Poésie philosophique

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Héraclite, huile sur toile d'Hendrick ter Brugghen, 1628, Rijksmuseum (Amsterdam)

La poésie philosophique est un genre littéraire combinant poésie et philosophie. Les poèmes à contenu philosophique réconcilient deux types de productions littéraires souvent opposés sous l'angle de la rationalité. La poésie d'une part, produit fréquemment un discours irrationnel proche du mythe (du grec μῦθος (mȳthos) « récit, fable ») : elle vise surtout l'esthétique. Le terme « poésie » et ses dérivés viennent également du grec ancien ποίησις (poïèsis), dérivé de ποιεῖν (poïein) qui signifie « faire, créer » : le poète est donc un créateur, un inventeur de formes expressives. La philosophie d'autre part, produit un discours rationnel par l'intermédiaire du logos (du grec λόγος (logos), la parole). Le mot philosophie (littéralement : « l'amour de la sagesse ») désigne une activité et une discipline existant depuis l'Antiquité. Différents buts peuvent lui être attribués, de la recherche de la vérité, et de la méditation sur le bien et le beau, à celle du sens de la vie, et du bonheur, mais elle consiste plus largement dans l'exercice systématique de la pensée et de la réflexion. Ancrée dès ses origines dans le dialogue et le débat d'idées, la philosophie peut également se concevoir comme une activité d'analyse, de définition, de création ou de méditation sur des concepts.

Poésie et philosophie ont toujours entretenu des liens privilégiés. Les poètes et philosophes depuis Héraclite ont révélé, tant par leur interrogation à propos des êtres et de leur rapport au monde que par leur style souvent lapidaire et contradictoire, qu'il existe des ponts entre eux. Ils montrent donc par leurs travaux que poésie et philosophie sont complémentaires et inséparables. La poésie philosophique est ainsi le produit des deux : l'une, du côté du muthos, et l'autre, du côté du logos ; la poésie philosophique, « parole errante dans l'entre-deux », est entre ces pôles.

Démocrite riant, huile sur toile d'Hendrick ter Brugghen, 1628.

La poésie philosophique peut faire l'objet d'un aperçu chronologique prenant en considération à la fois les aires d'influences culturelles et les principaux courants philosophiques ayant marqué les différentes périodes de l'histoire humaine.

Origines[modifier | modifier le code]

Le philosophe par Rembrandt.

Les origines de la poésie philosophique remontent à ceux que l’on nomme les présocratiques[1], penseurs qui dans la Grèce antique, ont participé aux origines de la philosophie et ont vécu du milieu du VIIe jusqu'au IVe siècle av. J.-C., c'est-à-dire pour la plupart avant Socrate. Parménide, Héraclite, Empédocle et Démocrite sont les plus représentatifs de ce courant où poésie et philosophie sont indissociables.

D'une part, vinrent d’autres penseurs, surtout Lucrèce avec De rerum natura où il nous montre que la « poésie est le lien, ou la médiation, entre religion et philosophie »[2]. Ils choisissent le vers homérique, la scansion d'Hésiode ainsi du noble Horace dans les Odes[3], ou le fragment, mais aussi l’aphorisme ou la pointe[4], toute forme brève, lapidaire, pour exprimer leurs pensées.

Tombe de Confucius, fondateur du Confucianisme.

D'autre part, sur le continent asiatique, est publiée l'œuvre du philosophe chinois Confucius (551-479 av. J.-C.), Les Annales des printemps et automnes. « On trouve dans l'histoire chinoise une époque appelée Tch'ouen Ts'io (c'est-à-dire Printemps et Automnes), qui va de 722 à 481 av. J.-C.. Confucius, né à Lu et ministre du prince régnant en 497? écrivit en 481 cette œuvre, où il se propose de montrer la nécessité d'un gouvernement central puissant. Cet ouvrage est considéré comme l'un des Cinq Classiques chinois. Comme tous les livres de Confucius, le Tch'ouen ts'ieou est considéré comme un livre canonique. [...] Le style de l'œuvre est fort concis, de sorte qu'il serait difficile de comprendre sans le secours de commentaires et d'explications. [...] Sous chaque date, les notations sont très brèves, mais le Commentaire de Tsouo [Tsouo-tchouan] fournit une histoire beaucoup plus détaillée non seulement du royaume de Lou mais aussi des autres royaumes à la même époque avec, à la manière de Thucydide, une reconstitution des discours tenus par les hommes politiques[5]. » Ainsi naquit le confucianisme, Rújiā (儒家) « école des lettrés » puis Rúxué (儒学) « enseignement des lettrés » Rúxué, est l'une des plus grandes écoles philosophiques, morales, politiques et dans une moindre mesure religieuses de Chine. Elle s'est développée pendant plus de deux millénaires à partir de l'œuvre attribuée au philosophe Kongfuzi, « Maître Kong » 孔夫子 (551-479 av. J.-C.), connu en Occident sous le nom latinisé de Confucius. Après avoir été confrontée aux écoles de pensée concurrentes pendant la Période des Royaumes combattants et violemment combattue sous le règne de Qin Shi Huang, fondateur du premier empire, elle fut imposée par l'empereur Han Wudi (-156 ~-87) en tant que doctrine d'État et l'est restée jusqu'à la fondation de la République de Chine (1911). Elle a aussi pénétré au Viêt Nam, en Corée et au Japon où elle a été adaptée aux circonstances locales[6].

En Mésopotamie, en Arménie et en Perse, entre IXe et XIVe siècles[modifier | modifier le code]

En Mésopotamie, Mansur al-Hallaj, au IXe et Xe siècles à Bagdad, est un mystique persan du soufisme. Il est un des piliers de la tradition persane du soufisme. Sa méditation spirituelle est à l’origine de la poésie philosophique persane[7].Al Mutanabbi, quant à lui, est né en 915, et il est mort en 965. Poète arabe, ses poèmes tournent autour des louanges des rois, des descriptions de batailles, de la satire, de la sagesse et de sa philosophie de la vie que beaucoup d'hommes partagent avec lui. Quant à Abu-l-Ala al-Maari, il écrit sa « longue méditation sur la vie, la mort, les religions, les sectes et la folie des hommes »[8], son Épître du Pardon, ouvrage en vers et en prose où il « engage ainsi un dialogue des morts, tantôt sérieux et tantôt bouffon, où les discussions philologiques occupent une part importante[9]. »

En Arménie, Grégoire de Narek, poète, philosophe et grand mystique, publie vers la fin de sa vie, en langue arménienne classique un long poème intitulé Livre des Lamentations, chef-d'œuvre de la poésie arménienne médiévale[10].

En Perse, la poésie philosophique initiée au XIe siècle par Omar Khayyām[11] devient religieuse chez les Persans, surtout avec Farid Al-Din Attar au XIIe siècle et son « Langage (ou Cantique) des Oiseaux »[12]. Le poète soufi Djalâl ad-Dîn Rûmî[13] et son meilleur ami, Shams ed Dîn Tabrîzî[14] prolongeront cet enseignement du soufisme par des distiques, jusqu’à Hafez de Chiraz, poète, philosophe et mystique persan[15].

En Italie, aux XIIIe et XIVe siècles[modifier | modifier le code]

Portrait de Dante par Sandro Botticelli.

Dante Alighieri, poète et philosophe, avec la Divine Comédie[16] fait le récit d’un véritable voyage initiatique. Au cours de son périple, Dante va rencontrer une centaine de personnalités, depuis les grandes figures mythiques de l'antiquité comme les philosophes, jusqu'aux personnalités locales contemporaines de Dante. La Comedia tient à la fois du parcours personnel et l'action se situe dans un univers métaphysique, du manuel théologique chrétien par sa description de l'au-delà, qui a valeur éthique et morale. C’est une longue et fondamentale réflexion sur la recherche d’une voie du salut spirituel, ici le salut éternel qui passe par la perte de Beatrice Portinari. Étienne Gilson écrit dans son livre Dante et la philosophie : « Dante dit s'être consolé par la philosophie d'avoir perdu Béatrice[17]. » Selon la traductrice de Dante, Jacqueline Risset, « la Donna gentile, (qui) sera l'allégorie de la philosophie ; elle fait partie du "système légendaire" de Dante — système qui dérobe en même temps qu'il montre[18]. »

Moins d'un siècle plus tard, apparaît Pétrarque avec le Canzoniere, recueil de 366 poèmes composés en italien par l'écrivain consacrés à son amour intemporel : Laure, que Pétrarque aurait aperçue le 6 avril 1327, dans l'église Sainte-Claire à Avignon. « Ce qui intéresse Pétrarque, c'est la capacité de la femme à se faire harmonieux spectacle de la beauté physique et spirituelle venant s'inscrire dans le cadre de la nature avec ses harmonies d'eaux, de frondaisons, de fleurs, comme dans une belle toile de la Renaissance. Il importe peu que cela soit une évocation de la réalité filtrée par l'imagination plutôt que la réalité elle-même. Alors, parler du sentiment d'un poète qui représente ainsi sa dame, comme de l'amour au sens propre du mot, est pour le moins hors de propos. Mieux vaut parler de contemplation amoureuse. […] L'essence de l'art de Pétrarque réside dans la faculté de savoir réduire tout sentiment chanté qu'il soit doux triste ou douloureux, à une expression harmonieuse, et de le parer des fleurs de l'humanisme sans que se fasse jour la moindre dissonance. […] D'où l'extrême délicatesse avec laquelle il sait renfermer dans un vers, parfait sans être plastique, certains états d'âme, certaines impressions de paysages. Perfection dans la délicatesse, surtout si elle se voile de mélancolie, telle est la caractéristique formelle de Pétrarque. Alliée à une continuelle introspection, qui n'appartient pas seulement au Canzoniere, mais qui s'y fait plus variée et plus nuancée, elle explique la fortune de Pétrarque, son influence sur la poésie européenne[19]. »

En France et en Espagne au XVe siècle[modifier | modifier le code]

Christine de Pizan écrivant dans sa chambre (1407).

Quatre poètes semblent avoir marqué, en Europe, ce siècle de leur poésie philosophique : Christine de Pisan (13631431), Charles d'Orléans (1394-1465), Jorge Manrique (1440)?-(1479), et surtout, François Villon (1431-1463?).

« Petite-fille de l'astrologue de Charles V (ce Pisani avait quitté exprès son Italie natale), Christine de Pisan est tôt accablée par le malheur : à vingt-cinq ans et avec la charge de trois enfants, Charles V, le protecteur de sa famille, étant mort, de même que son père et le mari qu'elle adorait, Christine se retrouve en butte aux injustices et à la pauvreté. Pourtant, par la fermeté de son caractère, et dans des temps fort troublés (la guerre de Cent Ans bat son plein), elle réussira ce qu'aucune femme, jamais, n'aura fait avant elle : vivre de sa production poétique. Extraordinairement cultivée, Christine de Pisan est un bourreau de travail et possède un talent poétique inné. Capable de jouer sur tous les tons, tous les registres et tous les styles, ingénieuse à la rime, sentant instinctivement le rythme, inventive et capable d'imaginer à la commande cent ballades[20] sur des débats d'amants et d'amantes qu'elle ne connaît pas - mais toujours inspirée sur le fond par la perte irréparable de son propre amour et la douleur continue qu'elle en éprouva toute sa vie - Christine de Pisan passe des rires affectés aux larmes les plus sincères, des plaintes les plus intimes aux souffrances éprouvées par le Royaume de France, avec un mélange de facilité et de force qui en fait le témoin de ces temps raffinés où, pourtant, l'angoisse, la peur et jusqu'à la terreur de l'histoire et du destin règnent en maîtres[21]. »

Charles d'Orléans reçoit l'hommage d'un vassal.
Lettrine ornée, XVe siècle,
Paris, Archives nationales.

Toute l'œuvre de Charles d'Orléans « tourne autour des quelques thèmes privilégiés et récurrents que sont l'amour, le sentiment de la nature, la souffrance de l'exil - que ce soit l'exil réel qu'il a vécu ou cet exil plus subtil où l'on se perd dans la mélancolie. Auteur de ballades, de chansons, de rondeaux, il cisèle chacune de ses œuvres jusqu'à lui donner une apparente "évidence poétique" qui repose de fait sur un travail très rigoureux des rythmes et de la musicalité des mots. Ce serait déjà, presque, de l'art pour l'art, si n'étaient sans cesse naissantes sous sa plume une émotion contenue, une ironie dont il se sert comme d'une politesse du cœur, qui en font l'un des poètes les plus sensibles de la tradition française, dont la grave légèreté se traduit dans les raffinements de l'âme[22]. »

Portrait imaginaire de Jorge Manrique.

Jorge Manrique est un poète espagnol. Il est l'auteur des Stances sur la mort de son père (Coplas por la muerte de su padre), l'un des classiques de la littérature espagnole. Cette élégie se compose de quarante stances ou coplas, de quatre tercets chacune (deux octosyllabes et un vers tétrasyllabique où le rythme semble, comme par magie, se plier au cours même de la pensée. « C'est à la lumière de la foi, une méditation sur nos fins dernières, dans laquelle l'âme angoissée se résigne peu à peu à la douleur. Nos vies, constate le poète, sont des rivières qui débouchent sur une mer, et cette mer, c'est la mort. [...] Il serait vain de chercher des sources à ces stances sur la mort d'un père : elles s'enchaînent, dans un ordre lucide, et le poète ne les a trouvées qu'en lui-même[23]. » Pour Jeanne Battesti-Pelegrin, « la formule, la subtile technique rhétorique qu'il y déploie, ne nous semble pas de nature différente de celle qu'il manie, avec naturel et brio, dans son poème majeur, tenu pour l'un des chefs-d'œuvre de la poésie espagnole : les Coplas... [...] L'exercice balisé de l'élégie funèbre - éloge du défunt, méditation sur la mort, consolation - est traité ici, dans une constellation de thèmes harmonieusement disposés, à partir de l'exhortation qui ouvre le poème, invitant toute la communauté humaine à la méditation sur la fugacité des choses de ce monde[24]. [...] L'exemplarité de l'Ubi sunt s'allège, s'efface devant la profonde intuition de la temporalité, née de l'instinct de la fragilité, et de l'expérience vécue. L'éloge du mort y est une merveille rhétorique, combinant à la fois pudeur et hyperbole. L'habituelle théâtralisation de la Mort, ici, paradoxalement s'humanise. La sérénité de la résignation chrétienne de cet ars moriendi y a des accents d'une simplicité émouvante. L'ample strophe (douzain) d'octosyllabes et de son pie quebrado (vers de 4 syllabes à la fin de chaque tercet), communique au poème la musicalité familière à la lyrique amoureuse cancioneril et brise le carcan sévère des formes nobles, faisant de ce texte, qui fuit l'originalité, un poème inégalé dans les lettres espagnoles[25]. »

Image censée représenter François Villon dans la plus ancienne édition de ses œuvres (Pierre Levet, 1489)

François Villon, l'auteur du Testament, celui qui écrivait : « Je reconnais des mouches dans du lait, / je reconnais l'homme à sa robe, / je reconnais le beau temps du mauvais, / je reconnais sur le pommier la pomme, / je reconnais l'arbre à sa gomme, / je reconnais quand tout est semblable, / je reconnais qui travaille et qui chôme, / je connais tout sauf moi-même[26] », « orphelin dès son plus jeune âge, François de Montcorbier, est élevé par un père adoptif, le chapelain Guillaume de Villon. Étudiant très brillant (il obtient la maîtrise ès art de la Sorbonne à vingt et un ans), mais tout aussi brillamment doué pour le chahut, le vin et les filles, il fréquente les bouges, s'acoquine au monde des putains et s'affilie enfin au milieu des truands. Tour à tour assassin, voleur, bandit de grand chemin - mais toujours poète au fond de l'âme et du fond des geôles qu'il visite assidûment, d'une sensibilité d'écorché vif, se vengeant de ses malheurs par un rire souvent aussi vigoureux que dérisoire, il finit par être condamné à la double peine de l'étranglement et de la pendaison. Le Parlement casse la sentence sur l'appel de Villon, mais le bannit pour dix ans, en 1463, de la capitale et de ses environs. Il disparaît alors, reprend sans doute sa vie d'aventurier, et meurt selon toute vraisemblance quelque temps plus tard, quelque part du côté de la Bourgogne, à trente-cinq environ.

