Congrégation de Saint-Maur

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La congrégation de Saint-Maur, souvent connue sous le nom de Mauristes, était une congrégation de moines bénédictins français, créée en 1621, et connue pour le haut niveau de son érudition. La congrégation et ses membres tirent leur nom de saint Maur (décédé en 565), disciple de saint Benoît auquel on attribue l'introduction en Gaule de la règle et de la vie bénédictines.

Elle a été supprimée en 1790 par l'Assemblée constituante.

Histoire[modifier | modifier le code]

À la fin du XVIe siècle, les monastères bénédictins de France étaient tombés dans la désorganisation et le laxisme. Dans l'abbaye Saint-Vanne de Verdun (Meuse), une réforme fut initiée par dom Didier de La Cour, et elle s'étendit à d'autres maisons en Lorraine ; 1604 vit l'établissement de la congrégation réformée de Saint-Vanne, dont les membres les plus distingués furent Ceillier et Calmet. À partir de septembre 1610 (autorisation royale), un certain nombre de maisons françaises rejoignirent la nouvelle congrégation, mais comme la Lorraine était alors encore indépendante de la couronne de France, on jugea souhaitable de créer sur le même modèle une autre congrégation pour la France. En août 1618, le roi Louis XIII signa les lettres patentes autorisant l'érection d'une nouvelle congrégation bénédictine placée sous le patronage de saint Maur, premier disciple de saint Benoît et, selon la tradition, introducteur de sa règle en Gaule. En novembre 1618 eut lieu à Paris, dans le monastère des Blancs-Manteaux, le chapitre de fondation, qui élut dom Martin Tesnières comme « président ». Le 17 mai 1621, le pape Grégoire XV promulgua la bulle d'érection de la nouvelle congrégation, appelée officiellement Congregatio sancti Mauri Gallicana Parisiensis.

La plupart des monastères bénédictins de France, à l'exception de ceux qui appartenaient à Cluny, rejoignirent peu à peu la nouvelle congrégation, qui atteindra son apogée dans les années 1690-1700 avec 190 monastères répartis en 6 provinces (France, Normandie, Bretagne, Gascogne, Chezal-Benoît et Bourgogne). La maison mère était à Saint-Germain-des-Prés, à Paris, c'était la résidence du Supérieur général et le centre de l'activité littéraire de la congrégation. Le Chapitre général (réuni tous les trois ans) désignait l'ensemble des prieurs locaux (pour au maximum deux mandats triennaux successifs dans le même monastère), les six visiteurs provinciaux, le Supérieur général et ses deux assistants. Chaque province avait son noviciat et ses maisons d'études.

Au départ, l'idée principale n'était pas d'entreprendre des travaux littéraires et historiques, mais de revenir à un régime monastique strict et à l'accomplissement fidèle de la vie bénédictine ; et tout au long de la période la plus glorieuse de l'histoire des Mauristes on n'autorisa pas le travail d'érudition à gêner l'exécution obligatoire de l'office du chœur et les autres devoirs de la vie monastique. Vers la fin du XVIIIe siècle une tendance s'insinua quelquefois à desserrer l'observance monastique en faveur de l'étude, mais les constitutions de 1770 montrent qu'un régime monastique strict fut maintenu jusqu'au bout.

L'histoire des Mauristes et leurs travaux furent traversés par les controverses ecclésiastiques qui déchirèrent l'Église de France au cours des XVIIe et XVIIIe siècles. Certains de ses membres s'identifièrent à la cause janséniste, mais la plupart, y compris presque tous les plus grands noms, suivirent une voie moyenne, s'opposant à la théologie morale relâchée, condamnée en 1679 par le pape Innocent XI, et adhérant à des opinions bien fermes sur la grâce et la prédestination associées aux écoles augustinienne et thomiste de la théologie catholique romaine ; en même temps, comme toutes les écoles et les facultés de théologie sur le sol français, ils étaient tenus d'enseigner les quatre articles gallicans.

Vers la fin du XVIIIe siècle, rationalisme et libre-pensée semblent avoir envahi quelques-unes des maisons. La congrégation fut supprimée en 1790 et les moines dispersés lors de la Révolution, le dernier supérieur général (dom Ambroise Chevreux) avec quarante de ses moines mourant à Paris sur l'échafaud.

Chapitres généraux[modifier | modifier le code]

(liste non exhaustive)

Travaux[modifier | modifier le code]

Leur école historique et critique a produit un certain nombre d'ouvrages d'érudition dont la valeur est permanente. Les fondements de cette école ont été posés par Dom Tarisse, le premier supérieur général, qui en 1632 a donné pour instructions aux supérieurs des monastères d'entraîner les jeunes moines à des habitudes de recherche et de travail organisé. Les pionniers dans cette production ont été Ménard et Luc d'Achery.

