Alléluia

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Chant grégorien
Image illustrative de l'article Alléluia
Plain-chant
Neumes
Modalité grégorienne
Répertoire grégorien
Introït - Kyrie - Gloria - Graduel - Alléluia - Trait - Séquence - Credo - Offertoire - Préface - Sanctus - Agnus Dei - Communion - Ite

Genres: Antienne - Hymne - Répons

Articles sur la musique sacrée

L'Alléluia est une pièce de musique liturgique, dans le propre de la messe catholique. Il est d'ordinaire chanté avant la lecture de l'Évangile. Le mot « Alleluia » ou « Hallelujah » (en hébreu : הַלְּלוּיָהּ / ', transcrit ἀλληλούϊα / allêloúïa en grec), signifie littéralement « Louer Yah » (du tétragramme YHWH)[1]. L'Alléluia est un chant responsorial du propre de la messe.

L'acclamation a eu de nombreux usages dans les liturgies primitives. Elle était particulièrement employée pendant le temps Pascal (entre Pâques et la Pentecôte), probablement à cause de l'association entre les psaumes alléluiatiques et le temps de Pâques. Pendant ce temps liturgique, l'acclamation est ajoutée à la fin de chaque antienne, et un Alléluia pascal remplace même le graduel qui prend normalement place entre les deux lectures bibliques.

En revanche, l'acclamation est omise pendant les temps de pénitence, essentiellement le carême. Dans ce cas, l'Alléluia est remplacé par un Trait. Mais plus généralement on remplace l'Alléluia par une acclamation à la Parole de Dieu (Évangile), comme : « Ta Parole, Seigneur, est Vérité et ta loi délivrance » ou encore : « Gloire à Toi Seigneur, Gloire à Toi », avant et après le verset d'introduction à l'Évangile.

Les Alléluias étaient fréquemment l'objet de tropes. On considère généralement que les séquences tirent leur origine de tropes ajoutant des textes syllabiques sur la mélodie des jubilus, la séquence étant alors nommée d'après le verset de l'Alléluia correspondant.

Alleluia Vigilia Nativitatis.png

Évolution dans la liturgie[modifier | modifier le code]

Alléluia dans le missel de Skara, vers 1150.

Selon Dom Robert Le Gall, le terme alléluia s'emploie dans les psaumes 23 fois[1] ; donc celui-ci est toujours chanté depuis longtemps.

Au regard de la tradition chrétienne, l'alléluia devint tout d'abord le chant particulier d'allégresse pendant la liturgie pascale[2].

Vers 530, saint Benoît de Nursie fixa et précisa dans quelles périodes l'alléluia doit être chanté, pour la liturgie des Heures. À cette époque-là, celui-ci était déjà récité jusqu'à la Pentecôte :

« Depuis le saint jour de Pâques jusqu'à la Pentecôte, on dira tous les jours alléluia, tant aux psaumes qu'aux répons. ......... Tous les dimanches en dehors du Carême, on dira avec alléluia les cantiques, les matines, prime, tierce, sexte et none. Les vêpres se diront toujours avec antiennes. Quant aux répons, ils ne se diront jamais avec alléluia, si ce n'est de Pâques à la Pentecôte. »

— Règle de saint Benoît, chapitre XV En quels temps il faut dire alléluia[3]

Alléluia dont l'articulation du jubilus était effectivement développée et précisée par les neumes sangalliens dans le cantatorium de Saint-Gall n° 359 (vers 922 - 925), le meilleur manuscrit du chant grégorien réservé aux solistes[4].

C'est finalement le pape saint Grégoire Ier qui fit exécuter l'alléluia après la Pentecôte :

« « Quelles coutumes suivons-nous ? », mon interlocuteur répondit : « Vous avez fait chanter l'alléluia en dehors de la Pentecôte. » »

— Lettre de saint Grégoire Ier destinée à l'évêque de Syracuse (598)[5]

Alléluia du répertoire grégorien[modifier | modifier le code]

Article connexe : Jubilus.

En chant grégorien, pour le propre de la messe, la pièce de l'alléluia se compose de la forme Aa - Ab - B - Aa - Ab :

  • Aa : l'alléluia proprement dit (ligne de la parole, d'abord[6]) ;
  • Ab : le jubilus, à savoir mélisme très orné de la dernière syllabe ia qui signifie le diminutif du nom de Yah (Yahvé)[1] (ligne de la musique ensuite[6]) ;
  • B : un verset[7].

Ces trois parties ont des mélodies propres, parfois construites à partir de mélodies types. C'est l'incipit du verset qui donne son nom à l'alléluia.

Parfois le compositeur préférait un nouveau jubilus plus développé après le verset, au lieu de la répétition :

  • Aa - Ab - B - Aa - AC

Celui-ci (AC) s'appelait la sequentia, sequela ou longissima melodia[8].

La seule répétition du jubilus est également admise. Mais cette manière est de moins en moins fréquente[pf 1]

  • Aa - Ab - B - Ab

De plus, il existe historiquement des manuscrits sans verset, car le jubilus est toujours principal, ainsi qu'au moins un manuscrit contenant quelques alléluias avec deux versets[pf 2] :

Le verset aussi possède sa propre structure. En général[pf 3],

  • A1 - B - A2 - C ou
  • A - B1 - B2 - C

Le style musical de l'alléluia est généralement neumatique, avec des passages mélismatiques. En revanche, son ambitus était parfois réduit tardivement : l'alléluia de la veille de Noël, par exemple, se limite à une quinte (mais c'est un cas extrême et un peu atypique). Au regard des manuscrits les plus anciens et les plus corrects, le jubilus était toutefois effectivement respecté et développé d'après le contexte théologique. En raison de ce jubilus, mélisme amplifié, à l'exception de l'Édition médicéenne qui le supprima, l'alléluia était réservé aux chantres, à savoir solistes qui étaient capables de le chanter.