Dans sa poésie, c'est tout le monde de Villon qui passe, avec la même immense liberté d'écriture qu'il avait celle de vivre, avec sa profonde culture et la débauche de son existence, avec ses fantaisies érudites qui se mêlent aux expressions populaires, avec ses regrets, ses espoirs, ses facilités, ses angoisses, sa ferveur en la Vierge et son amour des catins : bref, toute la poésie du bandit de génie qui éclater tous les cadres, et de la fange où il se roule, fait le lieu de la condition humaine[27]. »

« En dépit du peu d'œuvres conservées, Villon est considéré, depuis l'époque romantique, comme l'un des plus grands poètes français. [...] Ce qui fait sans doute la singularité de Villon est la combinaison de différents registres dans une même œuvre, ramassée pour l'époque, et la domination du tout par une persona dérisoire (le pauvre Villon, à la fois bon follastre, martyr d'amour et vieux singe déchu à l'existence ratée) qui remet sans cesse en cause le fondement du discours. [...] L'amour, la mort et la misère en mêlant le grave à l'ironique[28], et en combinant l'expression (apparemment) sérieuse et le registre grossier. Ces trois thèmes, et l'alternance contrastée des modes d'expression, dominent en effet l'œuvre entière[29]. »

En Italie, en France, en Silésie, en Grande-Bretagne et au Japon aux XVIe et XVIIe siècles[modifier | modifier le code]

En Italie, Michel-Ange, la trentaine en mars 1505, après avoir réalisé la Pietà de St Pierre et son David géant, se consacre à l'étude des poètes et des orateurs, et se met à la composition des Sonnets, délaissant pour quelque temps la sculpture. À partir de cette date, la poésie l'accompagne fidèlement tout au long de sa vie jusque dans son grand âge ; le verbe subtil devient confident au besoin des états d'âme du plus tourmenté des hommes. « Michel-Ange, avec ce cœur de soufre et cette chair d'étoupe qu'il s'attribue lui-même au début d'un sonnet où il voudrait rendre son Créateur responsable de sa tendance à prendre feu, était - combien de fois le répète-t-il avec douleur dans ses poèmes pénitentiels un homme de péché, de lourds péchés habituels, et nul doute qu'il entendît par là en premier lieu les faiblesses de la chair[30]. » Il nous laisse ainsi trois cents poèmes, les Rime. Rainer Maria Rilke et Thomas Mann les admirent sans réserve.

Louise Labé, portrait gravé par Pierre Woeiriot (1555), BNF.

En France, au XVIe siècle, « on peut dire qu'avec Jean de Sponde, qui anima le genre d'un souffle philosophique (cf. Sonnets et autres poésies), Louise Labé a rénové le sonnet en France. Par là, elle renouait avec la tradition classique, restée si vivace en Italie, par exemple, et se rattachait à ce vaste courant poétique qui remonte jusqu'aux Odes de Sappho[31]. » Au XVIe siècle les prises de position religieuse au milieu des conflits de la seconde moitié du siècle se retrouvent dans des poèmes aux accents graves, à la fois tragiques et épiques comme dans les Hymnes (1555-1556)[32], Discours sur les misères de ce temps (1562), ou La Franciade (1572), les œuvres de Ronsard[33], le partisan catholique ou Les Tragiques du poète protestant Théodore Agrippa d'Aubigné (1552-1630)[34]. Du Bellay, l'auteur du manifeste littéraire, écrit en 1549, où il expose les idées des poètes de la Pléiade, Défense et illustration de la langue française, publie Les Regrets, recueil de poèmes écrit pendant son voyage à Rome de 1553 à 1557. L'ouvrage est publié à son retour en 1558. Cet ouvrage comprend 191 sonnets, tous en alexandrins. Le choix de ce mètre, plutôt que du décasyllabe, constitue une nouveauté. Contrairement au modèle pétrarquiste, le thème principal n'est pas l'amour d'une femme mais celui du pays natal. Mais avant de connaître un autre bouleversement qui a eu un retentissement unique et considérable dans le fond comme dans la forme : les Sonnets de Shakespeare, un poète et penseur de Silésie va publier un livre capital pour la poésie philosophique. Il écrit ce distique « Sans pourquoi » qui demeure célèbre jusqu'à nos jours :

« La rose est sans pourquoi ; elle fleurit parce qu'elle fleurit,
N'a garde à sa beauté, ne cherche pas si on la voit[35].  »

— Trad. Roger Munier

Portrait d'Angelus Silesius.

En 1675, paraît en deuxième édition avec son titre actuel, Le Pèlerin chérubinique, (Cherubinischer Wandersmann), du poète et mystique de langue allemande, Messager de Silésie, Johannes Scheffler dit Angelus Silesius. « Il s'agit de distiques d'inspiration religieuse, dont les plus importants au point de vue poétique ont été écrits avant sa conversion[36]. Chacun de ces distiques renferme une pensée. [...] Pour que l'âme atteigne ces sommets, il lui faut être d'or fin, rigide comme pierre, limpide comme cristal. [...] Angelus Silesius n'est pas un philosophe, mais un mystique et surtout un poète. Sa pensée se rattache à la grande tradition de Maître Eckhart, des Sermons de Tauler et des autres mystiques du XIVe siècle, à travers Abraham von Franckenberg et Weigel (théologiens mystiques de la fin du XVIe siècle), enfin et surtout à Böhme dont il connut les œuvres en Hollande. Le quiétisme de ses premiers livres eut une influence sur les compositions d'inspiration orientale de Rückert et offrit des pensées et des images à la philosophie de Schopenhauer, qui considérait son œuvre comme merveilleuse et d'une insondable profondeur[37]. » Pour son traducteur en langue française, Roger Munier, « depuis quelque trois siècles, de Leibniz à Heidegger, en passant par Hegel et Schopenhauer, l'écho de son œuvre sur la pensée profane n'a cessé de s'amplifier. Toute approche religieuse est partie intégrante de la recherche humaine. Elle projette souvent sur l'essence de l'homme une lumière incomparable[38]. »

La page de dédicace des Sonnets
Unique portrait reconnu de William Shakespeare.

Les Sonnets de Shakespeare, écrits entre 1593 et 1596, ne furent publiés qu'en 1609. Dédicacés par l'éditeur Thomas Thorpe, non pas à une femme, mais à un homme : un certain Mr. W. H., avec la mention the onlie begetter of these insuing sonnets. "Begetter" pourrait donc signifier "procureur", aussi bien qu'inspirateur. Ils révèlent un Shakespeare bien différent de celui qui triompha de la scène élisabéthaine, et jettent un sombre éclairage annonciateur d'Hamlet, sur la vie privée du poète, bien plus que les chefs-d'œuvre de son théâtre. Pour William Wordsworth, on peut voir en eux « la clé même avec laquelle Shakespeare nous a ouvert son cœur ». Avec un mouvement dramatique inégalé dans toute la poésie élisabéthaine, ce qui frappe et captive à la fois le lecteur d'aujourd'hui, c'est la lucidité du poète et la précision de ses analyses. Ses accents sont proches de nous par leur manière de voir et de sentir. Même quand il use des finesses et des concepts qui, par la suite, devaient être de mode chez les poètes métaphysiques de l'école de John Donne[39]. Selon S. Dorangeon, « insolites, dérangeants dans ce contexte d'hyperbolisation de figures féminines, parce que destinés non pas à une jeune femme, mais à un jeune homme ouvertement désigné comme objet de passion. [...] Rimes, allitérations, assonances, systèmes d'échos, rythmes variés, parfaitement maîtrisés : la magie des sons intervient pour que le lecteur donne son adhésion complète à la rhétorique du reproche ou de la persuasion tissée autour de l'ami, imprévisible, insaisissable. Notons finalement que Shakespeare met en œuvre dans ses Sonnets une métrique différente de celle qu'imposa Pétrarque. [...] Cette structure est si bien adaptée à la démarche dialectique propre à l'auteur, qu'oubliant les prédécesseurs, les historiens de la littérature tendent à utiliser l'appellation Shakespearean sonnet pour tout sonnet ainsi conçu[40]. »

On ne peut oublier ici de mentionner les Fables de La Fontaine, ce travail de réécriture des fables d’Ésope (par exemple La Cigale et la Fourmi), de Phèdre, d'Abstémius, mais aussi de textes d'Horace, de Tite-Live (« les Membres et l’estomac »), de lettres apocryphes d’Hippocrate (« Démocrite et les Abdéritains »), et de bien d'autres encore, elles constituent une somme de la culture classique latine et grecque, et s’ouvrent même dans le second recueil à la tradition indienne[41].

Bashō Matsuo (松尾 芭蕉, Matsuo Bashō?), plus connu sous son seul prénom de plume Bashō (芭蕉?, signifiant « Le Bananier »), est un poète japonais du XVIIe siècle (début de la période Edo). De son vrai nom Kinsaku Matsuo (enfant) puis Munefusa Matsuo (adulte), il est né en 1644 à Iga-Ueno et mort le à Ōsaka. Il est considéré comme l'un des quatre maîtres classiques du haïkaï japonais ou hokku (Bashō, Buson, Issa, Shiki).

Auteur d'environ 2 000 haïkus, Bashō rompt avec les formes de comique vulgaire du haïkaï-renga du XVIe siècle de Sōkan en proposant un type de baroque qui fonde le genre au XVIIe siècle en détournant ses conventions de base[42] pour en faire une poésie plus subtile qui crée l'émotion par ce que suggère le contraste ambigu ou spectaculaire d'éléments naturels simples opposés ou juxtaposés :

« En chemin, fiévreux
sur les plaines brûlées
errant, je rêve. »

— no 353, p. 92[43].

« Grand observateur des hommes et de la nature, il a laissé derrière lui ses notes et ses journaux de voyage. Il a fait part de ses rencontres avec un art empli de succulentes nuances et de miraculeuse sobriété. »

« Braises sous la cendre,
sur le mur
l'ombre de l'hôte. »

— no 353, p. 93.

Moderne à chaque siècle, cet homme a manifesté de son vivant tant de compréhension vis-à-vis de la nature et des hommes, dans un monde baigné de correspondances qu'il méritera toujours un très grand respect. Entre le fluant (ryuko) et l'invariant (fueki), — La Sente étroite du Bout-du-monde demeure un livre sans âge. Ce qui semble nous toucher plus encore aujourd'hui est sa noble compassion toute retenue pour le monde, sa riche méditation sur la précarité de la vie, ainsi que la grande fraternité de sa silencieuse et secrète vision[44]. »

En Grande-Bretagne, entre XVIIe et XIXe siècles[modifier | modifier le code]

Portrait de William Blake.

En Grande-Bretagne, au XVIIe siècle, c'est principalement avec John Donne[45] et les poètes métaphysiques (Metaphysical poets en anglais), ceux de la première moitié du siècle, qui par ailleurs partagent le même intérêt pour les grandes questions métaphysiques et ont la même manière de les traiter que cette forme de poésie se révèle. Leurs poèmes rigoureux et énergiques font davantage appel à l'intellect du lecteur plutôt qu'à ses émotions, rejetant ainsi l’intuition ou le mysticisme au profit d’un discours rationalisé. Ces poètes métaphysiques anglais du XVIIe siècle sont remis au goût du jour par le poète, dramaturge, et critique moderniste anglo-américain (Prix Nobel de littérature en 1948), Thomas Stearns Eliot, qui voit dans cette poésie érudite et brillante un moment où la « dissociation de la sensibilité », qui allait être la ligne de partage de la modernité, ne s'était pas encore opérée.

Le Mariage du Ciel et de l'Enfer (The Marriage of Heaven and Hell) est un ouvrage qui paraît en 1793, il est surtout célèbre grâce aux proverbes (ou aphorismes) de l'Enfer qu'il contient. Ce recueil de proverbes, écrit par le « spiritualiste » William Blake, « Blake est le romantisme absolu », écrit Jacques Darras dans sa préface[46], en pleine période révolutionnaire, demeure inactuel, par la force prosodique et poétique de sa poésie philosophique qui ouvre les Portes de la Perception. « La vraie révolution est là, celle des frontières, celle des limites dont nous sommes à nous-mêmes les auteurs »[47], lecture renaissante à chaque génération de lecteurs qui refondent cette œuvre, déplaçant à leur tour, bornes et frontières vers la révolution des consciences, pour la levée de toutes les barrières humaines, de l'intérieur de la conscience jusqu'aux frontières du divin, tutoyant ainsi anges et démons jusqu'à l'inaudible. « Le texte axial de l'œuvre du poète », selon Jacques Darras[48].

En France et en Allemagne, au XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Portrait de Schiller par Anton Graff (1785).
Portrait de Voltaire d'après Maurice Quentin de La Tour.

Au XVIIIe siècle, la poésie de Voltaire est un mode d’écrire naturel depuis l’enfance. Il manie l’alexandrin comme nul autre en son temps. Longtemps il sera pour ses contemporains l’auteur de La Henriade (1718)[49] que Beaumarchais place au même niveau que l’Iliade, mais elle est rejetée dans l’oubli par le Romantisme. La Pucelle d’Orléans, Le Mondain ainsi que le Poème sur le désastre de Lisbonne, font de Voltaire un poète de la gaîté et du sourire, à la verve inventive, inspiré souvent par l’esprit satirique[50].

1785 et 1794 sont deux années qui marquent les poésies de Schiller, poète et écrivain allemand ; ce sont les dates de ses rencontres avec Christian Gottfried Körner Christian Gottfried Körner (en) et le début de son amitié avec Goethe. « Poète sentimental par excellence, il s'efforça constamment d'imposer au pathos impétueux de ses effusions juvéniles la maîtrise de l'expression et du sentiment, souci qui trouvera son expression achevée dans les poèmes philosophiques et le genre lyrique le plus proche du drame, la ballade. [...] La forme préférée de Schiller dans ses poèmes philosophiques est le mètre classique. [...] Mais dans ses derniers poèmes philosophiques, Schiller renonça au mètre classique pour adopter une strophe de chanson plus simple et plus musicale. [...] Toutefois, c'est avec Le Chant de la cloche que la poésie philosophique de Schiller atteint sa plus haute expression : sa structure polyphonique, cette œuvre est peut-être le plus grandiose monument à la langue allemande ; c'est en tout cas le chef-d'œuvre de Schiller[51]. »

En France et aux États-Unis au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Portrait d'Arthur Rimbaud.

