires pensaient et espéraient que ce serait le dernier pape de l’histoire...
  • Pie VII : Mais ils se trompaient. Le conservatisme et la fin tragique de Pie VI firent de lui un quasi-martyr pour les catholiques. C’est tout naturellement que son successeur, élu en 1800 à Venise occupée par les troupes autrichiennes, choisit de devenir le pape Pie VII. Lui aussi devait être déporté de Rome par les Français. Il dut couronner Napoléon empereur, puis s’opposa à lui. L’Empire vaincu, la Révolution enterrée, il put regagner Rome où il régna encore de nombreuses années.
  • ...jusqu’à Pie XII : La très grande longévité de ces deux règnes et les événements qui les marquèrent — vus comme la lutte de l’ordre universel chrétien contre la Révolution athée et les « idées modernes » — firent que ce nom allait rester très à la mode chez les papes et, de 1774 à 1958, sur onze papes, sept ont porté le nom de Pie. Il s’agit de la plus grande fréquence d’un nom sur une période aussi longue dans toute l’histoire de la papauté, surpassant la période de 955 à 1033 où, sur quinze papes, sept se nommaient Jean.
    Il y eut donc Pie VI en 1775, Pie VII en 1800, Pie VIII en 1829, Pie IX en 1846, Pie X en 1903, Pie XI en 1922 et Pie XII en 1939. La référence au combat et à la philosophie de Pie V et Pie VI n’est naturellement pas la seule raison de cette étonnante série, dont un des moteurs est une fois encore la pietas. Il faut d’ailleurs observer que Pie VII, Pie VIII et Pie IX (au début de son règne) étaient beaucoup moins conservateurs que les deux papes de cette époque qui ne s’appelaient pas Pie : Léon XII et Grégoire XVI. En revanche, la fin du pontificat de Pie IX, puis ceux de Pie X, Pie XI et Pie XII le sont peut-être davantage que ceux de Léon XIII et Benoît XV, mais cette appréciation est plutôt subjective.
  • La fin des Pie ? : La controverse sur l’attitude de Pie XII pendant la Seconde Guerre mondiale et la rupture avec le passé provoquée par le concile Vatican II sous le règne de son successeur ont soudain démodé le prénom de Pie, associé non seulement avec l’idée d’un pape conservateur et passéiste, mais aussi avec toute la période de lutte entre l’Église et la sécularisation du monde moderne. Pie XII lui-même (qui ne croyait pas à la Prophétie de saint Malachie) disait qu’il serait probablement le dernier pape Pie[6]. Il n’est d’ailleurs pas innocent que le nom de Pie XIII a été repris de nos jours par un pseudo-pape sédévacantiste.
La basilique Saints-Jean-et-Paul de Venise est-elle à l’origine du nom des deux papes Jean-Paul ?

Les papes contemporains[modifier | modifier le code]

Son successeur, Jean XXIII choisit d’exhumer un nom qui n’avait plus été porté depuis des siècles, et n’hésita pas non plus à reprendre le nom et le numéro d’un antipape dont la légitimité a parfois été mise en doute. Il plaçait ainsi son pontificat sous le signe de saint Jean, le moins synoptique des évangélistes, ne se référant plus à un prédécesseur, mais directement à un saint des premiers temps de la chrétienté. Mais ce nom était aussi celui de son père, Giovanni, à qui il a voulu rendre hommage.

Son successeur se référa lui aussi à un apôtre en choisissant le nom de Paul VI, évoquant Paul de Tarse. Des commentateurs ont prétendu qu’il ne pouvait pas s’appeler Jean XXIV en continuation de l’œuvre de son prédécesseur parce que Jean était déjà son prénom de baptême...

Les papes suivants ont repris l’habitude de rendre hommage à leurs prédécesseurs récents : Jean-Paul Ier fait explicitement référence à ses deux prédécesseurs immédiats (Jean XXIII et Paul VI) mais on a pu y voir aussi un hommage à la ville de Venise dont il était évêque et où une basilique porte le nom de Saints-Jean-et-Paul (San Zanipolo). Son règne très bref ne permit que d’esquisser un style nouveau. Après sa mort subite et inattendue, on espérait un successeur semblable et le journal Le Monde titrait déjà le 10 octobre 1978 « À la recherche de Jean-Paul II ». Et de fait, le 16 octobre, le cardinal Wojtyła fut élu et c’est ce nom-là qu’il choisit, une rumeur voulant que les cardinaux le dissuadèrent de son choix initial de s'appeler Stanislas Ier, nom inédit à consonance trop étrangère[4].