D'ailleurs le jubilus possède une signification liturgique. La louange contenue dans l'Alléluia n'est pas humaine, c'est la louange céleste qui exprime la joie éternelle et divine. Cette joie est inexprimable, et pour la libérer de l'imperfection des mots, elle est représentée par un long mélisme sans paroles. Saint Augustin commente : « celui qui jubile ne peut s'exprimer par des mots ».

Aussi le terme jubilus s'emploie-t-il singulièrement pour l'alléluia.

Interprétation de l'Alléluia classique[modifier | modifier le code]

Mélodie-type d'Alléluia du deuxième mode, avec verset « Vidimus Stellam » (Épiphanie).

Si l'on doit dire l'alléluia avec un verset :

  • le premier alléluia est chanté (par un ou deux chantres) jusqu'à l'astérisque ;
  • le chœur répète ensuite l'alléluia (sauf s'il s'agit du deuxième alléluia au temps pascal, pour lequel on ne fait pas la reprise) ;
  • le chœur ajoute ensuite le jubilus sur le a final pour la louange ;
  • les chantres exécutent alors le début du verset, jusqu'à l'astérisque, et le chœur termine le verset à partir de l'astérisque (en pratique, l'alternance du verset à l'astérisque n'est pas respectée).

Le verset achevé (et s'il ne s'agit pas du premier alléluia pascal), les chantres reprennent l'alléluia depuis le début, et le chœur ajoute seulement le jubilus, mais sans faire de reprise.

Aux temps ordinaires, on chante donc trois fois l'alléluia, deux fois avant le verset, et une fois après. Au temps pascal, il y a au graduel un premier alléluia pascal, suivi d'un deuxième alléluia, et chaque alléluia est interprété deux fois, ce qui fait quatre en tout. Pour le premier alléluia, on chante l'alléluia avec reprise avant le verset, mais on ne reprend pas l'alléluia après le verset. Pour le deuxième alléluia, on chante l'alléluia sans reprise avant le verset, et on le reprend l'alléluia après le verset.


Alleluia pascal pour les vêpres du Samedi.

Alléluia de l'office[modifier | modifier le code]

Les Alléluias classiques du répertoire grégorien de la Messe ne sont plus guère interprétés dans les liturgies modernes. Ils sont le plus souvent remplacés par des Alléluia d'office, antiennes dont la forme est caractéristique : trois alléluias dans un style syllabique. Dans l'ordinaire de l'office grégorien, il y a deux Alléluia de ce type pour chaque jour de la semaine, un pour l'office de Laudes et l'autre pour les Vêpres.

L'alléluia simple retenu pour la Messe par le « Jubilate Deo » est probablement ainsi devenu la pièce la plus chantée du répertoire grégorien.

Alléluia dans la liturgie de la Messe[modifier | modifier le code]

Alleluia simple pour la Messe - D'après le « Jubilate Deo ».

L'Alléluia est normalement un chant. Si l'on ne chante pas l'Alléluia ou le verset avant l'Évangile, on peut en omettre la lecture. Le verset est une partie de ce chant, que l'on devrait au moins psalmodier. On peut choisir son texte dans les choix proposés.

L'assemblée se lève. Le chantre entonne les trois alléluias, qui sont repris une première fois par la foule. Il chante ensuite seul le verset avant l'Évangile. Le ton du verset n'est pas nécessairement le ton psalmodique classique, car le texte est généralement traduit dans ce cas en langue vernaculaire. Puis, la foule reprend toute l'antienne en conclusion.

Alléluia dans les musiques actuelles (la chanson actuelle)[modifier | modifier le code]

Plusieurs musiciens et groupes de musiciens ont interprété des chansons intitulées Hallelujah, comme l'artiste new-yorkais Jeff Buckley reprenant un morceau écrit par Leonard Cohen, le groupe allemand de metal industriel Rammstein, la chanteuse russe Olga Arefieva, ou même le groupe pop-rock Paramore dans son album Riot! On dénote aussi la formation Magma qui fait usage du mot Alléluia dans plusieurs morceaux, notamment dans la troisième partie de K.A. (2004).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références bibliographiques[modifier | modifier le code]

  1. p.  184
  2. p.  179 - 181
  3. p.  186 - 188

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c http://www.liturgiecatholique.fr/Alleluia.html Dom Robert Le Gall, Dictionnaire de liturgie, 3e édition, p. 22, C.L.D., Chambray 1997
  2. http://www.cnrtl.fr/definition/alleluia
  3. Traduction par Dom Prosper Guéranger, p. 42 - 43, Abbaye Saint-Pierre de Solesmes, réimpression 2007
  4. http://www.e-codices.unifr.ch/fr/list/one/csg/0359
  5. [PDF]http://palmus.free.fr/session_2004.pdf Dom Daniel Saulnier, Session de chant grégorien II (2004), p. 62
  6. a et b Dom Daniel Saulnier (abbaye Saint-Pierre de Solesmes), Un nouvel antiphonaire monastique dans les Études grégoriennes, tome XXXIII, p. 177, Abbaye Saint-Pierre de Solesmes, 2005
  7. http://www.liturgiecatholique.fr/Verset.html
  8. Dom Daniel Saulnier, Le chant grégorien, p. 85, Abbaye Saint-Pierre de Solesmes, 2003