Plus tard, au XIXe siècle, en 1843, Alfred de Vigny publie son poème apologue, La Mort du loup qui fait partie du recueil Les Destinées[52]. Alphonse de Lamartine a lui aussi précédé cette orientation avec les Méditations poétiques[53]. En 1854, l'auteur des livres Les Chimères et Les Filles du feu, Gérard de Nerval[54] qui avait écrit de façon prémonitoire Je suis l'autre, note : « Quoi qu'on puisse dire philosophiquement, nous tenons au sol par bien des liens. On n'emporte pas les cendres de ses pères à la semelle de ses souliers, et le plus pauvre garde quelque part un souvenir sacré qui lui rappelle ceux qui l'on aimé. Religion ou philosophie, tout indique à l'homme le culte éternel des souvenirs[55]. »

En 1855 paraît aux États-Unis le recueil de poèmes Feuilles d'herbe (Leaves of Grass) de l'écrivain américain Walt Whitman dont sept éditions successives parurent de 1855 à 1892. La première ne contenait que douze poèmes ; la dernière, qu'il publia à quelques jours de sa mort, en comptait 411[56]. Selon Jacques Darras dans sa présentation du volume en nrf, Whitman, l'homme de Camden, est le poète "d'« elusiveness » (l'insaisissable fugacité) qu'il s'attribue à lui-même"[57]. Selon Bunting, être quaker c'est être un « chrétien panthéiste ». Paradoxe, assurément ! poursuit Darras, Whitman croit à l'intégrité de l'incarnation. C'est le fond solide de sa philosophie. Il croit à l'incarnation jusque dans les moindres détails de son corps, conclut Darras. [...] Marcher d'abord, réfléchir ensuite, la poésie whitmanienne prend une longueur d'avance sur la philosophie. Par naïveté ? Non, par érotisation générale du monde y compris de la mort ! écrit Darras. Et de citer Whitman : « Et toi Cadavre tu fais un bon fumier, ça ne me choque pas, / Parfum que ces grandes roses blanches à l'odeur sucrée, / Ma main touche au lèvres feuilles, ma épouse la lissité ronde de pomme de ces seins. » [...] Le préfacier Darras note : « Lecteur des romantiques allemands, comme de Carlyle et de Coleridge, le philosophe américain adapte la philosophie de la Nature - Schelling surtout - au paysage américain. Indépendance (self-reliance) constitue le maître mot de sa philosophie[58]. »

Quant au style de Whitman, selon C. Fillard, « sans rime ni mètre, le verset whitmanien obéit à un rythme comparable aux cadences bibliques ou aux vagues de la mer. Ses catalogues et leur défilé kaléidoscopique offrent en spectacle l'inadéquation du langage ainsi révélée par un poète en quête d'indicible et se sachant condamné à l'échec tout en rêvant d'un monde où nommer serait créer. Les "feuilles" de son herbe sont celles du papier où il se regarde écrire. Elles offrent au lecteur les multiples facettes d'un sens toujours à venir, d'un texte qu'il est invité à produire à partir d'une œuvre fluide qui ne s'impose pas comme modèle mais le propose comme ouverture et comme voie. Son rendez-vous manqué avec son siècle fut le prix à payer pour une inépuisable modernité[59]. »

Victor Hugo[60] écrit à son tour une poésie philosophique qui balaye tout le spectre littéraire de son temps. Il ouvre ainsi les portes au Charles Baudelaire de Fusées[61] et à l’Arthur Rimbaud d'Une Saison en enfer et surtout celui des Illuminations[62] qui suivent cette mouvance, «… les Illuminations paraissent être un prolongement, un commentaire sur Le Mariage du Ciel et de l’Enfer »[63]. Rimbaud écrit dans sa Lettre du voyant : « La poésie n’est pas un état de vision, c’est un état de voyance. »

Par ailleurs, les Poésies II d’Isidore Ducasse dit Comte de Lautréamont sont écrites en prose et consistent en des aphorismes exaltés ou en des réflexions sur la littérature. L'inclassable Ducasse note : « Les jugements sur la poésie ont plus de valeur que la poésie. Ils sont la philosophie de la poésie. La philosophie, ainsi comprise, englobe la poésie. La poésie ne pourra pas se passer de la philosophie. La philosophie pourra se passer de la poésie[64]. »

Portrait de Friedrich Nietzsche.

On ne manquera pas de mentionner les efforts du poète parnassien Sully Prudhomme, imprégné de scientisme, pratiquant volontiers la poésie didactique, et dont malheureusement les productions poétiques ne se hissèrent jamais au niveau d’ambitions philosophiques affichées et sincères (La Justice, 1878, Le Bonheur, 1888)[65]. Sully Prudhomme, par ses échecs mêmes, marque une des limites de la poésie philosophique au XIXe siècle.

En Europe, au XIXe siècle, surtout en Allemagne[modifier | modifier le code]

En Europe, dans la tradition littéraire du XIXe siècle, la poésie philosophique est manifeste en Allemagne où le poète cherche à « habiter en poète » le monde, chez Friedrich Hölderlin avec La Mort d'Empédocle[66], et chez Novalis avec ses poèmes en prose, les Hymnes à la Nuit[67]. Il écrit au fragment 31 : « La poésie est la clef de la philosophie, elle est son but et sa signification ». Nombreux sont les poèmes, les Dithyrambes de Dionysos[68] et les écrits de Friedrich Nietzsche qui portent cette tendance à son incandescence et emportent au seuil de la modernité[69]. Rainer Maria Rilke, quant à lui, proposera une sorte de poésie méditative avec les Élégies de Duino, « suite d'élégies empreintes d'une mélancolie lumineuse, passant du sentiment du terrible à l'apaisement le plus radieux[70]. »[71].

Shelley par Curran

En Grande-Bretagne en 1821, « reprenant le titre du traité de Sir Philip Sidney écrit au XVIe siècle : Défense de la poésie, Percy Bysshe Shelley en modernise le contenu et les perspectives. Traducteur aguerri de Platon, Shelley en renouvelle la pensée à la lumière des acquis de l’empirisme anglais, contribuant ainsi à cette seconde Renaissance que fut le Romantisme. Le texte débute par une description méticuleuse des facultés de l’esprit, et notamment de la reine d’entre elles : l’imagination. De ce point de vue, tous les hommes sont des poètes, en tant qu’ils éprouvent le besoin d’exprimer et de reproduire leurs émotions dans un certain ordre, avec un certain rythme, et qu’ils tirent de ces conditions un certain plaisir. Si le poète est l’homme imaginatif par excellence, son influence sur les lecteurs et sur toute la société sera déterminante, quoique imperceptible à l’œil nu.

Shelley retrace ainsi, dans toutes leurs variations, la place et le poids cachés des grands poètes à travers l'histoire, d'Homère à Milton en passant par Dante. Cette influence n'est pas qu'esthétique, mais également morale et même cognitive : nous voyons ainsi se dérouler la réhabilitation méthodique d’une pratique jugée jusqu'alors purement divertissante ou décorative, célébrée ici comme libératrice des mœurs et révélatrice de vérité. Écrit dans un style d’une grande rigueur logique et conceptuelle, ce pamphlet laisse également fuser des aphorismes et des métaphores dignes des plus rares visions de son auteur : aux confins de l’imagination et de la raison, il incarne ainsi la thèse défendue dans ses lignes, les grands poètes sont pour la plupart de grands philosophes »[72]. Ainsi, pour le poète anglais Percy Bysshe Shelley, « les poètes sont les miroirs des ombres gigantesques que l’avenir jette sur le présent ; les trompettes qui sonnent la bataille et ne sentent pas ce qu’elles aspirent ; l’influence qui n’est pas émue mais qui émeut. Les poètes sont les législateurs non reconnus du monde. »

« Dans son ensemble, la Défense de la poésie de Shelley est une courageuse réhabilitation de l'activité créatrice et, par là, elle est nettement en avance sur la pensée esthétique anglaise de son temps. La prose de la Défense, tissée d'images grandioses, magnifiquement sinueuse, est parmi les plus belles proses poétiques du XIXe siècle. Shelley réussit à dégager des vains symboles intellectualistes et rhétoriques l'essentiel de sa pensée. [...] Le plus souvent, il aborde son sujet avec une franchise et une vigueur nouvelles pour l'époque. Au-delà des effusions sentimentales et humanitaires, par-delà les vides élucubrations métaphysiques, il découvre le principe vrai et fécond qui a pour non poésie ; et la théorie de la poésie devient théorie de l'activité créatrice élémentaire et universelle, qui alimente la vie ; l'esprit poétique n'étant rien moins que le moteur du monde[73]. »

Paul Gauguin, D'où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? (1897/98).

Fin XIXe - début XXe siècles, entre Europe, Liban, Asie et Inde[modifier | modifier le code]

Le chaos initial par Wenceslas Hollar.

À l’Est, en Russie, la tendance philosophique, née avec Alexandre Sergueïevitch Pouchkine, le créateur d'Eugène Onéguine[74], s'affirme dans les poésies de Fiodor Tiouttchev qui sont publiées en 1868. Une poésie le caractérise, s'il fallait n'en citer qu'une : Silentium! « Le  contenu de la plupart d'entre elles est philosophique, une cinquantaine seulement (sur 300) sont d'inspiration politique. [...] L'homme étant un rêve malade de la Nature, le poète nous conseille de maudire notre Moi et de chercher à nous fondre dans l'âme universelle. Il y a ici une anticipation évidente des courants de sagesse hindoue qui inonderont l'Europe quelques années plus tard. De son désir de pénétrer dans l'univers cosmique naît, chez l'auteur, l'aspiration au Chaos créateur, qui est l'esprit de la Nature et dont, au fond de l'âme humaine aussi, on retrouve toujours une parcelle, quelque chose qui n'est pas sans laisser pressentir l'inconscient de Freud. C'est d'ailleurs sous la forme d'une tempête soudaine de cet inconscient que le poète imagine la passion : réveil, en nous, de cet élément secret qui tend au Chaos natif, la mort. C'est pourquoi dans la mort aussi, Tiouttchev découvre une beauté particulière ; à ce sujet, rappelons que les deux femmes qu'il aima moururent dans ses bras. "Mon cœur désire les tempêtes", écrit-il ; pour lui, la mort et les grands bouleversements de l'histoire sont une source d'inspiration nouvelle et élevée. Souvent, le poète renverse les barrières séparant le chaos primitif qui sommeille au fond de notre âme du chaos qui règne sur l'Univers ; alors sa poésie s'enrichit de singuliers effets que nous pourrions appeler impressionnistes[75]. »[76] « Il est d'usage de définir Tiouttchev comme un poète-philosophe (le premier à le nommer ainsi fut Dostoïevski) », selon Paul Garde, l'un de ses traducteurs en langue française[77].

Fiodor Tiouttchev et Ievgueni Baratynski[78] sont les précurseurs d’Ossip Mandelstam[79] et de Joseph Brodsky[80] très influencé lui par les poètes métaphysiques anglais ; tous deux suivent l’orientation de la poésie philosophique en complète rupture avec leur temps. Selon le traducteur Christian Mouze, « la poésie d'Arseni Tarkovski est chevillée à l'ère pouchkinienne, plus particulièrement à la tendance philosophique, [...] (elle) est d'abord une poésie de la pensée. Aux côtés de Nikolaï Zabolotski (1903-1958), le Zabolotski seconde manière, post-obérioute, il est parmi les meilleurs représentants de ce courant[81]. »

Gueorgui Tchoulkov, Maria Petrovikh, Anna Akhmatova, Ossip Mandelstam, dans les années 1930.
Ossip Mandelstam en 1934, après sa première arrestation. Fichier du NKVD.
Manuscrit de l'Épigramme contre Staline, rédigé par Ossip Mandelstam lors de son interrogatoire en prison.

Selon le critique et traducteur Nikita Struve[82], « l'ensemble des vers du poète russe Ossip Mandelstam (1891-1938), quelque 400 courtes pièces disposées en quatre recueils, dont deux seulement ont paru du vivant de l'auteur et les deux autres trente ans après sa mort, constitue sans nul doute l'une des œuvres les plus pures, les plus denses, les plus puissantes du XXe siècle[83]. » Il est l'auteur de l'Épigramme contre Staline [8]. « Mandelstam n'a pas de maître, s'étonnait Akhmatova, je ne connais rien d'analogue dans la poésie universelle... qui dira d'où est venue cette divine harmonie que l'on appelle les vers de Mandelstam ? [...] Tous les poèmes, dans la diversité de leur thèmes et de leurs intonations, tour à tour graves ou espiègles, tragiques ou badins, terre à terre ou philosophiques, sont sous-tendus par le sacrifice suprême auquel Mandelstam se prépare. [9]

Vue d'ensemble de la ville de Voronej aujourd'hui.

Dans sa souveraine liberté il choisit lui-même le moment de non-retour : en novembre 1933 il lit à une dizaine d'amis sûrs des distiques goyesques qui dénoncent Staline. L'exil, qui suit l'arrestation inéluctable, emmène ce citadin-né au fin fond de la Russie, à Voronej, où va s'élever un extraordinaire chant du cygne, à la fois tragique et serein. Le dénuement est total, mais le poète ne se sent pas brisé pour autant, tout juste amplifié. La magnificence des terres noires, des plaines enneigées, les valeurs impérissables de la civilisation universelle, les illuminations mystiques (visions de la Sainte-Cène) sont chantées dans un langage en permanence renouvelé. Dans les trois « Cahiers de Voronej » (Voronezski tetradi) une nouvelle étape semble franchie : les associations deviennent plus rapides, les métaphores plus inattendues, les innovations rythmiques et phonétiques encore plus hardies. Mandelstam proclame le triomphe de l'esprit sur la mort en se servant des registres les plus contrastés : d'une violence fulminante dans les Vers au soldat inconnu ou dans une transparence diaphane dans l'évocation des femmes qui sont les premières à accompagner les morts et à accueillir les ressuscités. Étonnamment divers et un, engagé jusqu'au bout dans l'Histoire mais aspirant au ciel, ébloui par la beauté de la nature et des œuvres humaines, Mandelstam est allé aussi loin que possible, peut-être plus loin que tout autre poète, dans le rachat du temps, authentifiant sa parole poétique par le martyre[84]. » Toujours selon Nikita Struve, « indiscutablement Mandelstam a modifié la structure et la composition de la poésie russe, comme il l'avait lui-même affirmé. Son destin exemplaire, sa vision globale, sa voix d'une force à nulle autre pareille, purifient et modèlent les âmes. Par son aspiration à l'intégrité et à la totalité, il a été, comme Bergson en philosophie, le poète de la plénitude[85]. »

Dans le Caucase, en Arménie deux noms dominent : le poète politique Yéghiché Tcharents[86], avec ses Rubaiyat (1927) et surtout Le livre du chemin (1933), ainsi que Parouir Sévak[87] avec Et que la lumière soit ! ; poésie métaphysique et politique.

Portrait de Rabindranath Tagore vers 1913.
Gros-plan de la page de garde jaunie d'un livre ancien : « Gitanjali (Song offerings) by Rabindranath Tagore. A collection of prose translations made by the author from the original Bengali with an introduction by W. B. Yeats. Macmillan and Co., Limited, St. Martin's Street, London, 1913. »
Page de garde d'une édition anglaise de 1913 de Gitanjali

En cette fin du XIXe siècle et du début XXe siècle, Rabindranath Tagore[88], le poète et sage indien, trouve sa source dans la tradition des poètes vaishnava des XVe et XVIe siècles. Tagore a été profondément marqué par le mysticisme des Rishis, les auteurs des Upanishads, dont Vyāsa, celui du philosophe-poète Kabîr, ainsi que par celui du poète-chanteur Ramprasad Sen. L'Offrande lyrique [10] est un recueil de vers bengali, publié en 1910[89]. « Le volume qui porte ce titre est la traduction française, faite par André Gide, d'un recueil de textes traduits en anglais par le poète lui-même et publiés en 1912. [...] Cette centaine de courts poèmes ont fait plus pour la renommée du poète en Occident que tout le reste de son œuvre immense, et c'est à la suite de la parution en anglais du Gitanjali que lui fut attribué le prix Nobel de littérature en 1913. Un bon nombre de ces poèmes sont des chants dont Tagore composa aussi la mélodie. L'élan mystique qui se déploie dans ces poèmes était une composante importante de la personnalité du poète, fortement marquée par la philosophie des Upanishad. Dans ces vers, Tagore apparaît comme le dernier de la longue lignée des saints-poètes de l'Inde. Parlant à la première personne, il s'adresse au bien-aimé de son cœur, et souvent ce je assume une féminité qui rappelle l'amante par excellence de la poésie visnuïte médiévale : Radha la bouvière. Comme elle, le poète pleure l'absence de l'aimé divin qui lui semble se dérober à son attente. Tagore y exprime aussi, sous couvert de splendides images, sa philosophie spiritualiste qui n'est ni renoncement au monde ni ignorance du monde, mais acceptation de la totalité de l'humaine condition. La paix qui se dégage de ses vers est conquise sur la souffrance et le malheur. À l'époque de la composition des poèmes bengali, le poète traversait une période de deuils : en quelques années, il perdit son épouse, une fille, son fils cadet et son disciple le plus cher. Dans l'original, la forme ses strophes et la métrique sont très diverses, mais la rime est toujours présente. La douceur et la musicalité caractérisent ces vers[90]. »

Portrait de Khalil Gibran.