La bibliographie mauriste contient au total les noms de quelque 220 auteurs et plus de 700 œuvres. Les œuvres mineures couvrent dans une large mesure les mêmes domaines que ceux qui figurent dans la liste, mais on est frappé de voir le nombre d'œuvres de caractère purement religieux, de piété, de dévotion et d'édification. Ce qui a été produit n'est qu'une partie de ce qui avait été envisagé et préparé.

La Révolution française a mis fin brutalement à de nombreuses entreprises, et les matériaux qui en restent constituent des centaines de volumes de manuscrits de la Bibliothèque nationale de France et d'autres bibliothèques en France. On trouve à Paris 31 volumes de matériaux dus à Berthereau, à l'usage des historiens des croisades, pas un seul n'est en latin ni en grec, mais dans les langues orientales; c'est de là qu'a été tiré en grande partie le Recueil des historiens des croisades dont 15 volumes in-folio ont été publiés par l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Il existe aussi les matériaux préliminaires pour une édition de Rufin et une d'Eusèbe de Césarée, et pour la continuation des Lettres pontificales et des Concilia Galliae. Dom Cafflaux et Dom Villevielle ont laissé 236 volumes de matériaux pour un Trésor généalogique. Ajoutons les Antiquités bénédictines (37 vol.), un Monasticon Gallicanum et un Monasticon Benedictinum (54 vol.) Parmi les histoires des provinces de France c'est à peine si une demi-douzaine a été imprimée, mais tous étaient disponibles, et ce qui avait été collecté pour le reste remplirait 800 volumes de manuscrits. Les matériaux pour une géographie de la Gaule et de la France en 50 volumes ont disparu dans un incendie au cours de la Révolution.

Il s'agit d'une production prodigieuse, si l'on songe qu'elle venait d'une seule société. Les qualités qui ont rendu proverbial le travail des mauristes pour l'érudition sont leur sens critique de tact et leur rigueur.

La congrégation compta parmi ses membres Dom Mabillon, Dom Brial, Dom Liron, Dom Morice, Sainte-Marthe, Maur Dantine, Luc d'Achery, Ambroise Janvier, Dom Wartel, Dom Deschamps, Dom Thierry Ruinart et une foule d'autres savants.

Elle a exécuté les travaux les plus précieux pour l'histoire ecclésiastique et civile, entre autres :

Influence et expansion en France[modifier | modifier le code]

Ile-de-France[modifier | modifier le code]

Aquitaine[modifier | modifier le code]

Bretagne[modifier | modifier le code]

Centre[modifier | modifier le code]

Champagne-Ardenne[modifier | modifier le code]

Languedoc-Roussillon[modifier | modifier le code]

Limousin[modifier | modifier le code]

Midi-Pyrénées[modifier | modifier le code]

Basse-Normandie[modifier | modifier le code]

Haute-Normandie[modifier | modifier le code]

Nord-Pas-de-Calais[modifier | modifier le code]

Pays de la Loire[modifier | modifier le code]

Picardie[modifier | modifier le code]

Poitou-Charentes[modifier | modifier le code]

Provence-Alpes-Côte d'Azur[modifier | modifier le code]

Rhône-Alpes[modifier | modifier le code]

Personnalités[modifier | modifier le code]

Supérieurs généraux[modifier | modifier le code]

  • Dom Martin Tesnière (1618-1621), « président » ;
  • Dom Colomban Regnier (1621-1624), « président » ;
  • Dom Martin Tesnière (1624-1627) ;
  • Dom Maur Dupont (1627-1630) ;
  • Dom Grégoire Tarrisse (1630-1648), 1er « supérieur général » ;
  • Dom Jean Harel (1648-1660) ;
  • Dom Bernard Audebert (1660-1672) ;
  • Dom Vincent Marsolle (1672-1681) ;
  • Dom Benoît Brachet (1681-1687) ;
  • Dom Évroult-Claude Boitard (1687-1699) ;
  • Dom Simon Bougis (1699-1711) ;
  • Dom Arnoulf de Loo (1711-1714) ;
  • Dom Charles Petey de L'Hostallerie (1714-1720) ;
  • Dom Denis de Sainte-Marthe (1720-1725) ;
  • Dom Pierre Thibaut (1725-1729) ;
  • Dom Jean-Baptiste Alaidon (1729-1733) ;
  • Dom Hervé Menard (1733-1736) ;
  • Dom Claude Dupré (1736-1737) ;
  • Dom René Lanneau (1737-1753) ;
  • Dom Jacques Nicolas Maumousseau (1754-1756) ;
  • Dom Marie-Joseph Delrue (1756-1766) ;
  • Dom Pierre-François Boudier (1766-1772) ;
  • Dom René Gillot (1772-1778) ;
  • Dom Charles Lacroix (1778-1781) ;
  • Dom Chartié-Mousso (1781-1783) ;
  • Dom Ambroise Chevreux (1783-1792).