Benoît XVI a lui-même déclaré que son nom est une double référence à saint Benoît de Nursie et au pape Benoît XV qui avait exhorté à la paix durant la Première Guerre mondiale.

Quant à François, les premiers commentaires font allusion à la double référence à saint François d'Assise et à saint François Xavier.

Numérotation des papes[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

Le sceau du pape Grégoire VII (10731085) porte son numéro.

Lorsque tous les papes portaient des noms différents, il n’y avait pas de problème de confusion dans les listes. En l’an 257, Sixte, qu’on appelle aujourd’hui Sixte II, était le premier pape à porter un nom déjà utilisé. Cela se reproduisit de plus en plus souvent, jusqu’en 913Landon fut le dernier pape à porter un nom inédit jusqu'à Jean-Paul Ier.

À partir de Pélage II (579590), pour distinguer deux papes du même nom ayant régné l’un peu après l’autre, on adjoignit le mot junior au second. Puis, lorsqu’il y eut trois papes du même nom, on ajouta secundus junior... Pour éviter les confusions occasionnées par ce système compliqué, on commença occasionnellement, dès Grégoire III (731741), à ajouter un numéro au nom du pape, mais cette coutume ne fut la règle sur les documents officiels qu’à partir du Xe siècle[4]. Cette coutume est donc à peu près contemporaine du changement systématique de nom des papes. À partir de Léon IX (10491054), le numéro apparaît aussi sur les bulles pontificales (sceaux) et sur l’Anneau du pêcheur.

Les papes ayant régné avant l’adoption de cette numérotation ont été numérotés a posteriori, par commodité. Les papes portant un nom jamais réutilisé depuis n’ont pas été numérotés puisque c’est inutile ; cependant, quand en 1978 Albino Luciani, devenu pape, a choisi de porter un prénom inédit, le premier depuis Landon (913914), il a porté le numéro Ier de son vivant[7], suivant en cela l’usage moderne des rois européens (voir par exemple Louis-Philippe Ier, Michel Ier ou Juan Carlos Ier) : il est devenu le pape Jean-Paul Ier avant même qu’il y ait eu un pape Jean-Paul II. François est ostensiblement revenu à l'usage ancien[8].

Les antipapes antérieurs à l’adoption de cette coutume n’ont généralement pas été numérotés a posteriori, exceptions faites de Félix II — qui, bien que n’étant pas considéré comme pape légitime, a longtemps été pris par erreur pour un saint et, à ce titre, est longtemps resté sur les listes — et des antipapes Boniface VII et Jean XVI, ce qui a provoqué des erreurs dans la numérotation des papes postérieurs portant les mêmes noms... à moins que leur numérotation a posteriori n’ait été faite que pour justifier ces erreurs.

Les antipapes postérieurs à l’adoption de la numérotation ont adopté en tout point cette coutume puisqu’ils se considéraient comme des papes légitimes. Mais n’étant pas reconnus par l’Église, leur nom et numéro ont été considérés comme toujours disponibles et, quand un pape légitime plus récent reprenait le même nom, il reprenait le numéro avec. Pendant le Grand Schisme d’Occident, par exemple, des antipapes appelés Clément VII, Benoît XIII, Jean XXIII, Clément VIII ont régné, ce qui n’a pas empêché plus tard les papes légitimes Clément VII, Clément VIII, Benoît XIII et Jean XXIII de porter à leur tour les mêmes noms et numéros.

Anomalies de numérotation[modifier | modifier le code]

Si l’on observe la liste des papes la plus admise, on constate quelques anomalies dans la numérotation de certains noms. La plupart sont dues à des antipapes un temps considérés comme légitimes, mais d’autres sont de simples erreurs.