Au Liban, en 1923, paraît en langue anglaise, le livre de sagesse, Le Prophète[91] de Gibran Khalil Gibran, poète, artiste peintre et sculpteur de Bcharré. « Si, à bien des égards, le message a une consonance chrétienne, ce n'est certainement pas du christianisme conventionnel et respectueux des ordres établis qu'il s'agit, mais du souffle qui traverse les passages les plus contestataires et les plus dérangeants des Évangiles. On reconnaît en outre dans le texte de Gibran une très nette influence de la sagesse de l'Inde et, malgré l'apparente incompatibilité, quelque chose de la pensée nietzschéenne. [...] Le livre vaut immédiatement à Gibran une immense renommée aux États-Unis puis dans le reste du monde[92]. »

Portrait de Cesare Pavese.

En 1936, paraît en Italie chez Solaria à Florence, Travailler fatigue (Lavorare stanca)[93] de Cesare Pavese ; c'était un des livres auxquels il tenait le plus[94]. De son dernier recueil, La Mort viendra et elle aura tes yeux (Verrà la Morte e avrà i tuoi occhi), les derniers poèmes datent de 1950, l'année de son suicide, Pavese était alors en pleine régression dans son travail d'écrivain. De la poésie-récit de la première époque, à la poésie-chanson[95] de la dernière période avec ses poèmes dédiés à une actrice américaine qu'il aima pendant les derniers mois de sa vie Constance Dowling [11], tout un itinéraire s'est déployé. Pavese écrit dans son journal, à la date du 17 décembre 1949 : « Ce petit poème fut l'explosion d'énergies créatrices bloquées depuis des années (40-45), non assouvies par les fragments de "Vacances d'août" et excitées par les découvertes de ce journal, par la tension des années de guerre et de campagne (Crée!) qui te rendirent une virginité passionnelle (à travers la religion, le détachement, la virilité) et qui saisirent l'occasion à la fois de la femme, de Rome, de la politique et de la richesse Leucos[96],[97]. » S'il fallait ne retenir qu'un poème de Cesare Pavese, celui du 22 mars 1950 paraît tout indiqué. « La mort viendra et elle aura tes yeux ― / cette mort qui est notre compagne / du matin jusqu'au soir, sans sommeil, / sourde, comme un vieux remords / ou un vice absurde. Tes yeux / seront une vaine parole, / un cri réprimé, un silence. / Ainsi les vois-tu le matin / quand sur toi seule tu te penches / au miroir. O chère espérance, / ce jour-là nous saurons nous aussi / que tu es la vie et que tu es la néant. // La mort a pour tous un regard. / La mort viendra et elle aura tes yeux. / Ce sera comme cesser un vice, / comme voir resurgir / au miroir un visage défunt, / comme écouter des lèvres closes. / Nous descendrons dans le gouffre muets[98]. »

Portrait de Bertolt Brecht en 1954.

En Allemagne, et ailleurs dans le monde, les Poèmes de Bertolt Brecht ont marqué le siècle. Neuf volumes de poèmes selon l'édition allemande seront traduits en langue française aux éditions de l'Arche. Pour le metteur en scène Laurent Terzieff, « il a aussi une œuvre poétique importante, relativement peu connue en France. [...] Pour Brecht, la poésie n'est pas une soupape qui lui permettrait de donner des vacances à sa raison et au scientisme de sa pensée. Elle est le lieu d'accueil de ses joies, de ses peines, de ses peurs, de son pessimisme aussi et même de son nihilisme. C'est dans sa poésie que Brecht nous parle de lui-même et de son rapport au monde. C'est dans la création poétique qu'il se livre vraiment. Il estime en effet qu'un renouvellement de la pensée demande l'invention d'un style. Mais sa poésie n'est pas stylistique : comme le note Paulhan, dans un même temps "le mot devient idée et l'idée mot". À mon sens, c'est seulement dans sa poésie que Brecht exprime son rapport à l'irrationnel. Sa poésie est le journal d'une époque vécue de l'intérieur par un esprit généreux et lucide souvent meurtri, mais toujours pudique, qui souvent transforme sa souffrance en ironie ou en sarcasme. [...] Dans le poème : À ceux qui viendront après nous, il témoigne de son engagement politique d'une façon lucide mais jamais désenchantée, avec une pudeur douloureuse mais jamais doloriste. Dans chaque poème, par le regard qu'il projette sur le monde, il nous parle de lui-même, jeté dans le monde à travers l'histoire, l'exil et l'amour. Il nous parle de sa mère, de toutes les mères, de la mer et de ses fleuves. C'est dans la poésie que Brecht parle de lui. C'est son je à lui. Il a inventé un théâtre extraordinaire, un théâtre dialectique, mais il ne parle pas de lui dans ses pièces alors que dans ses poèmes, il ne parle que de lui[99]. »

Au XXe siècle, en France, en Italie et en Grèce, en Espagne, au Mexique et en Argentine[modifier | modifier le code]

Portrait de Jean Genet en 1983.

Au XXe siècle en France, la poésie philosophique est présente chez Paul Valéry avec Le cimetière marin[100] (sur Zénon d'Élée), avec Henri Michaux, l'homme des passages qui publie alors son premier livre : Qui je fus dans son Grand[101] Combat[102] en 1927. Robert Desnos, quant à lui, publie en 1930, Corps et biens[103]. En 1939 paraît l'ouvrage fondamental d'Aimé Césaire, Cahier d'un retour au pays natal[104]. Long poème philosophique & politique, il préfigure le mouvement de la négritude. En septembre 1942, à la Maison d'arrêt de Fresnes, paraît en édition hors commerce Le Condamné à mort d'un poète de 32 ans, hymne d'un amoureux contre la peine capitale, signé Jean Genet[105]. On peut y lire ces deux alexandrins : « On peut se demander pourquoi les cours condamnent. / Un assassin si beau qu'il fait pâlir le jour. »

En 1946 paraît le premier livre d'un poète libertaire et anticlérical : Paroles[106] de Jacques Prévert. « Du premier texte publié (1930) à la publication de Paroles et jusqu'à ses derniers écrits, il n'a cessé de dire mêmement des choses simples : il est contre l'idée d'un péché originel, contre l'exploitation des hommes par quelques hommes, contre aussi les systèmes de l'esprit, qui en fin de compte ne font jamais que se renvoyer à eux-mêmes, dans une opacité délirante (ainsi, selon lui, de la scolastique comme on l'imaginerait : mais la dialectique ne le rassure pas). Il est en revanche le barde des animaux, des enfants et des femmes[107]. »

Mais c’est chez René Char avec Fureur et mystère, et surtout dans les Feuillets d’Hypnos (1946)[108], que la poésie philosophique s’épanouit en aphorismes, tel le fameux : « le poème est l'amour réalisé du désir demeuré désir[109] », ou bien en courts poèmes où chaque vers a valeur d'aphorisme, avec ses réflexions à partir d’Héraclite. Ce poète et philosophe écrit dans La Parole en archipel : « La poésie est à la fois parole et provocation silencieuse, désespérée de notre être-exigeant pour la venue d'une réalité qui sera sans concurrente. Imputrescible celle-là. Impérissable, non ; car elle court les dangers de tous. Mais la seule qui visiblement triomphe de la mort matérielle. Telle est la Beauté, la Beauté hauturière, apparue dès les premiers temps de notre cœur, tantôt dérisoirement conscient, tantôt lumineusement averti[110]. » Ce livre, Feuillets d'Hypnos, a été écrit entre 1943 et 1944, dans ce que Char appelle « LA FRANCE-DES-CAVERNES » (frag. 124)[111], aux « Devoirs infernaux » (frag. 106)[112].  Ces notes sont issues d'un cahier de Résistance, elles seront dédiées plus tard à son ami Albert Camus, et sont parsemées d'éclats de conscience : « Agir en primitif et prévoir en stratège » (frag. 72), ou bien : « La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil[113] » (frag. 169). Le Capitaine Alexandre (Pseudo du maquis), le poète René Char note, grimaçant : « J'écris brièvement. Je ne puis guère m'absenter longtemps. S'étaler conduirait à l'obsession. L'adoration des bergers n'est plus utile à la planète[114].» (frag. 31) 

Pour le critique Gaëtan Picon, « Seuls demeurent, Feuillets d'Hypnos, Le Poème pulvérisé doivent rendre sensible à tous que, de la poésie de ce temps, René Char est l'une des voix majeures[115]. » Selon le critique exigeant Jean-Claude Mathieu, « Diamant et sanglier, rose et éclair : de telles alliances de termes condensent instantanément les tensions qui donnent sa prodigieuse énergie à une des plus hautes œuvres poétiques de ce siècle.

De son obscurité rayonne une lumière, du laconisme aphoristique émane la chaleur d'une voix ; les âpres sommations contre les totalitarismes sont l'envers d'une tendre attention au plus infime, fragile saxifrage ou bergeronnette des roseaux ; le raccourci ne martèle ici une loi qu'en élargissant par la métaphore. Et la voix fraternelle qui apostrophe dans le grand vent, pour partager le commun présent, monte d'un mutisme taciturne, tire sa vigueur d'une écriture elliptique, assez serrée pour préserver au cœur de ce présent une enclave d'inconnu. [...] Aphorismes contractés sur la contradiction, poèmes versifiés au pas du marcheur, proses compactes de la Résistance, toutes les formes de cette poésie généreuse et violente donnent le même sentiment de soulèvement et d'ouverture d'une vie requalifiée, aimante par un en-avant qui la questionne et la libère[116]. » Dans le mouvement entre poésie et philosophie, René Char écrit en 1951, entre vérité et mensonge, l'une des interrogations majeures de la philosophie : « En poésie, devenir c'est réconcilier. Le poète ne dit pas la vérité, il la vit ; et la vivant, il devient mensonger. Paradoxe des Muses : justesse du poème[117]. »

En 1947, un autre écrivain, d'expression française, qui « semble chu comme un os, comme une pierre venue d'une autre planète », selon Jean Paulhan dans sa préface à Sens-plastique, Malcolm de Chazal le Mauricien, publie un recueil de pensées, de métaphores ou plutôt de « correspondances poétiques » qui semblent surgir comme de secrètes révélations[118] et qui tiennent de deux à quarante lignes, courtes comme des proverbes[119].

Autre publication importante en 1947, Van Gogh le suicidé de la société d'Antonin Artaud. Ces lignes sont une réflexion sur l'être[120], les souffrances à être, pour sortir en fait de l'enfer selon Artaud lui-même : « jusque dans ces derniers écrits, Artaud témoigne de ce qui fut peut-être la pire des souffrances : la difficulté à s'exprimer. C'était déjà l'effroyable maladie de l'esprit dont parlaient ― admirablement ― ses lettres à Jacques Rivière en 1923-1924[121]. » L'auteur de L'Ombilic des Limbes & du Pèse-nerfs, écrit dans une lettre du 29 janvier 1924, au même Jacques Rivière : « J'ai pour me guérir du jugement des autres toute la distance qui me sépare de moi. Ne voyez dans ceci, je vous prie, nulle insolence, mais l'aveu très fidèle, l'exposition pénible d'un douloureux état de pensée[122]. »

En 1950, paraît un ouvrage de référence pour la poésie philosophique de ce siècle : Cette émotion appelée poésie de Pierre Reverdy, poète et théoricien de l'image[123]. Selon le critique littéraire Étienne-Alain Hubert, « d'un élan spirituel destiné à retomber demeure la trace du Gant de Crin (1927). Mais cette aventure intérieure aura fait mesurer à Reverdy ses capacités d'analyse et de réflexion. D'où cette activité quotidienne de penseur, menée à partir de 1930, dont Le livre de mon bord (1948) et En vrac (1956) consigneront une partie des résultats. L'après-guerre verra Reverdy se consacrer à ses grands essais qui définissent les fonctions essentielles de l'art et de la poésie[124]. » Michel Manoll, dans son essai Pierre Reverdy et l'impalpable réalité, écrit en 1951 : « Nous en revenons toujours à cette spiritualité qui est l'aura de cette poésie ― à ce lyrisme de la réalité qui "naît de deux mots pour la première fois" et "avec justesse accouplés." "Il jaillit d'une image inouïe, forte, inattendue, vraie, capable de placer une production nouvelle de l'esprit de réalité. Il réside dans une phrase que le mystère de sa signification et la qualité des mots qui la composent suspendent au-dessus du cours normal de nos idées. Il apparaît chaque fois que l'auteur se fait une révélation au-dessus de lui-même" (Phrases extraites du Gant de Crin)[125]. »

Pier Paolo Pasolini devant la tombe de Gramsci vers 1970.

En Italie, un poète d'origine frioulane (langue de sa mère), Pier Paolo Pasolini, écrit de 1951 à 1956, un livre majeur[126] qui sera publié en 1957 : Les Cendres de Gramsci (Le ceneri di Gramsci). La référence à Antonio Gramsci sera constante dans sa forme expressive jusqu'à Transhumaner & organiser (Transumanar e organizar), livre de 1971. À son propos, Fulvia Airoldi Namer note : «  Si la présence du sous-prolétariat s'efface dans le roman Teorema (1968) qui se déroule dans une famille bourgeoise, tout comme dans la tragédie Affabulazione (publiée en 1977), il apparaît encore dans la poésie où il aboutit au mythe d'une nouvelle barbarie, fondement d'une nouvelle préhistoire. Doué d'une vitalité singulière aussi bien morale que stylistique, Pasolini a toujours exprimé dans son œuvre multiforme des instances de renouveau et de libération parfois contradictoires[127]. »

En Grèce, au moins trois poètes suivent le courant de la poésie philosophique, le premier : Yannis Ritsos de prime abord, le poète national. « Il s'est engagé dans la vie littéraire comme dans un combat social […] Militant communiste, souvent arrêté, déporté, il a d'abord crié sa révolte, au gré de l'événement avec Épitaphe (1936) ; Le Chant de ma sœur, (1937). Avec L'Épreuve (1943), il adopte une écriture prosaïque, portée par le verset souple qui caractérise son lyrisme[128]. » Le deuxième est Constantin Cavafy, sans oublier Kostís Palamás et son œuvre protéiforme ; « la figure la plus imposante de sa génération. Il résume les caractères de celle-ci, mais il les dépasse en même temps »[129]. Les Poésies complètes de Cavafy ne sont publiées qu'en 1935 à titre posthume. « Également attentif à l'instant le plus fugitif et au sens de l'Histoire », (…) ce poète, tout à la fois philosophe et historien, où « temps et espace sont en fait, revendiqués dans un ailleurs historique (surtout hellénistique)[130]

Portrait de Miguel Hernández en 1939.

