La Légende dorée

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La Légende dorée
Image illustrative de l'article La Légende dorée
Saint Cyprien, sainte Justine et le Démon selon La Légende dorée

Auteur Jacques de Voragine
Genre Hagiographie
Version originale
Titre original Legenda aurea
Langue originale Latin
Version française

La Légende dorée (Legenda aurea en latin) est un ouvrage rédigé en latin entre 1261 et 1266 par Jacques de Voragine, dominicain et archevêque de Gênes, qui raconte la vie d'environ 150 saints ou groupes de saints, saintes et martyrs chrétiens, et, suivant les dates de l'année liturgique, certains événements de la vie du Christ et de la Vierge.

Pour le médiéviste Philippe Walter, une mythologie chrétienne s'est ainsi constituée, « construite sur les croyances païennes que le christianisme dut assimiler dans le but de les contrôler »[1].

Sources utilisées[modifier | modifier le code]

Jacques de Voragine a puisé dans tous les textes classiques de la littérature religieuse du Moyen Âge ; leur bibliographie occupe presque trente pages de l'édition critique. On peut signaler en particulier les évangiles apocryphes de Jacques, de Nicodème, le Speculum historiale de Vincent de Beauvais, les œuvres des Pères latins Grégoire de Tours, saint Augustin, saint Jérôme et les Vitæ Patrum, Jean Cassien et de Pères grecs déjà traduits en latin comme saint Jean Chrysostome. Il s'est efforcé de ne pas recourir aux légendes de saints locaux.

L'ouvrage[modifier | modifier le code]

Sainte Anne et les trois Marie (enluminure par Jean Fouquet du Livre d'heures d'Étienne Chevalier, inspirée par La Légende dorée.

Initialement intitulée Legenda sanctorum alias Lombardica hystoria, qui signifie littéralement « Ce qui doit être lu des saints ou histoire de la Lombardie », cette œuvre est rapidement appelée Legenda aurea car son contenu, d'une grande valeur, est dit aussi précieux que l'or. Outre les vies de saints, environ 40 % de La Légende dorée est consacrée aux explications des fêtes religieuses principales, qui renvoient à la vie du Christ.

Le livre est divisé en 5 parties et 178 chapitres, organisés à la fois selon l'ordre du calendrier liturgique (de l'Avent à la fin novembre) et des âges de la grâce ou du salut: temps de la rénovation (5 chapitres), le temps de la réconciliation et de la pérégrination (25 chapitres), le temps de la déviation (21 chapitres), le temps de la réconciliation (20 chapitres), le temps de la pérégrination[2] (107 chapitres).

L'abrégé d'histoire de l'Europe qu'il donne, commençant au VIe siècle avec l'arrivée des Lombards, lui vaut également le nom d'Historia lombardica[3] (Histoire lombarde).

Hauts en couleurs, ces récits avaient pour vocation d'exalter la foi. Le véritable sujet de La Légende dorée est le combat que mène Dieu contre les esprits du Mal, s'exprimant notamment dans le courage des martyrs qui démontre finalement l'impuissance des persécuteurs. La Légende dorée est ainsi conçue comme un instrument de travail destiné aux prédicateurs, servant à la préparation de sermons. Elle fournit ainsi une collection de modèles de vie exemplaires, utile pour émailler les prédications.

Diffusion[modifier | modifier le code]

Cet ouvrage connaît dès sa création, vers 1261-1266, un succès considérable. Le plus ancien manuscrit conservé, datant de 1282, se trouve aujourd'hui à la Bayerische Staatsbibliothek de Munich[4]. Très rapidement, La Légende dorée devient, avec la Bible et le psautier, une des œuvres les plus lues, les plus copiées mais peut-être aussi les plus augmentées: aux XIVe et XVe siècles, il n'est pas rare d'en trouver des copies contenant pas moins de 400 histoires. On estime qu'il en existe plus de 1 000 manuscrits, du plus simple au plus enluminé. L'invention de l'imprimerie accroît encore sa diffusion. La Légende dorée est notamment le premier ouvrage imprimé en langue française, en 1476, à Lyon[5].

Le culte des Trois Marie, par exemple, particulièrement développé en Bretagne sous l'influence de Pierre de Nantes qui fut successivement évêque de Léon, de Saint-Malo et de Rennes, provient de La Légende dorée.