L’antipape Jean XXIII (14101415)...
  • Boniface VII, Benoît X et Alexandre V :
    Comme nous venons de le voir, l’Église catholique romaine considère le règne des antipapes comme nul et non avenu et le numéro d’un antipape est en principe repris plus tard si un pape choisit le même nom de règne. Les noms et numéros de trois antipapes n’ont cependant pas été repris : Boniface VII, Benoît X et Alexandre V. Après eux, les papes légitimes portant les mêmes noms se sont appelés Boniface VIII, Benoît XI et Alexandre VI. La raison première est qu'à l'époque où ces papes durent choisir leur nom de règne, la validité du pontificat de leurs prédécesseurs n'était pas toujours clairement établie et les listes de papes légitimes différaient de celles que nous connaissons aujourd'hui.
  • Félix II :
    De la même façon, Félix II est aujourd’hui considéré comme antipape. Félix III et Félix IV ne portaient pas de numéro de leur vivant, l’habitude de numéroter les papes datant de bien après leur règne, et leur numéro leur a été attribué plus tard. Il est peut-être préférable d’appeler ces derniers papes légitimes respectivement Félix II et Félix III comme le font d'ailleurs certaines listes, mais le fait qu’il y a eu plus tard un antipape explicitement appelé Félix V incite, pour l'instant, à conserver les noms de Félix III et Félix IV ; ce qui n'interdit en rien à un hypothétique futur pape de choisir le nom de règne de Félix IV et de trancher définitivement la question.
  • Jean XVI et Jean XX :
    Le premier est le nom d’un antipape, mais il n’y a eu ni pape ni antipape du nom de Jean XX. Quand en 1276, Pedro Julião est devenu pape et a choisi le nom de Jean, ses prédécesseurs du même nom étaient déjà fort nombreux, et mal numérotés selon les différentes listes divergentes publiées à l’époque. Certaines comptaient pour valables des antipapes, dont celui qu’on appelle aujourd’hui Jean XVI, une autre comptait deux fois Jean XIV comme deux personnes distinctes. Et Pedro Julião devint, par erreur, Jean XXI au lieu de Jean XIX ou Jean XX.
  • Alexandre V et Jean XXIII :
    Alexandre V était un pape de Pise de 1409 à 1410 durant le Grand Schisme d’Occident. L’illégitimité des papes de Pise faisait encore débat en 1492, quand Rodrigue Borgia fut élu pape. Il choisit de s'appeler Alexandre VI.
    Si le nom de l’autre pape de Pise, Jean XXIII (Baldassarre Cossa, 1410–1415) a été repris par Jean XXIII (Angelo Giuseppe Roncalli, 1958–1963), c’est qu’après cinq siècles et demi la polémique a pu s’éteindre. Pourtant le choix de reprendre le numéro XXIII et d'invalider définitivement l'antipape fut loin de faire l'unanimité. Au moment de l'élection, la plupart des encyclopédies et dictionnaires mentionnait encore les antipapes Alexandre V et Jean XXIII comme des papes valides. Les journaux qui s'amusaient à énumérer les noms possibles du futur pape citaient plus volontiers Jean XXIV que Jean XXIII. Après l'élection, certains historiens de l'Église ont continué de dire que ce choix était une erreur.
  • Martin II et Martin III :
    Il n’y a eu ni papes, ni antipapes des noms de Martin II et Martin III. C’est en 1281, lorsque Simon de Brion devenu pape a choisi le nom de Martin que l’erreur a été commise : on a considéré à tort que le prénom Marin était le même que Martin et on a listé les papes Marin Ier et Marin II comme Martin II et Martin III respectivement. Simon de Brion est ainsi devenu Martin IV. L’erreur a plus tard été rectifiée pour les deux Marin, mais la mauvaise numérotation de Martin IV, et plus tard de Martin V, est restée.
  • Étienne IX ou Étienne X ?
    Étienne, prêtre élu pape en 752, est mort immédiatement après, avant d’avoir été ordonné évêque. Comme à cette époque le pape était avant tout évêque de Rome, c’était l'ordination et non l’élection qui marquait le début du pontificat. Cet Étienne a donc été dès l'origine exclu des listes. Ses sept premiers successeurs du même nom ne portaient pas de numéro de leur vivant, mais ont été considérés rétroactivement comme Étienne II jusqu’à Étienne VIII. Lorsqu’un nouvel Étienne a été élu en 1057, après l’adoption de la numérotation, il s’est naturellement appelé Étienne IX.
    À partir du XVIe siècle, on commença à considérer le pape-élu Étienne comme un pape légitime ; il a donc fallu l'appeler Étienne II et renuméroter les Étienne suivants d’Étienne III à Étienne X... bien que ce dernier s’appelât Étienne IX de son vivant. Mais à compter de l’édition de 1961 de l'Annuario pontificio qui sert de facto de liste officielle, cet Étienne II a une nouvelle fois été supprimé, et les Étienne suivants ont de nouveau été numérotés de II à IX. Dans les listes officieuses, on peut trouver les deux numérotations, un certain flou règne.
    Le même problème aurait pu se poser avec un autre pape éphémère, Célestin II, pour des raisons assez semblables, mais son exclusion de la liste n’a jamais fait débat (quitte à le qualifier abusivement d’antipape). La numérotation des papes étant déjà courante à son époque, le pape Célestin suivant s’appela tout naturellement lui aussi Célestin II. Quant à l’autre pape éphémère, Grégoire XI, son élection n’est peut-être qu’une légende et son numéro, bien sûr, a été repris par le pape Grégoire XI légitime.