En Espagne, deux poètes se distinguent parmi ceux de la Génération de 36, (parmi Federico García Lorca ou Vicente Aleixandre de la Génération de 27, Rafael Alberti et Pablo Neruda, sans oublier Antonio Machado de la Génération de 98) : Miguel Hernández[131], Castillan autodidacte, et Gabriel Celaya, Basque par ses origines. Le poète Miguel Hernández avec El rayo que no cesa (La Foudre perpétuelle ou Le Rayon n'a de cesse) (1936) ainsi que Viento del pueblo (Vent du peuple) (1937) et le poète Gabriel Celaya avec L'Espagne en marche, publié à Paris en 1961. Ces poètes civiques opposés au franquisme, l'un comme l'autre sont deux poètes engagés ; « Si je naquis de la terre / Si je suis né d'un ventre humain / Malheureux et pauvre, / Ce ne fut que pour devenir / Le rossignol des malheurs » écrit Hernández. Quant à Celaya, « telle est ma poésie : Poésie-outil / autant que battement unanime et aveugle. / Voici ce qu'elle est : une arme chargée du futur[132]… » « Alors qu'en 1936 un général fasciste inaugure au cri de Mort aux intellectuels les cours de l'université de Salamanque, dans une lettre qui annonce Vent du peuple Hernández écrit : Les poètes sont le vent du peuple […] et le peuple attend les poètes, les oreilles et l'âme tendues au pied de chaque siècle[133]. » Avec eux, la poésie philosophique semble murmurer « tant il est vrai qu'il n'est rien ni personne au monde qui retiendra jamais le Rayon / prisonnier dans sa cage ? »[134], comme le note Miguel Hernández[135].

Au Mexique paraît en 1960, Liberté sur parole (Libertad bajo palabra), du poète mexicain Octavio Paz. Cette nouvelle édition, qui sera publiée en traduction française en 1971, regroupe les grands ensembles Aigle ou soleil ? de 1951 et Pierre de soleil, chant lyrique paru à Mexico en 1957. « Réunissant de la sorte plus de vingt années d'écriture poétique, Liberté sur parole dans sa version définitive, permet d'embrasser d'un seul regard et la variété des champs d'expression et l'originalité d'écriture qui s'y fait jour. [...] Les accents du jeune Octavio Paz sont marqués déjà - et le demeureront - par la lecture attentive des poètes de l'Espagne du Siècle d'or : Góngora au premier chef, dont on retrouve dans Pierre de soleil le goût pour la métaphore sensuelle ; Quevedo, l'âme la plus nocturne de la poésie baroque, métaphysicien de l'amour et de la mort, avec qui Paz nouera un étrange dialogue sous le signe de la fascination et du refus dans Hommage et Profanations, écrit en 1961. [...] Aux injonctions passionnelles, chères à André Breton, répondent ici des formulations presque martelées, des sentences moins opaques : Le poème prépare un ordre amoureux. Je prévois un homme-soleil et une femme-lune, lui libre de son pouvoir, elle libre de son esclavage, et des amours implacables rayant l'espace noir. [...] Pierre de soleil constitue indiscutablement le lieu où viennent se conjuguer et se fondre les rêves individuels de « l'amour fou » et les grandes cosmologies précolombienne, sous le signe de Quetzalcoatl, le serpent sacré, maître des liturgies secrètes et solaires. Ce poème, sans nul doute un des plus riches de l'écrivain, est tout ensemble une sorte de cantique extasié à la gloire de la femme, image charnelle et mentale de l'univers, réconciliation des contraires, et une méditation sur les désastres de l'histoire, cette noirceur du monde qui tente d'offusquer le pur soleil d'Éros. [...] Et d'un même élan, ce cri d'un homme contre le ciel : Il n'y a rien en moi sauf une grande blessure[136].»

Roberto Juarroz avec sa poésie verticale[137] débarque d’Argentine[138] en France dans les années soixante. Michel Camus, auteur des Proverbes du silence et de l'émerveillement 1989[139] se lie d’amitié avec lui et cherche à le faire connaître. En effet, Roberto Juarroz cherche à traduire l’ « incodifiable » verticalité de la transcendance. Par ailleurs, Juarroz renoue avec la démarche proche de celle du poète romantique allemand Novalis, pour lequel la poésie est l’absolu réel. Si Novalis unit le mysticisme à une explication allégorique de la nature, Roberto Juarroz n'a pas d’approche théologique, mais plutôt une démarche métaphysique, une approche transpoétique de l'être en tant qu'être placé dans un « infini sans nom ». Pour Roberto Juarroz, la poésie est « une méditation transcendantale du langage, une vie non fossilisée ou défossilisée du langage ». Dans la lignée de Juarroz, un autre poète argentin né à Buenos Aires en 1942, Hugo Mujica, un ancien de la Trappe, publie en 2014, Vent dans le vent (Viento en el viento)[140].

« Celui qui dit la vérité, il ne dit pratiquement rien », écrit Antonio Porchia, autre poète argentin, né en Italie, auteur d'un unique recueil de sentences (l'ultime version de ce livre-vie date de 1966), il est intitulé Voces (« Voix »)[141]. « Si son écriture n'est pas poésie, écrit Yves Humann, à proprement parler, il ne s'agit pas de philosophie non plus (pour cette raison, on ne parlera pas d'aphorismes)[142] ». On ne peut oublier quelques poètes libertaires, épris d'absolu et ivres de liberté[143], et qui ont beaucoup souffert de leur marginalisation : Armand Robin, auteur de Ma vie sans moi (1940) avec Le monde d'une voix (1968), Boris Vian qui publie un livre, Je ne voudrais pas crever, écrit en 1952[144], Jean Sénac le Franco-Algérien, l'auteur d'Avant-corps[145] (1968) et Jean-Pierre Duprey avec Derrière son double (1950), La Fin et la Manière (1965), et La Forêt sacrilège (1970)[146]. En 1953 est publié au Soleil noir : Héros-Limite du poète d'origine roumaine Ghérasim Luca. À partir de 1973, les philosophes Gilles Deleuze et Félix Guattari lui rendent hommage. Deleuze cite cet ami de Paul Celan dans L'Abécédaire (C. Parnet/P.-A. Boutang) et dans Critique et Clinique, paru en 1993. « Si la parole de Gherasim Luca est ainsi éminemment poétique, c’est parce qu’il fait du bégaiement un affect de la langue, non pas une affection de la parole. C’est toute la langue qui file et varie pour dégager un bloc sonore ultime, un seul souffle à la limite du cri »[147]. Il en parle comme du « plus grand poète de langue française vivant ». Ghérasim Luca disparaît en 1994 dans la Seine, « puisqu'il n'y a plus de place pour les poètes dans ce monde », selon lui[148].

Au XXe siècle & au XXIe siècle en France, entre Est et Ouest, au Proche-Orient et au Maghreb[modifier | modifier le code]

Aux XXe et XXIe siècles, les poètes de langue française qui poursuivent ce courant sont Yves Bonnefoy, André du Bouchet, Roger Munier, Paul Celan et Édouard Glissant.

Le recueil de Bonnefoy, Du mouvement et de l'immobilité de Douve, date de 1953. « Douve intervenait d'abord parmi les quelques personnages d'un projet d'un récit antérieur à L'ordalie: ils y avaient pour mission secrète d'altérer, de ruiner des pans entiers de la figure du monde […] de faire se fissurer le système des représentations. Il y avait d'abord dans Douve toute une virtualité de sens associable à une figure féminine. Dans ce même mot, et tout aussitôt, il y eut aussi "le pressentiment d'une terre, d'une contrée toute bruissante bien qu'encore mêlée de nuit". Douve est aussi la parole. […] La connivence de Douve avec la nuit en fait une figure apparentée à celle d'Eurydice. » Et Bonnefoy de poursuivre dans un monde enfin habitable : « Je ne voulais pas signifier mais faire d'un mot en somme quelconque l'agent de désagrégation de ces systèmes que les signifiants ― comme nous disons aujourd'hui ― ne cessent de mettre en place. […] Un visage, non une essence. En poésie il n'y a jamais que des noms propres[149]. »

En 1961, André du Bouchet publie un premier livre, (livre fondateur), Dans la chaleur vacante. « Le titre révèle deux thèmes majeurs de son œuvre, l'ardeur et le vide, mais un vide ouvert à toutes les potentialités, un pas encore qui réserve l'espoir, parfois déçu, de ce qui pourrait être : "Dans la chaleur qui tremble / toute seule / hors de son feu / il n'y a toujours rien." […] Poète du mouvement et de la volonté, tel L'homme qui marche de Giacometti, il semble poussé par une nécessité intérieure vers un autre côté invisible et peut-être inaccessible. La montagne, le glacier, l'air, les pierres sont les principales composantes de son paysage mental. Gravir la montagne, c'est s'efforcer de maîtriser la langue pour tenter de s'approprier le monde et aller vers le voisinage de l'être. Il ajoute : "Rien ne désaltère mon pas". C'est un livre précurseur qui annonce tout un courant de la poésie contemporaine plus soucieux d'aller à l'essentiel que de séduire par des artifices ou par un lyrisme suranné[150]. »

En 1970, Roger Munier publie Le Seul. Dans sa préface à l'essai, René Char indique : « Le Seul n'est pas choix, dissipation isolée, mais dur commandement intérieur. Nul ne profère celui-ci et aucun n'obéit. Condition première d'une solitude rangée. » « Huit méditations compactes, touffues dont la respiration intérieure exige du lecteur qu'il se dépouille de toute impatience et de tout savoir préalable afin qu'il épouse le mouvement même de la pensée se disant, se cherchant. J'interroge le visible. Je cherche dans le visible une dimension perdue. Car le visible n'est pas tant ce qu'on voit que ce qu'il donne à voir, en le dissimulant. La face du monde, en son éclat est voilée[151].» En 1973, L'Instant paraît : ces textes brefs, « d'allure aphoristique, tiennent tout à la fois du poème et de la méditation spirituelle. [...] L'écriture de Roger Munier dans ces pages denses et étrangement légères ― tendues sur ce dont elles sont la quête et allégées de tout recours extérieur (libres de tout genre) ― parviennent à nous rendre sensible l'épaisseur physique du il y a lorsqu'il n'y a rien d'autre que soi : Sans formes ou sans paroles / il n'y a rien ― que SOI, / et l'arbre n'est pas : l'arbre. (L'Ombre, 1979)[152]. » Roger Munier fut, selon Christine Dupouy, un « passeur, tant par son activité de traducteur (Heidegger, Silesius, Kleist, Paz, Porchia, Juarroz) que de directeur de collection de textes mystiques ("L'Espace intérieur", chez Fayard). Pratiquant également l'essai, philosophique ou critique (Le Parcours oblique, 1979) et le poème. » Il s'exprime aussi grâce au haïku (Arfuyen, Éden)[153]. Il a écrit : « Le monde est le voile éclatant d'une splendeur qui se dérobe. »

Photo d'identité de Paul Celan en 1938.

En 1979 paraît au Nouveau Commerce, aux éditions José Corti en France, dans une traduction de Martine Broda : La Rose de personne (Die Niemandsrose). Le livre de Paul Celan, poète juif de langue allemande et de nationalité française, ami d'Yves Bonnefoy et d'André du Bouchet au comité de la revue L'Éphémère, a été écrit entre 1962 et 1963. Pour Jean Bollack, « Celan s'y est aventuré aux confins de sa poésie, poussant jusqu'à une pointe extrême l'arrachement et la maîtrise de l'abîme. La liberté, issue du vide, convertit la vacuité en abondance, elle prend la mesure d'un pouvoir illimité, de création par la résistance, et vice versa. [...] Dans les poèmes plus larges du cycle IV, le mouvement se fait plus narratif, plus assuré, parfois victorieux, dans des triomphes qui conduisent jusqu'à une résurrection des morts dans le texte, par la justesse du verbe et dans des ripostes contre toutes les formes de la préparation et de la non-dénonciation du meurtre. [...] Le recueil est dédié à la mémoire de Mandelstam, plutôt à ce qui a pu lui être prêté, a posteriori, en fait de mémoire. Le poète russe sera lui-même devenu un autre, revivifié à la hâte par la magie d'un exploit ultime, par un souffle qui parvient à intégrer l'essoufflement[154]. » Pour Martine Broda, « très peu d'années après sa mort, (Celan) occupe déjà une place de tout premier plan dans la littérature mondiale. Issue de l'après-Auschwitz, son œuvre pose quelques-unes des questions majeures de notre temps. [...] La Rose de personne, est un livre sur le destin juif, emblème du tragique de l'histoire contemporaine. [...] Hermétique, cette œuvre l'est, mais pas plus que la bouteille jetée à la mer d'un beau texte de Mandelstam, qui fait retour dans le Discours de Brême[155]. Car, à l'encontre de toute la tradition lyrique allemande, qui se veut monologique, Celan a fait le choix d'une poétique du dialogue, comme une main tendue vers l'autre, dans l'espoir de l'Interlocuteur. Malgré la complexité de son langage, il reste un anti-formaliste. Affirmant très haut le primat des valeurs d'existence et de destin, il repose la question des fins de la poésie en de nouveaux temps de détresse : visée de vérité et visée éthique. Les poèmes, ce sont aussi des cadeaux. Destinés à ceux qui sont attentifs. Des cadeaux qui transportent avec eux du destin[156]. »

Un champ d'îles (1953) & La Terre inquiète (1955) sont les premiers recueils de poèmes publiés par Édouard Glissant, l'homme de Sainte-Marie en Martinique, l'élève d'Aimé Césaire, écrivain, poète et essayiste français. Il est le fondateur des concepts d'« antillanité », de « créolisation » et de « tout-monde ». Il fut « Distinguished Professor » en littérature française, à l'université de la Ville de New York et président de la mission de préfiguration d'un Centre français consacré à la traite, à l'esclavage et à leurs abolitions, le Comité pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage. Il est le créateur du concept de la poétique du divers ; le métissage et toutes les formes d’émancipation et d'une réflexion autour d'une poétique de la Relation, « celle des imaginaires, des langues et des cultures »[157]. « En sa richesse, l'œuvre de Glissant pourra s'étudier en rapport à bien des œuvres et recherches de notre temps[158]. »

Si le Syrien, Adonis[159], esprit laïque « épris d'enracinement et d'ouverture »[160], en rupture avec le monde de la tradition arabe de la poésie, préfère parler de poésie de la pensée, « je marche vers moi et vers tout ce qui vient » écrit-il, le Palestinien Mahmoud Darwich, « par la diversification des références et des symboles, renouvelle un langage poétique recherchant toujours la mélodie harmonieuse du cantique et du psaume. Nouveau journal d'exil de son peuple, ce recueil Plus rares sont les roses est aussi la moisson d'éternité des jours précaires du poète[161]. »

Portrait d'Abdellatif Laâbi en 2011.

La revue politique et culturelle Souffles, dirigée par le poète marocain d'expression française Abdellatif Laâbi est publiée de (1966) à (1972) à Rabat. « Souffles est incontestablement l'une des revues qui ont le plus marqué la physionomie du champ culturel au Maroc et au Maghreb. Aucune autre revue n'a pu d'ailleurs, depuis l'interdiction de Souffles en 1972, ni égaler son action, ni imposer une démarche spécifique tant sur le plan de la création que de la réflexion critique[162]. » « Cette volonté d'indépendance va prélever ses justifications théoriques et idéologiques dans les deux courants dominants de la pensée tiers-mondiste de l'époque : l'œuvre de Frantz Fanon et le mouvement de la négritude. […] Selon Abdallah Bounfour, les idées agitées en son sein ont eu une influence sur plusieurs écrivains, artistes ou militants politiques. Cette influence fut perceptible au niveau du discours des peintres sans atteindre leur pratique ; mais elle fut déterminante dans le domaine de l'écriture, particulièrement chez les arabophones privilégiant les thèmes du réalisme et de l'engagement[163]. »

Joseph Brodsky en 1988.