Influence dans les arts plastiques[modifier | modifier le code]

La Légende dorée influence également de manière très significative l'art depuis le Moyen Âge, et permet « bien souvent d'expliquer à elle seule la plupart des bas-reliefs d'une cathédrale » (Émile Mâle). Des peintres comme Giotto, Simone Martini, Jan Van Eyck, Fra Angelico, Masaccio, Piero della Francesca, Antonello de Messine, Andrea Mantegna, Hans Memling, Gérard David et bien d'autres encore puisent largement - directement ou indirectement - dans cette œuvre, mettant en scène la vie des saints.

Elle a aussi inspiré la série de tapisserie des Scènes de la vie de la Vierge présentée dans la nef de la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Éditions imprimées latines[modifier | modifier le code]

  • Iacopo da Varazze, Legenda aurea. Édition critique (du texte latin) par Giovanni Paolo Maggioni, Firenze, Sismel - Ed. del Galluzzo, 1998 [accompagnée d'un CD-ROM avec version électronique].

Quelques traductions en langues vulgaires[modifier | modifier le code]

  • 1476 (français) : Jacques de Voragine, La Légende Dorée. Edition critique dans la révision de 1476 par Jean Batailler, d'après la traduction de Jean de Vignay (1333-1348), publiée par Brenda Dunn-Lardeau, Paris, Editions Champion, 1997.
  • 1483 (moyen anglais) : William Caxton, 1483, Edinburgh, reprint Temple Classics, 1900, en ligne sur le site de Paul Halsall, Internet History Sourcebooks Project, Fordham University [texte fortement interpolé, modifié et enrichi par rapport à la version originale de Jacques de Voragine].
  • 1902 (français) : La Légende dorée de Jacques de Voragine, J.-B. M. Roze, 3 vol., Paris, Édouard Rouveyre, 1902 [Texte intégral traduit en français et numérisé ; édition historiquement dépassée.] voir liens externes
  • 1911 (français) : Jacques de Voragine, La Légende Dorée, traduite du latin d'après les plus anciens manuscrits, avec une introduction, des notes et un index alphabétique par Teodor de Wyzeva, Paris, Librairie académique Perrin, 1911. [peu fidèle au latin].
  • 2000 (français) : Jacques de Voragine, La Légende dorée, édition en deux volumes chez Diane de Selliers. Paris, septembre 2000, 349 & 324 p. (ISBN 978-2-903656-47-8) très abondamment illustrée (près de 400 œuvres - fresques, polyptyques, retables, peintures sur bois - peintes essentiellement en Italie entre la parution du manuscrit vers 1260 et les premières versions imprimées vers 1470. Traduction du latin et introduction de Teodor Wyzewa.
  • 2004 (français) : Jacques de Voragine, La Légende dorée, édition sous la direction d'Alain Boureau, Paris, éd. Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », février 2004, 1664 p. (ISBN 2 07 011417 1) [accompagnée de notes historiques explicatives et illustrée de gravures sur bois ; traduction établie à partir de l'édition critique du texte latin].

Études[modifier | modifier le code]

  • Pierre Saintyves, En marge de la Légende dorée, Paris, Émile Nourry, 1931.
  • La Légende dorée de Jacques de Voragine illustrée par les peintres de la Renaissance italienne (400 peintures et fresques des XIVe et XVe siècles italiens), Paris, édition Diane de Selliers, 2000.
  • Barbara Fleith et Franco Morenzoni, De la sainteté à l'hagiographie. Genèse et usage de la "Légende dorée", Genève, éd. Droz, 2001.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Philippe Walter, Mythologie chrétienne. Fêtes, rites et mythes du Moyen Âge, éd. Imago, 2003, page 9
  2. « de l'octave de la Pentecôte jusqu'à l'Avent », texte explicatif p. 411, édition de La Pléiade.
  3. (fr) De la sainteté à l'hagiographie : genèse et usage de la Légende dorée Par Barbara Fleith, Franco Morenzoni, p. 75
  4. (fr) Iacopo da Varazze 1 042 manuscrits selon le recensement de B. Fleith (1991, p. 55-331) : n°16
  5. Musée de l'imprimerie de Lyon, 13 Rue de la Poulaillerie, 69002 Lyon, 04 78 37 65 98

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