Tableau synoptique des noms de papes utilisés[modifier | modifier le code]

De Pierre à François, la liste de l’Annuario pontificio compte 266 papes. Toutefois, elle compte trois fois Benoît IX qui a été élu pape une première fois à l’âge de 12 ou 20 ans selon les sources, puis a été détrôné, est redevenu pape, a vendu sa charge à Grégoire VI, est redevenu encore pape, a une nouvelle fois été chassé, puis a été excommunié et, selon une légende sans fondement historique, se serait fait moine pour expier ses fautes.

De même, la liste compte comme légitimes à la fois Léon VIII et Benoît V qui ont pourtant régné en même temps et étaient rivaux. Elle exclut en revanche les papes d’Avignon et les papes de Pise qui, durant le Grand Schisme d’Occident étaient rivaux des papes de Rome.

Liste actuelle[modifier | modifier le code]

En prenant en compte ces bizarreries, il y a 266 papes légitimes, dont les noms se répartissent de la façon suivante :

Jean Ier II III IV V VI VII VIII IX X XI XII XIII XIV XV XVII XVIII XIX XXI XXII XXIII
Grégoire Ier II III IV V VI VII VIII IX X XI XII XIII XIV XV XVI
Benoît Ier II III IV V VI VII VIII IX XI XII XIII XIV XV XVI
Clément Ier II III IV V VI VII VIII IX X XI XII XIII XIV
Innocent Ier II III IV V VI VII VIII IX X XI XII XIII
Léon Ier II III IV V VI VII VIII IX X XI XII XIII
Pie Ier II III IV V VI VII VIII IX X XI XII
Étienne Ier II III IV V VI VII VIII IX
Boniface Ier II III IV V VI VIII IX
Urbain Ier II III IV V VI VII VIII
Alexandre Ier II III IV VI VII VIII
Adrien Ier II III IV V VI
Paul Ier II III IV V VI
Célestin Ier II III IV V
Martin Ier IV V
Nicolas Ier II III IV V
Sixte (ou Xyste) Ier II III IV V
Félix Ier III IV
Serge Ier II III IV
Anastase Ier II III IV
Honorius Ier II III IV
Eugène Ier II III IV
Sylvestre Ier II III
Victor Ier II III
Lucius Ier II III
Calixte Ier II III
Jules Ier II III
Pélage Ier II
Adéodat (ou Dieudonné) Ier II
Théodore Ier II
Marin Ier II
Agapet Ier II
Damase Ier II
Pascal Ier II
Gélase Ier II
Marcel Ier II
Jean-Paul Ier II
Pierre
Lin
Anaclet (ou Clet)
Évariste
Télesphore
Hygin
Anicet
Sôter
Éleuthère
Zéphyrin
Pontien
Antère
Fabien
Corneille
Denys
Eutychien
Caïus (ou Gaïus)
Marcellin
Eusèbe
Miltiade
Marc
Libère
Sirice
Zosime
Hilaire
Simplice
Symmaque
Hormisdas
Silvère
Vigile
Sabinien
Séverin
Vitalien
Donus
Agathon
Conon
Sisinnius
Constantin
Zacharie
Valentin
Formose
Romain
Landon
François

Liste en 1500[modifier | modifier le code]

Liste en 1000[modifier | modifier le code]

Liste en l’an 500[modifier | modifier le code]

Choix des noms depuis le Xe siècle[modifier | modifier le code]

Chaque pape est théoriquement tout à fait libre de choisir n’importe quel nom de règne. Toutefois, depuis 913 et l'élection de Landon, les élus avait pris l'habitude de choisir les noms parmi ceux déjà utilisés par leurs prédécesseurs. Le premier pape élu à avoir rompu cette tradition en optant pour un nom inédit fut Jean-Paul Ier en 1978, il opta cependant pour un composé de deux noms précédemment employés (ce qui fut également une innovation en la matière). 35 ans plus tard, en 2013, François rompît également avec cette tradition en optant aussi pour un nom inédit.

Un pape qui décide de choisir un nom encore jamais porté n'est théoriquement désigné avec l’adjectif Ier que, pour éviter toute confusion, lorsque l'un de ses successeurs utilise le même nom que lui. Cette règle ne fut pas respectée lors de l'élection de Jean-Paul Ier, en effet le cardinal protodiacre le présenta à la foule sous le nom de Ioannes Paulus I (Ioannes Paulus Primi) et non sous celui Ioannes Paulus[7]. Ce ne fut pas le cas, par exemple, pour l'élection de François.