En 1986, un poète russe naturalisé américain Joseph Brodsky publie en langue anglaise un recueil d'essais et de conférences intitulé Less than one. La traduction française de ce livre Loin de Byzance ne sera publiée qu'en 1998. Son écriture poétique tend vers la poésie philosophique[164], et son travail critique le prouve. Ainsi, « l'ampleur philosophique, il la trouve en étudiant l'alternance des rimes et des vers blancs chez Montale ("Dans l'ombre de Dante, les allitérations cachées de Derek Walcott ("Le Bruit de la marée"), les jeux d'un poème de Wystan Hugh Auden »[165]. Dans son discours de réception du prix Nobel en 1987, Brodsky mentionne quatre noms qui eurent des influences déterminantes en ses travaux : Akhmatova, Auden, Marina Tsvetaïeva et Robert Frost. D'autres influences se lisent dans sa poésie parmi lesquelles T.S. Eliot, Constantin Cavafy, mais sans oublier les poètes-philosophes russes schelligiens du XIXe siècle (Fiodor Tiouttchev, Ievgueni Baratynski) ou encore Ossip Mandelstam et Nikolaï Zabolotski. À celles-ci « se mêle celle des poètes métaphysiques anglais du XVIIIe siècle, notamment de John Donne, qu'il a traduit et auquel est consacrée La Grande Élégie à John Donne, l'un de ses premiers chefs-d'œuvre : le caractère souvent recherché des images et des comparaisons, le contraste de la cérébralité et de la sensualité, de la passion et de l'ironie, du sublime et du trivial rattache sa poésie à l'esthétique du baroque, et s'associe, comme celle-ci, à une vision tragique de l'existence »[166]. À noter que sa première pièce de théâtre Le Marbre (Mramor) est écrite parallèlement à son recueil Uranie publié en 1987. « Le Marbre (1984) est plutôt un traité philosophique en mouvement - ou en enfermement - qu'une pièce de théâtre, une illustration, aussi, des poèmes d'Uranie (d'ailleurs cités de loin en loin)[167]. » Brodsky écrit : « Sur mes prunelles, j'ai une pièce d'or. / La durée des ténèbres me sera brève[168]. »

D’autres œuvres de poètes ont pris le relais de la poésie philosophique, comme celles de Jean-Pierre Faye[169], de Geneviève Clancy avec ses Cahiers de la Nuit et sa poésie oxymorique[170], de Philippe Tancelin et sa Poéthique du silence[171], de Serge Venturini avec les Éclats de sa poétique du devenir[172], parallèlement à l’interrogation et à l’approfondissement inlassables de la théorie du transvisible[173], ou encore des Prémices de François Métais-Panterne, mort prématurément, dont l’expression poétique se charge d’une angoisse ontologique teintée de mysticisme[174].

Avec son poéthique[175], les travaux de Jean-Claude Pinson sont souvent répertoriés comme cheminant entre poésie et philosophie[176]. Il note : « Philosophe et poète », « au fond je n'ai jamais voulu choisir. Ne voulant renoncer ni à la clarté du concept ni à la musique des mots, ni au est de l’ontologie ni au il y a de la poésie, j'ai pris le parti d’habiter l'entre-deux, l’entresol où se trame, entre terre et nuées, la grande affaire que demeure à mes yeux la recherche d'une habitation poétique du monde[177]. » Ces poètes du début du XXIe siècle perpétuent donc, l'antique tradition de la poésie philosophique, mais à contre-histoire de la poésie formaliste d'aujourd'hui. Quand poésie et philosophie se complètent dans leur rapport d'altérité, elles sont inséparables et nous rappellent que « la question de la poésie excède de beaucoup le seul espace du texte »[178].

Selon la philosophe et essayiste espagnole, María Zambrano, élève du philosophe José Ortega y Gasset, « aujourd'hui poésie et pensée nous apparaissent comme deux formes insuffisantes, nous semblent être deux moitiés de l’homme : le philosophe et le poète. L’homme entier n’est pas dans la philosophie ; la totalité de l’humain n’est pas dans la poésie. Dans la poésie nous trouvons directement l’homme concret, individuel. Dans la philosophie l’homme dans son histoire universelle, dans son vouloir être. La poésie est rencontre, don, découverte par la grâce. La philosophie quête, recherche guidée par une méthode[179] ».

George Steiner, quant à lui, observe dans Poésie de la pensée : « Il est ceux qui nient toute différence essentielle. Pour Montaigne, toute « philosophie n'est qu'une poésie sophistique », où le mot « sophistique » nécessite d'être manipulé avec prudence. Il n'est point d'opposition : « Chacune fait la difficulté de l'autre. Ensemble, elles sont la difficulté même de faire sens[180] ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir la controverse avec Michel Onfray, paragraphe 5 : Critique du mot « présocratique » dans l'article en question sur Wikipédia.
  2. George Steiner, Poésie de la pensée, éd. Gallimard 2011, coll. NRF Essais, p. 59.
  3. Friedrich Nietzsche à propos de la noblesse des Odes d'Horace écrit : « On reconnaîtra jusque dans mon Zarathoustra une ambition très sérieuse de style romain, d'« aere perennius » dans le style. — Il n'en a pas été autrement de mon premier contact avec Horace. Jusqu'à présent aucun poète ne m'a procuré le même ravissement artistique que celui que j'ai éprouvé dès l'abord à la lecture d'une ode d'Horace. Dans certaines langues il n'est même pas possible de vouloir ce qui est réalisé ici. Cette mosaïque des mots, où chaque mot par son timbre, sa place dans la phrase, l’idée qu’il exprime, fait rayonner sa force à droite, à gauche et sur l'ensemble, ce minimum dans la somme et le nombre des signes et ce maximum que l'on atteint ainsi dans l'énergie des signes — tout cela est romain, et, si l'on veut m'en croire, noble par excellence. Tout le reste de la poésie devient, à côté de cela, quelque chose de populaire, — un simple bavardage de sentiments… » Friedrich Nietzsche, (Le Crépuscule des idoles ou comment philosopher à coups de marteau, chapitre « Ce que je dois aux anciens » 1888).
  4. cf. Les différents styles d'Antoine Héroët ou de Baltasar Gracián avec le concetto.
  5. Article Annales des Printemps et Automnes, Dictionnaire des œuvres de tous les temps et de tous les pays, tome I, éd. Robert Laffont/Bouquins, p. 261 et p. 1214.
  6. Le Néoconfucianisme au Japon sur wsu.edu
  7. Diwan, poèmes traduits et présentés par Louis Massignon, éd. du Seuil, 1955, et Poèmes mystiques traduits et présentés par Sami-Ali, éd. Albin Michel, 1998.
  8. Selon A. Kilito, article à propos de al-Ma'arri, Dictionnaire universel des littératures, sous la direction de Béatrice Didier, volume 2, Paris 1994, p. 2148-9.
  9. « Mais c'est aussi l'occasion pour l'auteur de brocarder à mots couverts l'eschatologie musulmane traditionnelle, surtout dans ses aspects naïvement matérialistes, de ridiculiser les controverses des théologiens et de développer sa propre conception du salut et du pardon divin. La seconde partie de l'Épître, moins originale dans sa conception, s'ouvre par une violente dénonciation de l'hypocrisie dans les relations sociales, et se poursuit par une réfutation du manichéisme et de diverses autre hérésies. Risalat al-ghufran est un unique livre en son genre dans la littérature arabe classique. » Extrait du Nouveau dictionnaire des œuvres, éd. Bouquins, 1994. p. 2326.
  10. Grégoire de Narek, Paroles à Dieu, introduction, traduction et commentaire d'Annie et Jean-Pierre Mahé, Peeters, La Procure, Paris-Louvain, 2007 (EAN 5559042900144), 486 p. & Grégoire de Narek, Le Livre de Prières, introduction, traduction et notes d'Issac Kéchichian, Éditions du Cerf, coll. « Sources chrétiennes », Paris, 1961, réédité en 2000 (ISBN 2-204-06645-1), 575 p..
  11. Les Quatrains d'Omar Khâyyâm, traduits de l'anglais et présentés par Charles Grolleau, Ed. Charles Corrington, 1902. (Rééd. éditions Champ libre / Ivrea, 1978). (Rééd. éditions 1001 Nuits, 79 p., 1995). (Rééd. éditions Allia, 2008).
  12. Le Langage des oiseaux chez Mantic Uttaïr, ou le Langage des oiseaux, poème de philosophie religieuse, par Farid-Uddin Attar, publié en persan (1857 ; 1863). Réédition : La langue des oiseaux. Farîd Uddîn Attâr. Traduit du persan par Garcin de Tassy, Albin Michel, Paris, 1996. Voir aussi : Le Cantique des Oiseaux d'Attâr, illustré par la peinture en Islam d'orient, traduction intégrale versifiée par Leili Anvar, commentaires iconographiques de Michael Barry, éd. Éditions Diane de Selliers, 2012).
  13. Odes mystiques, éd. Klincksieck, 1973. Extraites du Dîvan-e Shams-e Tabrîz, dédiées à son maître Shams, et Le livre du dedans (Fîhi-mâ-fihî), éd. Sindbad, 1975 (réédité en 1982 et en 1997, Albin Michel, coll. Spiritualités vivantes).
  14. Tabrizi, Shams-i. Me & Rumi : The Autobiography of Shams-i Tabrīzīi, édité par William Chittick. Louisville: Fons Vitae, 2004.
  15. Bibliographie, traduction et commentaires récents : Le Divân, Hâfez de Chiraz par Charles-Henri de Fouchécour, 2006, Verdier poche, Paris. (Ouvrage de référence)
  16. Trad. bilingue de Jacqueline Risset : L'Enfer, Flammarion, 1985. ; Le Purgatoire, Flammarion, 1988 ; Le Paradis, Flammarion, 1990.
  17. Dante et la philosophie d'Étienne Gilson, éd. Librairie philosophique J. Vrin, Paris 1972, (Troisième édition) p. 3.
  18. Jacqueline Risset, Dante, une vie, éd. Flammarion, Paris 1995, (ISBN 9782082115582), p. 75.
  19. Article Canzoniere de Pétrarque, Le Nouveau dictionnaire des œuvres, tome I de A à C, éd. Laffont-Bompiani, Paris 1994, pp. 845-846.
  20. Parmi les traces poétiques de Christine de Pisan, on peut retenir parmi les ballades : la célèbre Seulete sui et seulete vueil estre..., la ballade écrite après l'apparition de la folie de Charles VI, Nous devons bien sur tout autre dommage..., Mon doulz ami..., puis parmi les "Jeux à vendre" qui consistaient à répondre, en improvisant, à un vers lancé par un partenaire - et commençant par "Je vous vends"... - par autant de vers que l'on veut à condition de faire rimer son premier vers avec le vers proposé : Je vous vens la passe rose..., je vous vens l'aloe..., Je vous vens la fleur d'ancolie..., etc., parmi les virelais, La grant doulour que je porte..., et surtout Les cent ballades d'Amant et de Dame (La Dame (XXVIII) et L'Amant (XXIX)...
  21. Michel Cazenave, Anthologie de la poésie française du XIIe siècle au XXe siècle, éd. Hachette Paris 1994, (ISBN 9782012351127) p. 315.
  22. Michel Cazenave, Anthologie de la poésie française du XIIe siècle au XXe siècle, éd. Hachette Paris 1994, (ISBN 9782012351127) p. 334. Charles d'Orléans excelle surtout dans les rondeaux : Ma seule amour..., Votre bouche dit..., Maistre Estienne Le Gout..., J'aime qui m'ayme..., Le temps a laissié son manteau.... Mais aussi parmi les ballades : En regardant vers le païs de France..., Escollier de Merencolie..., la célèbre Je n'ai plus soif, tairie est la fontaine..., etc.
  23. Article Stances sur la mort de son père, Le nouveau dictionnaire des œuvres, op. cit. p. 6873.
  24. « Sur terre , c'est le règne de la mort, et l'oubli a raison de tout. Qu'est-il advenu de Troie et de Rome ?... Où êtes-vous, Jean II de Castille, et vous infant d'Aragon ? La mort surgit sans qu'on la voie venir : cependant, il n'en fut pas ainsi de don Rodrigo Manrique, le sage et le pieux, qui combattit pour le triomphe de la Croix et pour son roi. » op. cit., Le Nouveau dictionnaire des œuvres, p. 6873.