Personnalités marquantes[modifier | modifier le code]

Par ordre chronologique de la date de décès (à compléter)
Prénom Nom Année
de
naissance
Année
de
décès
Description
Dom Nicolas-Hugues Ménard 1685 1644
Dom Anselme Le Michel 1601 1644 Pilier de la première érudition mauriste, mais religieux problématique.
Dom Grégoire Tarrisse 1648 Premier « supérieur général » de la congrégation.
Dom Philbert Oudin 1650 Socius de Dom Anselme Le Michel ; "deposuit habitum" en 1650.
Dom Germain (Claude) Espiard 1600 16??
Dom Ambroise Janvier 1613 1682
Dom Luc d' Achery 1609 1685
Dom Jacques Du Frische 1640 1693
Frère Louis Bulteau 1625 1693
Dom Claude Bretagne 1625 1694
Dom Claude Martin 1619 (2 avril) 1696 Né à Tours, fils de la bienheureuse Marie de l'Incarnation.
Dom Robert Wiart (Wyart, Wuyard, Guiard ou Huyard) 1638 (17 avril) 1714 (23 mai) Né à Étaples (Pas-de-Calais), fils de Jean Wyart, mayeur de la ville, et mort à Saint-Valery (Somme) ; écrivit l'histoire de plusieurs abbayes.
Dom Claude Estiennot de la Serrée 1639 1699
Dom Eustache Estiennot de la Serrée 1643 (vers) 1700 (après) Frère de Claude Estiennot de la Serrée, procureur de l'abbaye Saint-Bénigne à Dijon.
Dom Paul Briois 1666 1700 Socius de Dom Bernard de Montfaucon
Dom Noël Mars 1612 1702 Né à Orléans, historien.
Dom Jean Mabillon 1632 1707
Dom Thierry Ruinart 1657 1709
Dom Simon Bougis 1630 1714 Abbé et supérieur général de la Congrégation.
Dom Robert Guérard 1641 1715
Dom Michel Félibien 1666 1719
Dom Pierre Coustant 1654 1721
Dom Denis de Sainte-Marthe 1650 1725 Père abbé.
Dom Jean-Maur Audren de Kerdrel 1651 1725
Dom Guy Alexis Lobineau 1626 1727
Dom Nicolas Alexandre 1654 1728 Médecin.
Dom François Louvard 1661 1729
Dom Claude DeVic 1670 1734
Dom Edmond Martène 1654 1739
Dom Charles de La Rue 1684 1740
Dom Bernard de Montfaucon 1655 1741
Dom Jacques Étienne Duval 1705 1742
Dom Maur Dantine 1688 1746
Dom Jean Liron 1665 1748
Dom Jean-Philippe Le Cerf de La Viéville 1677 1748
Dom Pierre-Hyacinthe Morice de Beaubois 1693 1750
Dom Jacques Martin 1684 1751
Dom Joseph Vaissète 1685 1756
Dom Vincent de La Rue 1707 1762
Dom Pierre Carpentier 1697 1767
Dom Ursin Durand 1682 1771
Dom Léger Marie Deschamps 1716 1774
Dom René Prosper Tassin 1697 1777
Dom Charles Clémencet 1703 1778 Professeur de rhétorique puis historien.
Dom François Bédos de Celles 1709 1779 Facteur d'orgues et gnomoniste.
Dom Ambroise Chevreux 1728 1792 Dernier supérieur de la Congrégation, béatifié.
Dom Louis Barreau de La Touche 1792 Béatifié.
Dom Jacques-Louis Le Noir 1720 1792
Dom George François Berthereau 1732 1794
Dom Jean-Pierre Deforis 1732 1794
Dom Antoine-Joseph Pernety 176? 1796
Dom Michel Jean Joseph Brial 1743 1828
Dom Charles-Joseph de Bévy 1738 1830 Père abbé.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dom Tassin, « Histoire littéraire de la Congrégation de Saint-Maur », 1884.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]