Depuis 996, seul deux papes élus ont choisi de conserver leur prénom de baptême : ainsi, Adriaan Florensz est devenu Adrien VI en 1522 et Marcello Cervini est devenu Marcel II en 1555[9].

Une rumeur prétend que le jour de son élection, Karol Wojtyła aurait voulu choisir le nom de Stanislas Ier en souvenir de Stanislas de Szczepanów, saint patron protecteur de son pays natal, la Pologne. Mais, les cardinaux l’en dissuadèrent car ce nom était inédit et étranger aux traditions du nom de règne. On ne sait si cette histoire est véridique ou une simple légende.

Noms portés depuis le XIVe siècle[modifier | modifier le code]

Depuis le XIVe siècle (période qui connut le grand schisme d'Occident), les 73 souverains pontifes qui se sont succédé depuis la mort de Boniface VIII en 1303 jusqu'à l'avènement de François (seul nom utilisé jusqu'ici une seule fois depuis plus de sept siècles) en 2013, ont seulement opté pour 21 noms différents, qui sont par ordre alphabétique :

Les noms porté jusqu'au XIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Noms utilisés plusieurs fois par ordre alphabétique:

Aux 37 noms cités précédemment qui furent utilisés au moins deux fois, plusieurs d'entre eux ont également été adopté par des antipapes ou des papes « autoproclamé »[11] y compris parmi les 43 autres noms utilisés une seule fois jusqu'au XIIIe siècle, comme :

  • Anaclet (avec Anaclet II[10] au XIIe siècle)
  • Constantin (avec Constantin II[10] au VIIIe siècle)
  • Lin (Linus II, pape « autoproclamé » de la mouvance sédévacantiste)
  • Pierre (Pierre II, plusieurs papes « autoproclamés » de la mouvance sédévacantiste[11])

À ces noms, on peut ajouter ceux portés chacun une seule fois par des antipapes : Albert, Christophe (ou Christophore), Dioscore, Eulalien, Hippolyte, Laurent, Novatien, Philippe, Thierry (ou Théodoric) et Ursin.
Les sédévacantistes, minorité catholique du courant traditionaliste, ont également utilisés : Emmanuel et Michael.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ou le sous-doyen lorsque le doyen est élu pape en 2005, ou le plus ancien cardinal, quand le doyen et le sous-doyen ne ​​sont plus autorisés à participer au conclave en raison de leur âge.
  2. Genèse 17,5, cf [1]
  3. Michel Dubost, Stanislas Lalanne, Théo, Fleurus,‎ 2011, p. 91
  4. a, b, c, d et e Delphine de Mallevoüe, « Pourquoi les papes changent-ils de nom ? », sur Le Figaro,‎ 13 février 2013
  5. Le prénom « Pie » sur nominis
  6. Jean Guitton, Un siècle, une vie, Paris 1988
  7. a et b Vidéo de l'élection de Jean-Paul Ier en 1978 sur You Tube
  8. « Ce sera pape François, tout court », sur liberation.fr,‎ 14 mars 2013 (consulté le 14 mars 2013)
  9. Pourquoi les papes changent-ils de nom ? - Article du Figaro du 13 février 2013.
  10. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s et t Ces noms ont déjà été portés dans le passé par des antipapes. Les noms et numéros ont été réutilisés par des papes légitimes, à l’exception de ceux de Félix II, Jean XVI, Boniface VII, Benoît X et Alexandre V dont on a discuté plus haut.
  11. a et b Ces dernier n’étant reconnus par aucun État et n’ayant qu’une audience insignifiante, ils ne peuvent pas même être considérés comme antipapes, juste comme chefs de sectes. Ils ne sont mentionnés ici, à titre d’information, que parce que l’on peut trouver assez facilement des sites internet les présentant comme d'authentiques chefs de l’Église catholique romaine…

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philippe Levillain (sous la direction de), Dictionnaire historique de la Papauté, Fayard, 2003, 1776 p. (ISBN 2-213-61857-7)
  • Jean-Anne Chalet, Le dernier pape, Pygmalion, 1977

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

  • « Papocryphes » (consulté le 18 mars 2006), archivé sur Wikiwix Un site sarcastique mais très documenté sur les noms des antipapes modernes, des papes imaginaires ou des papes d'œuvres de fiction.