  25. Article Manrique Jorge, Dictionnaire universel des littératures, PUF, p. 2220.
  26. Ballade des menus propos, François Villon, Œuvres II, éd. Honoré Champion, Paris 1978, p. 316.
  27. François Villon, La poésie en liberté, anthologie de la poésie française du XIIe siècle au XXe siècle, éd. Hachette Paris 1994, (ISBN 9782012351127) p. 377.
  28. La Ballade des pendus, texte immense et profonde méditation sur la condition humaine en est un bel et haut exemple.
  29. Article François Villon, Dictionnaire universel des littératures, éd. PUF, 1994, pp. 4049-4052.
  30. Michel-Ange, Poèmes, choisis, présentés et traduits par Pierre Leyris, éd Mazarine, Paris 1984 (ISBN 9782070326877), p. 23.
  31. Article Sonnets de Louise Labé, Le Nouveau Dictionnaire des œuvres, vol. VI, éd. Robert Laffont, Paris 1994, pp. 6808-6809.
  32. Charles Dédéyan, « Henri II, la Franciade, et les Hymnes de 1555-1556 », B.H.R., 9, 1947, p. 114-128.
  33. Jean Céard, Daniel Ménager, Michel Simonin, Ronsard. Œuvres complètes, Paris, Gallimard, 1994,"La Pléiade", t. II, p. 432-654.
  34. Les Tragiques, Éd. Frank Lestringant, Paris, Gallimard, 1995 (ISBN 978-2-07-073724-6) « Texte en ligne »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)
  35. Angelus Silesius, L'errant chérubinique, traduction de Roger Munier, éd. Arfuyen, 1993, p. 65.
  36. « Les années 1652-1653 sont une charnière dans la vie de Scheffler : ce luthérien se convertit au catholicisme, » selon R. Edighoffer, Dictionnaire Universel des Littératures, éd. PUF, volume I p. 153.
  37. Article Pèlerin chérubinique, dans le Nouveau Dictionnaire des Œuvres, éd. Bouquins, p. 5440.
  38. op. cit., 4e de couv. du livre d'Angelus Silesius, L'errant chérubinique, trad. de Roger Munier, Éditions Arfuyen, 1993
  39. Le nouveau dictionnaire des œuvres, tome VI, op. cit., p. 6809-6910.
  40. Dictionnaire universel des littératures, de P à Z, volume III, PUF, p. 3497-3498.
  41. La Fontaine, Erwana Brin, Fables (tome 2), Nouvelle librairie de France, Collection nationale des grands auteurs de la Nouvelle librairie de France, 1999.
  42. Bashō reprend le hokku ou premier tercet 5-7-5 (mais pris comme poème à part entière), le kigo ou mot de saison, le kireji ou mot de césure, tous hérités de la poésie ludique depuis Sōkan.
  43. Trad. Serge Venturini, Éclats d'une poétique du devenir humain, 1976-1999, (Livre I), Éditions L'Harmattan, coll. « Poètes des cinq continents », Paris, 2000 (OCLC 44448871).
    Livre dédié à Paul Celan
  44. Extrait du livre de Serge Venturini, Éclats I, no 353, p. 93.
  45. John Donne, Paradoxes and Problems, Helen Peters (éd.), Oxford University Press, 1980. En traduction française : John Donne, Paradoxes et Problèmes, par Pierre Alfieri, Allia, 1994.
  46. Choix, présentation et traduction de Jacques Darras, 2013, Le Mariage du Ciel et de l'Enfer et autres poèmes (bilingue), éd. NRF Gallimard (ISBN 9782070448944), p. 7.
  47. op. cit. p. 17.
  48. op. cit. p. 10.
  49. La Henriade, O. R. Taylor, Éd., Genève, Inst. & Musée Voltaire, 1965.
  50. Bengescu, George. Voltaire, bibliographie de ses œuvres, Paris: Perrin, 1882-1890 (Reproduction anastatique: Nendeln, Liechtenstein: Kraus Reprint, 1977-1979 (4 volumes).[t. 1. Théâtre. Poésies. Grands ouvrages historiques. Dictionnaire philosophique et Questions sur l'Encyclopédie. Romans.]
  51. Article Poésies de Schiller, Le Nouveau dictionnaire des œuvres, tome V, de P à S, éd. Bouquins, pp. 5806-5807.
  52. Dominique Combe remarque à propos de l'éclatement et de la refonte des genres, du transgenre contemporain (cf. liens externes 2) : «… qui lit encore pour le plaisir, en dehors des nécessités académiques, les Destinées de Vigny ? Cette regrettable désaffection pour le poème philosophique, autrefois « grand genre », genre majeur au même titre que l’épopée ou la tragédie, provient d’une complète refonte du système des genres en vigueur dans la poésie contemporaine. »
  53. Méditations poétiques (1820) dont « Le Lac », « L'Isolement » et les « Harmonies poétiques ».
  54. On ne peut pas ne pas citer ici les premières lignes d'Aurélia ou le rêve et la vie, (1855) : « Le Rêve est une seconde vie. Je n'ai pu percer sans frémir ces portes d'ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible. Les premiers instants du sommeil sont l'image de la mort ; un engourdissement nébuleux saisit notre pensée, et nous ne pouvons déterminer l'instant précis où le moi, sous une autre forme continue l'œuvre de l'existence. C'est un souterrain vague qui s'éclaire peu à peu et où se dégagent de l'ombre et de la nuit les pâles figures gravement immobiles qui habitent le séjour des limbes. Puis le tableau se forme, une clarté nouvelle illumine et fait jouer ces apparitions bizarres ; — le monde des Esprits s'ouvre pour nous. »
  55. Phrase extraite du livre : Les Filles du feu.
  56. Article Feuilles d'herbe du Nouveau dictionnaire des œuvres de tous les temps et de tous les pays, volume III, éd. Bouquins Robert Laffont, p. 2758.
  57. Walt Whitman, Feuilles d'herbe, trad. et présentation de Jacques Darras, nrf coll. Poésie/Gallimard, 2002, (ISBN 978-2-07-041543-4), p. 15.
  58. op. cit. p. 23.
  59. Article Walt Whitman dans le Dictionnaire universel des littératures, tome III, P à Z, sous la direction de Béatrice Didier, éd. PUF, avril 1994, p. 4121.
  60. 1837 : Les Voix intérieures ; 1840 : Les Rayons et les Ombres ; 1853 : Les Châtiments ; 1856 : Les Contemplations
  61. Fusées (1851), journal intime.
  62. Rimbaud - Œuvres complètes, édition établie, présentée et annotée par Antoine Adam, NRF/Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris, 1979, 1 250 p.
  63. op. cit. p. 24.
  64. Jean-Luc Steinmetz, Lautréamont, Œuvres Complètes, Gallimard, Pléiade, 2009.
  65. Voir l’article « Sully Prudhomme » in Philippe Van Tieghem, Dictionnaire des littératures, vol. 4, Paris, PUF, 1968.
  66. La Mort d'Empédocle, traduction et introduction d'André Babelon, Paris, Gallimard, 1929 et Œuvres, édition publiée sous la direction de Philippe Jaccottet, avant-propos de Philippe Jaccottet, traduction de Ph. Jaccottet, D. Naville, Gustave Roud, Robert Rovini, François Fédier, Michel Deguy, André du Bouchet, Paris, Gallimard, "La Pléiade", 1967. Cette édition se fonde sur la StA, et pour son plan chronologique sur l’édition Hellingrath.
  67. Hymnes à la nuit et Cantiques spirituels, traduction de l'allemand et présentation par Raymond Voyat, Éditions de la Différence, coll. « Orphée », Paris, 1990.
  68. Friedrich Nietzsche, Dithyrambes de Dionysos, poèmes et fragments poétiques posthumes (1882-1888), éd. Bilingue, Textes et variantes établis par G. Colli & M. Montanari, traduits de l’allemand par Jean-Claude Hémery, NRF Gallimard 1975.
  69. Ainsi parlait Zarathoustra (Un livre pour tous et pour personne) (en allemand : Also sprach Zarathustra. Ein Buch für Alle und Keinen) est un long poème philosophique, publié entre 1883 et 1885.
  70. Selon la présentation faite sur France Culture du 21. 11. 3013.[1]
  71. Œuvres poétiques et théâtrales, édition sous la dir. de Gerald Stieg (avec la participation de Claude David pour les "Œuvres théâtrales"), traductions de Rémy Colombat, Jean-Claude Crespy, Dominique Iehl, Marc de Launay, etc. Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1997.
  72. Résumé du 4e de couv. du livre de Shelley, Défense de la poésie, éd. Rivages/édition de poche, Paris 2011, (ISBN 978-2743622060)
  73. Article Défense de la poésie [A Defence of poetry], Le nouveau dictionnaire des œuvres, op. cit. éd. Bouquins, tome II, p. 1692.
  74. Eugène Onéguine de Pouchkine, trad. André Markowicz, préf. Michaël Meylac, post. André Markowicz), Eugène Onéguine [« Евгений Онегин »], Arles, Actes Sud (roman en vers), coll. « Babel » (no 924), 2005 (1re éd. 2005), poche, 380 p. (ISBN 978-2-7427-7784-6)
  75. Article Poésies de Tiouttchev, Le Nouveau Dictionnaire Des Œuvres, tome V, de P à S, éd. Robert Laffont, Paris 1994, p. 5813.
  76. François Cornillot, Tiouttchev : Poète-Philosophe, Lille, 1974 ; Du Feu V. N. Tiutcheff, premier symboliste russe // Langue et littérature. Actes du VIIIe congrès de la Fédération Internationale des Langues et littératures Modernes. – Paris, 1961. – p. 330-331 ; Léon Robel, « Tjutčev et la nausée. Histoire et philosophie d’un quatrain », Cahiers du monde russe et soviétique, vol. II, no 3, 1961, p. 386–394 ; Dmitri Stremooukhoff, La poésie et l'idéologie de Tiouttchev, 1937 ; Vogüé E. La poésie idéaliste en Russie. F. I. Tutchef // Vogüé E. Regards historiques et littéraires. – P., 1892. – p. 291–307
  77. Article Tiouttchev Fiodor Ivanovitch, Dictionnaire universel des littératures, de P à Z, éd. PUF, p. 3849.
  78. Poésie russe, Anthologie du XVIIIe au XXe siècle, présentée par Efim Etkind, La Découverte/Maspero, Paris, 1983 (ISBN 2-7071-1325-5), « L'Âge d'or de la poésie russe », p. 95-103 (édition de référence)
  79. Tristia et autres poèmes, traduit du russe par François Kerel, Gallimard, 1975
  80. Joseph Brodsky, Poèmes (1961-1987), NRF, Gallimard, 1987 (ISBN 9782070712540)
  81. Arseni Tarkovski, L'avenir seul, Poèmes traduits et présentés par Christian Mouze, postface d'Anna Akhmatova, éd fario, oct. 2013, (ISBN 9791091902069), pp. 8-9.
  82. Il est l'auteur d'un essai (thèse importante de critique mandelstamienne sous la direction d'Efim Etkind) : Nikita Struve, Ossip Mandelstam, éd. Institut d'études slaves, Paris 1982, (ISBN 9782720401763), 306 p. 
  83. Le Nouveau Dictionnaire des Œuvres, op. cit. pp. 5575-76.
  84. op. cit. p. 5576.
  85. Article Mandelstam Ossip, Dictionnaire universel des littératures, PUF, p. 2210.
  86. Quelques traductions dans La poésie arménienne, Anthologie des origines à nos jours, (pages 246-285), Les Éditeurs Français Réunis, 1973 (épuisé) (traducteurs : Jacques Gaucheron, Gérard Hékimian et Rouben Mélik).
  87. Que la lumière soit !, Denis Donikian (trad.), collection Arménies, Éditions Parenthèses, avril 1988.
  88. L’Offrande lyrique (Gitanjali, 1910, Song Offerings), NRF, 1913. Traduction de l'anglais par André Gide & L'Offrande lyrique, La Corbeille de fruits, Gallimard, 1971 (ISBN 2070317889 et 978-2070317882)
  89. en ligne par Gilles-Claude Thériault (extraits)
  90. Article Offrande lyrique (L'), Le Nouveau Dictionnaire des Œuvres, tome IV, op. cit. p. 5172.
  91. Le Prophète de Khalil Gibran, trad. Salah Stétié, éd. La renaissance du livre, 2002 (ISBN 2-8046-0633-3).
  92. Le Nouveau dictionnaire des Œuvres, coll. Bouquins, éd. Robert Laffont 1994, tome V, p. 6044.
  93. « Un soir nous marchons le long d’une colline,
    en silence. Dans l'ombre du crépuscule qui s'achève,
    mon cousin est un géant habillé tout de blanc,
    qui marche d'un pas calme, le visage bronzé,
    taciturne. Le silence c'est là notre force.
    Un de nos ancêtres a dû être bien seul
    — un grand homme entouré d’imbéciles ou un malheureux fou —
    pour enseigner aux siens un silence si grand. »

    — incipit des Mers du Sud, dans Cesare Pavese, Travailler fatigue La mort viendra et elle aura tes yeux, Poésie/Gallimard, 1979, page 27

  94. ...à juste titre, car les beautés altières qu'on y découvre à chaque page, le stoïcisme viril qui l'imprègne de bout en bout, la manière si pleine de représenter le vide, l'art si intense des silences et des pauses, assurent à ce recueil une place unique dans la poésie italienne et européenne, à mi-chemin entre l'hermétisme des uns et le populisme des autres : œuvre suspendue entre le réel et l'irréel, rêve éveillé, mélange de feu et de glace, exemple inimité de stupeur extatique et de hiératisme [2] passionné. (Dominique Fernandez, préface à Travailler fatigue, NRF Poésie/ Gallimard, p. 17-18.)
  95. L'involution est patente. Dans ces vers, qui s'enchaînent avec la fraîcheur surannée de rengaines et le charme alangui des valses lentes d'autrefois, il semble que Pavese non seulement oublie, mais renie toute l'époque de Travailler fatigue, le dur labeur de régénérer la poésie par des œuvres sévères et contrôlées. Les romances de 1945 et 1950 marquent un retour pur et simple, d'une part au sensualisme aimablement mélodieux de D'Annunzio ("La pluie tombera encore / sur tes doux pavés, / une pluie légère / comme un souffle ou un pas"), d'autre part à la ritournelle, à la chansonnette, à ce café-concert dont Pavese, dans sa jeunesse, était si grand amateur. "Tu es la vie et la mort." "Ton pas léger / a rouvert la douleur." (Préface de Dominique Fernandez, Poésie/Gallimard, op. cit. p. 16-17.)
  96. Il s'agit d'un livre important de Pavese qui a beaucoup réfléchi et travaillé sur les mythes et leur anthropologie structurale : Les dialogues avec Leuco. [3]
  97. Cesare Pavese, Poésies I, Lavorare Stanca, Travailler fatigue, coll. « Poésie du monde entier », NRF Gallimard Paris 1969, pp. 22-23.
  98. Cesare Pavese, Travailler fatigue, La mort viendra et elle aura tes yeux, préface de Dominique Fernandez, Traduction de Gilles de Van, NRF Gallimard, 1993 p. 207.
  99. Laurent Terzieff, Cahiers de vie, éd. Gallimard Paris 2011. (ISBN 9782070135424) p. 146-148.
  100. Le poème est extrait de Charmes (1922)
  101. « L'exemple le plus typique de prélangage dans toute l'œuvre de Michaux est le célèbre poème Le Grand Combat (vingt et un vers parus en mai 1927 dans la N.R.F., entre un texte de Proust et un texte de Valéry) : Il l'emparouille et l'endosque contre terre ; / Il le rague et le roupète jusqu'à son drâle ; / Il le pratèle et le libucque et lui barufle les ouillais ; / Il le tocarde et le marmine, le manage rape à ri et ripe à ra. / Enfin il l'écorcobalisse. » (Dictionnaire universel des littératures, Volume V, de P à S, éd. PUF, Paris 1994, p. 6151.)
  102. Qui je fus, 1927. Œuvres complètes, tome I, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1998.
  103. Celui qui déclara qu'il n'était pas philosophe, ni métaphysicien et… qu'il aimait le vin pur, écrira : Speaker Icon.svg [vidéo] Disponible sur YouTube « J'ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé,/Couché avec ton fantôme/Qu'il ne me reste plus peut-être,/Et pourtant, qu'à être fantôme/Parmi les fantômes et plus ombre/Cent fois que l'ombre qui se promène/Et se promènera allègrement/Sur le cadran solaire de ta vie. » Et plus tard, en 1945, ce poète de l'amour écrira en son dernier poème trouvé sur lui à sa mort : « Ombre parmi les ombres//J'ai tellement rêvé de toi/J'ai tellement marché, tellement parlé,/Tellement aimé ton ombre,/Qu'il ne me reste plus rien de toi,/Il me reste d'être l'ombre parmi les ombres,/D'être cent fois plus ombre que l'ombre,/D'être l'ombre qui viendra et reviendra/Dans ta vie ensoleillée. » « Corps et biens, entendez : se perdre corps et biens. Cela se dit d'un vaisseau dont la cargaison est anéantie avec l'équipage entier. Un vaisseau qui ressemble étrangement au Bateau ivre de Rimbaud. Desnos n'enferme rien de moins que dix années d'expérience poétique. Sorte de mélange détonant où le désespoir, la colère et l'ironie la plus sauvage ont leur mot à dire jusqu'à l'exhaustion. » (Le nouveau dictionnaire des œuvres, tome II, éd. Bouquins, Paris 1994, p. 1493.)
  104. Aimé Césaire, Cahier d'un retour au pays natal 1939, Revue Volontés no 20, Pierre Bordas 1947, Présence africaine, Paris 1956. (Long poème philosophique et politique) [Ouvrage de référence]
  105. « À Fresnes en 1942, il écrit son premier texte, Le Condamné à mort, long poème en alexandrins à la gloire d'un ami guillotiné. » (Extrait de l'article Jean Genet 1910-1986, signé M. Autrand, du Dictionnaire universel des littératures, de G à O, éd. PUF, tome II, Paris 1994, p. 1307.
  106. « Les premiers textes furent composés sur les tables des bistrots pour la délectation de ses amis. D'autres poèmes furent ronéotypés et circulèrent dans les auberges de jeunesse. À Reims fut entrepris un assemblage méthodique par de jeunes philosophes qui plus tard allaient fonder le Collège de Pataphysique. » (Extrait de l'article Paroles, Nouveau dictionnaire des œuvres, tome IV, éd. Bouquins, p. 5356.)
  107. op. cit., p. 5356.
  108. René Char, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, «Bibliothèque de la Pléiade», 1983 ; édition revue en 1995. Introduction de Jean Roudaut. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  109. (XXX, dans Fureur et Mystère, Seuls demeurent, éd. de la Pléiade, Paris 1988, p. 162.)
  110. Poème de René Char, extrait de Dans la marche, dans La Parole en archipel, éd. La Pléiade, Paris 1988, p. 411.
  111. Éd. de la Pléiade, NRF/Gallimard, Paris 1988, p. 204.
  112. Op. cit., p. 200.
  113. Op. cit. p. 192 et p. 169
  114. Op. cit. p. 182.
  115. Gaëtan Picon, L'usage de la lecture, éd. Mercure de France, Paris, 1979, (article : René Char & l'avenir de la poésie), p. 121.
  116. Article René Char, Dictionnaire universel des littératures, éd. PUF, p. 679-680.
  117. René Char, "Post-merci" dans À une sérénité crispée, éd. Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1983, p. 760.
  118. « Je donne, écrit-il, à toute forme de vie corps et visage humains, afin de lui faire révéler ses secrets. Cela, tous les poètes l'ont fait mais dans un but flou et spécifiquement esthétique alors que j'y mets une intention philosophique avec le but défini de découvrir du nouveau. » (Cité dans l'article du Nouveau dictionnaire des œuvres, volume V, éd. Bouquins, p. 6626-7.)
  119. Le nouveau dictionnaire des œuvres de tous les temps et de tous les pays, volume V, éd. Bouquins Robert Laffont, Paris 1994, (ISBN 9782221077139) p. 6626.
  120. Nul ne peut nier la beauté tragique de cette poésie en prose, prose philosophique dans sa recherche de l'être : « Mais nul autre peintre que van Gogh n'aura su comme lui trouver, pour peindre ses corbeaux, ce noir de truffes, ce noir de "gueuleton riche" et en même temps comme excrémentiel des ailes des corps surpris par la lueur descendante du soir. / Et quoi en bas se plaint la terre sous les ailes des corbeaux fastes, fastes pour le seul van Gogh sans doute et, d'autre part, fastueux augure d'un mal qui, lui, ne le touchera plus ? / Car nul jusque-là n'avait comme lui fait de la terre ce linge sale, tordu de vin et de sang trempé. / Le ciel du tableau est très bas, écrasé, violacé, comme des bas-côtés de foudre. La frange ténébreuse insolite du vide montant après l'éclair. » Antonin Artaud, Œuvres complètes, tome XIII, NRF/Gallimard, Paris 1974, rééd. 1996, p. 27
  121. Pierre Brunel, article sur Antonin Artaud, Dictionnaire universel des littératures, de A à F, volume I, éd. PUF, p. 217.
  122. Antonin Artaud, L'Ombilic des Limbes suivi de Le Pèse-nerfs et autres textes, éd. Poésie/Gallimard, 1971, p. 24.
  123. Le poète, selon ses écrits critiques, se doit de rapprocher deux mots au sens éloigné l'un de l'autre pour créer une sorte de choc visuel sur la page et intellectuel du même coup. Picasso dira ainsi que Reverdy écrivait à ses yeux comme un peintre. Il n'abandonnera jamais cet idéal d'écriture choisi à l'époque cubiste et ce parti pris aura eu une influence décisive sur tous les grands poètes qui le suivront, au premier chef ceux du surréalisme qui le saluèrent comme un maître de l'image.
  124. Extrait de l'article : Pierre Reverdy. Dictionnaire universel des littératures, vol. 3, op. cit. p. 3172.
  125. Pierre Reverdy, par Jean Rousselot & Michel Manoll, coll. Poètes d'aujourd'hui, Éditions Seghers, no 25, Paris 1970, p. 63.
  126. « L'enseignement à Bologne du critique d'art Roberto Longhi, puis la découverte du sous-prolétariat romain furent deux expériences capitales du jeune Pasolini, et leur juxtaposition donne bien la mesure de ses conflits. Le scandale de la paupérisation et le culte voluptueux des corps, de leur grâce atroce, élèvent, dans Les Cendres de Gramsci, un « autre » chant, loin de l'élégance hermétique alors prépondérante et de ses recherches néo-symbolistes. » (Article Poésies 1943-1970 du Nouveau dictionnaire des œuvres de tous les temps et de tous les pays, tome V, éd. Bouquins, Paris 1994. (ISBN 9782221077139) p. 5823)
  127. Dictionnaire universel des littératures (Volume III, de P à Z), éd. PUF, Paris 1994, p. 2731.
  128. Dictionnaire universel des littératures (Volume III, de P à Z), éd. PUF, Paris 1994, p. 3205.
  129. Dictionnaire universel des littératures (Volume III, de P à Z), éd. PUF, Paris 1994, p. 2691.
  130. (Volume I, de A à F), éd. PUF, Paris 1994, p. 628.
  131. Il est fort dommage que ce poète soit réduit au cliché du poète-berger ainsi qu'à l'émouvante et unique Berceuse de l'oignon (Nana de la cebolla).
  132. Cf. l'Index du Nouveau dictionnaire des œuvres de tous les temps et de tous les pays, tome VII, éd. Bouquins/Laffont-Bompiani, Paris 1994, articles : Hernández, p. 2882 & p. 7413 Celaya p. 2372
  133. Op. cit. p. 7413.
  134. op. cit. p. 7413
  135. « Sa réceptivité, quasi mimétique, à l'égard des mouvements d'avant-garde et son adhésion à son époque en font un poète exemplaire : tout le problème du rapport du langage avec l'histoire et l'idéologie se pose à travers lui. […] M. Hernández, qui ne sera jamais doctrinaire, ni théoricien, s'engage dans une poésie plus humaine et sociale. […] Vent du peuple et L'Homme aux aguets, les deux recueils écrits entre 1936 et 1938, portent le sceau de cette quête révolutionnaire d'un langage adéquat à son objet, sans renoncer jamais à l'exaltation de la chair et de la vie, puisque l'individu, le monde, le langage et l'art ne sont plus dissociés. Ses poèmes, dont l'impact est énorme, et, à un degré moindre, son théâtre de guerre, manifestent une exceptionnelle plénitude. » (Article de Serge Salaün, Dictionnaire universel des littératures, éd. PUF, volume 2, de G à O, p. 1522.)
  136. Article Liberté sur parole, Le Nouveau Dictionnaire des Œuvres, tome IV, éd. Bouquins, p. 4109-4110.
  137. Quinze volumes de poésie verticale, édition bilingue, Paris, Éditions José Corti
  138. On ne peut pas ne pas citer ici l'œuvre poétique de Jorge Luis Borges. Rien qu'un poème comme Art poétique dévoile la profondeur de son regard et l'ampleur de sa culture : [4]. Ses poèmes sont regroupés dans Anthologie poétique 1923-1977. Il écrit dans un essai : « Le temps est la substance dont je suis fait./Le temps est un fleuve qui m'emporte, mais je suis le fleuve./C'est un tigre qui me dévore, mais je suis le tigre./C'est un feu qui me consume, mais je suis le feu.» (Une nouvelle réfutation du temps, 1947).
  139. Proverbes du silence et de l'émerveillement, éd. Lettres vives, Paris, 1989 (ISBN 290372136X)
  140. Hugo Mujica, Vent dans le vent, trad. Rodolphe Larrain et Annie Salager, Voix Vives en Méditerranée, éd. Al Manar, juin 2014, (ISBN 978-2-36426-034-4)
  141. Voix par Antonio Porchia, traduit par Roger Caillois. Éd. Fata Morgana 1992.
  142. Cf.
  143. « Las ! au bas des berges de l'absolu s'abattent des formes harassées, affamées, imminents cadavres d'âmes ! O Rimbaud ! Il fallut tant payer pour le passage que plus rien ne te restera pour le but. » (Armand Robin, 1943, cité par Alain Bourdon, Poètes d'aujourd'hui, éd. Seghers, 1981,p. 53.) « Et d’être libre comme est libre celui qui est libre alors même qu’on le croit en prison, / Et qui refuse jusqu'à son nom bien mérité d’homme libre pour en garder le bénéfice. (Jean-Pierre Duprey, La Fin et la manière) »
  144. « Dans la lignée d'un Jarry moins sophistiqué, des Queneau et Ionesco qu'il rencontrait au Collège de Pataphysique, son anarchisme spontané installe toujours au premier plan les claires évidences de la fraîcheur concrète, du plaisir, de la liberté dans leur lutte en général malheureuse contre les puissances inhumaines de la cruauté, de la guerre et de l'intellectualité. Ennemi de tout réalisme et de tout engagement, cet univers, souvent féérique au départ, sombre peu à peu dans l'angoisse et la mort, à moins que ne le sauve l'humour d'un éclat de rire. Car jusqu'au bout chez Vian garde ses droits un humour, au fil des œuvres, de plus en plus héroïque et pudiquement bouleversant. » (Dictionnaire universel des littératures, tome III, de P à Z, éd. PUF, Paris 1994, p. 4019).
  145. « La poésie de Jean Sénac recèle cette faculté étrange de marier engagement politique et expérience métaphysique. Ses "strophes jaculatoires" disent l'homme à naître, le corps sauvé ; elles annoncent le baptême, la purification dans le bleu, la mer, bref, sur une "Terre seconde" (selon la formule d'Yves Bonnefoy solaire, réconciliée. » (Extrait de l'article Avant-corps, Nouveau dictionnaire des œuvres, éd. Bouquins, tome 1, p. 519, Paris, 1994.
  146. Pierre Seghers, Poètes maudits d'aujourd'hui 1946-1970, éd. Seghers, Paris 1972. Cette anthologie regroupe Antonin Artaud, Gilberte H. Dallas, Jean-Pierre Duprey, André Frédérique, Roger Millot, Gérald Neveu, Jacques Prevel, André de Richaud, Roger-Arnould Rivière, Armand Robin, Jean-Philippe Salabreuil & Ilarie Voronca.
  147. ([À propos de Je t’aime passionnément] Gilles Deleuze, Critique et clinique, coll. « Paradoxe », Éditions de Minuit, Paris 1993 (ISBN 978-2707314536) p. 139 ». [5]
  148. « Le 9 février 1994, Ghérasim Luca envoie un ultime message à sa compagne, Micheline Catti, avant de se jeter dans la Seine. » Ghérasim Luca, éd. Jean-Michel Place/poésie, Paris 2001. (ISBN 9782858936465) p. 117.
  149. Article Poèmes de Bonnefoy, Nouveau dictionnaire des œuvres, tome V, éd. Bouquins/Robert Laffont, Paris 1994, p. 5649
  150. Article Dans la chaleur vacante, Nouveau dictionnaire des œuvres, tome II, éd. Bouquins/Robert Laffont, Paris 1994, p. 1658
  151. Le nouveau dictionnaire des œuvres, op. cit. , p. 6678.
  152. op. cit. p. 3606.
  153. Article Roger Munier, Dictionnaire universel des littératures, PUF, p. 2456.
  154. Article Rose de personne, Nouveau dictionnaire des œuvres, tome V, éd. Bouquins/Robert Laffont, Paris 1994, pp. 6457-6458
  155. Toujours selon Martine Broda, « Paul Celan serait un Kafka d'après le nazisme, dans un conflit singulièrement aggravé. C'est dans le Discours de Brême qu'il parle de son rapport problématique à la langue allemande : Accessible, proche, et non-perdue, demeura ceci seul : la langue. Elle, la langue, fut non-perdue, malgré tout. Mais elle dut alors traverser son propre manque de réponses, traverser un mutisme effroyable, traverser les mille ténèbres des discours meurtriers. Elle traversa et ne trouva de mots pour ce qui se passait, mais elle traversa ce passage et put enfin ressurgir au jour, "enrichie" de tout cela. Le conflit qui a déchiré Celan et l'a peut-être tué est bien ce qui a rendu son travail d'écrivain inouï. Pour ce polyglotte, ce bilingue, qui continuait de croire en "l'unicité fatale" de la langue de poésie, l'allemand était, au sens plein du terme, la langue maternelle. Mais aussi la langue des bourreaux, entachée d'infamie. La langue dans laquelle il écrit est inséparablement langue-mère à réparer, maintenue vive à toute force dans l'exil, et marâtre à meurtrir, qu'il désarticule et porte jusqu'aux limites de l'étrange, où se tient la plus grande poésie, qui est rarement celle des heureux propriétaires de la langue. » op. cit. p. 634.
  156. Article Celan, Paul, Dictionnaire universel des littératures, tome I, de A à F, éd. PUF, Paris 1994, p. 634-635.
  157. http://edouardglissant.fr/prixedouardglissant2012.html
  158. Article Glissant Édouard, Dictionnaire universel des littératures, tome II, de G à O, éd. PUF, p. 1334.
  159. Mémoire du vent (Poèmes 1957-1990), Poésie/Gallimard.
  160. Les lumières impénitentes d'Adonis, émission d'Antoine Perraud sur France Culture, [6].
  161. Article du Nouveau dictionnaire des œuvres, tome V, éd. Bouquins/Robert Laffont, Paris 1994, p. 5640.
  162. Article Souffles, du Nouveau dictionnaire des œuvres, tome VI, éd. Bouquins/Robert Laffont, Paris 1994, p. 6828
  163. Article Souffles, Dictionnaire universel des littératures, volume III, de P à Z, éd. PUF, Paris 1994, p. 3592-93
  164. Selon Pierre Emmanuel dans sa préface à Collines et autres poèmes, Éditions du Seuil (p. 24) en 1966, « par la nature spirituelle de ces images, le lecteur saisira pourquoi Brodsky, poète métaphysique, est un scandale pour la culture officielle en URSS, alors que la poésie dite philosophique, à base d'humanisme futuriste et sentimental, est reconnue comme avant-garde littéraire. Pourtant, parmi les poètes russes que nous connaissons, Brodsky est le seul vrai penseur : davantage, le seul vrai penseur russe. »
  165. Article du Nouveau dictionnaire des œuvres, tome IV, éd. Bouquins/Robert Laffont, Paris 1994, p. 4209
  166. Article Brodsky Joseph, par Michel Aucouturier, Dictionnaire universel des littératures, volume I, de A à F, éd. PUF, Paris 1994, p. 539
  167. Article Uranie du Nouveau dictionnaire des œuvres, tome VI, éd. Bouquins/Robert Laffont, Paris 1994, p. 7365
  168. Citation tirée de Vertumne(p. 121), reprise par Yves Leclair dans son bref essai à propos du poète : "Un hiver avec Joseph Brodsky", publié dans le livre Bonnes compagnies en 1998 aux éditions Le Temps qu'il fait (éditions) p. 118. (ISBN 9782868533012)
  169. Comme en remontant un fleuve (anthologie poétique), L'Act Mem, 2010
  170. Cahiers de la Nuit, L'Harmattan, collection Poètes des cinq continents, 2004
  171. Poéthique du silence, L’Harmattan, collection Poètes des cinq continents, 2000
  172. Éclats d'une poétique du devenir humain, 1976-1999, (Livre I), Éditions L'Harmattan, coll. « Poètes des cinq continents », Paris, 2000 (OCLC 44448871).
  173. Éclats d’une poétique du devenir, Journal du transvisible (2007-2009) (Livre IV), Éditions L'Harmattan, coll. « Poètes des cinq continents », Paris, 23 février 2010 (ISBN 978-2-296-11117-2)
  174. Jehan Despert, Avant-dire, étude analytique des Prémices de François Métais-Panterne, Paris, CLD, 1986. (ISBN 9782854431247)
  175. Selon l’auteur de ce néologisme, il est construit sur le « verbe "habiter" d’une part et le néologisme (emprunté, notamment, à Perros) de "poéthique", d’autre part. » Cité dans l’article.
  176. Cf. la controverse avec Henri Meschonnic dans l'article : « Le poème qui est poème doit transformer la pensée de la pensée », et dans le même livre, Philosophie, Poésie, Mystique. (Présentation de Jean Greisch), L'habitation poétique p. 184-190, et Le coup du h(ache) dans la poétique, p. 190-195., éd. Beauchesne, Paris 1999, (ISBN 9782701013954).
  177. Cf. sur le site de « Sitaudis.fr/Poésie contemporaine/Incitations » : Jean-Claude Pinson, Philosophe et poète : [7]
  178. op. cit. Jean-Claude Pinson, dans le même article.
  179. María Zambrano, Philosophie & poésie, 4e de couv., éd. José Corti, Paris 2003.
  180. Dans Poésie de la pensée (p. 263-264, Gallimard 2011, coll. NRF Essais), George Steiner cite ici Jean-Luc Nancy (Résistance de la poésie, William Blake & Co/Art & Arts, Bordeaux, 1997).

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Poésie & théâtre[modifier | modifier le code]

(nom par ordre alphabétique)

Philosophie, théorie critique & philologie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]